Madame la présidente : chronique d'une élection annoncée

Posté par : Sylvie Braibant

PalinUK_TT Lorsqu’elle battait la campagne avec lui, le sénateur John McCain avait justifié ainsi son choix : elle est libre et incontrôlable. Dans, « Sortir des cadres : une vie américaine », sorte de manifeste pour la prochaine échéance de 2012, Sarah Palin montre d’abord ce qu’elle est, en plus de 410 pages d’une vacuité proportionnelle à son ambition, nous dit le critique du conservateur anglais Times : une femme sans aucune inhibition.

Dans ce livre (qui lui a tout de même rapporté 5 millions de $) Sarah Palin prétend répondre à « L’audace de l’espoir » de Barack Obama, rien de moins, qu’elle exécute en moins de six pages, avant de dégouliner d’adoration pour sa famille, les huit suivantes. Ensuite elle bat la campagne pour 2012, quoiqu’elle en dise, en cherchant à restaurer l’image écornée que les médias ont fabriqué d’elle, et en se positionnant à droite toute et en flattant la base des Républicains qui s’est si bien reconnue dans cette mère de famille sans complexe.

Le New York Times a dit de cet ouvrage qu’il semblait sorti Sarah-Palin-02 de la plume d’un animateur de Talk Show télévisé, et il semble bien que cette femme blanche ait eu un « nègre », une femme dont la popularité n’aurait pas dépassé l’Alaska qu’elle gouvernait « hors limite », sans ce message cybernétique du candidat McCain lui demandant de devenir sa vice-présidente potentielle.

Ce vétéran aux cheveux blancs avait-il seulement prévu qu’elle prendrait goût à l’exercice ? Et qu’elle  séduirait les foules, exactement comme George W Bush, en touchant, tapotant, riant gras, voire même en rotant et en pétant ? L’exacte envers de l’élégance Obama, dont l’élection est plus due au hasard et à la nécessité qu’à une véritable empathie des Américains.

SarahPalinVikings Alors méfiance, ne nous moquons pas trop de Sarah Palin qui vient de commencer une tournée spectaculaire pour la promotion de ses mémoires : là-bas, comme ici, le populisme a de beaux jours devant lui… Et l’on pourrait bien voir d’ici peu, une femme mastiquant du chewing-gum, au rire trop fort, descendre de Air Force One pour aller tapoter le ventre des marines engagés en Irak, ou lancer une blague raciste et de mauvais goût à don homologue chinois Hu Jin Tao. Courage, fuyons !

Des mots pour les maux de guerre

Posté par : Sylvie Braibant

Peronne1 En ce jour de 11 novembre, de part et d'autre de l'Atlantique, deux grands quotidiens consacrent leurs Unes à la mémoire des anciens combattants, mais pas pour les mêmes guerres. The Independent de Londres s'attache à la première guerre mondiale, celle de 14/18 et du 11 novembre, tandis que le National Post canadien revient sur la Seconde, puisque là-bas, ce jour anniversaire funeste est devenu celui de la mémoire des morts au combat, en général, tous conflits confondus. Mais au delà de cette différence, les deux quotidiens apportent le même traitement au respect de cette commémoration : le rappel des mots de ceux qui furent envoyés vers ces territoires de la mort et de la fureur.

Dans le quotidien britannique, juste au-dessus des dernières nouvelles de la "mauvaise guerre" Indep_11_11 d'Afghanistan, le journaliste Robert Fisk, d'origine irlandaise, que l'on connaît surtout pour ses grands reportages sur le Moyen Orient, entretien avec Ben Laden compris, s'interroge : les mots, des lettres, poèmes, récits, adressés à leurs familles par les soldats depuis les champs de bataille, ces lignes ou vers qui racontaient l'horreur, ont traversé et imprégné des générations. Mais à l'âge du tout écran, du SMS, du post, ou du courriel, ces mots gardent-ils leur sens ? Ont-ils toujours ce pouvoir de transmettre des réalités que nul ne voudrait revivre ?

Son père lui-même avait vécu les terrifiantes empoignades de la Somme, d'Ypres et de Verdun."La grande guerre ne fut qu'un affreux gâchis", avait répondu Bill Fisk un jour à son fils... Pétri des souvenirs de son père, mais aussi de strophes de poètes guerriers, Robert Fisk devenu grand reporter, avoue que le langage de 14/18 a profondément "infecté", de lyrisme, ses propres récits de champs de bataille, notamment lorsqu'il couvrait la guerre Iran/Irak au milieu des années 80.

