Chers plaisirs de la chair

Posté par : Sylvie Braibant

Ft Il paraît que la mi-janvier est toujours la période des grandes dépressions, dans l’hémisphère Nord : l’hiver se traîne, la lumière reste voilée, et les habitants de cette partie du globe aspirent au réchauffement climatique, sans plus se soucier de la planète. Ferran Adrià est sans doute victime de ce syndrome de grosse fatigue : le restaurateur catalan, et chef cuisinier le plus célèbre sur le globe vient d’annoncer deux ans de suspension de ses casseroles, en 2012 et 2013. Les réservations pour l’année 2010 sont déjà complètes ! Le maestro de El Bulli en Catalogne a remporté quatre années de suite le prix de meilleur restaurant au monde, organisé par le prestigieux Restaurant Magazine. Une nouvelle suffisamment importante pour faire la Une du Financial Times.

Manger chez Fernan Adrià coûte au minimum 200 € au gastronome candidat aux saveurs de El Bulli. Ses Bulli1064 créations composées selon les règles de la chimie ou de l’art et peu selon celles de Tante Germaine ou Mamie, ne font pourtant pas l’unanimité : mousses de légumes étranges et combinaisons d’ingrédients aussi variés que des oursins avec de la cervelle d’agneau… L’alchimiste/cuisinier a donc annoncé à la terre entière qu’il était fatigué, qu’il commençait à s’ennuyer et qu’il se retirait pour mieux revenir, avec des mélanges de molécules encore plus révolutionnaires. Les fans salivent déjà, les adversaires ricanent. En attendant, les 99,99% de l’humanité qui n’auront jamais accès à ces plaisirs de la chaire, pourront méditer sur la règle 21 de la charte de Fernan Adrià : la décontextualisation, l'ironie, le spectacle, les performances sont tout à fait légitimes, tant qu'ils ne sont pas superficielles, mais répondent, ou sont étroitement liés, à un processus de réflexion gastronomique. Parce que comme tout le monde le sait : qui médite, dîne…

Penseerusse Donc bon vvvent ! Comme dirait le délicieux Eraste Fandorine, avec son léger bégaiement et son petit cheveux sur la langue. D’Eraste Fandorine, héros de mes lectures policières, j’ai parlé à plusieurs reprises. Ce serviteur de l’État, et enquêteur à ses heures, élégant, intelligent et japonophone, sévissait au début du XXème siècle entre Moscou, Saint-Petersbourg, Tokyo ou Londres. Son créateur génial Boris Akounine (lisez B.Akounine pseudonyme de Grigori Chalvovitch Tchkhartichvili), l’avait un peu négligé ces derniers temps au profit de ses descendants et ascendants (cela dit tout autant réjouissants…). Et voilà qu’il revient à Eraste, nous annonce la Rouskaïa Mysl (la Pensée russe) en Une – la nouvelle le valait bien. Le nouveau polar s’appelle « Le monde entier du théâtre », dont il va falloir cruellement attendre trop longtemps la traduction en France…

Dans un premier temps, B Akounine avait décidé 3_statsky_sovetnik d’envoyer Eraste (son double pourrait-on dire) au fin fond d’un khanat (royaume) d’Asie centrale, celui de Boukhara… Mais l’écrivain voulait un accès aux archives d’Ouzbekistan, une autorisation qu’il attend encore. Donc, il décida de changer sa plume d’épaule et de plonger notre homme, tombé amoureux fou, dans la vie théâtrale de l’empire, en 1911, à l’apogée du siècle d’argent de la littérature russe. On n’en sait pas plus pour l’instant. Les fans sont dans les « starting blocks ». Et donc Fernan peut bien se retirer, du moment qu’Eraste nous revient !

Voir l’entretien que nous a accordé Boris Akounine en 2008, au festival de cinéma russe de Honfleur

Boire ou mourir, il faut choisir !

Posté par : Sylvie Braibant

Shooters-vodka Dimanche dernier, le 17 janvier 2010, dans l’émission Kiosque sur TV5Monde, mon excellent confrère Vadim Glusker, chef du bureau de NTV à Paris, commentait le 90ème anniversaire du début de la prohibition aux États-Unis. Il se demandait quelles en seraient les conséquences en Russie, pour conclure qu’une telle mesure serait tout à fait impossible à mettre en œuvre. Pour preuve, disait-il, « si Mikhaïl Gorbachev n’avait pas lancé une campagne contre l’alcoolisme en 1985 dans notre pays, il serait peut-être encore au pouvoir aujourd’hui et l’Urss existerait toujours ! ». Voilà en effet une raison rarement invoquée par les experts en soviétologie, mais pas si farfelue qu’elle semble au premier abord, tant la boisson est devenue au fil des décennies, consubstantielle au mal-être russe.

