Les cahiers au feu, les maîtres au milieu ! Vive les vacances !

Posté par : Sylvie Braibant

AUT_KUR
Des moustiques entrent par effraction dans la chambre de votre hôtel 5 étoiles ? Votre agence de voyage n’a pas suffisamment veillé à l’ambiance dans votre séjour aux Bahamas ?  Le bruit de l’ancre contre la coque de votre super navire de croisière vous insupporte, ou vous auriez préféré une fenêtre à un hublot ? Vous avez été privé d’eau chaude pendant deux jours dans une résidence trois étoiles ? Vous ne pouviez pas capté votre programme préféré dans votre langue natale en Turquie ?  Il vous faut dix minutes pour aller à pieds à la plage, contrairement à la brochure qui vous promettait les pieds dans l’eau ?

Bref, de minuscules tracas vous gâchent ce pour quoi vous avez trimé toute l’année ? N’hésitez pas, Faineantscourrez en Autriche ! Les tribunaux accordent de plus en plus de dédommagements aux vacanciers grincheux qui refusent tout imprévu à leurs sacro-saintes vacances. Des remises de 5 à 10% du prix initial ont été accordées dans les cas les plus abracadabrantesques cités plus haut. « Un sou est un sou », comme disait nos anciens…

Ces petits désagréments n’arriveraient pas si nous étions en vacances toute l’année. Comme les  protagonistes du formidable roman du regretté Albert Cossery « Les fainéants dans la vallée fertile ».  Dans cette famille des bords du Nil, on est rentier de père en fils, heureux et fiers de l’être, jusqu’à ce que cette belle harmonie soit perturbée par les velléités du plus jeune rejeton. Celui-ci s’est mis en tête d’aller travailler à l’usine voisine. Alors il se met en route tous les matins, sous les yeux effarés des siens, qui cherchent les moyens de l’empêcher de parvenir à son but. Ils n’auront pas besoin de se fatiguer : le candidat travailleur s’endort chaque jour en chemin…

Une excellente lecture pour des vacances que je vous souhaite épatantes, avant de me mettre moi-même au vert !

La nausée : 85 ans, ancien bourreau, méchanceté intacte...

Posté par : Sylvie Braibant

Paginavidela_bon

D'une voix ferme, quoique légèrement moins militaire qu'aux beaux temps de sa gloriole, Jorge Rafael Videla, colonel à la retraite, et ancien chef de file de la junte meurtrière des années 80 en Argentine, a demandé la parole. Depuis le début de son nouveau procès pour crimes contre l'humanité, il trépignait, impatient de clouer le bec à ces petits juges qu'il ne reconnaît pas. "Ce n'est pas à vous de me juger. Mais à mes pairs, à la rigueur. Que pouvez-vous comprendre à cette guerre menée contre la subversion terroriste de l'époque ? Contre ces terroristes marxistes, manipulés à l'étranger, qui cherchaient à mettre la main sur notre démocratie ?" Et il ajoute sans honte : "les disparus ne sont ni morts ni vivants, ils sont au paradis..."


Le charmant vieillard est jugé par des tribunaux civils pour l'assassinat et la torture de 31 personnes, dont les familles tenaces ne veulent pas le laisser en paix. Il les regarde avec arrogance, dit qu'il a déjà été jugé, ne regrette rien, habité aujourd'hui comme hier par sa croisade anticommuniste. C'était juste mon devoir, répète-t-il sans cesse, sauf quand il sombre dans la somnolence, rattrapé par une sorte d'ennui méprisant. Cette morgue, cette supériorité affichée, me rappelle quelqu'un. En 1997 et 1998, j'ai suivi pour TV5, le procès de Maurice Papon, accusé de crimes contre l'humanité pour avoir livré avec célérité des Juifs à la déportation. Le serviteur exemplaire de l'État affichait lui aussi cette suffisance qui rendait malade les familles des victimes. Maurice Papon, quoique condamné, n'a pas fini ses jours en prison, mais dans sa propriété, entouré des siens.


Videla avait déjà été jugé pour les 30 000 disparus de la dictature, mais il avait été amnistié à la faveur d'une Videla loi générale. Dix ans plus tard, cette grâce avait été déclarée anticonstitutionnelle. Et ce n'est pas fini. En août nouvelle salve, pour d'autres crimes, et plus tard encore, il sera poursuivi pour sa participation au plan Condor, vaste opération mise sur pied par les dictatures d'Argentine, du Chili, du Paraguay, du Brésil, de Bolivie et d'Uruguay pour éliminer leurs opposants dans les années 1970. Avec la bénédiction et la collaboration de la CIA . Mais aussi avec le soutien logistique de la France : d'anciens officiers tortureurs de la guerre d'Algérie (tient, revoilà Papon !) furent dépêchés à travers tout le contient pour disséminer les méthodes de la sale guerre.


Bip bip bip...

Posté par : Sylvie Braibant

Vieilles
Elles sont pas mignonnes, ces babouchki ?

Peu de temps après avoir été élu, le nouveau président russe Dmitri Medvedev avait annoncé une révolution technologique : la nation de Youri Gagarine, premier homme dans l'espace, tout le pays, le plus grand au monde, allait être connecté. Tous, de Sibérie à la Crimée, de Moumansk à Volgograd allaient pouvoir passer à l'ère numérique et webique, grâce à des connections haut débit qui allaient permettre de voir des vidéos, de lire du texte et d'entendre des sons en un rien de temps. C'est ce qu'on appelle "'ère de modernisation Medvedev". Et c'est ce que nous raconte le quotidien Moskovskaïa Pravda, à part comme on l'a déjà vu, dans le paysage médiatique russe.