 
Sainte_menehourld1 Alors que les Gardiens de la Révolution et l'armée iranienne, une fois franchi le fleuve Shatt al-Arab (là même, où les troupes britanniques s'étaient retrouvées en 1915), avaient pris d'assaut la péninsule irakienne de Fao, ils font un charnier des Irakiens "dont les soldats morts gisaient dans la boue, fraîchement tués, autour de nous. Je vois un autre corps dans un trou du canon, un jeune homme en position fœtale, recroquevillé comme un enfant, le corps noircissant déjà avec la mort, mais avec une bague de mariage à son doigt. Je suis fasciné par la bague. Par cette chaude matinée dorée, elle brille et pétille de fraîcheur et de vie. Il a les cheveux noirs et paraît 25 ans. Ou aurait-il dû être ? Devons-nous arrêter le chronomètre lorsque la mort nous surprend ? (...)  Je regarde à nouveau l'anneau. Un mariage arrangé ou un mariage d'amour ? Où vivait-il ce soldat-cadavre ? ... Et sa femme ? (...) Quelque part, au Nord, sa femme réveille les enfants, prépare le déjeuner, en regardant la photographie de son mari sur le mur, sans savoir qu'elle est déjà une veuve et que l'anneau de mariage de son mari, si brillant d'amour pour elle en ce matin glorieux, entoure un doigt mort."

Le National Post, juste à côté des dernières nouvelles d'Afghanistan, pour le Remembrance Day - sorte Nat_post de fourre-tout en hommage à tous les hommes morts pour la patrie, depuis la nuit des temps -, a choisi de publier le journal intime d'un POW, "prisonner of war", de la Seconde guerre mondiale, retrouvé par hasard en 2007, dans une armoire à l'occsion d'un déménagement.  Anton Novak était lieutenant dans la Royal Canadian Air Force Flight. Le 29 juillet 1944, en pleine opération de bombardements, il fut très sérieusement blessé, capturé, emprisonné. Le journal commence quatre mois plus tard, en captivité. Mais ce qui a bouleversé sa famille et les historiens, se passe plus tard après la libération de son camp par les Russes, en avril 1945.

La première joie passée,  Anton Novak raconte jour après jour une autre horreur, autre terreur que celle de la captivité : la vengeance des soldats de l'armée rouge contre les Allemands.Extraits : "Les Russes descendent les Français qui refusent de leur livrer les Allemandes avec lesquelles ils se sont installés, dans le cadre du travail forcé." (...) "De jeunes femmes et filles désespérées se vendent pour des miettes de pain." (...) "J'ai vu un soldat russe violer une femme allemande, convulsée de terreur."

Monument_aux_morts_de_Bully Le 20 mai 1945, Anton Novak est évacué vers l'Ouest et le 19 juillet, il est rapatrié chez lui au Canada, dans la petite ville de Kenora, à 200 kms de Winnipeg, vers l'Est. En ouvrant la porte de sa maison, il trouve un autre homme installé avec sa femme. Alors il se retire, se referme et enferme le minutieux récit de ces horreurs, dans un tiroir. Avant de le confier à un ami, puis de mourir d'une tuberculose le 21 décembre 1986, à l'hôpital des Vétérans de Winnipeg... Ce sont les enfants de cet ami, à la mort de leur père, qui exhumeront le journal, une pièce quasi unique, bien peu de prisonniers de guerre ayant survécu, et encore moins à avoir écrit leur quotidien terrifiant.

De haut en bas, et réciproquement

Posté par : Sylvie Braibant

Deux nouvelles navrantes la semaine dernière divisaient d'une part les Berlinois (encore une fois), d'autre part les Petersbourgeois (jusqu'à faire trembler le palais d'Hiver...)

 Berlin_jardin_jenn_blog_large À Berlin d'abord, une institution, qui va bien au delà de la capitale, est grandement menacée : les jardins ouvriers. Depuis le XIXème siècle ils s'étendent le long de la Spree, aux abords des forêts, le long des voies ferrées ou encore près des lacs qui entourent la ville. C'est à la fin du XIXe siècle que des ouvriers avaient commencé à occuper ces terrains dans des lieux vides de construction pour planter notamment des pommes de terre. Pour les autorités, il s'agissait ainsi aussi de faire baisser la tension sociale dans la ville. Pendant la République de Weimar, ils occupaient quelque 6.200 hectares, soit le double environ de l'espace qui leur est réservé aujourd'hui.

D'autres pays en Europe s'étaient inspirés de ce modèle tout à la fois productif et ludique.

Le Spiegel nous apprend que, pour réduire la dette de la capitale (60 milliards d'euros), le Sénat de la Berlin_jardin_jenn_blog1 ville (son conseil d'administration en quelque sorte) serait sur le point d'offrir le cinquième de ces terres cultivées et fleuries à des promoteurs. L'honnêteté conduit à préciser qu'aujourd'hui ces lieux charmants ne sont plus guère occupés par des familles nécessiteuses mais qu'ils constituent plutôt des villégiatures pour bobos surmenés. Des maisons de campagne, à dix minutes de chez soi, en quelque sorte. En dehors des moustiques très agressifs l'été, ces maisonnettes et leurs jardinets sont idylliques.