Que va-t-il donc se passer maintenant ? Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev risquent-ils d’être balayés de la vie politique russe ? La question se pose alors qu’ils viennent de lancer une nouvelle campagne anti-alcoolique avec pour objectif de « réduire l’abus d’alcool et de prévenir l’alcoolisme à l’horizon 2020 ». Décidée dès décembre dernier, cette orientation n’a été rendue publique qu’à la mi-janvier, « sans doute pour ne pas perturber les divers réveillons », nous dit Andreï Soussarov du Vremia. Mais comment faire, tant la perspective semble impossible à atteindre ?

À l’aube de la révolution d’octobre, chaque Russe buvait en moyenne 0,83 litres d’alcool pur par an. Et à Russie_alcool l’époque, ce taux était probablement l’un des plus bas d’Europe. Au début des années 90, juste après l’élimination de Gorbatchev et de sa campagne anti-alcool, la moyenne était passée à 5,4 litres. En 2008, on en était à 10 litres par habitant de cette vaste contrée, à l’exception des bébés, bien entendu (encore que…). Selon l’OMS, chaque litre bu entraîne un déficit d’espérance de vie de 11 mois… Faites le compte, à ce rythme, la Russie sera bientôt l’un des pays les plus jeunes et vigoureux de la planète, sans aucun problème de retraites à assurer…

La nouvelle politique répond au joli nom de « réorientation de la population vers un style de vie sobre et saine ». Voilà quelques années, lors de l’un de mes voyages en Union soviétique (à la toute fin de la grande patrie du socialisme), j’avais rencontré Irina et Sacha, qui à eux deux étaient « l’Institut de l’hygiène de vie ». Une paire extraordinaire, elle deux fois son aînée à lui, drôles, énergiques, conviviaux. Leur domaine d’action s’étendait de l’alcool à la drogue, en passant par le Spid (le sida en russe) ou la cigarette. Ils maniaient l’autodérision avec délice, devant l’étendue de leur tâche, et se réconfortaient à force de petits verres de vodka, et de paquets de cigarettes quotidiens…

Russe_alcool L’Institut a sûrement disparu aujourd’hui, et été remplacé par un nouvel organisme aux tâches tout autant herculéennes. Les Russes n’en sont pas à leur première tentative : à la veille de la Première guerre mondiale, Nicolas II avait interdit la vodka, rétablie en 1925 par les Bolcheviks. En 1958, sa vente fut proscrite sur les lieux publics, tels gares, aéroports, festivals, voisinages des écoles ou hôpitaux, etc… En 1972, l’État augmenta les prix et diminua la production. Jusqu’à ce que Gorbatchev lance un plan drastique et échoue… On souhaite donc bonne chance à Vladimir et Dmitri !

Cachez ce grand Lénine et cette petite Mao que je ne saurais voir…

Posté par : Sylvie Braibant

CAN_NP2 Les habitants de la charmante ville de Richmond au bord du Pacifique, en Colombie britannique, ont bien du souci. La ville appartient à la sphère de Vancouver, sorte de grande banlieue, au Sud de la ville mère. La cité est vaste mais riante et riche d’une histoire qui fleure bon les pionniers et une certaine opulence. Mais comme sa grande voisine Vancouver, elle est aujourd’hui presque autant chinoise que canadienne : les migrants y sont venus par centaines de milliers depuis l’autre côté de la mer. Et ce ne sont pas les prochains jeux olympiques d’hiver qui meublent les conversations publiques ou privées en ce moment, mais une sculpture, ou plutôt une tête monumentale.

Cette œuvre d’art est arrivée discrètement pour la Biennale de Vancouver, ouverte au mois de juillet dernier. Mais elle a seulement été installée au centre de Richmond, le 15 décembre. Et depuis la clameur monte… Pourtant, comme le décrit joliment Adam McDowell du National Post, « À première vue, la sculpture suggère grâce et équilibre, avec ce personnage minuscule qui tente de rester au sommet d'une tête géante à l'aide d'une longue perche. » Ce qui fait souci, c’est que la grosse tête est celle de Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, et que la lilliputienne qui lui danse au-dessus, est un Mao féminisé. L’ensemble, imaginé et réalisé par deux artistes chinois, les frères Gao, s’appelle « Miss Mao ».

