Cachez ces poils pubiens que nous ne saurions voir

Posté par : Sylvie Braibant

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Comme on est jamais si bien servi que par soi-même, l'artiste Leena McCall pose elle même la question au monde entier, via son compte twitter : "cette peinture est-elle dégoutante ?"

Il y en a eu bien peu pour répondre que oui - ce portrait est une bluette comparé à l'origine du monde de Courbet accrochée pour l'heure dans son village natal d'Ornans ou encore à sa transposition masculine imaginée par Ornan. Mais à l'évidence pour les administrateurs de la Mall Galeries - auto-proclamés "champions du nouvel art figuratif contemporain interprété par des artistes vivants, dont le but est de promouvoir, d'inspirer et d'éduquer les publics aux arts visuels" -, il n'y a rien de plus pornographique que cette représentation de "Miss Ruby May, debout". La toile a été retirée de l'exposition proposée pour la 153ème fois par la Société des femmes artistes. On croit à un gag, n'est-il pas ?

Malheureusement, il se trouve encore des censeurs intraitables, et on a comme l'impression que leur position se renforce en ces temps peu propices à l'émancipation des esprits et des personnes. Voici comment nos fameux promoteurs londoniens des artistes vivants expliquent leur décision : "Comme organisme de bienfaisance voué à l'éducation et aux arts, nous avons une responsabilité envers les enfants et les adultes vulnérables qui se promènent dans nos travées. Après un certain nombre de plaintes visant explicitement ce tableau et après avoir pris en compte le fait qu'il se situait sur chemin emprunté par les enfants vers notre centre d'enseignement, nous vans demandé que le tableau soit enlevé." Ni plus ni moins. L'objet du "délit" n'a même pas été déplacé dans une autre pièce…

La Société des femmes artistes a pris ses distances, par les mots de sa secrétaire exécutive : "Nous pensions que cette toile était belle, et que la composition était admirable. Nous n'y avons rien vu de mal. Si seulement nous avions pensé que quelque chose n'allait pas, nous ne l'aurions pas choisie. L'espace de la Mall Galeries est de notre fait le temps de l'exposition. Le musée n'a pas jugé bon de nous demander notre avis.'"

 

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Le Guardian britannique, qui a été le premier à médiatiser ce qui est au mieux une imbécilité, au pire un acte de barbarie artistique, apostrophe ainsi les bons samaritains de l'art honorable : n'avez-vous jamais été vous promener juste à côté à la National Gallery, pour y contempler Cupidon empoignant fermement et joyeusement le sein de Vénus, scène immortalisée par Bronzino (qui sévit au 16ème siècle, en toute impunité). N'êtes vous pas allés faire un tour à la Tate Gallery pour y voir le double portrait nu de Stanley Spencer où l'artiste offre (en 1936) au regard du public cette double offense de son pénis et du sexe poilu de sa femme ?

Sont-ce les activités de Ruby May, dont auraient eu connaissance les organisateurs, qui auraient fait de son portrait, une diablesse personnifiée ? Leena McCall a répondu : 'Ruby May anime des ateliers érotiques. Et elle est très fière de ses poils pubiens, habituellement aujourd'hui si souvent épilés, couverts, ou évacués des représentations contemporaines du corps féminin." Ainsi donc, ce serait cela la pornographie, les poils des femmes, dans ces temps où la fourrure de leur sexe doit être éradiquée parce qu'impure… Une injonction des hommes à laquelle malheureusement aujourd'hui se plient bien des femmes.

L'artiste voulait d'abord montrer "comment les femmes choisissent d'exprimer leur identité sexuelle au-delà du sempiternel regard masculin". Sa sollicitation cybernétique aux internautes pour la soutenir ou la condamner a reçu un écho exponentiel, autour des deux mots clés #eroticcensorship et de @mallgalleries. Il a suscité le débat et les imaginaires, bien au delà de ce que Leena McCall aurait pu espérer, comme celui de @RamonCasha qui demande à la peintre de l'excuser pour ce détournement.

 

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La religion s'empare des juges de la Cour suprême. Les Américaines en font les frais

Posté par : Sylvie Braibant

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Le Hobby Holly n'a décidément rien à voir avec le Hula Hoop, même si ça fait aussi tourner les têtes. Selon le New York Times, la décision prise lundi 30 juin 2014 par la Cour suprême "est profondément consternante". Et comme l'on dit, c'est un euphémisme élégant pour qualifier un obscurantisme décrété par une brochette d'hommes que le capitaine Haddock aurait apostrophé de "bachibouzouks". 

L'éditorialiste de ce quotidien qui balance plutôt pour les démocrates, poursuit, après " Limiter les droits en imposant la religion aux travailleurs ", un titre sans équivoque : "C'est la première fois qu'une Cour autorise des entrepreneurs, en raison de leurs convictions religieuses, à refuser à leurs employés un acquis fédéral, marquant ainsi un changement radical dans l'histoire des résistances du haut tribunal aux exceptions religieuses réclamées contre des lois "neutres", qui plus est quand ces exceptions pourraient porter atteinte à beaucoup de personnes."

 

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La décision dite du Hobby Lobby dont le nom passera certainement à la postérité a déferlé comme un électrochoc sur les médias américains, et a déclenché un bruyant tohu-bohu sur la toile.

L'affaire avait été portée devant la justice dès la promulgation de l'obamacare, la réforme de santé voulue par le président des Etats-Unis, afin de mieux couvrir les besoins en santé de la population. Deux sociétés, la Hobby Lobby, une chaine de boutiques d'artisanat, et la Conestoga Wood Specialties, une ébénisterie, refusaient de prendre en charge, comme la nouvelle loi les y oblige, le remboursement de vingt moyens de contraception, y compris la pilule du lendemain (assimilée par certains à une méthode d'avortement). En vertu de la loi sur la liberté de religion, "l'obligation faite aux plaignants de prendre en charge l'assurance santé de la contraception est illégale", écrit le juge Samuel Alito, dans la décision de la Cour suprême adoptée par ses cinq juges conservateurs, et surtout cinq hommes, contre ses quatre juges progressistes. Rien dans la loi sur la liberté de religion ne distingue une entreprise commerciale d'un individu, estime la Cour suprême, ajoutant : "les régulations du ministère de la Santé imposant une couverture obligatoire pour la contraception viole cette loi".

La juge  Ruth Bader Ginsburg, nommée par le président Clinton en 1993, l'une des 100 femmes les plus influentes du monde selon le magazine Forbes, a immédiatement dégainé, autre fait rarissime parmi cette petite cohorte habituellement confite en réserve : "l'effet immédiat de cette décision sera de nier à des milliers et des milliers de femmes une couverture sociale de leur contraception et ainsi de leur refuser liberté et bien être dans leur choix d'enfanter ou pas."

