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Couverture selon intérêt

_853872_blakeg300Ce mardi matin 26 septembre 2006 à 8 h 26, comme tous les jours, l’Agence France presse annonce son agenda de la journée, prévision d’événements et des papiers ou analyses qui en sortiront.
Pour l’Europe, entre la consultation sur l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie en Europe ou le renforcement de la police dans les banlieues françaises, l’AFP annonce que la Cour européenne rendra un arrêt sur George Blake, « espion soviétique résidant à Moscou depuis 1966, qui se plaint de la procédure engagée par le gouvernement britannique pour l'empêcher de toucher des droits d'auteur sur un livre écrit sur sa vie dans les services secrets ». L’information est suivie de cette mention : « COUVERTURE SELON INTERET ».
Finalement, quelques heures plus tard une courte dépêche donnera la décision de la Cour, en faveur du plaignant, donc un peu d’intérêt tout de même pour un cas passionnant, où se mêlent l’histoire du siècle, celle de la guerre froide, la liberté d’expression, la définition du crime et celle du droit d’auteur.

LondresAu printemps 1990, un homme réapparaît à Londres, après 24 ans de plongeon derrière le rideau de fer. Sa photo et son nom illustrent la couverture d'un livre qui promet d'être un best seller sous ce titre : «No other choice». Lui, c'est George Blake, l'un des plus célèbres agents doubles de l'histoire du contre espionnage, de la veine des Philby, Mac Lean ou Blunt, quoique plus jeune que ses célèbres prédécesseurs. Comme eux, par conviction, il est passé des services britanniques à celui du KGB. Comme eux, il a causé des dégats importants à l'Intelligence service. Et comme eux, il a toujours soutenu qu'aucune personne n'avait eu directement à souffrir de ses choix.

Arrêté par les Anglais en 1961, il est jugé et condamné à 42 ans de prison. Des pacifistes détenus avec lui, mais pour une courte période, jugent la sentence trop sévère et le font évader en octobre 1966 (Alfred Hitchcock regretta toute sa vie de ne pas avoir pu tourner le scénario qu'il avait tiré de cette évasion...). Il rejoint Moscou et habite dans la même résidence que Kim Philby et Donald Mac Lean. Avec la perestroïka, paradoxalement, son univers s'aggrandit et se rétrécit : géographiquement, la zone d'influence soviétique s'amenuise, mais virtuellement, avec l'amélioration des communications, le monde s'ouvre. Il voyage moins mais écrit ses mémoires avec l'aide d'un journaliste britannique. Le livre paraît d'abord au Royaume Uni.

MoscouC'est là que les choses se compliquent : l'éditeur londonnien, la célèbre maison Jonathan Cape, lui a versé un accompte sur son avance, 60 000 £ sur les 150 000 promises par contrat. Le gouvernement anglais (conservateur) décide alors de confisquer les 90 000 £ non encore versées à l'auteur, en guise de dédommagements pour tous les torts que George Blake aurait causés au Royaume Uni…
Après neuf ans de tentatives devant les tribunaux anglais, devenu citoyen russe, il décide de demander son arbitrage à la Cour europénne pour atteinte à la liberté d'expression et délai de procédure exagérement long…
Pour leur argumentation, les juges anglais faisaient valoir qu'il était inique pour l'auteur d'un livre de profiter de «ses crimes». Le cas s'était également présenté en France lors de la sortie d'une autobiographie du «Serpent», Charles Sobhraj, tueur en série de jeune filles, et qui racontait ses sinistres «exploits». L'affaire avait fait jurisprudence : il était impensable qu'on puisse ainsi profiter de tels crimes.

LivrebMais peut-on comparer des crimes de sang avec un «crime» idéologique, lequel devient très relatif selon l'endroit ou le moment d'où on parle ?… La cour européenne, dans son arrêt, ne s'est pas prononcée sur ce point essentiel, mais sur l'excès de temps de procédure : elle a condamné la justice anglaise et a alloué 7000 euros de dommages et intérêts à George Blake. On attend les commentaires de la presse britannique et russe…
La leçon aura cependant été entendue : George Blake vient de décider de publier la suite de ses, mémoires... en russe, sous le titre "La maison de verre".

