Dessine moi une île

Posté par : Sylvie Braibant

Ces jours-ci les Russes et les Porto Ricains voient rouge. Les uns et les autres ruminent leur colère, contre les Japonais d’un côté, et contre les Américains « continentaux » de l’autre. En cause, l’histoire et la géographie, ou plutôt la lecture qu’on fait de l’une et de l’autre.

Rus_iz Cap en Extrême-Orient tout d’abord. Les Izvestia, quotidien au nom légendaire, quoique le propriétaire ait bien changé depuis les Bolcheviks (aujourd’hui, c’est une banque), sonnent l’alarme ce mercredi 2 juillet à la  Une et en manchette : la carte ment ! Alexandre Latychev, journaliste du journal moscovite, peut-être parce qu’il voulait préparer des avant papiers sur le sommet du G8 qui doit se tenir la semaine prochaine à Hokkaido, est allé sur le site ouvert par le gouvernement japonais. Et là il a bien failli s’étrangler. La carte du Japon, l’officielle donc, celle qui recense les principaux lieux où doivent se dérouler les rencontres des grands de ce monde et de leurs conseillers, inclut les îles Kouriles entre ses frontières. Gloups ! Ni vu ni connu : les îles appelées Kouriles du Sud en russe et Khopporiodo, c’est à dire « territoires du Nord », par les Nippons, et sur lesquelles veille jalousement le Kremlin, repassent du côté de l’Empire du soleil levant, à l’occasion d’une petite carte grisée et à peine lisible. 

Ces petits bouts de terre inhospitalière sont convoités par les uns et les autres depuis plus d’un siècle, le800pxkuril_island conflit ayant bien failli virer au paroxysme à plusieurs reprises. Archipel volcanique d’une longueur de plus de 1200 kilomètres, aux confins du Pacifique, les conditions de vie y sont très sévères. Quelque 17 000 Russes ou anciens citoyens de l’empire soviétique y survivent, grâce à l’économie de la pêche principalement. Et voici le point de rupture : 1200 kms, cela représente beaucoup de côtes, donc de très larges zones nationales de pêche, pour celui qui revendique le territoire.

Villarica Mais seuls les États se battent vraiment : sur place, les uns et les autres ont mis sur pied une espèce d’entente cordiale qui inciterait même certains Russes à se vouloir japonais et certains Japonais à refuser définitivement de récupérer ces îles. Les premiers ne demandent qu’à profiter du niveau de vie offert par Tokyo. Les deuxièmes craignent de voir débarquer des multinationales de la pêche dans leur économie locale.

N’empêche, les Izvestia ont décidé d’interpeller le président Medvedev, face à ce camouflet international (qui, cela dit, imprègne déjà globes ou livres d’histoire japonais). Que fera-t-il lors du G8 ? Et même, doit-il s’y rendre ? L'Asahi Shilbum tempère ces ardeurs belliqueuses en notant que Dmitri Medvedev semble beaucoup plus conciliateur sur ce sujet que son prédécesseur Vladimir Poutine, une façon déjà de marquer sa différence.

À bâbord toute, et nous voici maintenant à Porto Rico, au cœur de la mer des Caraïbes. Entre cet ÉtatFl_mhi librement associé aux Etats-Unis d’Amérique, que l’on nomme souvent le 51ème, et sa Fédération de tutelle, le torchon brûle pour l’exploitation de vestiges archéologiques récemment découverts. Et le Miami Herald estime que des mesures d’urgence doivent être prises. Le site a été déniché par hasard : l’armée américaine avait dépêché son corps d’ingénieurs pour bâtir une digue contre les inondations à répétition calamiteuses dont l’île est victime sur son flanc sud. Des cimetières, des ossements, des alignements de pierre, des objets de la vie quotidienne, et des pétroglyphes ont été mis au jour par les pelleteuses dans un état de conservation inespéré.

Ils proviendraient des civilisations indiennes Taino et pré-Taino, éteintes définitivement voilà plus de 500 ans, sous-groupes des Indiens Arawak, remontés d’Amérique du Sud, bien avant la colonisation européenne. Comme ces reliques ont été trouvées par une administration fédérale - l’armée, Washington en revendique l’exploitation. Mais les archéologues Porto Ricains ne l’entendent pas ainsi. La presse locale s’est même déchaînée, accusant les scientifiques venus du continent de piller leur histoire. Il faut dire que des échantillons ont été envoyés en Géorgie pour analyse, sous prétexte que les infrastructures locales n’étaient pas aptes à le faire. Les uns et les autres Taino_village_2 craignent maintenant que la querelle gèle les fouilles et la recherche, mais surtout que le site soit livré aux voleurs. Pour l’instant se réjouit l’un d’entre eux, « on n’a encore rien retrouvé sur Ebay » !