 

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A sa suite, une clameur féministe a recouvert le bruit triomphal des furi-e-s de bénitier. "Cinq raisons qui font du Hobby Lobby un tissu d'idioties (non compris les cinq types qui ont voté pour…)" titre ainsi le site Medium.com (créé pour "brasser les idées").  Et d'énumérer :


"1 - La Cour suprême vient de donner des droits entièrement nouveaux aux corporations.
2- C'est une pente glissante.
3 - Cela affecte des tonnes de personnes.
4 - C'est un retour en arrière absolu.
5 - C'est quoi ce délire de tribunal activiste ?"

La féministe Soraya Chamaly qui traque les absurdités de "genre" dans les médias, les discours politiques, les sermons, etc, signe pour Time magazine une tribune sans concessions :

"La Cour suprême édicte des règles en faveur du patriarcat, pas de la démocratie." Et de poursuivre : "Que la Cour ait jugé ainsi ne devrait surprendre personne. Ce qui devrait surprendre, c'est que nous négligeons systématiquement de prendre en compte le fondamentalisme religieux et patriarcal, sa collusion avec la Constitution des origines et ses discriminations à l'oeuvre dans notre système politique. La plupart des analystes de ce nouveau cas écriront leurs hypothèses à l'aune de deux hypothèses fondamentales, et fausses : 1) que la loi et la Cour sont neutres et 2) que nous ne devons pas prendre en compte les convictions religieuses intimes des juges et des politiciens, même si elles vont ouvertement à l'encontre des femmes. Il s'agit d'un jugement. Et les jugements sont issus des normes. Et les normes sont basées sur les préférences individuelles. La Cour est constituée de personnes qui ont des croyances implicitement ou explicitement exprimées."

 

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A l'opposée, la très "bon chic bon genre" Teresa Mull, qui exprime ses opinions dans les pages de l'ultra conservateur Human Events, se lâche contre les militantes des droits des femmes : "La décision de la Cour suprême fait ressortir le pire du féminisme. L'Internet regorge de colère et d'hystérie illogique féministe à l'encontre de la décision du 'Hobby Lobby case'. Les 'mégères' n'ont pas eu gain de cause, et cela fait sortir d'elle le pire du pire." Et elle achève sa diatribe par une insulte ouverte  : "Ok, je comprends. C'est surtout que les féministes ont tellement peur, en procréant, de produire des humains comme elles. Et moi aussi, disons le, j'ai peur de ça."

Laissons le mot de la fin à A Aryeh Perez, qui se présente comme un activiste LGBT, vétéran de la guerre d'Irak, et qui appelle, comme d'autres sur Twitter, au #HobbyLobbyBoycott

 

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Après les coups de boutoir féroces contre le droit à l'avortement dans de nombreux Etats du Nouveau monde, après les assauts des masculinistes réunis en conférence internationales à Detroit les 27 et 28 juin , ("un conglomérat de mâles blancs sur le retour", comme les appelle Monica Hesse du Washington Post),  la contre offensive s'organise, mais s'annonce rude. Où l'on voit que désormais la guerre ne passe plus entre les sexes, mais comme en Europe, entre les ultra-réactionnaires d'extrême droite, toutes religions et genres confondus, voire athées convaincus, et les promo-trices-teurs de ce beau mot d'émancipation.

Hillary Diane Rodham Clinton elle même en personne

Posté par : Sylvie Braibant

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C'est à un plongeon vertigineux que nous convie la toile américaine et au delà pour la sortie du livre d'Hillary Clinton, ouvrage de campagne, celle pour la présidentielle américaine de 2016, derrière laquelle se rangent les réseaux sociaux planétaires. Avec raison, puisque comme le disait voilà peu le comédien français Francis Huster, à l'occasion d'une hallucinante interview ("Je pense que le monde a besoin d’un patron. Je suis terrorisé, estomaqué par le fait que Barack Obama a peut-être oublié d’être ce patron. Il doit être patron du monde. Parce que si les États-Unis n’ont pas un patron, le monde tremble"), le/la président-e des Etats-Unis, est aussi celle/celui du monde . Evidence actée.

Si vous entrez ‪@HillaryClinton‬ sur le gazouillis mondial, c'est un flot continu de réactions qui s'épanchent sur la dernière production livresque de l'ex secrétaire d'Etat du président Obama, de l'épouse de, de la mère de. Au delà des spéculations que cette parution relance sur la candidature d'Hillary Clinton à la présidentielle, la première constatation qui s'impose c'est que le sexe de la future (ou pas) cheffe du monde n'entre pas pour rien dans les commentaires absurdes, imbéciles, ridicules, odieux, dangereux, j'en passe et des meilleurs, qui entourent la sortie de ce livre, dont on avait ressenti les frémissements à l'occasion des 'sorties' de Monica Lewinsky et de Diana Blair, ce qui en disait déjà assez long sur la manière d'envisager la candidature d'Hillary Clinton à la succession de Barack Obama.

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Les anathèmes qui avaient accompagné la course puis l'élection du premier candidat noir à la Maison blanche devraient avoir peu à envier à ceux qui vont fleurir d'ici novembre 2016. En 2008, le futur président était accusé d'être la cinquième colonne du terrorisme moyen oriental.  Aujourd'hui Hillary Clinton, première prétendante vraiment sérieuse au titre de présidente, malgré les tentatives 'avortées' (oups) ultra conservatrice désinhibée Sarah Palin, est dénoncée d'à peu près tous les maux de la terre comme le relève le magazine iconoclaste Mother Jones dans un article édifiant : "Guide définitif (jusqu'à la prochaine fois) de tout ce dont est responsable Hillary Clinton selon les théoriciens conspirationnistes. De l'assassinat de chats à la fausse commotion cérébrale, relevé de tous les actes ignobles attribués à l'ancienne secrétaire d'Etat et première dame".

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Petite revue des horreurs supposées, la plupart à caractère sexuel, d'Hillary, et qui furent parfois relayées par de la "vraie" presse :


- Hillary se serait mariée avec Bill pour masquer son homosexualité ;

- Hillary serait à l'origine du meurtre et non pas du suicide de l'ancien chef de l'équipe de la Maison blanche de Bill, tué parce qu'il aurait eu une affaire avec la première dame ;

- Hillary aurait fait disparaître le chat d'une de ses anciennes 'gouvernantes' ;

- Bill ne serait pas le père de Chelsea mais un avocat général du nom de Webb Hubbel

etc, etc….


On peut donc s'attendre au pire et même au pire du pire, à contempler, la nausée aux lèvres, les Unes du New York Post, tabloïd ultra conservateur qui pilonne Hillary Clinton à longueur de numéros et qui va certainement augmenter la cadence…

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Du livre lui même, recueil de confidences, en 635 pages, des années de l'ancienne secrétaire d'Etat (l'équivalent de notre ministre des Affaires étrangères),  finalement peu d'échos (Hard Choices - difficiles choix -, est traduit en français par Le temps des décisions)  : "La plupart des dirigeants étrangers sont plus calmes en privé qu'en public. Pas Sarkozy. Il était encore plus théâtral - et divertissant - en privé" écrit-elle à propos de l'ancien président français. Angela Merkel, "une femme au tempérament quasiment opposé à celui de Sarkozy", à propos de la chancelière. L'Iranien Mahmoud Ahmadinejad, mais il a disparu de la scène, "un coq belliqueux pavanant sur la scène internationale". Vladimir Poutine "irritable et autocratique", assène-t-elle plus loin.

