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Fahrenheit 451

Skor_jadComme le dit Kim, héros sud-coréen malheureux de l’aventure à venir, l’histoire qui nous est contée par le Joong Ang Daily, est une tragi-comédie. Kim Myung-soo vient de passer quinze jours derrière les barreaux à Séoul pour avoir vendu des livres sur Internet. Pas des opuscules pornographiques, voire pédophiles, que l’on trouve très librement et dont les vendeurs ne sont pas toujours poursuivis, mais des livres sur le communisme ! Plus précisément des livres d’histoire sur la Russie et l’Union soviétique, que l’on peut par ailleurs trouver dans toutes les bonnes librairies du pays, tels L’Histoire de la Révolution russe, par le professeur sud-coréen Kim Hak-jun, ou une autre de Léon Trotsky.

Ce faisant, Kim est accusé d’avoir enfreint l’article 7 de la loi sur la sécurité nationale, et en vendant cesTrains ouvrages, d’avoir aidé l’ennemi héréditaire, c’est-à-dire la Corée du Nord. À l’heure où deux trains, l’un du Sud, l’autre du Nord, viennent de franchir la frontière pour rapprocher les deux frères ennemis, ce texte est dénoncé par nombre de libéraux comme un véritable anachronisme, hérité de la guerre froide. Chaque année, une poignée de citoyens, comme Kim, font les frais de ce texte. En avril, Lee Siwoo, un photographe, militant de la paix, a lui aussi été arrêté en vertu de cette loi, parce qu’il photographiait des installations militaires. Il est toujours en prison, et Kim, dont la bibliothèque de près de 500 livres a été confisquée par la police, passera en procès sous peu…

Whosjpn_aenUn peu plus à l’Est et de l’autre côté de la mer, un grand quotidien nippon, l’Asahi Shimbum, nous apprend la lamentable suppression d’un livre incontournable : le « Who’s who in Japan » (le Nihon Shinshiroku, en japonais dans le texte) cessera d’exister « après avoir durant des décennies acclamer les notables, avant d’en faire la cible des escrocs… » La 80ème édition de cette bible de l’élite japonaise, lancée en 1889 par le Kojunsha social club (fondé par le professeur Fukuzawa Yukichi, également créateur de la célèbre Keio Univeristy), sera donc la dernière, faute de nouveaux candidats voulant y figurer.

La première édition comptait 23 000 grands noms du Japon, industriels, fortunes, artistes ou intellectuelsFukuzawayukichi ; trois ans plus tard elle en affichait 3000 de plus jusqu’à son summum en l’an 2000, avec 140 000 entrées. Le succès social au pays du soleil levant se mesurait aussi, comme ailleurs, à l’aune de cette petite notice, qui d’ailleurs coûtait fort cher… Mais en avril 2007, il n’y en avait plus que cent mille, après plus de 40 000 défections, et des refus de plus en plus nombreux des « fidèles » d’indiquer leurs données personnelles (en particulier familiales) ou leurs coordonnées privées. Trop de membres de ce gotha avaient en effet été victimes d’escrocs qui se servaient de ces indications pour faire leur miel. D’autant plus, qu’en 2005, une loi a renforcé la protection des informations intimes.

Les éditeurs regrettent « d’avoir constaté que leur mission était malheureusement arrivée à son terme. » D’autres « Who’s who » japonais, plus tardifs, sont également en perte de vitesse, et seraient en passe de disparaître. Mais il se peut aussi, qu’au delà des tentatives de fraudes, la révolution Internet soit passée par là : les indications qu’on trouve sur la toile sembleraient suffire aux amateurs. Reste une question : comment les riches se reconnaîtront-ils entre eux désormais ?

Femmeuae_gnEnfin, cap vers l’Asie centrale. Le quotidien Gulf News nous apprend qu’une porte-parole du Parlement afghan (plus précisément de la Chambre basse, celle qui vote les lois) a été suspendue par ses pairs pour avoir traité l’hémicycle de « zoo ». Devant les caméras de la chaîne privée Tolo TV, la députée Malalai Joya, 29 ans, a développé sa pensée : « Notre Parlement est comme une étable, pleine d’animaux. On peut y voir une vache donner son lait, un âne apporter quelque chose, et un chien faire le loyal pour l’attraper. »

L’assemblée a usé de l’article 70 de son règlement pour sanctionner la bouillonnante parlementaire, et ce sont principalement d’anciens Moudjahidines, ceux du commandant Massoud assassiné le 9 septembre 2001, qui ont voté contre elle.
Malalai Joya les accuse d’avoir spécialement créé cet article 70 pour l’empêcher d’agirMalalai dans son combat pour la dignité et les droits des Afghanes, mais que si cela allait jusqu’à son exclusion, elle continuerait à se battre contre tous ces « criminels ». Elle ajoute gravement : « s’il devait m’arriver quelque chose, tout le monde saura qui sont les responsables… »

Commentaires

Je ne suis pas très surpris de la fin proche du who's who japonais. C'est en fait une exception ce répertoire. La culture nippone aime tellement cultiver le secret! C'est un fléau si je peux le dire. Les mafias nippones, les tripots, les maisons closes où seuls les hommes japonais peuvent entrer...tout y est plus organisé que dans bien des pays dit développés.
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C'est décevant de voir que les anciens camarades de lutte du commandant Massoud sanctionnent une femme qui tentent d'exprimer son opinion, une députée. Ce qui me permet l'hypothèse suivante, Massoud n'était peut-être même pas compris par ses hommes. Et qui l'a vraiment tué? Les Afghans sont si méfiants de nature. Pour approcher Massoud, il a fallu des complicités.

Souvent le romantisme, en particulier en France, conduit à épouser, dans un même élan, une cause et les hommes ou femmes qui la défendent : ce fut le cas en Afghanista, c'est le cas en Tchétchénie, et les désillusions sont souvent amères.

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