Voilà, je vous laisse avec ces conflits sur les bras, en espérant que d’ici septembre, et mon retour de vacances, durant lesquelles le monde peut s’agiter sous mon indifférence la plus totale, ils seront plus ou moins résolus. Bon été aux habitants de l’hémisphère nord !

Les désarrois de la reine Cristina

Posté par : Sylvie Braibant

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Depuis plusieurs semaines, loin de tout regard, dans un silence quasi général, à l’exception notable du Devoir québécois, l’Argentine s’apprête à exploser. Pourtant, les Unes de ce pays tentent d’alerter le monde jour après jour. « La peur des étals vides » titrait ainsi Pagina 12. Les grandes villes sont au bord de la famine, les étalages presque vides. Les routes sont bloquées et la présidente récemment élue, Cristina Kirschner pourrait ne jamais se relever de cette crise, ce qui sonnerait ainsi le glas du péronisme.

À l’origine, et à l’instar de ce qui se passe ailleurs dans le monde, les prix des aliments ont grimpé en flèche. J’avais déjà consacré une note à la guerre de la tomate qui faisait rage dans la capitale. Mais depuis, toutes les denrées ont entamé des ascensions spectaculaires, ce qui menaçait les plus pauvres des Argentins. Pour enrayer cette hausse, la présidente a augmenté la taxe sur les exportations de soja, un domaine dans lequel le pays est devenu l’un des leaders mondiaux.
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La culture du soja représente aujourd’hui 54% des terres céréalières d’Argentine. 200 000 hectares consacrés auparavant aux fruits et légumes ont ainsi été confisqués au profit des grands industriels agricoles. Et ce sont eux, qui bloquent les routes, manifestent, et menacent le gouvernement. Ce sont les nouveaux milliardaires de la pampa, les exploitants de ce nouvel or vert qu’ils envoient dans le monde entier, pour alimenter le bétail de Chine ou d’Europe. On a même parlé de « sojizacion » pour décrire le paysage bouleversé de la campagne argentine.

Les manifestants les plus virulents aujourd’hui sont donc les nouveaux riches de ces pépites vertes. Le pouvoir tente de réagir par la force, jusqu’à interner les leaders du mouvement, surnommé le « campo », et considéré comme très Champ_de_soja_y réactionnaire, mais sans succès. Plusieurs ministres ont déjà démissionné. Alors, devant cette paralysie, cette incapacité, ce sont les pauvres qui prennent le relais du pouvoir, en appelant à des contre-manifestations. Plus de nourriture dans les magasins, mais plus non plus de pétrole dans les stations d’essence, des routiers en chômage technique fautes de marchandises à transporter, des populations dressées les unes contre les autres, la situation s’enlise de jour en jour et pourrait bien arriver à des violences généralisées, à la manière dramatiquement chilienne des années 70. Et la reine Cristina être déchue de ses privilèges.

Tout ça, c’est vache !

Posté par : Sylvie Braibant

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L’image est spectaculaire, et on comprend pourquoi les quotidiens américains ou coréens l’ont mise à la Une. Entre les tours de Séoul, une sorte de gigantesque coulée incandescente descend l’une des plus grandes artères de la capitale coréenne (du Sud). Ils sont des dizaines de milliers à marcher à la nuit tombée, une bougie à la main, prêts à en découdre, y compris avec violence. Sans compter tous les autres, ceux qui ne sont pas descendus dans les rues mais qui ont signé par centaines de milliers une pétition lancée sur Internet. Ce qui a conduit à cette manifestation monstre et à ces réactions sans fin sur la toile, c’est un mélange de peur et de nationalisme, un nouvel avatar de l’anti-mondialisation. Le nouveau Premier ministre, Lee Myung-Bak, un vrai conservateur qui voulait rétablir des relations plus amicales avec les Etats-Unis, en signant notamment un accord de libre échange, avait annoncé la reprise des importations de bœuf américain dans son pays.

Depuis cinq ans, après une suspicion d’un cas de maladie de la vache folle transmis via un bifteck « madeBoeuf in America », les importations de viande bovine étaient suspendues en Corée du Sud. C’est un reportage de la chaîne de télévision nationale qui a provoqué la déflagration. Au moment même où le gouvernement annonçait un accord commercial avec le partenaire américain, profitable aux deux pays semble-t-il, MBC affirmait que 94% des Coréens étaient plus sensibles que les Occidentaux à la maladie de Creutzfeld-Jakob.  Or, d’après l’Organisation mondiale de la Santé, les risques sont désormais inexistants aux Etats-Unis et d’après le gouvernement coréen, la viande dans l’assiette du consommateur asiatique serait bien meilleur marché.