Le problème ce n'est pas seulement la taille du territoire, ses distances homériques, ses bouts du monde RUS_MP   à  l'abri de la modernité, c'est aussi les tarifs de plus en plus prohibitifs dans l'ancienne patrie communiste des compagnies de télécommunication. Et donc, devant la stratégie d'inertie de ces dernières, le président a décidé de passer à la contrainte. "Vous allez voir ce que vous allez voir" leur a-t-il signifié en signant quelques décrets bien sentis. À l'été 2009, le président avait signé un premier oukaz stipulant que tous les citoyens russes, jusqu'aux villages les plus reculés, devaient disposer d'un accès libre et gratuit au réseau Internet, ainsi qu'à l'audiovisuel numérique.

En février dernier, c'est au tour du ministre de l'Information de tenter une mise en place de la volonté présidentielle en cherchant à faire plier la société d'État Sviazinvest afin de développer le "web social", la toile pour le plus grand nombre. Mais avec une priorité : leur permettre d'abord de naviguer dans les sites gouvernementaux ou administratifs. Essentiellement du texte donc, pour l'accès duquel le haut débit n'est pas nécessaire… Tout cela est bien joli, mais parfaitement inutile : dans la réalité, l'ensemble du pays est déjà connecté au bas débit…

 

La Russie est même à la pointe de la consultation du web. Elle compte aujourd'hui plus d'internautes qu'en  France ou en Italie. Ceux qui vivent sur une surface aussi immense et éclatée, ont depuis longtemps compris les bienfaits de la communication via Internet Et les régions n'ont pas attendu l'État pour se lancer, nous dit le site France-Russie_Chine-vox.
97-ecran "Avec 26 millions d'utilisateurs  (soit 23 % de la population ), la  Russie  se place au 9ème rang dans le classement mondial, juste derrière le Brésil puis l’Angleterre. L'année 2006 a même été celle de la troisième plus forte progression au monde (+20 %) avec la Chine (+21 %)  et l'Inde (+33 %). Selon les projections, la Russie pourrait rattraper en moins de deux ans les chefs de file européens que sont l’Allemagne (42 millions) et l’Angleterre (30 millions) .
La Volga, le Sud (Caucase) et la Région Centrale concentrent déjà plus d’internautes que les régions de Moscou et de Saint-Petersbourg réunies (30 %). Preuve que l’éloignement de la capitale n’est plus un handicap, c'est la région d’extrême Orient (Vladivostock) qui connaît la troisième pénétration la plus forte d'Internet (25 %)." 

La promotion de "l'internet social" aurait-elle été imaginée surtout pour la vitrine ?

Nos petites maisons dans la prairie

Posté par : Sylvie Braibant

Forsale
Le Wisconsin est au bout du bout. Au delà, on tombe dans l’eau du Lac Michigan, et si par hasard on surnage, on arrive au Canada. C’est dans ces confins américains que Dorothea Hahn, la correspondante de la Tageszeitung à Washington, est partie observer la crise. Elle est allée explorer un quartier de Milwaukee, la plus grande ville de l’État. Pas par hasard : Milwaukee s’est développée en grande partie grâce à l’immigration allemande, poussée par la famine, au milieu du XIXème siècle. Et aujourd’hui, elle pourrait défaillir à cause de l’Allemagne : le plus gros créancier des propriétaires ruinés par les crédits et mis à la porte de chez eux pour traites impayées est une banque allemande de Francfort ! Ce télescopage germano-américain avec ses implications très concrètes pour les citoyens de Milwaukee donne à comprendre les méandres de la crise comme rarement.

« La 23ème rue est particulièrement intéressante pour les investisseurs. Les pavillons en bois de la fin du GER_TAZ XIXème, tous d’une couleur différente, entourés de leur morceau de pelouse, rappellent la Milwaukee allemande.  La petite église de briques rouges, rattachée à la communauté Emmaüs, semble directement sortie de Prusse. Et les brasseries désaffectées du voisinage pourraient être vues n’importe où en Allemagne. (…)
James Exum vit dans cette rue avec sa vieille mère. Il a vu ses voisins s’endetter les uns après les autres. Pour acheter une nouvelle voiture. Ou pour financer un mariage. Le courtier a aussi sonné chez eux pour les tenter avec un prêt alléchant. « Vous n’avez besoin d’aucun revenu pour emprunter » lui ont-ils dit. « Votre maison nous suffit comme garantie. Imaginez tout ce que vous pourriez acheter avec une telle somme ! » La maman de James a refusé. Depuis, les voisins ont perdu leur maison et les voilà donc désormais, presque tous seuls dans le quartier. Cela ne les réjouit pas : leur maison a perdu de la valeur et la banque qui possède désormais les habitations mitoyennes vides, les laisse à l’abandon. » Au risque de menacer ruines et de détruire, petit à petit, toute la ville.

Voici donc comment avance le mauvais côté de la mondialisation : des petites gens, principalement afro-américains, d’une ville moyenne américaine qui croyaient avoir touché le paradis, et qui sont tombés sous terre par la volonté d'un établissement bancaire injoignable, intouchable, à des milliers de kms de là, de l’autre côté de l’Atlantique.