Berlin_jardin_jenn_blog_feluers La ville exige seulement des concessionnaires (la propriété est abolie de ce projet social) qu'ils consacrent le quart de leur espace à la production de fruits ou de légumes. Rien n'oblige en revanche à les récolter... Peter Ehrenberg, le président d'une association qui représente 500 000 de ces jardiniers du « dimanche », souhaite obtenir des garanties des autorités pour que rien ne soit entrepris avant 2020. Il met en avant les très nombreuses vertus à ces jardins, comme leurs effets bénéfiques pour l'environnement ou encore leur capacité à offrir des refuges pour les oiseaux, sans oublier que le jardinage est un moyen à bon marché de faire de l'exercice... Pour l'instant, un seul de ces petits paradis serait déjà promis à la destruction.

Plus au Nord, à Saint Pétersbourg, c'est une tour qui met à feu et à sang les habitants de la ville à Tour_peter l'unicité architecturale impériale et impeccable, et au delà de presque tout le pays... Environ 3.000 personnes ont ainsi manifesté la semaine dernière à Saint-Pétersbourg contre le projet de Gazprom (l'énorme conglomérat médiatico-pétrolier le plus important du pays) de construire un gratte-ciel dans le coeur historique de la capitale de l'ancienne Russie tsariste. La flèche de verre doit s'élancer à plus de 400 mètres de haut, et briser les lignes géométriques et quelque peu rectilignes, de l'un des joyaux du patrimoine mondiale

"L'histoire est plus importante que l'argent", affirment les opposants au projet. L'Unesco a prévenu pour sa part que la construction de cette tour de verre de 77 niveaux  pourrait compromettre le statut de ville du patrimoine mondial de Saint-Pétersbourg. Mais les autorités considèrent "le Centre Okhta" comme une importante étape du développement de la ville.

Gratte-cielsptg Le ministre russe de la Culture Alexandre Avdeïev lui-même s'oppose au projet et demande à la justice d'enquêter sur une éventuelle violation de la loi fédérale, comme il l'explique dans un entretien publié par le quotidien économique "Kommersant".

Selon un sondage All-Russie Opinion Research Center réalisé cette semaine auprès de 1200 Saint-Pétersbourgeois, 18% sont favorables à la construction de gratte-ciels, contre 77% qui estiment qu'il faut préserver l'esthétique de la ville.

Et pourtant, si le design aérien de l'édifice n'ôtait rien à la pureté des perspectives des avenues de la ville. Et si une ville racontait aussi des temps différents ?

Le choeur des pleureurs

Posté par : Sylvie Braibant

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« Is socialism dying ? » Lorsque j’ai découvert cette Une du Herald Tribune, au lendemain de la défaite des socialistes en Allemagne et à la veille du baiser de la mort de Gordon Brown aux travaillistes anglais, j’ai été traversée de frissons… Qui se sont encore accentués avec la première phrase de l’article « Un spectre hante l’Europe… » L’International Herald Tribune connaît donc ses classiques et reprenant la bonne vieille formule du camarade Marx qui ouvre le Manifeste du Parti communiste, la retourne pour en sonner le glas… Ce qui hante l’Europe, ce n’est plus d’après l’IHT, le spectre du communisme, mais celui de sa fin, une sorte de fantôme errant d’un pays à l’autre, de PS français déglingué en SPD allemand déboussolé ou en Travaillistes déprimés. Et cela, renchérit Steven Erlanger, fossoyeur de la gauche européenne, au moment même où le capitalisme fait quasiment faillite. Pour appuyer sa thèse, il cite même Bernard Henri Levy qui avait annoncé la mort du Parti socialiste français au début du mois. Une telle référence ne signale peut-être pas seulement la fin du socialisme, mais aussi la défaite de la pensée…


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L’éditorialiste semble se faire une joie à l’énumération des dernières catastrophes : « là ou les partis de gauche détiennent le pouvoir, ils sont l’objet d’attaques virulentes, comme en Espagne ou en Grande-Bretagne. Et là où ils n’y sont plus, en France, en Italie et maintenant en Allemagne, ils sont en proie à la division et à l’apathie. » D’autant plus que la droite, dans cette vieille Europe, ne cesse de piquer des idées à la gauche, conclut notre analyste…
Les quotidiens européens ont donné du grain à moudre aux cassandres de la fin du socialisme à l’occidentale : « Un dernier lancer de dés ! » lançait le Guardian à propos de Gordon Brown, alors que pourtant le journal de Manchester soutient depuis toujours les travaillistes. « Au bord du précipice ! » pronostiquait le Times, évidemment moins enclin à l’indulgence.