Skor_did Le Washington Post propose une explication très fine à cette escalade. Dans un premier temps, il compare la réaction coréenne à celle, qui enflamma l’Amérique du Nord après la découverte de jouets, soi-disant toxiques, fabriqués en Chine, ce qui avait provoqué la panique aux Etats-Unis durant l’hiver dernier. Ce type de réaction de masse augmentée d’une dose de protectionnisme serait directement lié au développement des sociétés. Plus un pays est en croissance économique et démocratique, plus il est perméable à ce genre de phénomène. Le grand quotidien coréen JoongAng Daily a remarqué pour sa part que les manifestants sortaient d’un nouveau moule, de tous âges, de toutes classesBougies sociales, très déterminés mais finalement assez peu politisés. Ce qui est encore plus étonnant, c’est que la panique a continué à croître malgré l’annonce par le gouvernement d’un délai pour mettre en œuvre sa décision, et que les manifestations se sont déroulées après que le gouvernement ait démissionné, parce qu’il était traversé par trop de divergences internes sur ce sujet !



Un si long silence

Posté par : Sylvie Braibant

Can_tgamb_2 Demain, le pays entier s’arrêtera. Le Canada s’apprête à vivre un événement considérable : près de quatre mois après les Australiens, les autorités de ce pays demanderont solennellement pardon aux membres des Premières nations de leur fédération, en particulier pour le sort des enfants scolarisés de force dans les premières décennies du XXème siècle.
Moosonee, sur les rives de la Moose, au nord de l’Ontario, est une ville de 3000 habitants, accessible seulement par train, et dernier palier relié par terre au reste du pays, avant les communautés éparses encore plus septentrionales… Là vit Marguerite Wabano, 104 ans, dont le Globe and Mail, nous dit que personne ne l’appelle autrement que Granny Wabano. La photo de son visage tout ridé et souriant s’affiche à la Une du grand quotidien canadien. C’est que demain Granny sera honorée comme une reine. Avec cinq autres survivants, elle sera installée au cœur de la Chambre des Communes. Le Premier ministre Stephan Harper, lui présentera alors des excuses au nom de la nation entière.

Granny est l’une des dernières à pouvoir témoigner sur ce programme d’internatsMoosonee destinés à instruire de force, loin de leur culture, de leurs familles et de leur langue, les enfants indigènes. Le ministre des affaires indiennes Frank Olivier, expliquait, en 1908, que cet enrôlement éducatif permettrait « d’élever les Indiens de leur condition d’esclavage, et ferait d’eux des défenseurs autoproclamés de l’Etat, et même pourquoi pas, des citoyens de bon niveau. »

Coliers_2 Quelques années plus tard, en 1920, l’ordre avait été donné de rassembler tous les enfants aborigènes âgés de 7 à 15 ans, pour les transférer vers des établissements chrétiens. Au terme d’une longue enquête, on sait qu’en dehors du crime d’acculturation dont ils furent victimes, nombre d’entre eux avaient également été abusés sexuellement par leurs enseignants, subirent de mauvais traitements, et de mauvaises conditions de vie. L’étendue des dégâts n’est même pas encore connue, le nombre exact des victimes non plus.

Can_npbLe conservateur et excellent National Post pose alors cette question, qui aurait pu l’être en Afrique du Sud, au Chili, ou au Sierra Leone : « Réconciliation et vérité sont-elles compatibles ? » La commission installée très récemment prendra cinq ans pour répondre à cette interrogation. Son chef de file, le juge Justice Harry Laforme, première personne à siéger dans une cour d’appel canadienne, estime tout de même que le pays touche enfin au terme du processus d’examen de son passé si noir. Mais il pointe aussi les paradoxes d’une telle démarche : « les survivants ne demandent pas de réconciliation. Ce qu’ils veulent, c’est que justice soit faite et actée dans les tribunaux. »

Granny Demain, pourtant, le pays entier s’arrêtera. Les entreprises sont priées de laisser leurs employés regagner leurs foyers le temps de la cérémonie. Les établissements scolaires devront s’organiser pour qu’aucun n’élève ne manque ce grand exutoire national. D’immenses écrans disséminés dans le pays retransmettront cette liturgie collective. Mais personne ne pourra approcher de trop près Granny Wabano. Dans sa sagesse centenaire, la vieille dame a refusé la proximité des caméras.