Les protestataires crient ne pas pouvoir supporter la juxtaposition de cesLengros « deux tueurs en série », et voient dans cette installation une offense à leurs millions de victimes. « Une disgrâce publique déguisée en art » a commenté un citoyen de la ville, tandis que les lecteurs des Richmond News mènent une campagne « non stop » dans le journal, persuadés que le monument va provoquer un tollé international lors des JO de février. Ils ne savent sans doute pas que les frères Gao sont loin d’être de fervents maoïstes : leur père a été tué durant la Révolution culturelle et à Moscou l’été dernier, lors d’un happening, ils ont brisé son effigie avec des baguettes ! Artistes « underground », ils sont persécutés régulièrement par la censure à Pékin.

20090914_152703_20090909_180308_tof7 L’art semble faire souvent débat au Canada : en 2005, lors d’une biennale précédente, c’est une église cul par dessus tête de Denis Oppenheim qui avait provoqué l’ire des Vancouveriens (?), en particulier des dévots : l’œuvre avait dû être déménagée à Calgary.

Mais à chacun son horreur : à l’automne dernier, les Calgariens, à 46muec10 leur tour, se sont soulevés contre les images des gigantesques bébés de l’artiste australien Ron Mueck, qui ornaient les autobus de la ville.

Pour ceux-là, on ne sait pas quelle catégorie de la population était choquée. Les mères ? Les pères ? Les bébés ?

La tête à l’envers

Posté par : Sylvie Braibant

NEWZ_TP Les Néo-zélandais ont un sacré sens de l’humour et de la fête, dont ils sont fiers puisqu’ils l’affichent à la Une de leurs plus grands quotidiens. Voici donc, en exposition, Kyle Gear, six ans et peut-être toutes ses dents dans un remake de « accroche-toi Jeannot » assez spectaculaire. Kyle, donc, concourrait ce week-end dans la série junior (très junior) de rodéos en tout genre, organisés dans la charmante ville de Canterbury (île Sud, célèbre pour ses plaines à ovins…). Pour lui, il s’agissait de rester le plus longtemps possible en contact avec son mouton. Et le galopin de six ans a tenu dans toutes les positions, dessus et surtout dessous, tel un Ulysse des temps modernes.

On rappellera ici qu’Ulysse et ses compagnons, très effrayés par un méchant cyclope (en fait il ne l’était pas tant que ça, et il faudra réécrire un jour l’Odyssée en tenant compte de la perversité cachée du héros…) avaient réussi à s’enfuir en s’accrochant sous un troupeau de béliers. En prime, Ulysse creva l’œil unique du malheureux Polyphème, tandis que le petit Kyle a juste gagné la coupe de son rodéo. La compétition était ouverte aux Néo-zélandais et aux Australiens, dont certains ce même jour s’adonnaient au meurtre d’étudiants indiens

À Melbourne, un jeune homme de 21 ans, originaire du Punjab, qui venait de finir ses études, a été Inde_australie poignardé, alors qu’il rentrait de son travail de nuit, juste avant de faire une halte pour se restaurer dans un McDonald…

Ces agressions racistes se multiplient au pays des kangourous ces temps-ci.

Les aborigènes étant presque décimés, la repentance ayant clôt le chapitre, les néo-nazis locaux s’en prennent aux jeunes Indiens.

Le colocataire de la victime colocataire, Sandeep Sandeep, a déclaré qu'il avait été battu et menacé avec un couteau, lui aussi à plusieurs reprises.

Cet assassinat a provoqué l’hystérie dans les médias indiens, qui invitent les jeunes de leur pays à boycotter les latitudes australes de l’Océanie.

Moutons

On ne dira jamais assez que ces gens-là ont la tête en bas.

(Même si tout est relatif comme nous l’a enseigné le regretté Einstein, Albert de son petit nom).

La loi des seigneurs, saigneurs, et maîtres, contre les damnés de la terre

Posté par : Sylvie Braibant

Tapagn C’est une litanie qu’égrène le quotidien Pagina 12, au lendemain de Noël, comme une prière spéciale, dans cette Argentine très catholique. Le journal, connu pour ses prises de position très sociales, défend cette fois des petits paysans, expulsés par la force de terres cultivées par eux-mêmes ou leurs familles depuis des décennies, à la demande de multimillionnaires de l’industrie agro alimentaire, afin d’étendre leurs multinationales du soja, et cela en totale contradiction avec la loi ou avec les principes de protection de la biodiversité.

