Condamnée à la vie
À voir le nombre de Unes qui lui ont été consacrées outre Rhin, mais aussi en Suisse ou aux Pays Bas, on se dit que cette femme est devenue une légende, tout comme le mouvement auquel elle appartenait. Brigitte Mohnhaupt (aujourd’hui quasi sexagénaire) sera libérée, en conditionnelle certes, après 24 ans de détention, alors qu’elle avait été condamnée, à cinq reprises et pour neuf assassinats différents, à la perpétuité. Elle avait alors 33 ans, l’âge du Christ, et la coïncidence n’est pas tout à fait fortuite, tant la Fraction Armée Rouge et d’autres organisations terroristes des années soixante-dix en Europe, proposaient une lecture simpliste du monde, et de l’Allemagne en particulier, fondée sur le bien et le mal, le noir et le blanc, le bon peuple et les méchants dirigeants, à la manière des nihilistes russes, un siècle plus tôt.
Brigitte Mohnhaupt, dont l’International Herald Tribune nous apprend qu’elle appartenait à la bonne
bourgeoisie de Rheinberg (Rhénanie du Nord – Westphalie) et qu’elle étudia l’histoire et l’Anglais à l’université de Munich, appartient à la deuxième génération des terroristes allemands, celle qui pris le relais de Andreas Baader et Ulrike Meinhof, les fondateurs « suicidés » dans leur prison haute sécurité de Stammheim près de Stuttgart, en octobre 1977. Cette année 1977 sera précisément la plus meurtrière pour les victimes de la Raf, entraînée alors par Brigitte Mohnhaupt : un procureur fédéral, un patron de la Dresdner Bank et le patron des patrons tomberont sous leurs balles. Celle que la presse et la police surnommaient alors « la femme la plus dangereuse d’Allemagne » était entrée dans la clandestinité à 22 ans. Arrêtée onze ans plus tard, elle aura passé 35 ans à l’ombre des barreaux ou de ses propres murs intérieurs.
Sa libération anticipée a soulevé la polémique, notamment dans la très conservatrice Bavière, où l’on a même dénoncé « une forme de perversité de la justice ». Mais d’autres personnalités, en poste au temps de ces assassinats et qui furent même menacées, ont expliqué qu’il était temps de tourner la page : « Un État de droit est assez mûr pour donner une possibilité de liberté à une personne condamnée à vie. » a expliqué l’ancien ministre libéral de l’Intérieur Gerhart Baum. Brigitte Mohnhaupt qui sortira effectivement le 27 mars, n’a jusque là, et contrairement à nombre de repentis, exprimé aucun remords et ne veut rien avoir à faire avec les médias. Quelle sera la perception du monde de cette irréductible « grand mère » ?
Des films, des livres sont souvent revenus sur cette période sombre, qui n’est certainement pas sans
lien avec la catastrophe encore plus noire du nazisme ou avec la guerre froide. Des cinéastes ont tenté des retours, des explications : Fassbinder (et dix autres réalisateurs) avec « L’Allemagne en automne », autoportrait d’un pays marqué en dix courts-métrages ; Schlöndorff avec « Les trois vies de Rita Vogt », chronique d’une fuite à l’Est, vers une autre forme d’enfermement, pour une jeune femme qui ne pourra plus jamais échappé à son passé de terroriste ; ou encore « Les années de plomb » de Margarethe von Trotta, biographie croisée de deux sœurs, l’une terroriste, l’autre journaliste. Un essai récent tente aussi de retracer l’itinéraire de ce mouvement, sans tomber dans l’anathème ou verser dans l’absolution : « Terrorisme, mythes, et représentations. La RAF de Fassbinder aux T-shirts Prada-Meinhof », Thomas Elsaesser, ed Taussend Augen, Lille, 2005.
À propos de terroristes, on reste quelque peu stupéfait devant ce titre du El Nacional de Caracas : « Al Qaïda menace les installations pétrolières du Venezuela ! » Le contre-amiral Luis Cabreran un des membres de l’état-major présidentiel chargé de vérifier la réalité de ces menaces, s’est lui aussi montré très étonné de cette volonté de nuire à un pays connu pour son combat contre l’impérialisme américain : « il est absolument nécessaire de contrôler cette information, parce qu’il semble tout à fait illogique que Al Qaïda qui se bat contre l’hégémonie nord américaine, s’en prenne à un pays qui, précisément, mais d’une autre manière, se bat contre cet impérialisme. » Tout est peut-être dans cette « autre manière ». À moins que ce ne soit dans l’industrie pétrolière que réside la confusion des genres.
De l’autre côté de l’océan Atlantique, ce sont des présumés terroristes en prison qui redécouvrent l’amour nous annonce Aujourd'hui le Maroc. Des détenus salafistes condamnés à de très lourdes peines (entre dix et vingt ans) après les attentats du 16 mai 2003 demandent à se marier en prison. Cinq d’entre eux menacent même d’entamer une grève de la faim illimitée pour obtenir satisfaction. Selon des défenseurs des droits de l’homme, cette mesure (déjà accordée à d’autres) serait profitable à toute la communauté dans la mesure où elle favorisera la réinsertion sociale mais aussi politique de ces détenus. Le Maroc accorde un droit à l’intimité conjugale aux prisonniers, environ une fois tous les vingt jours.

Votre texte sur Brigitte Mohnhaupt est excellent. Félicitations. En ce qui concerne, cette terroriste non repentie, je crois qu'on aurait dû la laisser moisir le reste de ces jours en prison. Ce besoin de passer l'éponge ne peut émaner que d'un système de justice qui tient à être vu comme tolérant. Le système choisit les bénéficiaires de cette tolérance. Vue que Brigitte Mohnhaupt est un symbole d'une ancienne Allemagne, pleine de radicalisme, les législateurs ont pensé à lui pardonner ses actes. Je me demande ce que pense les familles des victimes. Il n'en est rien des prisonniers de droits communs souvent non Allemands de souche qui mériteraient un pardon. Eux restent.
Cette tentation de se montrer plus civilisés et tolérants qu'on est fréquente.
Rédigé par: nestor Warwick | 20 février 2007 at 17:45