Art, mitard, pétard…

Posté par : Sylvie Braibant

Artaus_smh La polémique est récurrente : où s’achève l’art et où commence l’obscénité ? L’Australie en est le dernier théâtre, et la cible est cette fois le photographe Bill Henson, considéré par ses compatriotes mais aussi bien au-delà, comme le plus grand artiste vivant océanien. La semaine dernière, et lors de scènes spectaculaires, un contingent de policiers a saisi, emballé puis embarqué le tiers des œuvres exposées à la Roslyn Oxley9, galerie très en vue de Sydney.  L’artiste et la propriétaire de la galerie ont été informés qu’ils seraient ensemble inculpés de crimes d’indécence au nom du code réglementant la publication d’articles ou d’images licencieuses sur divers supports. L’affaire a fait la Une des quotidiens de Sydney en raison de la notoriété de Bill Henson qui expose pourtant les œuvres incriminées depuis près de vingt ans à travers le monde, et dans les lieux les plus prestigieux, telle la Biennale de Venise en 1995. Mais voilà, en 1995, le thème de la pédophilie n’était pas encore assaisonné à toutes les sauces et le politiquement correct épargnait encore la création.

Puisqu’il s’agit de cela : Henson est accusé de faire l’apologie de la pédophilie au moyen d’une série de Artwork_images_754_398976_billhen_2 photos, portraits de préadolescent(e)s dont les silhouettes et les visages sont torturés par la lumière, les ombres, les mises en scène. Cette série est très sombre, comme tout le travail de ce photographe-peintre, à l’image du monde contemporain qui le traverse, comme un écho à l’obscénité de notre temps. La plainte est venue d’une avocate, Hetty Johnson, très engagée dans la défense des enfants contre les crimes sexuels. Et elle souhaite que les parents des modèles de Henson qui ont donné leur accord, et pour les séances de pose et pour les expositions, soient également poursuivis. « Comment des parents peuvent-ils permettre que leurs enfants de 12 – 13 ans soient photographiés nus, et que leurs images soient ensuite envoyées et accessibles partout, via Internet ? C’est contraire à l’intérêt des enfants ! Ce qui arrive ici, découle directement de l’échec de la communauté artistique depuis des années à tracer des frontières claires entre art et obscénité. »

911ph10_agsa L’avocate a été suivie par nombre de politiciens du pays, jusqu’au Premier ministre travailliste Kevin Rudd, qui s’est dit révolté , tandis que le monde de l’art réuni a soutenu Henson et condamné « une journée noire pour la culture australienne », et cela avec l’appui de plusieurs anciens modèles devenus adultes.  Le créateur, lui, reste terré, muré dans une sorte de dépression, même s’il a accepté de retirer les œuvres litigieuses des murs de la galerie. Mais il s’est tout de même expliqué au Sydney Morning Herald, qui dénonce les censeurs et le « triomphe des philistins », sur ses intentions : «  je travaille avec des enfants arrivés à la puberté, parce qu’ils appartiennent toujours à l’enfance, et sont en même temps déjà entrés dansBalthus_la_lecon_de_guitare l’univers des adultes. Cela crée un monde flottant, qui suggère l’attente et l’incertitude. (…) C’est une notion impossible à simplifier, celle de la perte de l’innocence, qui impose une progression, un mouvement. » Une notion qui fut au coeur même du cheminement de l’un des peintres les plus célèbres du XXème siècle, Balthus, dont on vient de célébrer le centenaire de la naissance et dont on interdira peut-être aussi bientôt, qui sait ?, l’exposition des tableaux…

Le sport, c'est la guerre ?

Posté par : Sylvie Braibant

Sumojpn_aen Le précédent président de la République française, Jacques Chirac, avouait une passion pour les Sumos japonais. Nul doute que les deux histoires lamentables, concernant ces quasi-dieux nippons, rapportées par l’Asahi Shimbun cette semaine, l’attristeraient profondément. Elles ont pourtant mis longtemps à faire surface, plus d’une année, cachées par les plus hauts responsables de ces combats de lutteurs obèses, pourtant très fortement ritualisés et réglementés par toutes sortes de codes d’honneur. Il s’agit de deux cas de violences caractérisées contre des jeunes apprentis sumos, dont l’un est mort des suites de ses blessures. Cela fera bientôt un an que Tokitaian, âgé de 17 ans, est décédé. C’est l’Association japonaise de sumo (AJS) qui a fini par lâcher le morceau : le chef d’écurie Magaki, 55 ans, par ailleurs membre du directoire de l’AJS, a battu l’un de ses élèves avec une baguette de bambou, à tel point que ses jambes étaient couvertes d’hématomes qui ont fini par entraîner une hémorragie mortelle. Magaki a ainsi justifié ces punitions multiples, administrées durant l’un des plus important tournois national de sumo : «  il se comportait mal ». Les juges ont pourtant noté les contusions multiples lorsqu’il a concouru. Aucun n’a ouvert la bouche…

