Etes-vous bien certaine d'être une bonne mère ?
Posté par : Sylvie Braibant
Vous qui avez allaité votre nouveau né pendant un mois, trois, peut-être cinq dans le meilleur des cas, sachez que cela n’a servi à rien. Si vous aviez été vraiment conséquente, si vous aviez voulu être une surdouée mammaire, vous l’auriez gardé au sein jusqu’à la puberté, voire plus, pourquoi arrêter une si bonne chose. Votre bébé pleurait la nuit, vous l’avez consolé, et vous l’avez remis dans son lit. Vous n’auriez pas dû. Il fallait le mettre dans le votre, et cela même si à 15 ans, il le réclame encore. Ainsi vous seriez conformes aux théories de ce bon William Sears, un médecin américain, promoteur de l’ « attachment parenting philosophy » - mais avant tout promoteur de lui-même, semble-t-il… Cette théorie, que l’on pourrait traduire par philosophie de l’attachement maternant et paternant, suppose une osmose complète avec sa progéniture, des années d’abnégation de maternage au service de ses chères têtes blondes, brunes, ou de tout autre couleur, peu importe. Et cet appel à la régression semble avoir séduit la rédaction de Time, l’un des plus importants magazines américains. Soyons honnêtes : à lire l’article, il s’agit de montrer pour critiquer … Les réactions de lectrices/lecteurs ont d'ailleurs été très véhémentes.
La couverture de l’hebdomadaire montre Jamie Lynne Grumet, une Californienne blonde de 26 ans, mince, belle, allaitant son fils de 3 ans. La légende nous interroge : « Etes vous suffisamment maman ? L’ attachment parenting philosophy conduit certaines mères à des excès et le Dr Bill Sears est leur gourou. » D’après le journal, elles sont même de plus en plus nombreuses à s’engouffrer dans cette aliénation présentée comme une libération (certain(e)s ont même prétendu qu'il y avait là comme un néo féminisme, puisque "l'essence" fémnine trouvait là à s'accomplir !). Comme Joanne Beauregard qui pense qu'elle n’est rien si elle n’est pas mère à 400%.
Quand elle s’est rendue compte qu’elle avait des difficultés à tomber enceinte, elle a quitté son travail bien payé de comptable pour se consacrer à ce but absolu : attendre un enfant. Puis elle a accouché à la maison, elle a allaité son enfant nuit et jour, le laissant dormir dans le lit conjugal, entre elle et son mari Daniel, un ingénieur en informatique… Et chaque matin, elle rend sans doute hommage à celui sans lequel elle serait encore une femme potentiellement indépendante, le très médiatique Dr William, dit Bill, Sears, auteur d’un best seller, Le Livre de Bébé, paru en 1992. Une petite recherche sur Twitter avec les deux termes #Attachmentparenting #Time vous permettra de mesurer le degré d’aliénation, navrant, de certaines Américaines à ce concept de mère totale.
Le Dr Sears conquiert ses supportrices et supporters grâce aux nombreuses émissions dans lesquelles il est convié à porter sa bonne parole : CBS, CNN ou Foxnews se l’arrachent. Il peut compter sur le soutien infaillible de sa femme Martha, avec laquelle ils ont conçu huit enfants – dont un trisomique. L’attachment parenting a marché au delà de leurs espérances : quatre de leurs chérubins sont devenus médecins… Cet homme qui multiplie aussi les consultations dans les magazines spécialisés ou sur des sites internet, comme le sien, a également reçu l’appui de l’ American Academy of Pediatrics qui recommande au moins un an d'allaitement, a priori une fort sérieuse institution, mais attaquée par toutes les organisations de défense des droits humains après avoir défendu la circoncision masculine et même… l’excision, pour raisons d’hygiène sanitaire ! Par ailleurs Sears, family and co, sont une jolie petite entreprise bien rentable, puisqu’ils accompagnent leur philosophie de vie de tout un tas de produits dérivés, opuscules et produits diététiques, qui vous feront devenir encore meilleure mère que les meilleures mères...
Un aperçu télégénique du Dr Bill Sears dans ses bonnes oeuvres. Il ne se démonte jamais...