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Un livre qui a séduit le New York Times (aussi favorable aux démocrates que le New York Post leur est hostile) : "Le livre lui-même  se révèle un travail subtil, finement calibré, qui dresse un portrait de l'ancienne Secrétaire d'État et ancienne première dame un animal politique, mordue et solide." Qui remarque plus loin que Mme Clinton sait apprendre de ses erreurs.

D'autres femmes avait été envoyées en poissons pilotes ou requins à l'approche de la sortie des mémoires de Mme Clinton voilà quelques semaines. Monica Lewinsky, la stagiaire dont la relation "inappropriée" avec le président Clinton avait mis le pays à feu et à sang, était sortie de son silence, en jeune femme repentie et amère.  "Est-ce que je devais mettre ma vie encore entre parenthèses pour encore 8 à 10 ans ? ", écrit-elle dans un long texte publié dans le magazine Vanity Fair.

 

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D'outre tombe, Diane Blair, professeur de sciences politiques en Arkansas, décédée en 2000, confidente de l'ex première dame, accable son "amie" en mégère impitoyable (encore un stéréotype "femme" n'est-il pas ?). Des amabilités révélées avec délices par le Washington Free Beacon autre site très peu enclin à soutenir Hillary Clinton.

Les fans auront fort à faire même s'ils ont déjà fait leur "coming out" dans des cafés qui s'affichent pour elle, dans des hymnes composés à sa gloire, et sur des affiches qui frôlent le culte de la personnalité. Mais chut, il n'y aura pas de décision avant 2015, a-t-elle confié  à qui voulait l'entendre lors de cette tournée de promotion livresque… qui ressemble à s'y méprendre à un début de campagne.

Sur ABC, interview (en anglais) d'auteure ou interview de candidate ? A vous de dire...

Tous aux abris ! Les ouragans soufflent plus fort au féminin qu'au masculin

Posté par : Sylvie Braibant

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Il faut bien reconnaître que lorsqu'on a lu la dépêche de l'Agence France presse, on a regardé si le 1er avril était déjà loin derrière nous. Et puis en se voyant confirmer que nous étions bien le 2 juin 2014, on s'est pincée pour être sûre qu'on ne rêvait pas. L'information est bien plus sérieuse qu'il n'y paraît et pourrait avoir des conséquences dramatiques en matière d'égalité des sexes. Ou pas. C'est qu'il faut avoir un peu la tête à l'envers pour l'appréhender. Des chercheur-e-s sont parvenu-e-s à une conclusion en forme de diktat au sujet des ouragans destructeurs à répétition et sans doute plus nombreux à l'avenir. Ils ne demandent pas qu'on réfléchisse à des nouveaux modes de vie et de consommation pour réduire le réchauffement climatique. Ils ne demandent pas qu'on repense les moyens de transport ou de production industrielle pour limiter les gaz à effet de serre. Ils nous enjoignent à ne baptiser que de prénoms masculins les déferlantes cycloniques qui balayent les côtes, qu'elles soient américaines, asiatiques ou européennes.

"Un ouragan avec un nom à consonance masculine cause en moyenne 15,15 morts tandis qu'un ouragan avec un nom féminin tue environ 41,84 personnes". Vous avez bien lu. Cette phrase est extraite d'une étude parue dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), revue éditée depuis 1915 pour être la caisse de résonance de la très officielle Académie américaine des sciences. Il n'y a pas de point d'interrogation à la recherche menée : "Female hurricanes are deadlier than male hurricanes - les ouragans femelles sont plus meurtriers que les ouragans masculins" - notez que le titre a éliminé l'appellation pour ne garder qu'une notion sexuée des éléments déchainés, ce qui pourrait induire en erreur un quidam pas bien informé : quoi donc, les ouragans pourraient se pacser et avoir des gosses en dehors du mariage ?.

L'étude n'est malheureusement accessible qu'en lien payant mais on peut quand même s'en faire une idée grâce à la note d'intention et à l'extrait publiés.


Note d'intention : "Les météorologues et les scientifiques de la terre ont appelé à une plus grande attention portée sur les facteurs sociaux pour l'élaboration de réponses aux catastrophes naturelles. Nous avons donné suite en jetant un éclairage sur des facteurs sociaux inexplorés, des prévisions liées au genre, à partir du bilan humain des ouragans auxquels on a donné des noms clairement sexués. Les ouragans à prénoms féminins (au contraire des ouragans au masculin) entrainent de façon signifiante plus de morts, parce que, semble-t-il, ils conduisent à une perception amoindrie des risques et par conséquent à une préparation moins efficace. Si l'on use de noms comme Eloise ou Charlie pour désigner les ouragans, c'est parce que les météorologues pensaient ainsi mieux faire passer l'information autour des tempêtes. Or nous voyons que cette pratique puise aux stéréotypes de genre très répandus, avec des conséquences potentiellement mortelles. Les analyses de notre recherche sont à discuter pour mieux comprendre et façonner les réactions humaines face aux catastrophes naturelles."

C'est vrai ça : est-ce qu'on va me faire me calfeutrer en m'annonçant que cette très chère Eloise va frapper à ma porte dans une demi heure ? Ou vais je descendre à la cave à la perspective de ce coquin de Charlie décidé à me rendre une visite impromptue ?  

Extrait : "Les gens jugent-ils les risques tempétueux et ouraganesques à l'aune de réflexes de genre ? Pour répondre à cette question nous nous sommes appuyés sur plus de six décennies de taux de mortalité consécutifs aux ouragans, aux Etats-Unis, pour montrer que les noms féminins attribués aux tempêtes entrainaient plus de morts que les masculins. Les expérimentations montrent que c'est parce que le sexe des noms entraine inconsciemment une interprétation de  l'indice de sévérité de l'ouragan à venir, et donc des réponses plus ou moins appropriées face aux risques imaginés. Cela entraine donc une malheureuse et inattendue conséquence des noms d'ouragan selon leur genre, à prendre en compte de façon importante par les politiciens, les médias, et tous ceux concernés par la communication et la prévention des ouragans."

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Sharon Shavitt (elle porte un prénom féminin quoiqu'on ne sache pas si dans la vie elle est  ou non une tornade) a co-signé l'étude. Elle est professeur en marketing dans l'Illinois et on se demande bien ce que le marketing vient faire au milieu des ouragans (est-ce qu'on va les vendre ?)… Ca ne l'empêche pas d'être formelle et de donner des leçons de savoir vivre aux responsables américains, citée dans les colonnes de Usa Today : " Lorsqu'ils doivent juger de la gravité d'une tempête, les gens appliquent leurs croyances sur les comportements féminins et masculins. Cela fait qu'un ouragan nommée au féminin, surtout lorsqu'il est affublé d'un prénom aussi féminin que Belle ou Cindy, peut apparaître comme particulièrement gentil et moins violent." Et moi qui connaissait une peste prénommée Cindy et une terreur appelée Belle !