Le deuxième sumo a pris, lui, des coups sur la tête, en janvier lors d’une autre importante compétition. Sumo C’est un membre du jury de « deuxième division » qui les lui a assénés à l’aide d’une lourde louche. Ces brutalités ont provoqué une blessure sur le crâne du jeune homme, longue de 7 centimètres. Terrorisé, le lutteur n’a pas rapporté le fait à son entraîneur. L’auteur des violences, Toyozakura, a justifié son comportement ainsi : « le jeune combattant n’avait pas une bonne attitude ». Le quotidien japonais révèle, outre les faits, deux choses : d’une part, l’AJS aurait maintenu le secret sur ces affaires, si l’un de ses membres ne les avait pas dévoilées anonymement ; d’autre part, ces pratiques sont courantes dans l’univers très particulier du sumo. De nombreux chefs d’écurie usent de baguettes de bambou pour corriger les erreurs de leurs élèves, mais normalement en pointant sur les Mawashi, pagnes portés lors des combats, l’endroit où la faute a été commise. Sauf que, nombre d’entre eux usent de la baguette dans un autre but, celui de brimades corporelles. Magaki a même expliqué aux journalistes : « ce que j’ai fait n’est pas excessif. Il est absolument indispensable de traiter durement les étudiants quand ils font quelque chose de mal. » Du reste, dans les deux cas, aucune des autres personnes présentes n’a réagi. Les deux entraîneurs sont aujourd’hui inculpés de coups et blessures volontaires, et dans le premier cas, ayant entraîner la mort, et les autres élèves présents lors des faits, de non assistance à personne en danger.

Ind_dna Toujours en Asie, le sport faisait aussi la Une en Inde ce week-end, et cela malgré, ou plutôt à cause, des bombes très meurtrières quelques jours plus tôt à Jaipur, la capitale du Rajasthan indien, au nord-ouest du sous-continent. Dans le stade de la ville se jouait une demi-finale de cricket, le sport national indien, par excellence, héritage de la colonisation britannique. Joueurs et supporters des Rajasthan Royals’, tous en deuil, avaient décidé de limiter le décorum au strict minimum mais de venir en masse pour montrer aux terroristes – des Bangladais soutenus par des islamistes, semble-t-il -, qui venaient de tuer plus de 60 personnes, que la vie était plus forte que leurs actes. L’un des grands quotidiens de Bombay a donc titré : « Les acclamations après les larmes. Le cricket élimine la terreur ! ». Le correspondant envoyé pour couvrir le match dans un article lyrique s’est exclamé : « À partir du moment où le match a commencé, le seul bruit d’explosion que nous entendions désormais, était celui des balles renvoyées par les battes de cricket. » L’équipe de Jaipur a gagné son match contre les Bangalore Royal Challengers, venus du sud du pays… Elle a aussi gagné un autre match, plus politique, celui de la vie…

Paires, impairs et passe…

Posté par : Sylvie Braibant

Jpn_aen Un événement d’une importance considérable est pourtant passé inaperçu de la sphère occidentale : la rencontre en fin de semaine dernière de deux dirigeants de ce monde, quoiqu’en délicatesse, mais dont la réunion pourrait conduire à un ensemble géopolitique d’un poids considérable. Le président chinois Hu Jintao a été reçu avec faste à Tokyo par le Premier ministre japonais Yasuo Fukuda. Le dernier voyage d’un responsable de l’empire du milieu vers celui du soleil levant remonte à plus de dix ans, et encore le déplacement se fit-il en quasi catimini… La nouvelle a fait la Une en Chine et au Japon, mais elle a été interprétée avec des nuances, de part et d’autre de la mer… Pour les Chinois, tout est merveilleux et les conflits en suspens sont en passe d’être relégués aux mauvais temps d’hier ou d’avant hier. La presse japonaise est, pour sa part, beaucoup plus sceptique : les dossiers conflictuels sont lourds et malgré des avancées incontestables, des non dits restent en suspens.

