Quelque chose cloche avec les cloches
L’Éclaireur du Gâtinais, mais aussi des quotidiens français nationaux, racontaient cette semaine l’épilogue judiciaire d’une affaire qui mine depuis plusieurs mois le canton de Beaune la Rolande. Cette parcelle administrative compte dans son histoire quelques points douloureux et obscurs – une bataille sans merci lors de la guerre de 1870 contre les Prussiens, une autre affolante durant la Première guerre mondiale, et, plus silencieusement, un centre de transit où furent détenus des femmes et des enfants juifs (dans des conditions bestiales et avec l’aimable passivité de l’entourage), avant d’être déportés vers les camps de la mort par la police vichyste (à lire « Sans oublier les enfants », d’Eric Conan, Le Livre de Poche, Paris, mai 2006).
Mais cette jolie région, à cheval sur la forêt et les champs de céréales, recèle aussi quelques fleurons, tels le château de Nibelle (le nid de l’une des belles d’Henri IV, roi de France et de la poule au pot…) ou l’église de Boiscommun (XVIème siècle avec une annexe du XIIIème). Cette très belle architecture, plutôt imposante et paisible, face à la mairie du bourg (environ 1000 habitants, secondaires inclus), résonne encore de messes épisodiques, de cérémonies nuptiales ou funéraires, de concerts mais aussi de cloches, dont, par vent d’ouest, on entend les sonneries jusqu’à Montbarrois (300 âmes, 2 kms au Nord Est…).
Ces cloches ont fait la fierté et le malheur du village : grâce à un système électronique, elles sonnaient jour et nuit, jusqu’à ce que de nouveaux citoyens de la commune, installés à l’ombre de l’église, en demandent l’arrêt nocturne, d’abord directement au maire, puis après son refus, devant la justice administrative. Un premier tribunal avait tranché en faveur des cloches, un deuxième contre : appel du maire, pétition pour les cloches, lettre ouverte des requérants (qui ont tout de même comptabilisé 1179 coups par 24 heures), menaces, rumeurs, déchirements familiaux ou amicaux. Le poison de la vox populi n’a épargné personne, y compris l’auteure de ces lignes, qui après avoir signé sans réfléchir la pétition pour le maintien des cloches (sous pression amicale et affectueuse mais finalement peu argumentée), a amèrement (et peu fièrement) regretté d’avoir couru avec la meute contre « ces gens-là »…
Le Conseil d’Etat, dans sa sagesse lointaine, vient d’arbitrer en faveur du sommeil des Boiscommunois – les cloches égaieront nos jours et se tairont la nuit.
Peut-être aussi qu’un référendum villageois alimenté de discussions sans a priori, avec arguments des uns, des autres, expériences sur le terrain (on aurait pu aller dormir tour à tour – ou ensemble - à l’ombre du clocher), auraient pu éviter les haines et aux vieux démons de remonter.
Et aux cloches, on a préféré ces jolis lamas qui se partageaient la Une avec cette vilaine histoire (un élevage vient d’ouvrir dans le Loiret, il paraît que cette bestiole est une formidable tondeuse à gazon, écologique et affectueuse en plus). Dans les « Sept boules de cristal » et le « Temple du soleil », le capitaine Haddock entretient avec ce mammifère une relation complexe. La bestiole s’agace et lui crache à la figure à plusieurs reprises. Le petit guide andin explique : « quand lama fâché, lui toujours faire ainsi ! »