Il existe en effet un texte, en Argentine, qui protège ceux qui travaillent et vivent sur une terre depuis plusieurs dizaines d’années. Mais le bureau chargé de la faire respecter détourne pudiquement le regard des exactions commises par les forces de l’ordre, alliées aux gouverneurs, petits potentats locaux, et à leurs amis latifundiaires. Alors Pagina 12 a choisi de rompre le silence, de rendre visible le caché, en égrenant des noms et des histoires, dont voici quelques-unes.

Dans le département de Rivadavia, province de Salta, Gianfranco Macri, le frère du chef du gouvernement de Buenos Aires (ça aide), veut expulser plusieurs familles en les accusant de squatter « ses » terres. Les Garnica et les Cardozo tentent de se défendre devant la justice face à cet arrogant qui assure avoir acheté 15 000 hectares de terres, donc les quelques dizaines exploités par ces petits paysans.

Ailleurs ce sont des communautés autochtones, les Wichis, dans la province de Formose, qui attendent Arton12154-f894e depuis quatre ans que leurs droits sur leurs terres, celles qu’ils habitent et travaillent depuis des siècles, leur soient finalement reconnus, en vertu d’une loi du printemps 2006. En attendant, ils habitent des bidonvilles en bordure de leurs anciennes exploitations… Jusqu’à présent, jamais aucun d’eux n’a obtenu ses droits en justice, constate sobrement Benigno Lopez, le représentant du Mocafor, leur mouvement de défense.

Contrasaqueo__26_-df753 Ramon Bustamonte habite lui au Nord de Cordoba, dans le Hameau des Merveilles, que l’on devrait renommé, selon ce vieil homme de 83 ans, en citadelle du désespoir. Cela fait plus de dix ans qu’il a été expulsé de ses terres familiales par les frères Scaramua, qu’il accuse d’avoir extorqué par la ruse et la fraude la signature de ses sœurs pour la vente de leurs parts…

Ailleurs ce sont Jose Luis Godoy et sa soeur Alcira qui sont accusés d’usurpateurs pour 26 hectares situés non loin de Cordoue, par une société qui en possède déjà 150 000. « En 2003, nous avons perdu le procès pour vol. Nous sommes allés en appel en février 2009. Il semble maintenant que nous pouvons aller en prison… », dit simplement Jose Luis, incapable de se défendre contre l’industriel voyou Gomez Ling, arrivé dans la région soudainement en se prétendant propriétaire de tout…

Etc, etc… Bonnes fêtes à tous et toutes de la part des escrocs d’Argentine et d’ailleurs !

Sea, sex and sun...

Posté par : Sylvie Braibant

... où comment les Russes s'indignent d'une disposition annoncée sur la riviera égyptienne.


RUS_MP On a les indignations qu'on peut. Le lundi 14 décembre 2009, alors que Silvio Betlusconi pansait ses plaies et que le froid glaçait l'Europe, la Moskovskaya Pravda, la Mospravda comme on l'appelle affectueusement (autrement dit aussi "La vérité de Moscou") consacrait un long article à un aspect essentiel de la vie des Russes à l'étranger : leur confort sexuel dans les stations balnéaires de la Mer rouge. La Mospravda est née avec la révolution russe (en 1918), à une époque qui oscillait entre pudibonderie extrême et libération sexuelle proclamée tout à tour révolutionnaire ou contre-révolutionnaire. Après avoir survécu aux bouleversements de la perestroïka, le quotidien appartient à une communauté de journalistes et de contributeurs. Ses Unes sont toujours décalées, le style parfois aussi. Ce qui ne l'empêche pas d'être diffusée à 300 000 exemplaires, un gros tirage dans la capitale russe.

Et donc, Marina Savielieva a dégainé la grosse Armee_egyptienne artillerie contre le gouvernement et le peuple égyptiens, coupables de concocter une loi évinçant les couples illégitimes de la douceur de leurs plages de sable fin et blond : "Sur les rives de la morale sévère, le pouvoir égyptien interdit le sexe hors mariage". En réalité, l'article se fonde sur une information diffusée par une agence de presse russe, autour d'une demande émise par une association militante d'un islam rigoureux et qui voudrait interdire à des hommes et femmes non mariées de prendre une chambre ensemble. En revanche, deux personnes du même sexe pourraient parfaitement faire réservation commune...