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Outre-Rhin, le chœur des pleureurs n’était pas en reste. La très sérieuse, mais aussi conservatrice, Frankfurter Allgemeine Zeitung, use d’un vocabulaire peu coutumier pour décrire le futur des sociaux démocrates germains : « Que restera-t-il de ce combat de coqs, surtout après que l’une des têtes d’affiche du SPD, Franz Müntefering, a qualifié l’opposition, c’est-à-dire son propre parti de ‘tas de fumier’. On se demande alors qui va chanter en haut de ce tas ? »

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La Tageszeitung, pourtant à gauche, sous le titre peu flatteur "Der Halb-Starke", intraduisible mais qui désigne un adolescent imprévisible et prêt à tout casser, s’en prend vigoureusement à la vieille classe politique social-démocrate, à travers ses vieux chefs mâles, tels Frank-Walter Steinmeier ou Gerhard Fritz Schröder qui ont mené la gauche allemande à la catastrophe.

Ce qui est étrange, cependant, c’est que personne ne remarque, ou ne veut remarquer, la montée spectaculaire de partis nouveaux venus et plus à gauche comme Die Linke et surtout de la désaffection des électeurs. Parce qu'un spectre hante l’Europe, c’est le spectre de l’abstentionnisme…

Messieurs les Anglais, tirez les premiers

Posté par : Sylvie Braibant

Daily

Sur les terres de la perfide Albion ces jours-là, on s’en est donné à cœur joie contre la France, de façon vile et facile… La salve a d'abord visé notre regretté président Valery Giscard d’Estaing et son dernier opus, où il conte à mots voilés son idylle passée avec la princesse Diana. Les Britanniques ont bien ri paraît-il, dénonçant un fantasme de « vieux libidineux ». Et de se gausser tout autant des talents littéraires de l’auteur que de ces prouesses viriles. « Et si c’était vrai ? » rétorque le Figaro, se fondant sur quelques périphrases énigmatiques et d’outre tombes…
Au-delà de l’anecdote, je ferais remarquer à mes confrères et consoeurs anglais qu’ils sont rares les anciens chefs d’État à ne pas se lamenter sur les années passées ou à se morfondre sur l’oubli dont ils sont l’objet. Particulièrement en France ou la fonction de président est quasi sacralisée. Avec ses romans à quatre sous et ses retours réguliers dans l’arène politique pour remettre en jeu ses mandats électifs, je dois avouer que Valéry Giscard d'Estaing (VGE) m’est beaucoup plus sympathique aujourd’hui qu’au temps de sa splendeur quasi royale…

Aux dernières nouvelles, VGE livre une autre demi-vérité : il jure que cette romance, au sens littéraire, était une idée de Diana, surgie un jour où ils discutaient des amours entre grands de ce monde... Et donc, on attend la suite.

Deuxième salve avec Dominique de Villepin (on reste dans

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la vraie fausse aristocratie à la française), dont le Financial Times a affiché la haute silhouette en Une. Le quotidien de référence planétaire ne perd pas une miette du shakespearien feuilleton Clearstream… La rédaction a lancé sa série sous le titre « Intrigue, querelles fratricides et désirs de vengeance au sein de l’élite française ». Ben Hall, l’un des éditorialistes du journal laisse courir une plume légèrement fielleuse : « Pourquoi tant d’histoires ? La France adore les intrigues  et l’affaire Clearstream en a à revendre. Le pays retient son souffle et la couverture médiatique tombe en flux ininterrompu. Les règlements de compte entre un ancien Premier ministre flamboyant et un président de la République en exercice signent un drame au succès garanti.
(…) M de Villepin est convaincu que M Sarkozy a tout fait pour bloquer son ascension politique, même en détournant la loi. La carrière du premier est terminée tandis que le second domine toute la scène française. Mais la vengeance est un plat qui se mange froid… » Y compris au tribunal…

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Enfin, la presse européenne, en particulier celle de Londres, n’a pas manqué de faire écho à la destruction du bidonville pour migrants, en route pour leur rêve anglais, surnommé la Jungle de Calais. C’était le but recherché : faire du bruit. Mais loin de séduire nos concitoyens d’outre-Manche, le geste a été le plus souvent dénoncé pour sa brutalité. The Independent est certainement le plus sévère : « D’abord la police charge, puis les bulldozers. En quelques instants, il ne reste plus rien du campement situé aux abords de Calais. Des deux côtés du « Channel », les politiciens sont persuadés que cela aidera à résoudre les problèmes de l’immigration clandestine pour une décennie au moins. Si seulement, c’était aussi simple. » L’éditorialiste rappelle les deux écueils qui rendent de tels spectacles inefficaces : la violence des pays d’où viennent ces réfugiés, et l’illusion d’un contrôle des flux migratoires, face aux fléaux économiques ou politiques. « Démolir des camps sauvages et renvoyer des bateaux pleins de désespérés ne fondent pas une politique, mais sont l’expression seulement d’une faillite morale. »