CRASH

Tueriecan_ts_1Tandis que la dernière bulle papale provoquait une onde de violences à travers le monde, tel le battement d’aile de papillon ressenti à Buenos Aires et provoquant un cataclysme à Reykjavík, le Canada se figeait de stupeur, face un autre crash, inédit dans ce pays paisible. Une tuerie dans un collège de Laval au Québec, menée par un élève fasciné par les armes – cela rappelle celle de Colombine aux Etats-Unis -, et essaimant cette passion morbide au fil de son blog, a fait un mort et plusieurs blessés très graves, voire en état critique. Ce fait divers a inspiré les Unes anglophones et francophones du pays, et déclenché une sorte d’introspection pour comprendre le pourquoi du comment…

Tueriecan_tgam_2Des écrivains, des cinéastes, des artistes canadiens, explorent depuis longtemps les frontières de cette violence quotidienne, celle que la modernisation, la révolution industrielle ou technologique, la consommation de masse, a entraînée dans les sociétés occidentales. David Cronenberg pour le cinéma, en adaptant le roman Crash de James Graham Ballard, britannique et passé par le Canada où il a rejoint l’armée de l’air, a atteint les limites du genre : l’accident de voiture devenant objet de fantasme, révélateur du Crash de nos systèmes économiques ou culturels.

Comme toujours les journaux ont cherché les responsabilités : drogues, jeux vidéo, rock star, univers virtuel de la toile, jusqu’à, souvent, tout mélanger… Chacun a cherché son expert, psychiatre ou psychologue, permettant de comprendre l’incompréhensible, de mettre des mots sur l’inexplicable, en dehors semble-t-il de l’immense solitude d’un adolescent qui détenait des armes en toute légalité, un point qui mériterait sans doute une plus grande investigation.

Caremlbaus_tbOn ne sait pas, en revanche, à quoi étaient dus les deux spectaculaires accidents qui ont fait la Une au Japon ou en Australie, et même au-delà (en Turquie par exemple). Deux crashs fatals dont les magmas de ferraille ont attiré photographes, journalistes, et donc nous lecteurs, peut-être en guise d’exorcisme collectif contre la mort métallique.

Le retour des vieux démons

Psfincarelp01La Carélie évoque d'abord une succession de lacs et de forêts, un paysage aqueux en été, glacé en hiver, des promenades interminables à traîneaux sur le lac Lagoda. On imagine une platitude hérissée de clochers orthodoxes depuis que cette région tour à tour suédoise ou finnoise est principalement devenue russe.On ressent surtout le calme, le non-événement et pourtant à y regarder aujourd'hui et même hier, cette province du bout de l'Europe, au Nord Ouest de la Russie, bruisse de larmes, de violences et de nationalisme xénophobe.

Carte_mondeDébut septembre, une bagarre d'ivrognes entre consommateurs "russes" et barman "azéri" (les deux Russes alcoolisés ont été tués) a dégénéré en pogroms anti-caucasiens, des commerces et des écoles ont été détruits, des chasses à l'homme et des manifestations organisées dans les rues de la tranquille Kondopoga, au Nord de la capitale. L'affaire a fait le tour des Unes de la presse nationale russe. Surtout parce que les ultra-nationalistes ont attisé le feu et qu'ont les a vus parader en treillis militaires à travers la ville. La plupart des journaux se sont émus de cette recrudescence de ghettoïsation de citoyens de l'ancien empire.

Xnophobierussierus_izLes actes racistes ont tendance à se multiplier en Russie ces derniers mois, même si depuis très longtemps, et déjà dans l'Urss de la grande amitié entre les peuples, ceux qui venaient des Républiques d'Asie centrale étaient appelés "les faces noires", avec un mépris de colonisateur satisfait. Détestés ouvertement depuis la fin du soviétisme par les Russes de souche, les caucasiens occupent pourtant des fonctions centrales dans la vie  des autres régions, commerce de proximité, nettoyage ou bâtiment, en particulier. Ce sont en quelque sorte des immigrés de l'intérieur.

KarelgerbMais ce n'est sans doute pas non plus un hasard si la haine s'est emparée d'habitants de Carélie. Cette province, enjeu de nombreuses guerres frontalières, cultive une sorte de nationalisme poético culturel et politique (espoir d'une Grande Finlande) autour du Carélianisme, mouvement né à la fin du XIXème siècle et voué à l'admiration de la Carélie, en particulier de la Kalevala, épopée nourrie de poésies et chansons populaires.Aujourd'hui, cette reviviscence se combine avec une poussée de fierté orthodoxe : les provinces de ce nord-ouest russe viennent en effet de décider d'introduire des cours de religion, exclusivement chrétienne, dans les écoles primaires.Peut-être que le froid qui tombe à 40° en dessous de zéro l'hiver, engourdit les esprits...