Les points sensibles balayent tous les domaines : le partage des ressources naturelles à l’Est de la mer deChi_scmp Chine ; les atrocités perpétrées dans les combats sino/japonais avant et pendant la seconde guerre mondiale (notamment l’usage de femmes chinoises comme prostituées pour les soldats japonais  ou les massacres de Nankin) ; la contamination de milliers de consommateurs nippons par des raviolis avariés en provenance de Pékin ; et même le sort fait aux moines tibétains… Chacun  a fait un pas vers l’autre : les Chinois n’exigent plus d’excuses pour les exactions du passé et les Japonais sont moins gourmands en gaz maritime. Le communiqué commun précise que les deux s’engagent « dans une vision commune de l’Orient, une nouvelle phase de relations bilatérales, à condition d’affronter l’histoire sans détour ». Reste à savoir si des méandres ne viendraient pas se glisser dans les tours et détours d’un aussi encombrant passé. Le Japonais a souhaité bonne chance au Chinois pour les jeux olympiques. C’était trois jours avant le tremblement de terre…

Ny_nyt Aux États-Unis, et sans concertation semble-t-il, deux grands quotidiens se sont intéressés cette semaine aux mœurs saoudiennes, côté hommes pour le New York Times, côté femmes pour le Christian Science Monitor. Dans un très long reportage, le premier brosse le portrait de deux jeune hommes en proie aux règles qui régentent l’amour et la sexualité au pays de la Mecque… L’un est fin et petit, l’autre s’affiche en mâle dominant ; l’un s’affirme romantique et sensible à la condition des femmes mais hurle s’il voit l’une d’entre elles, seule dans un bar, même si elle est recouverte d’un voile noir et opaque de la tête aux pieds ; l’autre roule des mécaniques mais facilite les échanges entre l’une de ses sœurs et son futur mari. Les deux s’emmêlent dans leurs contradictions entre codes d’honneur et désirs, entre une vision au quotidien dominée par l’islam et des images occidentales qui coulent à flots au robinet des télévisions satellitaires…

Le Christian Science Monitor s’est, lui, intéressé au premier hôtel pour femmes exclusivement, ouvert à Riyad, avec cette question en arrière-plan : est-ce unCsm_2 progrès ou pas ? L’établissement lui-même est cosy, des bougies parfumées à chaque coin de couloir. Le personnel est entièrement féminin, des techniciennes aux femmes de chambre. Jusque-là, les femmes ne pouvaient voyager seules en Arabie Saoudite, sans un protecteur masculin, sauf donc désormais dans ce nouveau palace, à condition tout de même de transmettre leur identité à la police. Les clientes sont partagées : pour les unes, c'est un pas en avant, un lieu où les femmes peuvent enfin vaquer à leurs affaires, et en faire, sans le contrôle des hommes. Pour les autres, au contraire, ce nouvel hôtel renforce la ségragation entre les genres dans un pays qui ne laisse toujours pas conduire les femmes… Celles-là craignent la multiplaction de ces endroits au dépens d'une révision de la loi.

Tristes tropiques

Posté par : Sylvie Braibant

Amerindcan_lp La capuche de fourrure laisse seulement apparaître les yeux noirs, et ce regard est triste. C’est celui d’un enfant, à la Une de La Presse, quotidien très populaire au Québec. Le journal a choisi de zoomer sur la triste condition des enfants amérindiens de la province : chaque année 12% d’entre eux sont retirés de leurs familles, sur décision de la DPJ (Direction de la protection de la jeunesse), dont le tiers a moins de cinq ans. La plupart sont placés loin de leur foyer d’origine, chez des « Blancs », loin aussi de leur culture parentale. Ces situations déchirantes découlent de la misère sociale et culturelle, avec les ravages de l’alcool et de la drogue qui y sont associés, à l’œuvre parmi les Premières nations, notamment au Québec.