Et un petit dernier belge pour la route, l'oeil de Kroll pour le Soir

Sept2509

Coup de pompe

Posté par : Sylvie Braibant

Chus_irakSAU_AN Tandis qu’une paire de chaussures, costaudes, masculines, genre pataugas, voire godillots, faisaient à nouveau le tour des Unes, le Times de Londres affichait des escarpins rouges et noirs. D’un côté donc, le nouveau héros des temps modernes, Mountazer al-Zaïdi, celui qui avait lancé ses chaussures à la face d’un président américain, et avait été condamné pour cet « exploit », est sorti de prison, pour le plus grand plaisir de ses fans planétaires, et de tous les journaux du Moyen orient.
De l’autre, un quotidien londonien, qui, ce jour-là, avait choisi de consacrer sa Une à un crucial problème de santé publique : le port des talons hauts !

Depuis 1868, en Angleterre, le TUC, Trade Unions Congress (Congrès des organisations syndicales), se ChaussuresUK_TT réunit une fois l’an, afin de faire le point sur les nouvelles luttes à mener, les nouveaux droits à conquérir. L’événement est si important, qu’aucun Premier ministre n’oserait le manquer. Mardi dernier donc, le 15 septembre, la haute assemblée s’apprêtait à écouter Gordon Brown. Pour faire patienter, deux déléguées sont montées à la tribune et ont lancé un vibrant appel : halte aux talons hauts ! Lorraine Jones, de la Société des podologues, chaussée de pantoufles plates, a d’abord fustigé les industries qui obligent les femmes à marcher sur des échasses, comme dans la vente ou l’aéronautique. « Si de telles chaussures étaient sur d’autres pieds, en l’occurrence, ceux des hommes, jamais cela ne serait toléré. »
« Cela n’est pas un problème trivial, a-t-elle conclu. Deux millions de journées de travail sont perdues chaque année en raison de problèmes de jambes et de pieds (durillons, cors, ménisques froissés et autres vertèbres coincées)." Deux millions de journées de travail équivalent à une contribution de 300 millions de £ pour l'économie, soit 338 millions d’€, nous apprennent Suzy jagger et Will Pavia, les auteurs de l’article.

Au fait, la compagnie aérienne Virgin Atlantic a formellement démenti obliger ses hôtesses à arborer des souliers à talons hauts : « Si quelques unes accueillent les passagers ainsi chaussées, la plupart enfilent des ballerines pour le vol, bien plus confortables et nécessaires à la sécurité. » Dont acte !

Talons Derrière ce combat qui se veut féministe, les oratrices ont une bête noire, la députée Tory (conservatrice) Nadine Dorries. Mary Turner, la présidente nationale de la GMB, l’un des plus gros syndicats outre Manche, l’accuse d’avoir trahi la gente féminine travailleuse en se pavanant devant ses collègues masculins sur de très, très, hauts talons. « Si vous éprouvez le besoin de vous jucher sur des escarpins aussi chers devant vos pairs, tant pis pour vous. Mais nous nous resterons bien droites sur nos deux pieds ! »
À quoi, l’élue a répondu pour sa défense : «  mais si j’enlève mes talons, plus personne ne me trouvera , tellement je suis petite ! Je mesure à peine 1 mètre 60… Cela favorisera encore les instincts de tueur des mâle dominants, majoritaires au Parlement. »

Le débat est ouvert !

On soumettra donc aux actrices de cette dispute, un autre élément de réflexion : un arrêt du Conseil d'État avait condamné la Régie des transports parisiens à payer les réparations à un passager d'autobus dont le pied avait été transpercé par... un talon aiguille.

13 septembre 1759, vingt minutes qui ont fait basculer le monde (et qui risquent aujourd’hui de refaire basculer le Canada…)

Posté par : Sylvie Braibant

Devoir Deux cent cinquante ans après ce jour fatidique, les combattants de la bataille des plaines d’Abraham sont à nouveau prêts à en découdre, et sur tous les fronts : historique, politique, et pourquoi pas militaire. Le 13 septembre 1759, donc en pleine guerre de sept ans qui oppose principalement la France et l’Angleterre, par une attaque éclair de vingt minutes sous la houlette du général James Wolfe de sa gracieuse majesté, les troupes britanniques défont les rangs de l’armée française, au pied de la ville de Québec. Ou plutôt par une « non-attaque ». Wolfe a tendu un piège à son adversaire, le Marquis Louis-Joseph de Montcalm, en disposant ses hommes en ordre de bataille. Mais il attend. Et finalement, quand à dix heures du matin, Montcalm sonne l’assaut, la partie est déjà jouée, les forces en présence sont trop inégales. Le Canada français bascule dans l’escarcelle britannique : la domination anglo-saxonne sur le monde peut commencer !