Inutile de dire que l'affaire fait polémique, méthode et résultats contestés ou applaudis. "Très problématique et trompeur", accuse un universitaire de Floride, "hasard statistique" constate le directeur du Centre national de la recherche atmosphérique. Les reproches portent sur l'élimination de cataclysmes jugés trop meurtriers par les statisticiens (Katrina 1500 morts en 2005 ou Audrey, 400 en 1957, ils auraient pourtant pu enfoncer le clou de la thèse) ou de ceux qui ont frappé ailleurs qu'aux Etats Unis (Mitch, 19000 morts en Amérique centrale en 1998 - il aurait amené à des conclusions exactement contraires à lui tout seul). D'autres experts plus pragmatiques commentent les conclusions masculin/féminin d'un "on ne sait jamais" ou "faut voir".

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On apprend à cette occasion que c'est l'Organisation mondiale de météorologie qui choisit les noms des tempêtes à venir, plusieurs années à l'avance, sans savoir combien il y en aura, encore moins de quelle intensité elles seront. Du début des années 50, à la fin des années 70, seuls des prénoms féminins furent choisis. Et là les explications divergent. Les tenants de la version officielle disent que c'est parce que selon la croyance populaire "les humeurs des femmes sont aussi imprévisibles que les tempêtes", et donc hop prénom féminin à toutes ces méchancetés tombées du ciel (ce qui est assez contradictoire avec l'hypothèse "douceur du féminin" de l'étude susmentionnée).

La version alternative indique que parce que les scientifiques étaient majoritairement des hommes et qu'ils adoraient leurs découvertes (tous domaines confondus), ils les affublaient d'un petit nom féminin (les homosexuels auraient pu choisir ce biais pour faire leur "outing"…). Mais depuis l'émergence du mouvement féministe, la météorologie mondiale aurait décidé, pour éviter d'être taxée de sexisme, de baptiser les ouragans d'un prénom tantôt féminin, tantôt masculin.

Le plus drôle dans l'histoire c'est que s'il y a des éléments qui oscillent d'un genre à l'autre au gré des langues, ce sont toutes ces choses qui peuplent l'univers : le soleil est la soleil en russe ou en allemand. Tandis que la lune, est le lune en russe ou en allemand. Et comme on le sait, ces deux là se font une joie de manipuler les vents, les nuages et autres tsunamis.
Il y a aussi ce concept céleste, plus meurtrier à lui tout seul que tous les cataclysmes réunis, Dieu, l'a-t-on appelé. Un nom au masculin, dans toutes les langues. Information à transmettre d'urgence aux auteurs de l'étude…

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Quand la misogynie tue, on invoque la maladie mentale

Posté par : Sylvie Braibant

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Dans son analyse pour le Guardian (cet excellent quotidien britannique), Jessica Valenti s'insurge :  "Réduire la tuerie d'Isla Visat en Californie à l'accès délirant de maladie mentale d'un homme seul serait une erreur."

Vendredi 24 mai, durant la nuit, un jeune homme lourdement armé tue six personnes et en blesse grièvement plus de dix autres, sur le campus d'une petite université tranquille de Californie, indiquent les faits dans leur froide énumération. Tuerie habituelle propre aux Etats Unis, conséquence du surarmement des citoyens outre-atlantique, folie, maladie mentale, voilà les commentaires qui ont circulé après ce nouveau "fait divers". Mais, en Amérique du Nord, comme en Europe, des commentaires ont infléchi l'analyse, tant Elliot Rodger, ce tueur de 22 ans (à la Une de The Independent, il a une tête d'ange...), semblait être programmé pour passer à l'acte, et éliminer d'abord des femmes.

 

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Voici ce que l'assassin disait avant de prendre son arme et de s'en aller rayer de la terre quelques humaines indignes de vivre :


"Cela n'est pas juste. Vous les filles, n'avez jamais été attirées par moi. Je ne sais pas pourquoi vous ne l'avez jamais été, mais je vais vous punir, toutes autant que vous êtes pour cela. (.../...)
Je vais vraiment toutes vous punir" (dit-il encore une fois et il se met à rire).
Le jour du châtiment je vais entrer dans la "sorority house" [la maison de la 'sororité' (le pendant de la fraternité, ndlr) organisation étudiante féminine] la plus chaude de UCSB [université californienne], et je vais massacrer chaque salope blonde gâtée et coincée que je verrai à l’intérieur. Toutes ces filles que j’ai tant désirées, elles m’auraient toutes rejeté et m'aurait regardé de haut comme un être inférieur si je leur avais fait des avances sexuelles. Alors qu’elles se jettent dans les bras de ces brutes odieuses. Je vais prendre un grand plaisir à vous massacrer toutes. Vous allez finalement voir que c’est en réalité moi qui suis un être supérieur. Le vrai Mâle Alpha."

Et c'est ce qui a immédiatement fait réagir nombre de consoeurs/confrères aux Etats-Unis ou au Canada, pays où le masculinisme, ou encore le Men's Rignhts movement, a trouvé à s'assoir tragiquement avec une tuerie qui reste dans la mémoire jusqu'aujourd'hui, commémorée d'année en année.

Le mâle alpha…  Ce modèle décliné à longueur de sites masculinistes faisait rêver Elliot Roger. Il les consultait sans cesse. Ce garçon fragile s'abreuvait donc à cette prose haineuse, si facile à trouver sur la toile, et si abondante que le Southern Poverty Law Center a choisi de la mettre sous surveillance de la même manière que les racistes, antisémites et autres nazillons de tout bois que l'on ne traite pas habituellement de malades mentaux, ou alors en plus de tout le reste. Le Southern Poverty Law Center est une association américaine reconnue pour ses travaux de surveillance sur l'extrême droite et les associations (généralement d'extrême droite ou religieuses) prônant la haine aux États-Unis.

La féministe canadienne Anne Theriault résume parfaitement ce malaise qui entoure les explications autour d'un tel nouveau massacre : "Nous ne savons pas si Elliot Rodger était malade mentalement. Nous ne savons pas s'il était fou. Mais nous savons qu'il était désespérément seul et malheureux, et que le Mouvement des Droits des hommes (expression générique qui rassemble cette nébuleuse de masculinistes) l'a convaincu que ce malheur et cette solitude avait été causé intentionnellement par les femmes. Parce que c'est précisément cela qu'a fait le Mouvement des droits des hommes : répandre la misogynie, répandre la violence, et par dessus tout, répandre le sentiment de droit absolu des hommes sur le corps des femmes."