20093-untitled La journaliste est sûre que, si c'est confirmé, les Russes vont "se taper le doigt sur la tempe" et penser que les Égyptiens sont dingues de se tirer ainsi une balle dans le pied, en soumettant la plus forte part de leur industrie, celle du tourisme (11,1% du PIB), à de telles restrictions. Il faut dire que les Russes sont particulièrement friands des eaux  chaudes et des rocailles de la mer Rouge, beaucoup plus abordable à leurs bourses que n'importe quel autre paradis aqueux et ensoleillé... En 2008,  l'Égypte, auréolée de son histoire pluri-millénaire a accueilli 13 millions de visiteurs dont 1,8 millions de Russes, soit la première population touristique du pays.

432px-Bonaparte_en_Egypte Les questions traversent désormais, bon train, ces voyageurs potentiels et venus du froid : comment vont-ils vérifier qu'on n'est pas mariés ? Est-ce que bientôt nous allons devoir nous vêtir d'un uniforme pour aller en Égypte ? Et ces stations balnéaires, comme Hurghada et Sharm el-Sheikh, n'ont-elles pas jailli de terre uniquement pour les touristes ? Les agences moscovites de tourisme avouent ne pas prendre la chose très au sérieux... Les Égyptiens ne seraient pas les premiers à édicter des interdictions : au Mont Athos, sur lequel règnent une poignée de vieux moines orthodoxes, les femmes, ou tout mammifère, insecte, volaille de sexe féminin, sont interdites de cité ; à Rome, au Vatican, on ne peut chanter (fort) ou manger ; en Inde, dans certains États, on ne peut s'embrasser ou se toucher trop familièrement en public, etc...

800px-Jean-Léon_Gérôme_003 Et en Russie, les femmes ne peuvent visiter les églises en pantalon (des tas de jupes sont d'ailleurs mises à disposition des candidates tolérantes), permettons-nous de le rappeler à nos actuels râleurs...

Cela dit, il ne faut pas sous-estimer les dégâts engendrés par le tourisme occidental de masse dans des pays du Sud et d'une autre culture : l'absence d'inhibition, une certaine arrogance et la méconnaissance de l'autre peuvent aussi être vécues comme des agressions.

En juillet 2005, des attentats suicides avaient tué 90 personnes sur cette chaude riviera égyptienne.

"Toute ma vie, j'ai rêvé d'être une hotesse de l'air...

Posté par : Sylvie Braibant

... toute ma vie j'ai rêvé d'avoir les fesses en l'air", nous chantait Jacques Dutronc. Et voilà que bientôt, je ne pourrai plus envisager cette reconversion : le Miami Herald International nous apprend que le ministère de l'Intérieur américain utilisera de plus en plus de drones, ces avions aux longues ailes, sans pilote ni aucun service à bord ou à bâbord...

BlFL_MHI  Ces nouveaux prédateurs volants sont principalement destinés à longer les frontières et à surveiller les mers (I join the navy to see the world ! And what did you see ??? I saw the sea....). L'armée qui a investi dans une nouvelle génération ultra sophistiquée de ces engins justifie ainsi les millions dépensés : il s'agit de découvrir et de traquer les contrebandiers. Mais les esprits chagrins pensent qu'ils espionneront aussi les clandestins sans papier en quête d'une vie meilleure...

Selon ses concepteurs, le nouvel appareil, équipé de radars, caméras, et détecteurs de mouvements, pourra tout faire, et même pourquoi pas servir une tasse de café à ses cibles, une vraie nounou pour fuyards, vous dit-on... Le premier de la série décollera de Floride en janvier prochain, suivi immédiatement par un autre lâché au dessus du Golfe du Mexique, là où la mer est si bleue, et où les bandits ont l'air si sympathiques.

Les trois filles qui souriaient à la Une du ISR_JP Jerusalem Post le même jour, peuvent postuler sans problème à des carrières de navigantes, malgré leurs uniformes sans faux pli... Ces demoiselles avenantes sont les filles d'un chroniqueur regretté du journal, à l'humour féroce, et qui avait fait son miel de ses descendantes, de vraies triplées appliquant la devise des trois mousquetaires à la lettre : toutes pour une, une pour toutes. En particulier lorsqu'il s'agissait de se lever et de répondre lors des appels de présence à l'école, à la place de celle(s) qui avai(en)t séché... Ce petit acte de résistance faisait la fierté du papa.

