Dès notre arrivée a Iringa, nous sommes accueillis par Mister Martin, le responsable de la branche micro finance de IDYDC. Cette institution nous a été chaudement recommandée par nos prédécesseurs, Thomas et Maxime, pour son travail efficace et son accueil chaleureux, nous n'avons pas été déçus.
IDYDC est une ONG qui a été créée en 1991, avec pour objectif de s'occuper des enfants des rues, de plus en plus nombreux dans cette ville du centre de la Tanzanie. Elle ouvre donc un centre, l' "Uppendo Center", destiné à accueillir ces enfants en attendant, lorsque cela est possible, de les ramener dans leur famille ou dans une famille d'accueil. Rapidement, les dirigeants de l'ONG décident en parallèle de lutter contre les causes directes de l'errance de ces enfants: décès d'un ou des parents, maltraitance ou violences conjugales liées a l'alcoolisme, déscolarisation etc. L'institution crée donc cinq programmes complémentaires. Le centre accueille les enfants des rues pour une durée moyenne de six mois, les loge et les nourrit, leur donne accès a l'enseignement primaire et secondaire ou, pour ceux qui ont trop de retard scolaire, une formation en deux ans dans un des domaines suivants : charpenterie, maçonnerie ou couture. Le programme de santé s'appuie sur le sport pour lutter contre la consommation de drogues et d'alcool chez les jeunes, informer sur les risques du SIDA ou lutter contre les violences conjugales. Cela passe notamment par l'organisation de matchs de football par des « chefs de quartier » préalablement formés, qui interviennent avant que le jeu ne commence. IDYDC a également lancé un programme destiné à favoriser l'accès à l'eau dans les zones rurales de la région. Le programme de micro finance que nous avons soutenu, a pour objectif de permettre aux plus pauvres de développer une petite activité et de générer leurs propres revenus. Enfin, la radio, lancée en 2009 et soutenue par la BBC de Tanzanie, permet d'atteindre un public toujours plus large et de sensibiliser l'auditoire aux différents sujets évoqués auparavant. Ainsi, tous ces programmes pourtant bien différents participent de la lutte contre le phénomène d'enfants des rues. C'est la l'originalité d'IDYDC par rapport aux autres institutions de micro finance que nous avons visité cette année : ces dernières étaient parties de la micro finance pour se rendre compte que des services non financiers étaient indispensables a la réussite de leur vocation sociale, tandis que cette ONG est partie d'un objectif social et y a ajoute une branche micro finance. Dans les deux situations, on voit bien que la micro finance est indissociable de politiques dans le domaine de la sante et de l'éducation.
La branche micro finance d'IDYDC est assez particulière, mais aussi très efficace. Une première particularité est le traitement des dossiers des clients par donateur : cela a l'avantage de nous donner une grande visibilité sur l'utilisation de nos fonds. Et les chiffres sont impressionnants : en six mois, nos 5 000 euros ont permis de soutenir 106 groupes d'emprunteurs, ce qui représente plus de 700 entrepreneurs. Notre objectif initial de soutenir 300 entrepreneurs en un an grâce a notre projet est donc plus que doublé rien que par cette IMF. Une autre particularité tient dans son fonctionnement : cinq agents de crédit gèrent plus de 3500 groupes d'emprunteurs. Ils s'appuient en effet, sur des chefs de zone, élus par leurs pairs et soigneusement formés, qui jouent le rôle des agents de crédit traditionnels. Pas terrible en termes de suivi personnalisé et d'agents de crédit parties prenantes puisque eux-mêmes clients me direz vous ? Nous avons pu constater par nous même l'efficacité de ce système sur le terrain. Enfin, la dernière particularité est dans les critères de sélection des clients : les moyens réduits de l'institution ne lui permettent pas de prêter a tous. La sélection ne se fait bien entendu pas par les garanties apportées par les demandeurs, mais par leur rapport direct ou indirect avec l'enfance : sont prioritaires les orphelins, les veuves avec des enfants à charge, ou les parents de familles nombreuses. Les taux d'intérêts sont d'ailleurs fonction de la situation familiale, compris entre 10 et 15% annuels.
Nos visites sur le terrain sont très enrichissantes. Que ça soit de ce chef de zone qui en plus de ses deux enfants, a adopté ceux de sa sœur, ceux de son frère et deux orphelins qu'il forme a son métier, ou de cette femme tenant un petit restaurant pour financer les études de son fils, tombée sous le charme de notre Antoine ! Mais l'exemple le plus marquant est celui de Jacob. Orphelin à 21 ans, il se retrouve seul avec quatre petits frères et sœurs. Sollicitant ses voisins, il réunit de quoi acheter une photocopieuse, et ainsi monter une petite activité. Un an plus tard, il reçoit son premier prêt d'IDYDC, qui lui permet de développer son petit commerce en vendant des fournitures scolaires. Avec ses revenus, il finance la scolarisation de ses frères et sœurs, tout en suivant lui-même des études pour devenir professeur. Pendant un an, il parvient a faire tourner son activité et a rembourser ses prêts alors qu'il étudie a Mbeya, ville située a 450km. Huit ans plus tard, son petit commerce tourne bien : il dispose de plusieurs photocopieuses, d'un ordinateur et d'une imprimante, compte encore s'agrandir. Mais il n'a pas oublié d'où il venait et il emploie aujourd'hui deux orphelins, tout en donnant des cours d'anglais dans une école publique du quartier. Nous avons été très impressionnés par la détermination de ce jeune homme qui à notre âge, a pris en main le destin de toute sa famille. Chapeau...
L'accueil est incroyable. Nous croirez-vous si nous vous disons que notre dimanche de Pâques a été ponctué de cinq déjeuners ? Les agents de crédit tenaient tous à nous recevoir chez eux ! Obligation de gouter a tous les plats à chaque fois sous peine de vexer, nous sortons de table a 19h, le ventre prêt d'exploser. Nous visitons également le centre des enfants, où nous jouons un match de football d'anthologie. Heureusement l'honneur est sauf puisque la France s'impose sur le score de 6-3, ce match étant l'occasion de nous rassurer sur notre condition physique après neuf mois de vélo. Nous avons également le droit à une rencontre avec des nouveaux clients venus chercher leur prêt, à une conférence de presse avec les médias locaux et nationaux, et a une émouvante session d'adieux avec les chefs de zone, qui nous offrent un cadeau chacun avant d'entonner pour nous des danses et chants traditionnels. Enfin, nous sommes particulièrement émus par le cadeau de la branche micro finance qui nous offrent des chemises locales, dont les tailles ont été devinées grâce à nos photos sur internet !
Enfin, nous avons l'immense chance d'être emmenés une journée dans le Parc National de Ruaha voisin, deuxième plus grand d'Afrique, en guise de remerciements. Le cadre est grandiose et nous apercevons la bagatelle de vingt lions dans la journée.
Nous nous souviendrons longtemps de l'accueil réservé par IDYDC, a la hauteur de l'efficacité de l'action de cette ONG, saluée par toute la région. Nous vous invitons vivement à les soutenir a votre tour par vos dons, ou en allant y passer quelques mois ! (http://www.idydc.or.tz/main/)



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