Les commémorations grandioses attendues autour de cet événement donnent lieu à de très vifs débats, dont la presse canadienne, tant francophone – bien sûr, qu’anglophone, se fait l’écho.
La controverse occupe d’abord le champ des historiens. En France, au Canada, en Grande-Bretagne, les opinions divergent sur deux interprétations : l’importance de cette bataille-là, et l’importance de ce conflit-là. Les combats des plaines d’Abraham ont-ils vraiment fait passer le Canada de l’empire français au britannique ? Et la guerre de sept ans n’a-t-elle pas été finalement le premier conflit mondial ?

À la première question, certains répondent que les jeux étaient déjà faits, que stratégiquement les Dull_7ans Français avaient déjà perdu, que Louis XV avait décidé d’abandonner cette terre lointaine – Voltaire disait « La France peut être heureuse sans Québec. » D’autres s’insurgent contre l’idée, la pensée même de ce pseudo abandon – jamais la France, même dans son subconscient inatteignable n’aurait osé esquisser de si mauvaises intentions.
À la deuxième, le chercheur Jonathan R. Dull apporte une réponse très élaborée dans un livre minutieux sur la guerre de sept ans, qui fut bien selon la formule de Winston Churchill (et selon lui donc) « la première véritablement mondiale ». Elle impliqua, lors de deux affrontements majeurs en Amérique du Nord et en Europe, entre 1754 et 1762, la France, la Grande-Bretagne, la Prusse, l’Autriche, la Russie ou l’Espagne, pour ne citer que les plus importants.

Mais certains, ailleurs, en pincent pour une autre grande boucherie et mettent leur curseur de Première apocalypse mondiale, un siècle plus tard, en 1855, sur la guerre de Crimée. On y retrouve les armées ottomanes, anglaises, françaises et sardes alliées contre les Russes. La révolution industrielle y autorise des armes de destruction massive et cette fois c’est la suprématie orientale (déjà) qu’il faut contenir…


CAN_NP Sur des terrains plus actuels et mouvants, la bataille des plaines d’Abraham ravive d’autres flammes : lors des commémorations (qui s’annoncent grandioses), un marathon de 24 heures de lectures occupera le lieu même du crime, parmi lesquelles, le manifeste indépendantiste du Front de libération du Québec, qui prônait dans les années soixante-dix la lutte armée, voir le terrorisme, pour gagner l’indépendance. Pour certains, membres du Parti québécois, ce choix sonne comme une véritable provocation, tout comme l'idée de rejouer la bataille. Quant à Jean Charest, l'actuel Premier ministre du Québec, il boycottera purement et simplement la fête, tandis que son gouvernement annule la subvention 22 000 $ canadiens alloués à l'événement, en un refus illusoire d'une violence qui fut bien réelle.

Pour d'autres spérartistes, et pour les organisateurs, et pour les lecteurs pressentis, ce texte, aussi violent soit-il, raconte, tout comme la bataille des plaines d’Abraham, l’histoire mouvementée de ce pays en apparence si paisible…



Lire la passionnante série, pour le Devoir, de Christian Rioux sur le 13 septembre 1759

Voir le rappel de la guerre de Crimée sur le site d'AlephTV

Voir l'état de la polémique autour de la commémoration de la Bataille des Plaines d'Abraham, dans le National Post

Dans la mémoire de l'autre

Posté par : Sylvie Braibant

Poutine_gazeta Les yeux fixés sur l’horizon montagneux, Blaise Pascal, théologien du 17ème siècle, écrivait  : “Vérité en deça des Pyrénées, erreur au-delà…” Pensée universelle sur la relativité de l’histoire, dont l’Europe est en train de vivre un nouvel avatar, avec la commémoration du soixante-dixième anniversaire du déclenchement de la Seconde guerre mondiale. La polémique s’est jouée, essentiellement par journaux interposés, entre Polonais et Russes, qui n’ont aujourd’hui presque plus de frontières communes depuis l’éclatement de l’empire soviétique, en dehors de celle qui longe l’enclave occidentale russe de Kaliningrad.

En août 1939, les deux pays étaient encore mitoyens sur des centaines de kilomètres, et leurs relations d’hostilité ancestrale avaient connu une nouvelle vigueur avec la Révolution bolchévique. Tandis que sur le flanc sud ouest de la Pologne, l’Allemagne hitlérienne affûtait ses armes. Un an auparavant, Anglais, Français, Italiens et Allemands avaient conclu des accords à Munich, reconnaissance de facto de l’annexion de la région tchécoslovaque des Sudètes par Hitler.