Anne Theriault sait de quoi elle parle, depuis le grand voisin septentrional des Etats-Unis.  Le 6 décembre 1989, Marc Lépine, "masculiniste" canadien, avait ouvert le feu sur le campus de l'école polytechnique de Montréal, ne prenant pour cible que des femmes. Il fit 14 victimes. Dans la lettre qu'il écrivit avant de se donner la mort, il répétait sa hargne contre les féministes. Il jugeait ces dernières opportunistes et passéistes, voulant "conserver les avantages des femmes [...] tout en s'accaparant ceux des hommes". Une antienne reprise par Anders Behring Breivik, l'exterminateur norvégien néonazi de jeunes socialistes en juillet 2011. Dans son manifeste de plusieurs milliers de pages  Breivik dénonçait "la transformation culturelle européenne souhaitée par les marxistes" vissant à "émasculer les derniers bastions de domination masculine".

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Photo des victimes du massacre de Montréal - Source : Blogue de Nicole Simard

Intéressant de noter au passage les passerelles idéologiques entre ces mouvements d'hommes, ces clubs de combattants virils à la Fight Club et les nervis d'extrême droite…  La très politique féministe Melissa McEwan a tweeté le 25 mai au matin : "Balayer la misogynie violente en la qualifiant de folle est une belle façon de dire que la misogynie violente est un problème individuel et pas culturel." Elliot Rodger ce combattant de la guerre des sexes, raciste par ailleurs, s'est suicidé, sa vindicte commise...

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Comme un feu qui prend et qui s'atise tout seul, derrière le hashtag #YesAllWomen, les féministes du monde entier dénoncent désormais sur les réseaux sociaux la portée misogyne de cette équipée meurtrière.

Pour mémoire, Catherine François revient sur les circonstances du massacre maculiniste de l'Ecole polytechnique de Montréal, à l'aune de ce nouveau carnage masculiniste....

 

Jean-Louis Hurst, le déserteur éternel

Posté par : Sylvie Braibant

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Jean-Louis Hurst avec Didar Fawzy, lors d'une manifestation à Paris en 2001

L'Algérie ne le quittait jamais. Elle avait traversé son enfance - il y avait vécu quelques mois lorsque son père, officier réserviste, décida de quitter la France en 1940 avec sa famille, pour rejoindre de l'autre côté de la Méditerranée les militaires convaincus d'entrer en résistance contre l'occupant nazi. Il avait alors à peine plus de  5 ans, mais ces habitant-e-s, ces paysages somptueux et austères du Constantinois le marqueront à jamais.

L'après guerre sonne le temps de la première rupture, avec son père qui, à l'instar d'autre résistants, passe du statut de héros à celui de traître, en troquant le refus du fascisme pour celui des indépendances qui s'éveillent partout dans l'Empire colonial, ce père qui ira jusqu'à s'engager pour que l'Indochine reste française.

Un voyage au Moyen Orient le ramène vers les parfums de la Méditerranée, les rocailles et cette végétation sévère qu'il affectionnait tant, se moquant plus tard de ce "vert idiot des campagnes françaises". Il s'y frotte en même temps au socialisme appliqué des Kibboutz et à la condition des Palestiniens chassés hors de leurs terres.

Il s'éveillera décidément avec la guerre d'Algérie, il a 20 ans lorsque "les événements" tels qu'on les appelait alors enflamment les deux rives de la Méditerranée, l'âge de partir dans les Aurès, comme le recommande alors le Parti communiste français auquel il a adhéré, qui n'en a pas fini non plus avec ses ambiguïtés coloniales. Instituteur, et comme son père, officier de réserve, il ne partira pas. Ruptures encore : il désertera, l'armée et le parti communiste dans un même geste, passant en Suisse et en Allemagne, là où des filières de soutien au combattants indépendantistes se mettaient en place. Il écrira alors l'un des livres qui marquèrent un tournant de cette salle guerre, tout à la fois manifeste politique et mode de vie, Le Déserteur, signé du pseudonyme Maurienne (du nom d'un massif montagneux), hommage au Silence de la mer de Vercors (autre montagne tenue par les maquisards, pseudonyme de Jean Bruller), oeuvre coup de poing de la Seconde guerre mondiale. Le Déserteur parut aux éditions de Minuit, celles qui avaient publié la Question d'Henri Alleg, sur la torture systématique pratiquée par l'armée française en Algérie - et aussi bien sûr Le Silence de la mer. Comme la Question, le Déserteur fut interdit (mais plusieurs fois réédité). Trop tard pour empêcher qu'il marque les esprits. Des dizaines de jeunes appelés désertèrent à sa suite.

 

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C'est lors de l'un de ses passages dans l'une des bases arrières des porteurs de valises, ces Français qui entrainés par Francis Jeanson d'abord, puis par Henri Curiel, se mirent au service du FLN algérien, à Francfort, qu'il rencontra Heike. Militante elle aussi, Heike Hurst deviendra l'une des grandes plumes de la critique cinématographique, souvent pensée d'un point de vue féministe (Heike Hurst est morte en 2012). Ils s'installeront ensemble en Algérie devenue indépendante en 1962. Annik naît en 1964, une fille chérie dont Jean-Louis parlait sans cesse avec émerveillement, peut-être pour compenser la désertion paternelle dont il fit quelque peu preuve au fil des ans.

A Alger, il est un "pied rouge", cette expression inventée en miroir inversé des pieds noirs de la colonisation. Il fait merveille comme pédagogue et organisateur lors de "chantiers de jeunesse", de travail volontaire, projet socialiste, menés dans les montagnes de Kabylie, aux côtés de l'exceptionnelle Didar Fawzy. Auprès de cette native d'Egypte, il rencontra Henri Curiel, et oeuvra aussi pour les mouvements de libération nationale qui fleurissaient partout dans le monde contre les colons et contre les dictatures. Ses anciens élèves lui gardent jusqu'aujourd'hui un amour intact. Déjà trop âgé, trop loin de France, mai 68 lui échappe.

Il finit par quitter l'Algérie, quelques années après la destitution de Ben Bella, parce qu'il ne s'y reconnaissait plus, une nouvelle rupture tant dans sa vie de militant qu'amoureuse. Rentré en France, il réintègre l'éducation nationale, propose des exercices peu en phase avec une France encore sclérosée, fait tourner un film à ses élèves sur la peine de mort, chronique d'un divorce annoncé avec l'enseignement qui se concrétise en 1972. Nouveau départ avec le quotidien Libération, lancé par Jean Paul Sartre en 1973. Il y suit les questions d'éducation mais aussi ces sujets aveugles du journalisme, comme la vie dans les foyers de travailleurs immigrés et les premiers soubresauts d'une jeunesse exclue dans les banlieues françaises. Jusqu'à cette année 1978 - 4 mai 1978, assassinat d'Henri Curiel en France, et en décembre longue agonie du président algérien. Le journal l'envoie en Algérie - ce retour est un choc, sa plume s'assèche incapable de se soumettre aux images qui l'assaillent. Comme pour ce livre sur les Pieds rouges tant de fois commencé, tant de fois suspendu. Qui ne pouvait être que le sien. Cette dernière séparation, longue à s'installer, celle d'avec Libération - douleur intense. Sa participation remarquée au film de Richard Copans, les Frères des frères et un nouveau passage en Algérie pour accompagner l'une des projections ne pouvaient enrayer le mal-être.

