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L'auberge du cheval blanc

Dscn1851bJ’entends déjà les commentaires : comment peut-on prendre la défense des chevaux après avoir poussé un cri indigné à propos du malheur des aborigènes australiens ? Et d’ailleurs, voilà quelques années, une amitié irréductible avait failli se fracasser sur un dilemme proche : à peine débarquées sur l’île grecque de Santorin, par une chaleur frôlant les 45° à l’ombre, nous avions le choix entre gravir la magnifique falaise rouge qui se dressait devant nous, à pieds où à dos de mules…  Les cavalières que nous sommes avions choisi les montures. À mi-chemin, la petite mule alezane qui nous précédait avait failli s’effondrer sous le poids d’un touriste américain obèse, tandis qu’un bruit de moteur effrayant grondait de plus en plus fort sur notre flanc gauche : il s’agissait du muletier courant à pieds après les indisciplinées et qui se trouvait au bord de l’apoplexie. Redescendues sur terre, et pleines de culpabilité, nous nous étions engagées dans une dispute sauvage : qui de l’homme ou des animaux souffraient le plus ? J’en tenais pour l’humain, le travailleur exténué pour nourrir sa famille, Isabelle, ma co-voyageuse défendait les bêtes de somme, innocentes créatures exploitées à outrance, sans pouvoir se défendre.

Cette mémorable bataille (toujours pas tranchée jusqu’aujourd’hui) m’est revenue à l’esprit à la lecturePgazerus_mp de l’article en Une de la Moskovskaïa Pravda de ce lundi 25 juin, signé Elena Serova : « Pégase dans la mégalopole ». Elle y raconte le destin des chevaux moscovites : deux tiers d’entre eux y seraient, bon an mal an, bien traités. Mais les autres ! Après avoir travaillé comme des forçats, pour transporter les touristes, amuser les enfants ou supporter des apprentis cavaliers, ils resteraient une journée entière sans boire ni manger, à la merci de propriétaires « d’une cruauté monstrueuse », n’hésite pas à écrire la journaliste. L’omerta qui règne dans ce milieu a fini par se rompre, et ceux qui aiment et prennent soin de  leurs braves « travailleurs » (qui peuvent rapporter jusqu’à mille roubles par « transport », soit une trentaine d’euros) n’hésitent plus à dénoncer les brebis galeuses de leur profession, tout en signalant que les chevaux employés par la milice, ne sont parfois pas mieux traités. Ce qui semble un comble dans le pays – le seul au monde à ma connaissance - dont le tsar Nicolaï 1er fit bâtir dans son palais d’été de Tsarskoïe Cielo, au début du XIXème siècle, une maison de retraite pour ses chevaux blessés ou vieux, et un cimetière équin qui compte plus de 120 sépultures…

ChevtsarPourtant, une quantité impressionnante de lois fédérales et de textes municipaux permettent de condamner les mauvais traitements à animaux et singulièrement ceux infligés aux chevaux. Une association de citoyens s’est constituée afin de prendre sur le fait les contrevenants. L’un des plus farouches défenseurs des chevaux aujourd’hui, l’écrivain Alexandre Guerassimov constate dans son anthologie de la poésie russe que Pégase est l’un des thèmes préférés des poètes de son pays, toutes époques confondues. Vladimir Maïakovski a même écrit un poème intitulé « De la bonne attitude envers les chevaux » qui commence ainsi : « nous avons tous quelque chose d’un cheval en nous ». De quoi rajouter de la confusion à la bagarre de l’île de Santorin.

Dans un autre grand pays froid et nordique, le Canada, on trouvait aussi un cheval à la Une de l’un desFemmejockeycan_tgam_2 plus importants (et sérieux) quotidiens anglophones du pays, le Globe and Mail. Mais la vedette était plutôt sa cavalière : « la dame est une championne » titrait le journal. Il aura fallu 148 ans, pour qu’une femme remporte enfin la « Queen’s plate » (c’est-à-dire littéralement « l’assiette de la Reine »), la plus ancienne course d’Amérique du Nord, qui fut maintenue envers et contre tout, y compris pendant les deux guerres mondiales. Emma-Jayne Wilson avait juré dans son journal intime à l’âge de 19 ans de devenir un grand jockey (encore un substantif français sans féminin ?). Six ans plus tard, cette native de l’Ontario est parvenue à ses fins avec le pur sang Mile Fox, un beau bai brun, qui ne nous a pas dit ce qu’il pensait de son « travail » d’athlète…
Et donc, finalement, c’est l’homme ou le cheval qui est le plus à plaindre ?

Pour quelques dollars de plus...

