Il se passe en Suisse, ces jours-ci, de terribles choses. La présidente (socialiste) de la Confédération a lancé un appel à ses concitoyens : « Il en va de notre liberté d'expression et de mouvement. La meilleure manière d'affirmer à ces valeurs, c'est d'être nombreux là-haut. Venez avec moi nombreux au Grütli ! »
Le Grütli est pourtant un endroit qu'on ne peut imaginer plus bucolique, aqueux et pacifique, une prairie en pente douce qui décline vers le lac des Quatre-Cantons.
Ce lieu fut le théâtre de l'un des mythes fondateurs de la Confédération, avec celui de Guillaume Tell et
de Winkelried, héros de la bataille de Sempach : les représentants des trois vallées (qui recouvrent grosso modo les communautés romanche, alémanique et tessinoise) prêtèrent serment afin de résister à l'envahisseur autrichien. Aujourd'hui, le 1er août est le seul jour férié suisse commun à tous les cantons, en référence à un événement politique (les autres étant l’ascension et le jour de l’an). Et il est devenu un sujet quasi annuel de polémique.
Jusqu'au mois d'août, on peut être quasiment sûr que la presse suisse suivra ce nouveau feuilleton. Déjà les manchettes se succèdent à un rythme effréné : «Micheline Calmy-Rey refuse d'être privée de Grütli le 1er août» annonce Le Temps. «Le Grütli, rien que le Grütli, tout le Grütli» demande la Tribune de Genève. «L'armée doit sauver la fête du Grütli» exige Le Matin. Tandis que Le SontagsZeitung relayait l'appel de la présidente.
Que s'est-il passé cette année pour que la fête annoncée se transforme en pugilat ? La présidente voulait consacrer cette «édition» aux femmes. Du coup, des nazillons suisses ont annoncé qu'ils empêcheraient un tel détournement de cette légende nationale, en prenant possession des lieux avant la présidente (par deux fois déjà, en 2000 et 2005, ils y ont semé la pagaille).
Et voici, la classe politique, gauche en tête, qui « s’élève en rempart de l’attachement patriotique face à la mesquinerie de cantons primitifs », écrit l’éditorialiste du Temps Jacques Roth.
Et du coup, la droite populiste ironise sur ce tohu-bohu général pour s’arracher « une prairie souillée des bouses de vache ». Un vrai vaudeville renchérit le rédacteur en chef de la Tribune : « La petite histoire autour de ce bout de pré mythique symbolise magnifiquement la diversité du patriotisme. Il devient intense dans l’adversité et dangereux lorsqu’il est trempé dans le nauséabond bouillon de l’extrême droite. Et surtout, il trouve ses limites quand il s’agit de le financer. »
Plus à l’Est, un autre pugilat bat son plein dans une autre classe politique. Au
Parlement turc, cette semaine, on en est venu aux mains. Dans l’hémicycle, les députés ont argumenté à coups de poing pour défendre ou empêcher l’élection du président de la République turque au suffrage universel. Les tenants de la laïcité souhaitent cet amendement, et les islamistes du parti au pouvoir, l’AKP, veulent au contraire s’en tenir au statu quo d’un vote parlementaire, depuis l’élection avortée d’Abdullah Gül, un proche du Premier ministre Erdogan. La photo de ces échanges musclés a fait la Une en Turquie, mais aussi en Autriche avec des titres peu respectueux pour la classe politique : « Premier round » ou encore « Boxe turque pour un président ». Finalement, tout le monde étant k o, ce chaos s’est calmé, et les députés ont choisi le scrutin direct pour leur prochain président.
Cela s’appelle « souffler le chaud et le froid ». Et justement, à ce propos, on ne se lasse décidément pas de parler du temps, le sujet préféré des humains depuis qu’ils sont arrivés sur terre (voir « Le record des températures »…) Donc, il fait trop froid au Brésil ou en Europe de l’Ouest, tandis qu’on cuit du côté de Moscou. Cela nous vaut des encapuchonnés à la Une du Daily Telegraph, « frigorifiés, trempés et tellement anglais finalement ».
Tandis que dans la capitale russe, un nouveau petit boulot a vu le jour : arroseur de citoyens en fusion, et en grande confusion… « À l’aide ! Qui peut nous sauver ? » hurle la Pravda de Moscou, tandis que les Izvestia s’inquiètent : « Ce mai caniculaire ne peut qu’annoncer un ouragan en juin ». Un poème patriotique de la Seconde guerre mondiale commençait ainsi : « Attends-moi, et je reviendrai.
Attends-moi après les jours de tristesse. Attends-moi, après les grandes chaleurs, et je reviendrai. » Oui, mais alors, comment reconnaîtra-t-on ces chaleurs si le ciel nous est tombé sur la tête, et s'il neige en hiver…






