Sa radicalité, publique et privée, le rendait bien sûr invivable, cassant. Mais il était passionné, généreux aussi, et si désireux de transmettre. Entre autres, deux souvenirs très personnels : en 1979, j'entamais aux côtés de l'écrivain Gilles Perrault une enquête sur Henri Curiel ("Un homme à part", Fayard, 1984, réédité en 2006), cousin germain de mon père, dont on sait aujourd'hui qu'il fut tué en mai 1978 par des mercenaires français. J'interrogeais longuement Jean-Louis. A un détour de l'entretien il me lança : "je pense à ta curieuse carrière qui commence sur le dos d'un cadavre". Des années plus tard, je partais sur les traces d'Elisabeth Dmitrieff, communarde russe, pour un autre livre. Elle avait eu comme professeur sur ses terres natales du sud de Saint Petersbourg Modeste Moussorgski dont j'étais ignorante. Un opéra où il m'entraina et des heures de discussion plus tard, j'étais imprégnée de la musique de ce compositeur révolutionnaire. Je lui dois ce qui me semble être, aujourd'hui encore, de très belles lignes.  

Il est mort le 13 mai 2014, à l'âge de 79 ans. Il sera inhumé en Algérie, cette terre où il fut si heureux et qu'il n'avait jamais réellement quittée.

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Jean-Louis Hurst avec Mark Kravetz et Daniel Cohn-Bendit à Libération - © Christian Poulin

 

Une archive de l'Ina où l'on voit Jean Louis Hurst de "Libération" interpeller Paul Mercieca, député maire communiste de Vitry sur Seine, pour des expulsions de travailleurs immigrés menées en 1981...

 

Au lendemain de l'inhumation de Jean-Louis Hurst (mercredi 21 mai 2014) dans le cimetière chrétien algérois de Diar Essâada, en un ultime hommage, le quotidien El Watan faisait sa Une sur cet événement où à l'initiative de Luc Chaulet (fils de Pierre et de Claudine, autres résistants combattants aux côtés des Algériens pour leur indépendance), la petite foule réunie à entonner l'autre déserteur, celui de Boris Vian.

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On l'ôte, on le remet, on l'accommode, le vêtement arme de contestation en Iran

Posté par : Sylvie Braibant

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Presque aussi vite que le #BringBackOurGirls lancé depuis le Nigéria  pour demander la libération des lycéennes enlevées par les extrémistes de Boko Haram, le #MyStealthyFreedom parti d'Iran a fait le tour de la toile en quelques jours. Mais au fait, ces "gazouillis" partent-ils vraiment de leurs origines affichées ? Oui sans doute, non peut-être aussi, tant le melting pot des réseaux sociaux ne permet plus de discerner qui écrit d'où et quoi…  Voici donc "ces instants de liberté arrachée" (traduction approximative de l'expression anglaise) par des Iraniennes. Des douzaines de jeunes femmes postent des photos d'elle-mêmes, les cheveux au vent sur les réseaux sociaux autour du thème "Moments furtifs de liberté pour les femmes d'Iran", une page qui a fait fureur et qui s'agrémente d'images venues d'ici, de là et d'ailleurs. Les initiatrices revendiquent une spontanéité déliée de toute arrière pensée politique, juste le reflet d'un ras le bol des restrictions légales et sociales de leurs mouvements et de leurs désirs. "La liberté pour quelques secondes" comme l'écrit l'une d'entre elles.  Et "j'espère juste que la liberté sera bientôt autre chose qu'un moment furtif" écrit une autre.

Quelques jours auparavant, des milliers d'autres Iraniens, hommes et femmes, manifestaient aux antipodes à Téhéran. Ils entendaient protester contre le non-respect du code vestimentaire strict imposé aux femmes dans le pays. "Préserver la chasteté publique, respecter le hijab islamique et la sécurité morale sont des sujets cruciaux qui ne doivent pas être oubliés au prétexte de sanctions économiques ou d’un changement de gouvernement" rappelaient-ils. Mais autres temps, autres lois, ce défilé était interdit par un ministère de l'Intérieur, sans doute incité à se mettre au diapason du vent réformiste qui soufflette sur le pays. Depuis la révolution de 1979, une unité de "moralité", incluse dans les forces de police, était chargée de vérifier le respect des règles vestimentaires par les femmes, vêtements amples, hijab et voile. Même si depuis l'élection de Hassan Rohani à la présidence iranienne, cette police est priée de n'intervenir qu'avec discernement. Un message qu'il a réitéré lors de la Journée de la femme, célébrée en Iran lors de l'anniversaire de Fatima, la fille du prophète, ce 19 avril 2014. D'autant que depuis quelques années, de plus en plus d'Iraniennes arborent des foulards colorés, le front dégagé, d'où elles laissent apparaître de plus en plus de cheveux. Un moyen léger de marquer sa résistance.

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Mais user de son habit pour faire passer un message n'est pas nouveau dans l'histoire récente de ce pays. En avril 2013, un délinquant condamné pour trouble à l'ordre public avait été condamné à être exhibé habillé en femme - déchéance suprême. Pour protester contre cette nouvelle manière de dégrader un peu plus l'image des femmes, des Iraniens ont revêtu des robes et autres chemisiers féminins, et se sont ainsi photographiés pour le plus grand plaisir du buzz interplanétaire.

Un an plus tôt des Iraniennes, en exil, suivant le principe "c'est celui qui le dit qui l'est", avaient enlevé le haut dans une vidéo pour protester contre "les lois islamiques pornographiques qui font de la femme un objet sexuel". Mais il n'est pas certain que l'écho en soit parvenu jusqu'à Téhéran et que la provocation séduise celles qui se coltinent chaque jour avec la réalité - on n'a pas oublié le gouffre qui séparait il y a peu les Femen tunisiennes des féministes "traditionnelles" de ce pays.

 

 
Enfin, les ventes de jeans, déjà fort conséquentes en Iran, ont été certainement multipliés lorsque le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a estimé en octobre 2013 que si "les Iraniens étaient plus libres, ils porteraient des jeans". Aussitôt, milliers de selfies postés sur twitter accomodés du #iranjeans  de jeunes (ou moins jeunes) Iranien-ne-s vêtu-e-s de ce pantalon dont ils/elles ne peuvent plus se passer depuis longtemps…

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De ces bouts de tissu vagabonds que peut-on retenir ? Au minimum que l'Iran n'est pas un monolithe… Mais qui en doutait ?...

Une femme de ménage n’est qu’une vieille chose ? C’est Ueli Maurer qui le dit…

Posté par : Sylvie Braibant

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C’est le monde moderne comme il va : un homme politique suisse fait une (très mauvaise) blague pour faire passer des choses sérieuses (en l’occurrence l’achat du gripen, un avion de chasse suédois, quoique ça a l’air aussi d’une blague cette affaire–là), et voici que tel l’arroseur arrosé, il se retrouve la risée du monde entier via les réseaux sociaux.