Devoir Nul doute que ce cas d’école aurait pu être discuté à quelques encablures de là, de l’autre côté du lac, au Congrès de la Fédération des sciences humaines du Canada, manifestation qui a fait la Une du Devoir. (Ah ce quotidien, qui en pleine crise internationale provoquée par une flottille en perdition au large de Gaza, peut se permettre d’offrir un beau morceau de sa manchette au Congrès de la Fédération des sciences humaines !).  Comme chaque année, des intellectuels de toutes disciplines et de tout le pays se rassemblent  pour ausculter notre société en légère perdition. Cette année, le conclave réuni durant quatre jours est parvenu à une conclusion : notre démocratie a mal, gangrénée par « le tout m’est dû ». Selon le philosophe Mark Kingwell, l’un des orateurs très en vue du congrès, l’hypertrophie des droits individuels sape lentement mais sûrement notre système. Notre ère « post moderne définit l’individu par sa consommation, fait proliférer le désir et érotise le capital. Enjoy, whatever it is !. » 

« Jouissez ! Peu importe de quoi ! » C’est sûrement le slogan que les marchands de crédits véreux ont utilisé pour séduire les habitants de la 23ème rue, à Milwaukee…

Gare au gorille, ille, ille, iiii illeu !

Posté par : Sylvie Braibant

AUT_KUR
Lorsque j’ai découvert la Une du Kurier du dimanche 24 mai, je me suis sentie transportée de joie. « RENDEZ-VOUS AVEC LES GORILLES » me proposait le quotidien autrichien. Et pour m’allécher un peu plus s’il en était besoin, le sous-titre m’invitait en mots et en photos à une exploration de la montagne des gorilles, située à l’intersection de l’Ouganda, du Rwanda et du Congo, lieu des merveilles. J’aime ces primates depuis que j’ai appris voilà quelques années que notre cousin proche (98% de gênes en commun) nous était bien supérieur. Les gorilles sont bien plus civilisés que nous, ils atteignent même à la finalité de la civilisation : le vivre ensemble.

12696143740137_4 C’est par un documentaire que j’ai pu toucher à cette grâce douce, incarnée dans des corps lourds et poilus, noirs et argentés. Le film était tourné par deux Australiens, naturalistes, ethnologues de la faune sauvage, spécialistes des grands singes. Durant trois ans, ces deux jeunes hommes ont vécu à quelques mètres d’un groupe de gorilles cendrés, un mâle, cinq femelles et quelques gosses. Ils n’ont rien fait d’autre que de les observer, et de noter jour après jour leur quotidien. De leur patient et obstiné travail, ils ont tiré des conclusions à méditer.
1° - Les gorilles ne cèdent pas à la frustration et ne sont pas envieux de leurs voisins. Ils se contentent de passer le plus clair de leur temps, assis confortablement à mastiquer des herbes. Parfois ils piquent un petit roupillon, parfois c’est l’heure d’un petit câlin, parfois celle de la contemplation, bref un emploi du temps on ne peu plus aimable. De loin en loin, le père de famille jette un coup d’œil à sa progéniture, afin de s’assurer que tout va bien.

2° - Les gorilles vivent en parfaite harmonie avec la nature. Ils sont végétariens. Ils ne laissent derrière eux que des déchets biodégradables, et rendent le lieu investi pour un temps, exactement comme ils l’ont trouvé en rentrant.

3° - Les gorilles sont polygames mais ils sont d’une équité absolue avec toutes leurs femmes, ne 12696143870104_4 rechignent pas à faire le ménage, et torchent les enfants plus souvent qu’à leur tour.

4° - Les gorilles ne se battent jamais. Oui, ne vous frottez pas les yeux, ces grands dadais là ne lèvent jamais la main, ni sur leurs conjointes, ni entre mâles fiers de leurs bisquotos, ni sur leurs mouflets ! Mais alors, mais alors, mais comment donc, et pourquoi ? Les deux chercheurs sont tombés d’accord : si le gorille ne se bat pas c’est parce qu’il n’aime pas avoir mal… Il fallait y penser. Le comble de la civilisation, vous avait-on dit.

Cela dit, les grands singes se font respecter. N’allez pas croire que ce sont juste des gentilles pâtes molles, voire des bonnes poires. Déjà leur taille et leur apparence en dissuadera plus d’un de leur chercher des noises. Mais surtout, ils disposent de tout un registre gradué de signaux pour se faire entendre, dont on aimerait bien qu’en ce moment les deux Corées s’inspirent.

12696143780606_4 D’abord, il y a le froncement de sourcil : le froncement de sourcil du papa gorille à ses deux gorillons en train de se disputer un morceau de bois, fait en général office d’arme de dissuasion massive. Mais si les deux sont vraiment de sales gosses, on passe à la phase suivante : le virulent battement de mains dans l’eau (en général il y a toujours de l’eau à porter de main des gorilles…).  À ce stade si nos deux petits imbéciles veulent toujours en découdre, c’est qu’ils sont très mal éduqués. Et donc là, maître gorille sort le grand jeu : le frappé de poings sur le torse, debout, accompagné de ponctuations sonores. Personne jusqu’à présent n’a pu surmonter cela. Même pas Tintin au Tibet. Est-ce que vous ne fileriez pas tout doux face au frappé de poings sur le torse, debout, accompagné de ponctuations sonores ?

Mais alors pourquoi les gorilles sont-ils si menacés qu’il a fallu que l’Unesco décrète l’année 2009, année du gorille. Parce que le gorille qui se croyait à l’abri dans un monde dominé par le bon sens et la raison n’avait pas pensé que sur terre il y avait aussi des hommes, le principale prédateur de notre planète, qui est quelquefois si jolie.

Avec ses mystères de New York

Et puis ses mystères de Paris...