Louise Leduc, auteure de l’enquête, est allée à la rencontre des communautés dévastées : dans l’une d’entre elles, le vice-chef lui a annoncé que 90 des 600 enfants mineurs, vivaient « à l’extérieur ». Les critères d’enlèvement des enfants et de placement sont très sévères : la pauvreté et l’état physique ou psychologique des parents conduisent trop rapidement à des mesures d’éloignement. Et les enfants ne peuvent être mis dans des familles proches, puisque les règlements exigent que chaque mineur dispose d’une chambre, ce qui est rarement le cas chez les groupes autochtones surpeuplés. La représentante d’un conseil autochtone s’insurge : « Est-ce si grave qu’une petite fille de 4 ans dorme dans la même chambre qu’uneBilde_2 autre de 7 ans ? » Guylaine Gill, directrice générale de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières nations du Québec et du Labrador est, pour sa part, hors d’elle : «  Est-ce qu’on accepterait que des centaines de petits Québécois prennent le chemin de l’Ontario, faute de moyens ici ? Chez nous, c’est ce qui se passe, et ça fend le cœur de voir tous ces enfants, qui ne parlent souvent que leur langue autochtone, parachutés dans une famille où l’on ne s’exprime qu’en français ou en anglais. » Car c’est bien là, la question essentielle de cette politique de « condamnation » plutôt que de prévention : l’éloignement de ces enfants accentue l’acculturation et donc éventuellement fabrique de futurs déracinés, perméables  aux oublis procurés par l’alcool et la drogue, en un cercle vicieux infernal…

Bebcan_tgam Le « Globe and Mail » anglophone, mais tout autant canadien, soulevait pour sa part un autre lièvre : de plus en plus de bébés prématurés du pays et leurs mères sont envoyés aux Etats-Unis voisins, faute de lits disponibles dans des maternités spécialisées, et d’un plan réel stratégique destiné à une prise en charge de qualité de la natalité. Ce quotidien de référence pointe une décadence alarmante : en 1990, le Canada occupait le sixième rang de la plus basse mortalité infantile dans le monde. En 2005, il a reculé à la vingt-cinquième place, ce qui le place à égalité avec l’Estonie par exemple. Des pédiatres très renommés lancent un appel urgent au gouvernement fédéral pour que la néo-natalité retrouve ses lustres, mais au-delà, c’est tout le système de santé et de sécurité sociale qui est pointé du doigt, comme il l’avait été très méchamment au début des « Invasions barbares », du délicieux Denys Arcand.

Ombres chinoises

Posté par : Sylvie Braibant

Donc, résumons : à ma droite, un espion à la mode ancienne, qui a pensé œuvrer, sinon pour le bien de l’humanité, du moins pour une partie. À ma gauche, un fanatique apocalyptique, auteur présumé d’attentats très meurtriers. Le premier risque la prison à vie ; le second roule carrosse.

Isr_ha_2 Examinons le premier cas, à la lumière de la presse israélienne. Dans un bel ensemble, du ministère des Affaires étrangères au Premier ministre en passant par le Mossad, bref, tout ce qui fait autorité en Israël a poussé des cris d’innocence. Comment ? Encore un officier américain qui espionnait pour nous ? Ben Ami Kadish, jamais entendu parler ! Les journaux, eux, ont poussé des cris d’étonnement. Mais pourquoi donc ? Pourquoi Israël, si proche de son grand ami occidental irait-il l’espionner ? Surtout dans les années 80, lorsque pas une ombre ne venait ternir les relations entre les deux pays ? Mais les faits sont là : après l’affaire Jonathan Pollard qui avait entamé la confiance entre Israël et les États-Unis en 1985, voici le cas Ben Ami Kadish, arrêté mardi 22 avril et qui est passé immédiatement aux aveux : oui, il a bien renseigné les services israéliens entre 1979 et 1985, alors qu’il travaillait comme ingénieur dans l’armée américaine. Comme Jonathan Pollard, condamné à la perpétuité et toujours emprisonné, l’argent ne semble pas avoir été le moteur de ses activités deSpy_pollard renseignement, mais l’idéologie, celle de la sécurité de l’État d’Israël, comme les agents soviétiques du bon vieux temps de la guerre froide. 1979 – 1985, c’est du reste, exactement la période de la perestroïka et du basculement de l’Urss, lorsque le terrorisme n’avait pas encore envahi la planète. L’éditorialiste d’Haaretz se place cependant au jour d'aujourd’hui et mesure les dégâts que pourrait entraîner cette nouvelle affaire d’espionnage : « Une étrange dualité continue à caractériser les relations entre Israël et les États-Unis. » Un pas de deux, autour "d’un je t’aime, moi non plus" permanent.