Mais le papa est mort, et les petites devenues de longues jeunes femmes ont laissé tomber leur côté rebelle pour s'enrôler dans l'armée israélienne, après avoir fait ensemble l'école élémentaire, le lycée à Jérusalem, puis leurs études supérieures dans une académie militaire de la vallée du Jourdain, tout en se posant ensemble les mêmes questions existentielles : puisque nous sommes croyantes, pouvons-nous prendre les armes ? Le journaliste qui les a interviewées a eu un peu de mal à obtenir des explications simples : à chaque question, la réponse tenait en une phrase, elle même décomposée en trois morceaux, le sujet énoncé par Odelia, le verbe lancé par Nomi, et la conclusion assénée par Donna.

Les donzelles n'ont malheureusement pas pu être affectées dans le même régiment, donc raté pour les séance d'illusionnisme lors des appels au clairon...

Tripl

Cachez ce pénis que je ne saurais voir : le temps des pervers pépères allemands

Posté par : Sylvie Braibant

GER_RZ Cette semaine, célébrations et polémiques à tous les étages de la presse allemande, autour d’images, d’icônes, et même d’art, à moins que ce soit du lard... : avec le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, on a presque oublié le soixantenaire, cette année aussi, de la République démocratique allemande. Dans le piétinement généralisé et orchestré de la défunte Allemagne socialiste, un petit personnage a pourtant été épargné : le Sandmännchen a cinquante ans et encore toutes ses dents, après avoir été l’un des rares vainqueurs, côté Est, de la guerre froide. Le Sandman (l’homme des sables) a fait son apparition vacillante, en noir et blanc, le 22 novembre 1959 sur les petits écrans tremblotants de la RDA. En quelques semaines, il avait renvoyé son compétiteur « capitaliste » au rebut des figurines abandonnées.

Mi-lutin mi-vieux bonhomme, héros de multiples péripéties, le Sandeman apparaît tous les jours à 19 heures juste avant que les parents envoient au lit leur progéniture en leur assénant un définitif : ça y est, le marchand de sable est passé ! L’ancêtre du « Bonne nuit les petits » français, en quelque sorte. Dès la fin du premier épisode, le Sandeman, très fatigué, s’écroulait dans la neige et il s’y endormait immédiatement. Des tas d’enfants ont alors écrit pour lui offrir leur lit, alors dès la deuxième histoire, le Sandeman rentrait toujours dans sa douillette petite maison. De l’autre côté du mur, à l’Ouest, il avait autant de fans : ce fut la deuxième victoire des communistes après le succès du lancement de Spoutnik dans l’espace…

D’autant que la série ne 26__Sandman__Birthday__B,property=Galeriebild__gross s’arrêtait jamais, ni pour les fêtes, ni pour les vacances, seulement lorsqu’un ponte du régime décédait. Après la réunification allemande, ceux qui voulurent faire table rase du passé, et gommer aussi l’homme des sables, en furent pour leur frais : une véritable révolte se mit à gronder, dont les ondes de choc dépassaient largement l’ancien rideau de fer. « La protestation massive de téléspectateurs de tous âges lui a donné une nouvelle vie et maintenant le Sandeman traverse l’Europe de la Baltique aux Alpes », se réjouit Martina Wünsch, l’une des « mères » du personnage… Bien sûr le bonhomme asexué a évolué et s’est adapté (très bien) à la société de consommation : il dispose par exemple d’un parc hallucinant de véhicules air, mer, terre, équipés des gadgets les plus futuristes…

Fc7684e4fd   Futuriste a-t-on dit ? Que pensez-vous de cette flèche lancée vers l’avenir par l’un quotidiens les moins lus d’Allemagne à son concurrent d'en face, beaucoup plus plus populaire et donc son très proche voisin de rue berlinoise. La Tagezeitung (TAZ), l’équivalent germain du Libération parisien, mais en plus radical, et toujours propriété de ses lecteurs et rédacteurs, a érigé un spectaculaire monument à la barbe de la Bild, joyau (un peu putride) du groupe Spinger, connue pour ses informations de caniveau, très marquée à droite, mais lue par cent fois plus de personnes que la TAZ (voir Le Journaliste indésirable de Gunter Wallraff, éditions Maspero).