J'ai le cerveau comme de la sauce blanche

Posté par : Sylvie Braibant

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Etienne Koechlin n’est pas très gentil avec Napoléon. Cet éminent chercheur français, peu connu du grand public, n’a pas hésité un seul instant à écorner la mémoire du grand homme : « Si Napoléon donnait l’impression de pouvoir faire plusieurs choses à la fois ce n’est pas parce qu’il en était capable. C’est juste parce qu'il avait sans doute une très bonne mémoire. Il devait pouvoir passer d'une chose à l'autre sans transition. » Un sacré illusionniste en quelque sorte le Corse.
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Parce qu’Etienne Koechlin et son confrère Sylvain Charon viennent de démontrer dans une étude brillante,  qui a fait la Une de l’excellent Temps de Genève, que décidément les humains étaient incapables de mener de front plus de deux tâches à la fois. Une étude féministe, peut-être sans le vouloir, puisque hommes et femmes sont à égalité parfaite dans cette incapacité.

Tout cela est une histoire de lobe. Grâce à la technique de l’imagerie résonante magnétique, ils ont observé ceci : lorsque nous nous adonnons à une action même simple, du type « lire une lettre », nos deux lobes frontaux sont sollicités simultanément et avec une belle harmonie. Si nous voulons lire une lettre et en même temps nous préparer un hamburger, outre le fait que nous risquons de faire des saletés, nos deux lobes se mettent au garde à vous et chacun part à la poursuite de son but différent, lire d’un côté, tartiner de l’autre. Là où ça se corse, c’est lorsque avez décidé en plus de la préparation du hamburger et de la lecture de la lettre, d’écouter la radio. Là, si vous ne possédez pas de 3ème lobe (et a priori, personne n’en possède), les deux lobes actifs entrent en collision et vous risquez le « nervous breakdown », autrement dit la sortie de route – vous croirez lire ce que vous entendez et vous répondrez à votre hamburger.

Freud-illusion C’est déprimant. Le fait est que parfois il nous faut accomplir toute une série de choses en un temps record, surtout lorsqu’on les a reportées à plus tard. Aussi, je ne saurais mieux recommander la technique Benchley, exposée dans l’une de ses délicieuses chroniques : « Comment venir à bout de tout ce qu'on doit faire. »

« Beaucoup de personnes me demandent comment je parviens à tant travailler tout en donnant l’impression d’être si dilettante. Des centaines de milliers de personnes à travers tout le pays s’interrogent sur mes capacités à mener de front peinture, invention, écriture, philanthropie, tandis qu’il semble que je passe mon temps à chevaucher, me rendre à des bals masqués costumé en Louis XIV ou épeler « meilleurs vœux à la Californie » à 3000 écoliers de Los Angeles.

Le secret de mon incroyable énergie et de ma capacité à effectuer plusieurs choses de front est très simple. J’ai basé ma démarche sur une excellente connaissance des principes psychologiques, et je l’ai affinée jusqu’à ce qu’elle soit presque trop raffinée. 
Ce principe est le suivant : n'importe qui peut faire n'importe quelle quantité de travail, à condition que ce ne soit pas le travail qu'il est censé faire à ce moment.

Voyons comment cela fonctionne dans la pratique. Disons que j'ai cinq 
choses à faire avant la fin de la Mouse_brain semaine : (1) liquider ma pile de 
lettres sans réponse, certaines d'entre elles datant de Octobre 1928 ; (2) installer des étagères et ranger les livres ; (3) me faire couper les cheveux ; (4) dépiauter et découper une pile de revues scientifiques (je collectionne toutes les les références aux poissons tropicaux que je puisse trouver, avec l'idée d'en acheter un jour) ; et (5) écrire un article. 



Donc. Ces cinq tâches me regarde en face le lundi matin, et il n’est 
pas étonnant que je veuille tout de suite retourner au lit dès que j'ai pris le petit déjeuner, afin de stocker santé et force pour la presque surhumaine dépense d'énergie à venir. Mens sana in corpore sano, telle est ma
 devise. 



Allongé dans mon lit le lundi matin pour stocker force et santé, j’esquisse un 
calendrier. "Que dois-je faire en premier ?". Eh bien, ces lettres 
vraiment, auxquelles il faut répondre, ainsi que la pile de revues scientifiques à examiner. Et c'est là que je mets en oeuvre ma botte secrète. Au lieu de les mettre en premier sur la liste, je les mets en dernier. Je me dis: "Tu dois d'abord écrire cet article pour le journal." Je vais parfois si loin dans cette illusion que je fais une liste au crayon, avec "n ° 1. article de journal", souligné en rouge. (Le soulignement en rouge est assez difficile, car il n’y a jamais de crayon rouge sur la table près du lit, à moins d’en avoir pris un au lit avec moi le dimanche soir.)



 Cat_brain Je m’assois alors à mon bureau devant ma machine à écrire et j'aiguise cinq crayons. (Les crayons taillés servent à faire des trous dans le sous-main du bureau, et un crayon doit être assez pointu pour le faire.) Suite à cela, je me dis "Maintenant, mon vieux ! Au boulot, pour cet article ! » 

C’est alors que mon œil se fixe sur la pile de magazines, que, au préalable, j'ai habilement placée sur une table voisine. J'écris mon nom et mon adresse en haut de la feuille de papier glissée dans la machine à écrire et je me recule. Les magazines sont là, à portée de main, je me retourne pour voir si quelqu'un me regarde moi et hop, je prends celui du haut de la pile. Tiens donc, mais qu'est-ce ! Un article du Dr William Beebe, illustré par de terrifiantes photos ! Repoussant ma chaise loin de mon bureau, je me mets aussitôt à dépouiller et découper la pile.  (…)


Ainsi, avant l'après-midi, la moitié de la pile est passée au crible et je dispose d’un tas de coupures bien net  (y compris celle d'un poisson Viper que vous devriez voir. Elle vous ferait mourir de rire). Ensuite, je me remets à mon article de journal. 