NonazislesoirCela dit, dans une contrée encore plus civilisée, la Flandre belge, le néonazisme refleurit. La presse francophone et wallonne s'est fortement angoissée après le coup de filet dans des casernes où de jeunes officiers nostalgiques, membres de "Bloed-Bodem-Eer-Trouwn" version flamande de  la "francophone" Blood and Honour (sic), préparaient une série d'attentats afin de déstabiliser le pays.
Cette explosion de violence, heureusement avortée, est qualifiée de "fuite en avant révolutionnaire" par un sociologue belge interrogé par le quotidien bruxellois Le Soir. Mais, on ne trouve pas d'explications à la prolifération de ces héritiers du grand Reich.

Hritierjpn_aenAprès un demi-tour à l'Est, on s'arrête au Japon, qui a bien du mal aussi à évacuer ses vieux démons. Après l'hommage appuyé de son Premier ministre aux anciens criminels de guerre, dont les exactions nourrissent les pages d'histoire de la Seconde guerre mondiale, le pays s'enflamme pour la naissance d'un héritier mâle à la couronne impériale. Sauf que ce n'est pas le premier enfant du fils de l'actuel empereur, déjà père de deux filles. Les traditionalistes triomphent : le projet en préparation de permettre aux femmes d'accéder au trône est donc reporté aux calendes grecques.

À moins que cela ne soit les calendes turques : selon le Turkish Daily News, le gouvernement de Turquie se penche enfin sur le plus sérieux problème que la société de ce pays - candidat à l'Union européenne - affronte, la violence et les abus familiaux contre les femmes.

Mieux vaut faire le gros dos…

Augusterodinfemmenueassiseetdedos1899brsDe part et d’autre de l’Océan atlantique, la semaine passée, deux quotidiens francophones avaient décidé de s’attaquer à deux fléaux des temps modernes. Côté Amériques, Le Devoir québécois affichait en Une un dos sculptural et bronzé, humide, comme sorti de la mer, mais pour le « casser » immédiatement de cette terrible prophétie : « Métro, boulot et mal de dos – près de 80% de la population souffrira un jour ou l’autre d’un mal de dos sévère qui brisera la routine du quotidien. »

Ce mal sournois a progressé jusqu’à devenir celui de ce nouveau siècle, touchant jeunes ou vieux, célébrités ou anonymes. Et le journal cite en exemple Alan Greenspan, ancien directeur de la Réserve fédérale américaine qui commence sa journée par un bain bouillant pour calmer ses maux de dos…, ou le tennisman André Agassi qui vient d’abandonner sa raquette pour la même raison, ou plutôt pour un ensemble de raisons puisque cette douleur est multi causale : « scoliose, arthrose, sédentarité, tabagisme, stress, dépression, etc. » Le seul remède semble être… la marche à pieds !

LadanaiderodinmbhlL’abondance en Français d’expressions à base de « dos » montre cependant que ce mal vient de loin : «  avoir bon dos ou le dos large, être le dos au mur, faire des choses derrière son dos, casser du sucre sur son dos, ou faire le gros dos », pour reprendre les plus utilisées. En tant que journaliste confrontée aux nouvelles du monde, heure après heure, je dois avouer « en avoir plein le dos » de cette actualité internationale sauvage !

SpamCôté vieux continent, la Libre Belgique proclamait notre « impuissance face aux spams », avec  le dessin d’un petit homme noyé sous ces messages publicitaires qui occupent désormais 70% de notre boîte d’e-mails (ou courriels en francophonie dans le texte). Le journal belge nous apprend que le mot « désigne une sorte de pâté en anglais. L’expression provient d’un sketch dans lequel les Monty Python chantaient ‘spam spam spam spam’ de manière interminable, en couvrant les propos des autres protagonistes ».

La plupart des spams vous proposent d’améliorer vos performances sexuelles, de gagner de l’argent ou de vous orner d’une montre de nouveau riche. Le plus surprenant est d’apprendre qu’il y a tout de même 0, 05% d’internautes qui donnent suite à ces sollicitations et que les spammeurs peuvent gagner jusqu’à 5000 dollars par mois. Contrairement aux pathologies du dos, cette maladie moderne reste sans remède (ou presque) et même prolifère au rythme des parades. Décidément, on fera longtemps des bénéfices sur le dos des gogos… Et on attend le prochain film de Woody Allen : « Tout ce que vous avez voulu savoir sur le spam sans jamais oser le demander », sur un scénario catastrophe du grand ordinateur central submergé de publicités pour le viagra.