Ce pénis géant est le dernier épisode d’une lutte sans merci que se livrent depuis sept ans les deux quotidiens autour de la personne de Kai Diekmann, le directeur de la Bild. Personnage honni par la scène alternative allemande, la Taz avait tenté de le ridiculiser dans un articulet en 2002, soutenant qu’il s’était fait allongé son pénis, lors d’une opération, qui avait du reste échoué, toujours selon les mêmes sources…

Kai Diekmann avait alors porté plainte et gagné en justice l’effacement, jusque dans les archives, de laE5bfe588c2 nouvelle infamante. Mais voilà que sept ans plus tard, dans son blog, ce Diekmann-là a publié lui-même le papier original de la Taz. Du coup, le quotidien proche des Verts estime que la blague appartient désormais au domaine public et a orné son immeuble de l’érection la plus géante qui soit, celle de Kai Diekmann, entouré des personnages et des scandales qui ont fait la fortune de la Bild, jaillie des mains de l'artiste Peter Lenk, joliment appelé "Que la paix soit avec vous". Le patron de presse peut désormais s’enorgueillir tous les jours d’une telle vitalité, en s'admirant par la fenêtre, les façades des deux ennemis se faisant face…

Madame la présidente : chronique d'une élection annoncée

Posté par : Sylvie Braibant

PalinUK_TT Lorsqu’elle battait la campagne avec lui, le sénateur John McCain avait justifié ainsi son choix : elle est libre et incontrôlable. Dans, « Sortir des cadres : une vie américaine », sorte de manifeste pour la prochaine échéance de 2012, Sarah Palin montre d’abord ce qu’elle est, en plus de 410 pages d’une vacuité proportionnelle à son ambition, nous dit le critique du conservateur anglais Times : une femme sans aucune inhibition.

Dans ce livre (qui lui a tout de même rapporté 5 millions de $) Sarah Palin prétend répondre à « L’audace de l’espoir » de Barack Obama, rien de moins, qu’elle exécute en moins de six pages, avant de dégouliner d’adoration pour sa famille, les huit suivantes. Ensuite elle bat la campagne pour 2012, quoiqu’elle en dise, en cherchant à restaurer l’image écornée que les médias ont fabriqué d’elle, et en se positionnant à droite toute et en flattant la base des Républicains qui s’est si bien reconnue dans cette mère de famille sans complexe.

Le New York Times a dit de cet ouvrage qu’il semblait sorti Sarah-Palin-02 de la plume d’un animateur de Talk Show télévisé, et il semble bien que cette femme blanche ait eu un « nègre », une femme dont la popularité n’aurait pas dépassé l’Alaska qu’elle gouvernait « hors limite », sans ce message cybernétique du candidat McCain lui demandant de devenir sa vice-présidente potentielle.

Ce vétéran aux cheveux blancs avait-il seulement prévu qu’elle prendrait goût à l’exercice ? Et qu’elle  séduirait les foules, exactement comme George W Bush, en touchant, tapotant, riant gras, voire même en rotant et en pétant ? L’exacte envers de l’élégance Obama, dont l’élection est plus due au hasard et à la nécessité qu’à une véritable empathie des Américains.

SarahPalinVikings Alors méfiance, ne nous moquons pas trop de Sarah Palin qui vient de commencer une tournée spectaculaire pour la promotion de ses mémoires : là-bas, comme ici, le populisme a de beaux jours devant lui… Et l’on pourrait bien voir d’ici peu, une femme mastiquant du chewing-gum, au rire trop fort, descendre de Air Force One pour aller tapoter le ventre des marines engagés en Irak, ou lancer une blague raciste et de mauvais goût à don homologue chinois Hu Jin Tao. Courage, fuyons !

Des mots pour les maux de guerre

Posté par : Sylvie Braibant

Peronne1 En ce jour de 11 novembre, de part et d'autre de l'Atlantique, deux grands quotidiens consacrent leurs Unes à la mémoire des anciens combattants, mais pas pour les mêmes guerres. The Independent de Londres s'attache à la première guerre mondiale, celle de 14/18 et du 11 novembre, tandis que le National Post canadien revient sur la Seconde, puisque là-bas, ce jour anniversaire funeste est devenu celui de la mémoire des morts au combat, en général, tous conflits confondus. Mais au delà de cette différence, les deux quotidiens apportent le même traitement au respect de cette commémoration : le rappel des mots de ceux qui furent envoyés vers ces territoires de la mort et de la fureur.