Dans sa marche conquérante, le IIIème Reich, pour se Iht garantir  la passivité soviétique, lança des négociations avec Staline. L’Union soviétique, exsangue, n’était pas plus prête à la guerre que les puissances occidentales. Le 23 août 1939, les deux États signaient un pacte de non agression, mais aussi de partage de leurs zones d’influence : la Pologne et la Finlande furent ainsi redessinées. Forts de ce texte, les nazis envahiront la Pologne le 1er septembre 1939, les Soviétiques le 17 septembre. C’est l’histoire de ce pacte dit Molotov-Ribbentrop, du nom de ses parapheurs, ses causes et ses conséquences, qui dressent aujourd’hui la Pologne contre la Russie, ou plutôt une partie de la classe politique polonaise, entraînée par Lech Kaczyński, l’actuel président de la République polonaise, contre Moscou. À en croire, cette minorité bruyante, très catholique et conservatrice, la Seconde guerre mondiale aurait été déclenchée par ce pacte, donc par les Russes, principaux responsables finalement de la catastrophe, et pourquoi pas, aussi, du génocide, exonérant ainsi les Allemands de leurs écrasantes et totales responsabilités dans les horreurs de ce conflit.

Vladimir Poutine a contre-attaqué en s’adressant aux Polonais via la Gazeta Wyborcza. Le grand quotidien de référence à Varsovie, dirigé par d’anciens de Solidarnocz, a même offert sa Une au Premier ministre russe. Dans une longue tribune, s’il admet le caractère immoral du pacte, il le réintroduit dans son contexte historique, à l’aune des autres allégeances occidentales au IIIème Reich. Dans le même temps, les services secrets russes ont rendu publiques des notes compromettantes signées de certains dirigeants polonais de l’époque, dénotant un fâcheux tropisme germanique…

Izv  Vladimir Poutine, lors des commémorations du 1er septembre a voulu refermer la dispute d’un tonitruant : « Il ne sert à rien d’extirper les raisins secs des petits pains moisis. », relayé par une presse russe aux accents nationalistes. Son homologue polonais, Donald Tusk, l’a fait en termes plus policés : « Notre rencontre en tête à tête a indiqué dès la première minute que nous avions accompli un nouveau pas dans la vision commune de notre passé, afin de mieux construire notre futur. »

Un Obama russe ?

Posté par : Sylvie Braibant

Afrorusse  Le quotidien Niezavissimaïa Gazeta (littéralement « journal indépendant ») semble vouloir prendre des chemins de traverse cet été. Après les disciples de Staline, le voici sur les traces de Joakim Krim, que ses voisins appellent « à la russe » Vassili Ivanovitch, originaire de Guinée Bissau et désormais candidat aux prochaines élections municipales à Volgograd (octobre 2009), mieux connue autrefois sous le nom tout à la fois mythique et repoussant de Stalingrad. Cet homme jeune, venu dans ces lointaines contrées du sud-ouest russe pour y obtenir un diplôme en pédagogie, règne aujourd’hui sur un commerce florissant de pastèques. Une sorte de rêve russe, pendant du rêve américain. Et pour la région où il est devenu une vedette médiatique, la comparaison avec l’ennemi/ami de toujours ne s’arrête pas là : Joakim Krim, dit Vassili Ivanovitch est devenu le symbole des « afrorusses » et le futur Obama du pays.

PouchkineLes afrorusses viennent de loin : ce cher Alexandre Pouchkine descendait d’un esclave enlevé au Nord  du Cameroun et qui répondait au doux nom d’Abraham Hannibal. Cet arrière grand-père devint l’un des favoris de Pierre le Grand. À la mort de l’empereur, il tombe en disgrâce, est envoyé pour un séjour sans retour en Sibérie, s’évade et pour finir épouse une noble suédoise… Cette histoire a été joliment racontée par le chercheur béninois Dieudonné Gnammankou dans une biographie de l’ancêtre du grand poète russe – L’aïeul noir de Pouchkine, ed Présence Africaine. Du coup, je me demande si cet historien n’aurait pas fait ses études à l’Université Patrice Lumumba de Moscou, de son vrai nom Université de Russie de l’Amitié de Peuples, fondée en février 1960, alors que les décolonisations allaient bon train. C’est là l’une des autres sources des afrorusses : l’établissement voulait accueillir les enfants des anciens colonisés et contrebalancer la présence toujours influente des vieux empires occidentaux. De retour chez eux, ces étudiants donnaient le plus souvent le meilleur, mais parfois aussi le pire pour l’orientation idéologique de leurs pays…

Lumumba_moscou Certains firent souche : ils aimèrent, convolèrent, et l’on vit bientôt de jolis bambins métis à travers la steppe. Aujourd’hui l’Université tente de retrouver son lustre et son prestige d’autrefois. Mais les petits afrorusses connaissent des jours difficiles, fréquemment en butte  au racisme d’une population qui stigmatise depuis toujours les étrangers, les « faces noires » – juifs, caucasiens ou nègres – негр est encore le mot utilisé pour désigner les noirs d’Afrique.