Cette fois, je vais jusqu’au titre, avec une grande satisfaction, quand soudain je m’aperçois que j'ai mal orthographié un mot, de sorte qu’il me faut ressortir la feuille de papier (les ordinateurs n’existaient pas aux temps glorieux de Benchley) et en insérer une autre. Tandis que je fais cela, mon œil tombe négligemment sur le panier de lettres. 

S’il y a une chose que je déteste faire, c’est bien d'écrire des lettres. Mais avec l'article en attente devant moi, je suis soudain saisi d'une ferveur épistolaire, et je retire sournoisement la première des lettres restées sans réponse de la corbeille. Je me dis aussi que je vais me mettre dans le rythme de l'écriture de l'article, si je m’exerce sur quelques lettres. (…) Pris dans l'ambiance des lettres, j’exécute l'ensemble. 

Je me sens bien un peu coupable par rapport à l'article, mais le tas d’enveloppes fraîchement timbrées et les coupures de presse sur les poissons tropicaux font beaucoup pour soulager ma conscience. Demain j’écrirai l'article, sans nul doute. 



Le lendemain me voici avec une nouvelle feuille dans la machine, mes nom et adresse soigneusement Human_brain_NIH imprimés en haut, et tout cela avant onze heures ! "Une dynamo humaine" tel est le nom que je me donne. J'ai décidé d'écrire quelque chose sur les charmeur de serpents et je suis déjà plus que satisfait par le titre "Ces charmeurs de serpents". Mais, pour écrire au sujet des charmeur de serpents, il faut en savoir plus sur leur histoire, et où doit-on aller pour trouver leur histoire si ce n’est
dans un livre ? Peut-être même que dans cette pile de livres jetés dans ce coin, il y en a un sur les  charmeur de serpents ! 

Ainsi, avec une conscience parfaitement claire, je quitte mon bureau pendant quelques minutes et je commence à lire les titres. Bien sûr, il est difficile de trouver un livre, et encore moins sur les charmeurs de serpents, dans une pile, qui est restée dans le coin pendant des semaines. Ce qui est vraiment nécessaire, c’est de les mettre sur une étagère où leurs titres seront visibles en un seul coup d'œil. Et n’y a-t-il pas là l’étagère, debout à côté de la pile de livres ! C’est presque comme un commandement divin : "Si vous voulez finir cet article, d'abord installez l’étagère et rangez dessus les livres !" Rien ne pouvait être plus clair ou plus logique.

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Mais pour cette étagère, les lois de la physique m’imposent des clous, un marteau et  des crochets. Et, comme il n'y en a pas dans la maison, je dois mettre mon chapeau et sortir pour les acheter. Quand je mets mon chapeau, je me rends compte à mon grand regret que j'ai besoin d'une coupe de cheveux.  (…)
 Ainsi, en quelques heures je reviens, tiré à quatre épingles et sentant le lilas, portant des clous, des crochets, les journaux du soir, quelques crackers et du beurre de cacahuète.

(...) En un rien de temps, l’étagère est fixée et les livres sont soigneusement disposés dessus. Il n’y en a aucun sur les charmeurs de serpents, mais un ouvrage très intéressant contenant des estampes d'Hogarth qui mérite plus ample investigation. 

Vous voyez, en deux jours, j'ai fait quatre des cinq choses que j'avais à faire, 
simplement en faisant croire que c'était la cinquième que je devais absolument mener à bien. 
Le seul problème c’est que, à ce rythme, je vais être bientôt à court de choses à faire, et que je serai forcé de me mettre à mon article dès le prochain lundi matin. » (Traduction de moi-même qui appelle l'indulgence...)

Good bye Garzon ! Good morning Kagan !

Posté par : Sylvie Braibant

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Suites donc des déboires du plus célèbre juge espagnol. En plus du titre du plus pugnace dont il pouvait s'enorgueillir jusque là, il pourra se proclamer premier réfugié politique de l'Espagne de Juan Carlos et de Zapatero ! Les juges du Tribunal espagnol suprême ayant ordonné l'ouverture de son procès pour "prévarication", trafic d'influence et abus de pouvoir, le juge a demandé sa mise en disponibilité auprès de la Cour pénale internationale, où le procureur argentin qui semble ne pas avoir les mêmes valeurs que les Espagnols, lui ouvre largement son prétoire. Pour ceux, qui ne le sauraient pas, la prévarication est un délit particulièrement odieux, celui de manquer par intérêt aux devoirs de sa charge, autrement dit une forme de déloyauté pouvant aller jusqu'à la trahison.

Ce chef d'accusation lui est signifié pour avoir voulu enquêter sur les disparus de la Guerre civile de 1936 et sur la répression franquiste qui s'en est suivie, alors qu'une loi d'amnistie votée en 1977 (deux ans après la mort de Franco, donc) est censée avoir passé par pertes et profits tous les événements et horreurs du passé fasciste. Circulez, il n'y a rien à voir, au cas où vous vous entêteriez ! Le juge Garzon, celui qui poursuivit le général Pinochet, longtemps après la fin de la dictature à Santiago, pense exactement le contraire, que pour tourner une page il faut l'avoir lue.