Dans le quotidien britannique, juste au-dessus des dernières nouvelles de la "mauvaise guerre" Indep_11_11 d'Afghanistan, le journaliste Robert Fisk, d'origine irlandaise, que l'on connaît surtout pour ses grands reportages sur le Moyen Orient, entretien avec Ben Laden compris, s'interroge : les mots, des lettres, poèmes, récits, adressés à leurs familles par les soldats depuis les champs de bataille, ces lignes ou vers qui racontaient l'horreur, ont traversé et imprégné des générations. Mais à l'âge du tout écran, du SMS, du post, ou du courriel, ces mots gardent-ils leur sens ? Ont-ils toujours ce pouvoir de transmettre des réalités que nul ne voudrait revivre ?

Son père lui-même avait vécu les terrifiantes empoignades de la Somme, d'Ypres et de Verdun."La grande guerre ne fut qu'un affreux gâchis", avait répondu Bill Fisk un jour à son fils... Pétri des souvenirs de son père, mais aussi de strophes de poètes guerriers, Robert Fisk devenu grand reporter, avoue que le langage de 14/18 a profondément "infecté", de lyrisme, ses propres récits de champs de bataille, notamment lorsqu'il couvrait la guerre Iran/Irak au milieu des années 80.

 
Sainte_menehourld1 Alors que les Gardiens de la Révolution et l'armée iranienne, une fois franchi le fleuve Shatt al-Arab (là même, où les troupes britanniques s'étaient retrouvées en 1915), avaient pris d'assaut la péninsule irakienne de Fao, ils font un charnier des Irakiens "dont les soldats morts gisaient dans la boue, fraîchement tués, autour de nous. Je vois un autre corps dans un trou du canon, un jeune homme en position fœtale, recroquevillé comme un enfant, le corps noircissant déjà avec la mort, mais avec une bague de mariage à son doigt. Je suis fasciné par la bague. Par cette chaude matinée dorée, elle brille et pétille de fraîcheur et de vie. Il a les cheveux noirs et paraît 25 ans. Ou aurait-il dû être ? Devons-nous arrêter le chronomètre lorsque la mort nous surprend ? (...)  Je regarde à nouveau l'anneau. Un mariage arrangé ou un mariage d'amour ? Où vivait-il ce soldat-cadavre ? ... Et sa femme ? (...) Quelque part, au Nord, sa femme réveille les enfants, prépare le déjeuner, en regardant la photographie de son mari sur le mur, sans savoir qu'elle est déjà une veuve et que l'anneau de mariage de son mari, si brillant d'amour pour elle en ce matin glorieux, entoure un doigt mort."

Le National Post, juste à côté des dernières nouvelles d'Afghanistan, pour le Remembrance Day - sorte Nat_post de fourre-tout en hommage à tous les hommes morts pour la patrie, depuis la nuit des temps -, a choisi de publier le journal intime d'un POW, "prisonner of war", de la Seconde guerre mondiale, retrouvé par hasard en 2007, dans une armoire à l'occsion d'un déménagement.  Anton Novak était lieutenant dans la Royal Canadian Air Force Flight. Le 29 juillet 1944, en pleine opération de bombardements, il fut très sérieusement blessé, capturé, emprisonné. Le journal commence quatre mois plus tard, en captivité. Mais ce qui a bouleversé sa famille et les historiens, se passe plus tard après la libération de son camp par les Russes, en avril 1945.

La première joie passée,  Anton Novak raconte jour après jour une autre horreur, autre terreur que celle de la captivité : la vengeance des soldats de l'armée rouge contre les Allemands.Extraits : "Les Russes descendent les Français qui refusent de leur livrer les Allemandes avec lesquelles ils se sont installés, dans le cadre du travail forcé." (...) "De jeunes femmes et filles désespérées se vendent pour des miettes de pain." (...) "J'ai vu un soldat russe violer une femme allemande, convulsée de terreur."

Monument_aux_morts_de_Bully Le 20 mai 1945, Anton Novak est évacué vers l'Ouest et le 19 juillet, il est rapatrié chez lui au Canada, dans la petite ville de Kenora, à 200 kms de Winnipeg, vers l'Est. En ouvrant la porte de sa maison, il trouve un autre homme installé avec sa femme. Alors il se retire, se referme et enferme le minutieux récit de ces horreurs, dans un tiroir. Avant de le confier à un ami, puis de mourir d'une tuberculose le 21 décembre 1986, à l'hôpital des Vétérans de Winnipeg... Ce sont les enfants de cet ami, à la mort de leur père, qui exhumeront le journal, une pièce quasi unique, bien peu de prisonniers de guerre ayant survécu, et encore moins à avoir écrit leur quotidien terrifiant.