Joakim Krim, dit Vassili Ivanovitch, sourit à 161-2-1pleines dents, mais doit affronter la contre attaque à sa nouvelle célébrité. Candidat pour la liste investie par le parti de Vladimir Poutine (dont il est un inconditionnel) dans le quartier de Sriednikh Akhtoubakh , il est devenu la cible du Parti communiste : « la menace noire » inquiète les représentants de l’ordre ancien et du vote protestataire. « Ce noir va attirer la sympathie des pauvres,  tentés de voter pour lui, juste en vue de provoquer le pouvoir en place », commente sobrement l’un des dirigeants du parti local. Ce que confirme un chercheur auto érigé en anthropologue des afrorusses, Vladimir Kritski.

N’empêche : au début du mois d'août, lors d’un "chat" de la section locale volgogradienne de Russie Unie avec ses jeunes militants, Joakim a renvoyé aux oubliettes tous les notables du coin. Les internautes ne voulaient échanger qu’avec lui, et la toile russe buzze maintenant à tout va, transportant sa popularité aux confins (et au-delà) du vaste territoire russe. La marche triomphale via Internet : encore un point commun avec Barack…

Eine große Katastrophe

Posté par : Sylvie Braibant

Berlin_rails  Le voyageur qui débarque dans la capitale allemande ces jours-ci est accueilli par des mines sombres. Si en plus, il feuillette les quotidiens allemands, il sera probablement pris de l’envie de repartir illico : à longueur de lignes, ce ne sont que chaos, désastre, crash, tiers-monde, guerre, crise, infarctus, effondrement, situation sans précédent, et autre cauchemar… Renseignement pris, on se trouve effectivement au bord de l’abîme : la s-bahn ne marche plus, ou pour être plus précis, la s-bahn est en partie arrêtée ! La s-bahn est à Berlin, ce que la petite madeleine est à Proust : elle est consubstantielle à la ville, elle la structure, la définit, l’accompagne.

La s-bahn, c’est cet entrelacs de rails qui tisse le réseau ferroviaire de la capitale allemande, parfoisBerlin_sbahn20_siege2   sous terre, le plus souvent en l’air, sur une sorte de gigantesque ceinture d’acier à vingt mètres au-dessus du sol. C’est aussi ce train rouge et jaune, mignon comme un jouet, meublé de sièges au design inventif : en ce moment le revêtement rappelle les tags, art populaire très en vogue outre-Rhin, cela dans le but bien sûr de défier le vandalisme…

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Dans cette ville où tout pas accompli vous raconte l’Histoire ou une histoire, la s-bahn joue des superlatifs : depuis 1924, elle a symbolisé tour à tour le triomphe hitlérien, la guerre froide, la construction puis la chute du mur. Les voyageurs de l’Ouest et de l’Est s’y  rencontraient même virtuellement à Friedrichstrasse, la station frontière : le terminus pour ceux de l’Est, une traversée sans arrêt et le plus vite possible pour ceux de l’Ouest.

L’arrêt d’une partie du trafic est due à la mauvaise gestion du matériel roulant, en particulier des pneus : une rame a déraillé en avril dernier et Sbahntagespiegel2 contrairement aux injonctions de l’organisme de sécurité, les remplacements et contrôles n’ont pas été effectués : d’où l’arrêt des deux tiers du service pour une durée indéterminée, d’où les lamentations des Berlinois. « À la fin de la guerre, en 1945, il a fallu des tonnes de bombes pour arrêter la S-Bahn. Une simple négligence humaine et une impéritie l’auront stoppée net, en temps de paix… », peut-on lire sous la plume de l’un des plus fameux éditorialistes du pays, tandis que le directeur du musée technique Alfred Gottwaldt pleure cette situation sans précédent. Quant au Time, il s’interroge : la réputation infaillible d’efficacité de l’Allemagne ne serait-elle pas sur le point de sombrer ?

Berlin_sbahn1 Pour tout dire, la voyageuse inquiète que j’étais face au marasme annoncé n’a pas rebroussé chemin et a même emprunté la « s-bahn-qui-ne-marchait-pas » une bonne dizaine de fois en une semaine… L’efficacité allemande semble avoir encore de beaux jours devant elle. Berlin aussi.