Garzon_abc Pour prévenir toute accusation de procès politique, les juges madrilènes ont ajouté au lourd dossier du    magistrat honni quelques scories  : il lui est reproché d'être intervenu pour effacer une ardoise judiciaire de la banque espagnole Santander (l'une des plus grosses du monde), après avoir participé à des conférences sur le terrorisme, financées par cet établissement. Il est enfin accusé d'avoir ordonné des écoutes téléphoniques illégales lors d'une enquête sur une corruption de la droite espagnole, incarnée par le Parti populaire, par ailleurs très à cheval sur la loi d'amnistie des crimes du franquisme. L'Espagne, dont l'image est plutôt flottante ces derniers temps avec sa mise en faillite présumée, pourrait bien faire face à cette faillite de sa démocratie, en principe exemplaire.

(À noter, ce hasard "objectif" qui veut que les trois pays européens les plus en difficulté sur la scène économique et financière, sont passés ensemble du fascisme à la démocratie, sans travail de mémoire.)

CA_LAT2 De l'autre côté de la mer, la démocratie progresse sous la main douce et ferme de Barack Obama. Le président, lentement mais sûrement avance ses pions à la cour suprême, pour prévenir les déboires judiciaires qui ne manqueront pas d'accompagner sa réforme de la santé ou ses actions pour la protection de l'environnement.

Ces pièces maîtresses sont deux femmes, toutes deux de Chicago, ce n'est bien sûr pas un hasard, et excellentes juristes. Elen Kagan, 50 ans, la première vient d'être nommée en remplacement de John Paul Stevens, qui a presque 90 ans était un doyen ouvert et moderne de la Cour et qui a considéré qu'il était temps de passer la main. Diane Wood reste dans les starting blocks en attendant la prochaine occasion. Il y aura alors quatre femmes, et une voix d'avance pour les démocrates. Quelqu'un se dévouerait-il pour accélérer la chose ?

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On est prêt à lui offrir un magnifique bouquet de fleurs, japonais, pour ce sacrifice : cette arche multicolore de glycines japonaises qui accueille pour un trop court moment les visiteurs du Kawachi Fujien, sublime jardin au coeur du Japon traditionnel, riche de 22 espèces et couleurs différentes de glycine.

Il paraît que cette floraison exceptionnelle est due au coup de froid vivifiant du mois de mars.

La simple vue de cette débauche florale nous étouffe presque d'émotions et de parfums fantasmés.

Le magicien de ce parc, Takashi Higuchi, 63 ans, ne rêve que d'une chose : que "chacun en quittant ce lieu, se sente heureux."

Les choses simples sont les meilleures, non ?

Good morning Lénine !

Posté par : Sylvie Braibant

Lenine2
C’est un de ces télescopages d’actualités dont on se demande s’il tient au hasard simple, au hasard objectif selon les surréalistes, ou à la main d’un décideur suprême : quatre événements en Espagne et en Russie, dont on a parlé à Madrid, à Moscou et ailleurs. Le 22 avril on célébrait (ou on pleurait) la naissance de Lénine, on pleurait (ou on célébrait) la mort de Juan Antonio Samaranch, on refoulait la mémoire du franquisme, on exposait les archives du stalinisme…


Lenine Le 22 avril 1870, voilà 140 ans, naissait Vladimir Ilitch Oulianov à Simbirsk, loin de Moscou et encore plus de la capitale d’alors, Saint Petersbourg, au bord de la Volga, là où le plus grand et large fleuve du monde se rétrécit soudainement en une sorte de goulot avant d’aller se jeter dans la mer Caspienne. Un bout du monde provincial, berceau d’un nobliau qui allait faire trembler la planète. Qui s’en souvient ? Qui même connaît encore Lénine ? Il faut parcourir les débris de la presse communiste en Russie et le quotidien phare de Cuba (et peut-être celle de Corée du Nord, mais malheureusement pas encore disponible sur le web), pour voir le visage du révolutionnaire s’afficher à la Une. "Un pays et le monde entier  sur les épaules de Lénine", titre la Pravda (La Vérité), ombre de ce qui fut l’organe central du Parti communiste soviétique, et qui trouve encore des lecteurs pour sa prose. « Réapprenons Lénine ! » lui répond en écho la Sovietskaïa Rossia (La Russie soviétique !).

Mais il faut aller à La Havane pour trouver le plus vibrant hommage au père du bolchévisme, dans le Granma, organe officiel du Parti Leninecuba communiste cubain, qu’on ne résiste pas à traduire intégralement. « Alors que l’on commémore le 140ème  de sa naissance, la dimension historique de la pensée et de l’action de Vladimir Ilitch Lénine apparaît comme tout à fait extraordinaire pour n’importe quel étudiant en sciences sociales d’aujourd’hui.   anniversaire
Il fut le fondateur d’une nouvelle ère : il a entrainé le XXème siècle vers un mouvement révolutionnaire ininterrompu qui a culminé, grâce à la ténacité et à un héroïsme extraordinaire, avec le renversement de la Russie tsariste et le premier État ouvrier et paysan, et a accéléré partout dans le monde les mouvements révolutionnaires et émancipateurs. Outre les apports fondamentaux au marxisme, Lénine a inventé des choses comme la théorie de 'l’impérialisme, fin ultime du capitalisme', la création d’un parti de type nouveau, la révolution socialiste et la dictature du prolétariat, le lien indissoluble entre libération nationale et sociale, les bases de la coexistence pacifique, et les voies de la construction socialiste.
Pour tout révolutionnaire, et même pour tout honnête homme sur terre, la vie et l’oeuvre de Vladimir Ilitch Lénine constituent en eux-mêmes des objets d’admiration permanente. » Ouf ! S’il n’en reste qu’un ce sera Cuba !