Ueli Maurer voulait détendre l'atmosphère à Zoug (une ville aqueuse entre Luzerne et Zuric), où il était venu défendre l’acquisition du Gripen suédois. Au cas où cela vous aurait échappé les Suisses voteront le 18 mai pour approuver ou rejeter le remplacement de leur flotte de vieux Tigers, envoyés au rebut. Et, même si le modèle suédois est moins onéreux que le Rafale français (ahhhh le Rafale…) ou que le Eurofighter anglo-allemano-italo-espagnol, ça va être douloureux pour le porte-monnaie helvète. Du coup, le ministre de la Défense paye de sa personne en tentant de convaincre quelques uns par ici, d’autres par là. Et à Zouc, ils étaient 200. Et parmi les 200, il y en a un qui a « cafté », juste après que le ministre ait lancé :


« Combien d'ustensiles vieux de 30 ans avez-vous encore à la maison ? ». Avant de donner lui-même la réponse : « Chez nous il y en a plus tellement, sauf bien sûr la femme qui s'occupe des tâches ménagères. »

Oups, comme on dit… Et buzz aussi sec. Sauf que personne n’a semblé tellement étonné-e par cette (nouvelle) sortie… Et c’était parti pour quelques réactions bien senties…

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A gauche les toilettes des hommes, à droite les ustensiles de ménage, No comment


La conseillère communale bernoise Lea Kusano (PS) a eu une bonne idée. Elle a appelé les femmes à envoyer des «selfies» (ces autoportraits, via téléphone portable, popularisés par Barcak Obama lors des obsèques de Mandela) afin de montrer au ministre de la Défense que les femmes portent souvent plusieurs casquettes.



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Vous ne connaissiez pas Ueli Maurer ?  Pourtant en Suisse, il est au moins aussi célèbre que son chef-mentor Christoph Blocher ce pilier de l’UDC, parti d’extrême droite mal nommé Union démocratique du centre (ce charmant Christophe Blocher qui soutenait autrefois l’apartheid en Afrique du Sud et salua la mort de Nelson Mandela d’un « Mandela est largement surestimé. » en guise d’oraison funèbre…) Le conseiller fédéral Ueli Maurer fut par ailleurs président de la Confédération en 2013. A ce niveau là, on s’attend au minimum à une certaine prestance… Hélas, cet homme affublé d’un sourire permanent enchaine les boutades sexistes et racistes façon Jean-Marie Le Pen, l’ex-patron du Front national français. En France, comme en Suisse, on a le personnel politique qu'on mérite... 
On offrira au conseiller fédéral à la langue fourchue, cette photo publicitaire du gripen, piquée sur le site de l'avionneur suédois. C'est pas une femme le pilote, là ?

 

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Pire que les tensions entre l'Ukraine et la Russie ? La guerre des WOHM,s contre les SAHM,s !

Posté par : Sylvie Braibant

 

 

Mrenoir

Une guerre traverse les Etats-Unis et personne ne le sait ! Une ignorance dangereuse d'autant que  demain elle pourrait ravager nos latitudes tempérées. Ce conflit ne ressort pas de la géopolitique ni des théories de batailles asymétriques. Et pourtant, si vous entrez dans les moteurs de recherche Internet les mots terribles qui qualifient ces combats sans merci, vous devrez naviguer entre plus de 25 millions de références ! Les "mommy wars" ! Guerres de mamans ! Tous aux abris ! Les missiles sont imprévisibles et il devient de plus en plus difficile de les éviter.


Les WOHM,s attaquent à tis constants les SAHM,s. Et réciproquement. La lutte interminable entre les "work-outside-the-home mom's" (lesmèresquitravaillentàl'extérieur) et "les stay-at-home mom's" (lesmèresquirestentchezelles) n'est pas prête de s'arrêter, tant les médias d'outre-atlantique, mais pas seulement, sont friands de cette haine viscérale entre les deux catégories partisanes. Elle connaît une nouvelle vigueur depuis l'été 2013 avec une série de sondages et d'études qui vienne régulièrement la nourrir.

Meres


Cette fois, sous le titre "Retour des mamans à la maison", c'est The Economist qui ravive les flammes des combattantes avec cette dernière étude du Census Bureau, le bureau américain fédéral de recensement. En 1967, rappelle l'hebdomadaire, les mères qui travaillaient pas étaient encore près de la moitié de la population féminine - 49%. Au début de notre troisième millénaire  elles n'étaient plus que 23%, moins d'un quart. Mais depuis, le mouvement s'inverse. Et pas seulement pour des raisons économiques, sociales ou culturelles. Parmi les mères qui retournent à leurs foyers, celles qui sont les plus nombreuses occupent les deux bouts de l'échelle sociale : les très pauvres et les très éduquées. Et alors même que des études en Amérique du Nord ou en Europe montrent que le taux des femmes qui ont perdu leur emploi depuis le début de la crise en 2008 est inférieur à celui des hommes. Pour de mauvaises raisons d'ailleurs : parce qu'elles occupent des temps partiels, des jobs précaires et moins bien payés…

Le retour "à la maison" de femmes diplômées interpelle plus que celui des très défavorises : celles-là justifient leur non quête d'un emploi parce qu'elles en occuperaient un affreux pour un salaire de misère de toute façon ; les sur-qualifiées expliquent qu'elles sont mariées à des hommes riches et qu'elles n'ont pas envie de travailler… Nul doute que ce sont ces dernières qui vont déclencher de nouvelles foudres des mères au travail.

Spiegel


Dans la revue anglo-saxonne "Parents", les arguments présentés par les unes et les autres sont de toute façon affligeants :
- Une WOHMs dit : "je suis ravie de pouvoir emmener ma fille en vacances grâce à la seconde voiture que nous avons pu nous offrir avec mon salaire, sans lequel cela n'aurait pas été possible".
- Une SHAMs dit : "Quand je travaillais dans la distribution, je pleurais quand je manquais les événements de l'école ou ceux de la famille, uniquement parce que j'avais à travailler".


Et l'épanouissement personnel dans tout cela, et les pères, et l'ouverture vers le monde, etc, etc ???
Le Guardian s'est attaqué, voilà peu, à un sondage quelque peu terrifiant : 92% de touts les mères (c'est à dire les Américaines) pensent que : "il n'y pas de métier plus harassant et plus important que celui de mère !" L'éditorialiste Catherine Deveny s'insurge contre cette assertion en en changeant juste un terme : "il n'y pas de métier plus harassant et plus important que celui de père !" Elle dénonce cette revalorisation, édictée par les femmes elles-mêmes, qui veut inciter les femmes à de recentrer sur leurs fonctions reproductrices en les invitant à aller faire un petit tour comme ouvrière dans des mines de Chine et de Colombie, ou dans des usines textiles d'Inde et du Bangladesh.


C'est la guerre vous dit-on. Et les mots font parfois aussi mal que des balles.