Ind_tt En Inde, nous rapporte le Telegraph, les services de renseignements du sous-continent, comme on appelle ce vaste pays, sont eux impliqués dans un scandale de passeports disparus, et puis d’étouffement dudit scandale. 500 passeports vierges ont disparu du consulat de Dubaï, mais déjà dûment tamponnés, ce qui permet de fabriquer à la chaîne de vrais faux documents, quasiment indécelables. Du coup, toutes les  chancelleries du monde résonnent de clochettes d’alarme. Dans une région aussi sensible que celle où se trouve l’émirat de Dubaï, entre quelles mains se retrouveront les précieux sésames ? Et avec quelles complicités ont-ils ainsi été soustraits aux services consulaires indiens ? Les services de renseignements indiens ont tenté d’étouffer l’information parce qu’ils connaissent en partie les réponses. Les papiers n’ont pu disparaître qu’avec la connivence de personnes haut placées au Consulat, parce qu’il faut disposer déjà d’un certain rang dans la hiérarchie pour pouvoir84pxindiapassport les détenir, surtout lorsqu’ils sont prêts à l’emploi. Et, par ailleurs, il semble qu’un certain nombre de ces passeports aient été transmis à des membres influents de la famille Dawood, fleuron de la mafia islamiste, et dont l’un des rejetons, Ibrahim, est l’homme le plus recherché du pays pour son implication dans le très meurtrier attentat de Bombay en 1993 (253 morts), et de quelques autres. Ce parrain, proche d’Al Qaïda, a le triste privilège d’être inscrit sur la liste américaine des « terroristes de masse » et serait réfugié au Pakistan, autre grand allié des États-Unis. Paradoxe, quand tu nous tiens…

Glamour

Posté par : Sylvie Braibant

Can_np En russe, « people » se dit « glamour » - гламур -, c'est dire     qu'il a fallu aller chercher loin pour qualifier une presse qui n'existait pas en Russie jusqu'aux basculements politiques du siècle dernier. Les tabloïds nés dans l'ère postsoviétique ont plutôt construit leur (mauvaise) réputation ou fait leur miel sur les crimes, les extra-terrestres et autres mysticismes, que sur les affaires de coeur des dirigeants politiques ou vedettes du show biz. Et voici qu'un hebdomadaire moscovite a voulu brisé les tabous : le Moskovski Korrespondant, aux manchettes souvent populistes mais pas trop vulgaires, a annoncé voilà quinze jours dans un même article, le divorce et le remariage du futur ex-président et bientôt Premier ministre Vladimir Poutine, et cela sans l'usage du conditionnel. L'information a couru le monde, et a même fait la Une du sérieux et conservateur canadien National Post.

Que disait le journaliste Serguei Topol, avec l'aval de son rédacteur en chef, dans son papier ? Que de source sûre, « plusieurs sociétés de la capitale, spécialiséesMk dans l'organisation de fêtes pour les entreprises se disputent un appel d'offres secret pour l'organisation des noces de Vladimir Poutine et de la députée du parti présidentiel Russie unie à la Douma, Alina Kabaeva » (âgée de 25 ans, originaire d'Ouzbekhistan, et ancienne championne olympique de gymnastique). Selon le journal, « le président Poutine, lui-même ancien champion de judo, ne serait pas indifférent au charmes des jeunes sportives. C'est le syndrome Sarkozy, concluait-il. » Vendredi dernier, en visite chez son ami Silivio Berlusconi, autre séducteur aimable avec les jeunes femmes, Vladimir Poutine a du répondre à la presse italienne, plus intéressée par ce sujet que par la politique internationale de la Fédération de Russie. Après avoir démenti avec le sourire, Vladimir Vladimirovitch a noyé le poisson en proclamant « qu'il aimait toutes les citoyennes russes »,  pas mécontent manifestement d'apparaître comme un homme à femmes, exactement comme ses amis Silvio et Nicolas…

Pois2 Au delà de l'anecdote, au delà des affirmations et des démentis (voir le fameux SMS «si tu reviens, j'annule tout»), la comparaison avec la France n'est pas si saugrenue. Les deux présidents prétendent aimer la compagnie des femmes, en politique, et vouloir dépoussiérer les mauvaises habitudes de leurs pays respectifs. Le président français s'était moqué d'une Cour de cassation composée d'hommes en gris alignés comme des petits pois («Je regardais la salle, je voyais 98% d'hommes (...) qui se ressemblaient tous, mêmes origines, même formation, même moule, la tradition des élites françaises, respectables, bien sûr, mais pas assez de diversité") ; le Russe a imposé des jeunes femmes (et pour la plupart d'anciennes sportives de haut niveau) sur les listes électorales des dernières élections législatives, en décembre 2007. Mais ces gestes ressortent-ils encore de la politique, ou déjà de l'esthétique et du spectacle ? Quant au Moskovski Korrespondant, il vient d'annoncer sa fermeture, après s'être excusé auprès du Kremlin, mais en affirmant que sa suspension tenait uniquement à des problèmes financiers, et surtout pas politiques...