Le même jour en Espagne, on honorait Juan Antonio Samaranch, SPA_PAIS fidèle serviteur de l’olympisme, mort  dans sa 90ème année. Et avec des trémolos dans la voix, ou plutôt dans le titre.

« Adieu au grand champion de l’olympisme moderne » salue ainsi El Païs, pourtant peu enclin à honorer de vieux franquistes. 

« Ce grand visionnaire et dirigeant universel », ce « géopoliticien génial », fut tout de même un dignitaire du Caudillo, passé peu ragoûtant dont il détestait qu’on le mentionnât.

Il fallait aller, ce jour-là, sur le site de Rue 89 pour trouver une biographie non autorisée de ce sympathique ou odieux personnage, selon l’angle de vue.

Huma-1 Au même instant, juges de la cour suprême espagnole et juge Garzon s’insultaient copieusement : les premiers accusent le second de prévarication, c’est à dire d’abus de pouvoir, tandis que celui-là qualifient les premiers de conseillers occultes de la Phalange (l’extrême droite franquiste). Le fameux juge Garzon (celui des poursuites contre le général Pinochet) pourrait être suspendu du poste qu’il occupe depuis 22 ans à l’Audience nationale, la plus haute instance pénale de l’Espagne. Parce qu’il a osé instruire des enquêtes sur les exactions du franquisme (114 000 victimes) et tenté de les requalifier en crimes contre l’humanité.


Malgré le retour à la démocratie, l’entrée dans l’Union européenne, une chape de silence recouvre les Garzonmundo2 quatre décennies du fascisme espagnol. Le juge Garzon a fait rouvrir des fosses, exhumé des archives, entendu des témoins, tout cela pour aider à surmonter la souffrance collective, voire à réconcilier deux pays dans le pays, encore irréductibles. Tandis que les adversaires de Balthazar Garzon continuent leur harcèlement judiciaire pour l’empêcher de poursuivre ses investigations, des dizaines de milliers de ses partisans descendaient dans la rue pour le défendre.
Les juges rendront leur décision en leur âme et conscience. Et comme chacun le sait, la justice est partout en Europe, indépendante.

Quant aux Russes d’aujourd’hui, ceux de la réconciliation avec l’Europe et la Pologne, ils viennent de commettre une action symbolique. Dmitri Medvedev a en effet annoncé la mise à disposition sur Internet des archives des massacres de Katyn, enfin celles qui sont déclassifiées. C’est toujours un début. Mais pour l’heure, peut-être en raison d’un trop grand nombre de connections, elles restent inaccessibles au profane.

Baïkal – Amour – Rio de la Plata, ligne directe sans escale

Posté par : Sylvie Braibant

Siberienne
C’était il y a cinq ans : on m’avait offert « Sibérienne », un roman du Cubain Jesus Diaz. Une histoire hilarante, au début des années 70, celle d’un journaliste cubain de 25 ans, noir et puceau, terrorisé en avion, envoyé chez le grand frère soviétique pour « couvrir » la construction de la ligne de chemin de fer reliant le lac Baïkal au fleuve Amour.  Mais comme toutes les histoires d’amour, en général, celle-là aussi finissait mal. Très mal.
C’était il y a presque vingt ans, à l’occasion de mon premier voyage en Russie, la dernière année de l’Union soviétique. J’habitais chez Anna B, une océanographe passionnée, riante, membre de l’embryon d’un groupe écologiste qui tentait de faire entendre sa voix. L’un de ses moyens était d’emmener par petits groupes, des journalistes étrangers contempler les désastres de la pollution du lac Baïkal. Brave soldate, elle accomplissait ce trajet de la désolation, plusieurs fois par an.
C’était aussi en 1991. Pour une enquête « historico-littéraire », j’avais pris le transsibérien jusqu’à Krasnoiarsk, la ville des gorges rouges, dernière station avant Irkoutsk et le lac Baïkal. Le Ienisseï, relié au Baïkal par la belle Angara, m’avait suffoqué par sa violence et sa taille. On me racontait que l’été des intrépides y plongeaient et se laissaient charrier sur des kilomètres par le courant, avant d’en ressortir tout ragaillardis.


J’ai repensé à Anna, à Sibérienne, au Ienisseï, en lisant l’un des derniers numéros de Novaïa Gazeta, leBaikalnovaia journal d’une autre Anna – la magnifique Politkovskaïa. À la Une du bihebdomadaire, une eau mousseuse et bouillonnante, surmontée de ce titre - Baïkal, photo pour mémoire -, et de ce sous-titre – bientôt, tout cela sera mort. Suit un long et bel article signé du correspondant  à Krasnoïarsk, Alexeï Tarassov, nouveau petit grelot d’alarme dans un océan d’indifférence. Le journaliste y décrit la magie de ce réservoir gigantesque d’eau douce (un cinquième des réserves planétaires, tandis que le sixième de la population manque d’eau) et sa pollution à grande échelle par les usines de cellulose qui le pompent et le polluent. Il y accuse directement le Premier ministre Vladimir Poutine, coupable d’avoir signé le décret autorisant le rejet des déchets par le conglomérat de production de pâte à papier бцбк. « La Russie ne possède pas seulement de saintes icônes. Le Lac Baïkal aussi est sacré. Et le Premier ministre l’a profané. Alors il ne faut pas s’étonner que ses riverains interrogés sur l’ennemi principal de la Sibérie, aient désigné en majorité Vladimir Poutine, lui-même. »