 

Personne ne coupera le doigt levé de Mine Kirikkanat

Posté par : Sylvie Braibant

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C’est le moment de partir. L’Institut du monde arabe vous invite à bord du mythique Orient Express.  Installons nous, fermons les yeux et laissons nous porter jusqu’à Constantinople. Pardon, Istanbul. Le nom a changé plusieurs fois mais c’est la même merveille à contempler, composée de collines, d’eau, douce ou salée, et de villes, mais pas précisément une merveille à vivre.

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Nous voici donc arrivés sur les rives du Bosphore, un peu noyés dans les plus de 14 millions d’habitants de la mégalopole. Et pourtant, dans cette masse humaine, aujourd’hui nous voyons une femme qui semble survoler la ville. Elle se tient debout, l’index de sa main menue brandi bien haut. Il ne fait pas bon de se trouver désigné par ce doigt en colère. Qui fait mouche presque à tous les coups, malgré les tentatives incessantes de le couper. Comme en ce moment.

Mine Kirikkanat est une institution turque, qui vaut le détour, aussi belle et affolante que les jardins du palais de Topkapi ou la citerne enfouie sous terre. Sociologue des religions, historienne, écrivaine et éditorialiste, elle a été récompensée trois fois du prix de la journaliste la plus courageuse de Turquie, masculin féminin confondus.  Un titre qui se paye, parfois, très cher, surtout ces derniers temps, dans ce pays source des eaux douces d’Europe, où de nombreux journalistes sont embastillés, souvent sans jugement.  La Turquie atteint péniblement le 154ème rang mondial en matière de liberté de la presse.


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Comme ses confrères et consoeurs, Mine Kirikkanat subit le harcèlement judiciaire. Cela avait commencé avant les autres, déjà quand elle assurait la correspondance en Espagne d’abord, en France ensuite, de plusieurs grands quotidiens. Parce qu’elle n’écrivait pas que sur les soubresauts de la politique parisienne ou madrilène. Une fois par semaine, elle scrutait son pays en un billet mordant, qui n’épargnait personne, tant du côté du pouvoir que de l’opposition, des dignitaires religieux ou des jusqu’auboutistes laïcs, se solidarisant ici avec les Kurdes, là avec les Arméniens. De retour à Istanbul depuis quelques temps, la cadence de ses morsures, avant tout à usage des illusionnistes et des crétins de tout bord,  s’est accélérée, et  avec elle, celle de ses mises en accusation enclenchées par des mordus dépités. Parmi lesquels deux poids lourds dont les noms, à peine murmurés, font déjà frémir, et bien au delà des frontières de l’ancienne Byzance.

Adnan Oktar et Fethullah Gülen réclament chacun de leur côté mais pour un même article la condamnation et l’emprisonnement (entre un et deux ans et demi) de Mine Kirikkanat pour un billet publié le 24 juillet 2013 par Cumhuriyet, le quotidien qui accueille aujourd’hui sa plume survoltée, depuis que ses anciens employeurs l’ont abandonnée, se soumettant ainsi aux désirs (et aux menaces) des autorités.

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Adnan Oktar s’est rendu célèbre sous le nom de plume de Harun Yahya, voilà quelques années avec son très indigeste Atlas de la création (plus de 900 pages dans l’édition française), répandu à travers le monde pour signifier aux pauvres âmes que nous sommes de renier les théories de l’évolution, ces âneries développées par Charles Darwin – matérialisme et darwinisme seraient aux sources du terrorisme selon ce créatonniste musulman inspiré par ses homonymes chrétiens, tous plus allumés qu’éclairés…
(En dehors de prétendre que la matière ne serait qu’illusion, Adnan Oktar/Harun Yahya aime bien aussi s’attaquer aux juifs et aux francs maçons, sans oublier de nier le génocide perpétré par les nazis entre 1933 et 1945…)  

Fethullah Gülen s’est rappelé à notre bon souvenir ces derniers mois dans la guerre sans merci qu’il mène, depuis la Pennsylvanie où il réside, contre le Premier ministre turc Recep Tayyip Edrogan, pour des raisons de nuances dans l’interprétation de l’islam. : l’ancien imam et nouvel américain na pas apprécié, semble-t-il, les tentatives de rapprochement de son ancien disciple avec les frères musulmans. On se gardera bien de rentrer dans ces querelles théologiques et sanguinaires.

Dans son éditorial disséqué audience après audience par les juges, l’écrivaine enjoint les Turcs (et au delà tous les humains) à se méfier des illusionnistes qui savent si bien fabriquer des mensonges, de quoi tant fâché les deux impétrants : « Le monde est mensonge ; et la société est anesthésiée ! » proclame-t-elle. Avant de mettre en garde : « Ce que le voleur qui s'introduit chez vous pour vous dépouiller redoute par-dessus tout, c'est que vous vous réveilliez et que vous vous défendiez. De la même manière, ce que les puissants (suivez le regard de Mine…) qui ont volé le pouvoir redoutent le plus, c'est que le peuple spolié se réveille, les chasse, leur demande des comptes et les punisse. C'est pourquoi, depuis la nuit des temps, les exploiteurs qui s'engraissent au pouvoir et les puissants dénués d'envergure veillent avant tout à endormir le peuple pour le tromper et, si besoin est, l'anesthésier... »

La justice a tranché dans le procès intenté par le théologien Fethullah Gülen : Mine Kirikkanat a été acquittée, dans un tribunal comble qui avait retenti des déclarations enflammées de l’  « accusée ». Adnan Oktar attend l’heure de son jugement ou plutôt celui de cette si dangereuse auteure à ses yeux. On croise les doigts : le créationniste avait réussi, le 15 avril 2013  voilà tout juste un an, à faire condamner pour blasphème et insulte aux valeurs religieuses, via deux de ses disciples, le pianiste turc Fazil Say, à dix mois de prison avec sursis, une peine qu'il devra purger en cas de récidive d'ici à cinq ans, ce qui le condamne à un long silence.

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Dans son dernier livre, Bir Hristiyan Masalı, « Un conte chrétien », avec ce sous titre « La plus grande supercherie de l'histoire » qui depuis sa parution le 12 février 2014, en est à son cinquième retirage (un record pour un traité d’histoire), la polémiste trempe sa plume dans son passé de sociologue des religions.  Elle y démonte une vérité donnée comme absolue par le dogme chrétien, au fondement de l’autorité papale : le testament de Constantin sur laquelle elle repose aurait été falsifié.  « La papauté est une imposture et les papes n'ont pas de légitimité, ni morale ni politique. Le faux testament attribué à Constantin le Grand a permis à la chrétienté triomphante de déplacer sa suprématie de Constantinople à Rome. » (Merci à Liliane Charrier pour son aide à la traduction.)

 

BHM Kapak


On en connaît une, suivez notre regard, qui va encore se faire des amis ! Mais nous veillerons à ce que personne, ni en Turquie, ni ailleurs, ne coupe le doigt levé de Mine Kirikkanat ou les mains de Fazil Say qui joue comme personne... la "marche turque".

 

Le site de Mine Kirikkanat (en turc)

Son compte twitter

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