Tapagn À l’autre bout du monde, le Rio de la Plata s’étale entre l’Uruguay et l’Argentine. En 2006, une flambante usine neuve de pâte à papier répondant au doux nom de Botnia s’est installée sur la rive uruguayenne du fleuve « argenté », rejetant ses miasmes jusqu’au lointain versant argentin. Le gouvernement de Buenos Aires a porté plainte devant la Cour internationale de La Haye, et depuis trois ans, des manifestants occupent jour et nuit le pont principal reliant les deux pays, bloquant un trafic majeur en Amérique latine.
Hier le Tribunal rendait son jugement devant les diplomaties des deux pays au grand complet. Deux heures de lecture fastidieuse d’une décision mi-figue mi-raisin, prise à la majorité de onze voix contre trois, retransmises en direct (et en pleine nuit côté Amérique latine, décalage horaire oblige) par la télévision publique argentine : l’usine a violé le statut protecteur du fleuve mais peut continuer à produire son million de tonnes annuelles de cellulose, et donc à polluer, mais elle devra mieux informer ses voisins des rejets et l’Uruguay s’engage à geler d’autres projets similaires.  La Cour conclut : « Les mauvaises odeurs ne sont pas un délit et le démantèlement de Botnia ne saurait constituer une réparation appropriée ».

Les gouvernements sont repartis, satisfaits, main dans la main, tandis que sur le pont, les écologistes hurlaient leur colère.  Le quotidien argentin Pagina 12 résume la chose à la Une d’un lapidaire : « L’Uruguay a violé le traité. L’usine continue. »
Circulez, il n’y a rien à voir…
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Pluie d'étoiles

Posté par : Sylvie Braibant

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Des astronautes suisses et écossais viennent de découvrir quelque chose de rassurant : chez les astres aussi, certains refusent d’avancer dans le même sens que tout le monde ! Le communiqué de l’European Southern Observatory reste cependant quelque peu mystérieux, et ce ne sont pas les explications du Temps qui peuvent nous éclairer… « Aujourd’hui, la découverte de neuf nouvelles planètes à transit vient d’être annoncée. En combinant ces nouveaux résultats avec de précédentes observations d’exoplanètes en transit, les astronomes ont été surpris de découvrir que six exoplanètes (parmi un échantillon plus large en comprenant 27) ont été détectées orbitant dans le sens opposé à celui de la rotation de leur étoile hôte – soit exactement l’inverse de ce que l’on peut observer dans notre Système solaire. Avec ces nouvelles découvertes, les astronomes sont confrontés à une remise en cause sérieuse et inattendue des modèles de formation planétaire actuellement en vigueur. Elles laissent également supposer que les systèmes comportant des exoplanètes de type Jupiter chaud ne contiennent probablement pas de planète semblable à la Terre. »

Eso1016c Donc habituellement, les planètes marchent au pas cadencé autour de leur astre et dans le même sens que lui, comme à la cour de Louis XIV. Et voici que de petites coquines, appelées rétrogrades par leurs découvreurs, nées on ne sait trop comment, de roches en fusion et de particules de glace, ont décidé de tourner à l’inverse, et très lentement, rien que pour l’embêter. La rébellion reste modeste puisqu’elles restent accrochées comme de la glue à leur astre admiré et chéri, et on attend encore qu’elles s’en détachent dans une grande explosion cosmique. Parce que si elles ne le font pas, l’une des hypothèses avancées très calmement par les scientifiques est tout de même terrifiante : « Un effet spectaculaire de ce processus (la marche à l’envers) est qu’il pourrait anéantir une planète semblable à la terre. »  En novembre 2007, comme je l'évoquais, les Canadiens nous annonçaient déjà que le pôle magnétique allait lentement mais sûrement passer de l’autre côté du pôle Nord géographique, de quoi faire sombrer notre monde dans la fureur et les cataclysmes.
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Cela dit, si l’on regarde la Une de l’Irish Examiner, on se dit qu’il n’y a pas que les étoiles qui marchent sur  la tête.

À New York, lors d’une parade de mode canine, des humains ont exhibé Jake, un Yorkshire (surnommé chien papillon par ses adorateurs), vêtu d’un treillis militaire !

Ne lui manquait plus que la mitrailleuse en bandoulière. La tenue a fait fureur chez les dames de la haute venues habiller leur fidèle compagnon.

Libre2 À Bruxelles, on voit aussi les étoiles et trente six chandelles, en plein jour, et cela qu’on soit flamand, wallon ou … belge (sont Belges, ceux qui n’appartiennent à aucune des deux premières catégories). Depuis deux jours, la presse s’affole chez nos voisins avec des titres de plus en plus agressifs : « Vague de violence à Bruxelles », « Faut-il avoir peur à Bruxelles », « Lundi noir », « Les nouvelles mafias »,  et même un « C’est le joaillier qui risque les Assises pour avoir tiré ! » en manchette du De Morgen, oubliant dans le gros titre que celui sur lequel le commerçant volé a fait feu était mort, alors qu’il était de dos et qu’il s’enfuyait. En cause des hordes et des bandes mafieuses venues d’Estonie ou d’ailleurs à l’Est qui déferleraient sur la capitale européenne pour repartir aussitôt leurs forfaits perpétrés. 

Deux braquages ont été commis en une semaine : c’est beaucoup pour les braqués , mais trop peu pour enflammer des sentiments xénophobes à l’œuvre partout en Europe. 
On rappellera aux confrères et politiciens incendiaires qu’un parti ouvertement antisémite et antirom vient de faire son entrée au Parlement de Hongrie… Et si on commençait à marcher dans l’autre sens comme les Jupiters chauds ?