Aboaus_age1« Ceux qui étaient là depuis l'origine ». La définition du dictionnaire pour le mot « aborigène », indique aussi que l'adjectif qualifia d'abord les premiers Italiens, ceux qui descendaient directement des Latins. Aujourd'hui, il désigne presque exclusivement les habitants originels de l'Australie, d’avant la colonisation, ainsi que leurs descendants, et il évoque alors un destin lourd, empreint de misère, d'exploitation et de morbidité. Deux informations parues cette semaine, la première à la Une du quotidien australien de référence The Age, l'autre à la rubrique « Variétés » (sic !) du Français Libération, confirment un peu plus cette chronique d'une disparition annoncée.
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Dans la presse australienne, le « Père de la réconciliation », Patrick Dodson, arbore un visage très sombre. Il veut lancer un cri d'alarme sur la croissance exponentielle des suicides au sein des communautés aborigènes à travers ce pays continent. Et plus particulièrement de l'inquiétante montée du phénomène parmi les jeunes, voire chez des enfants de 11 ou 12 ans... Patrick Dodson a vécu autour de lui trois pendaisons, dont celle d'un «fils» (en réalité son neveu, mais considéré comme un fils dans la généalogie aborigène) de onze ans, un petit matin de l'an dernier, et qui l’a conduit à agir. Une commission d'enquête est parvenue à établir une réalité effrayante : entre 1981 et 2002, le taux de suicide parmi les hommes aborigènes a augmenté de 800% et celui des femmes de 28,5% par an ! Avec des points culminants dans certaines régions. 

Artabo2Les autorités ont tenté de comprendre les raisons de ces suicides multiples et ont désigné l'abus d'alcool comme la cause principale de cette mortalité. Sauf que cette surconsommation n’est que le symptôme d’une dépression beaucoup plus profonde, dont les raisons sont endogènes et exogènes. Dans la première catégorie, une grand-mère de 21 petits-enfants accuse la violence dans les familles, voire les abus sexuels commis contre les enfants, et une sorte de culture du risque « fanfaronne ». Dans la deuxième, on peut bien imaginer que la violence coloniale, et la « ghettoïsation » perpétrée depuis des siècles contre cette population y est bien pour quelque chose. Et l’information livrée ces jours-ci par Libération et l’Agence France Presse, en est une nouvelle et poignante illustration.

En effet, depuis des mois, la cote des œuvres d’art aborigènes atteint des records : le mois dernier, lors d’une ventre aux enchères à Sydney, une toile a été adjugée pour la somme astronomique d’un million deArtabo3_2 dollars australiens, soit environ 626 000 euros. L’exploitation de cette industrie artistique rapporte bon an mal an 500 millions de dollars, dont bien peu reviennent aux artistes. Une oeuvre a été récemment achetée 11 000 euros en Italie. L’auteur en a récupéré 100… Ainsi, nous rapporte une dépêche, « tapis dans un entrepôt entouré de barbelés, près d’Alice Springs, dans le centre désertique du pays, des artistes aborigènes s’affairent, accroupis sur des grandes toiles. Debout, un Blanc surveille leur travail. (…) Les marchands appâtent les artistes avec de vieilles voitures, de l’alcool et même du viagra, et les peintres se retrouvent coupés de leurs communautés. » Une rupture lourde de conséquences pour cette culture et cette société où l’oralité est centrale…

Tintin au pays des Bordures

Montreuk_dt« Vous la voyez. Et hop, vous ne la voyez plus ! » Cette accroche du Times britannique, vous pouvez la retrouver au choix à la Une de quotidiens nord-américains, européens et… albanais. L’affaire est grave. Et toujours pas résolue. Dimanche 10 juin, il s’est passé quelque chose d’inattendu, et pour tout dire inespéré, dans la vie du président George W. Bush : en Albanie où il achevait son périple européen, dans la petite ville de Fushe Kruja, à 30 kilomètres de la capitale Tirana, le chef de l’État américain a été ovationné par une petite foule en délire. Du coup, il s’y est jeté, a touché des bras ou des épaules et serré des mains à tour de poignets : combien de guérisons miraculeuses aura accompli saint George avec ses appositions, cela, on ne le saura pas. En revanche, il s’est accompli un autre tour de magie : la montre présidentielle a disparu. Elle se trouvait à l’auguste poignet en début de séquence, et n’y était plus à la fin : les vidéos rediffusées jusqu’à plus soif par les médias albanais, en feraient foi.

Des hypothèses sont émises en Italie (où la veille, le même George W. avait été fraîchement accueilli),Montrecan_tgam mais aussi bien sûr en Albanie, où l’on essaye d’anéantir celle d’un vol à l’arraché, pour ne pas salir un peu plus une réputation populaire déjà peu glorieuse.  Aux États-Unis aussi, la Maison blanche publie un démenti après l’autre pour ne pas perdre la face, et surtout ne pas gâcher la fête. Mais, le mystère demeure entier. Elle était là, elle n’y est plus, et lorsque le président remonte dans son avion Airforce 1, et qu’il agite la main en guise d’adieu, une nouvelle montre orne son poignet, mais pas de la même marque, les horlogers du monde entier appelés en expertise, l’attestent ! Le Corriere della Sera et la Stampa se gaussent : « Il y avait des mains partout, écrit le premier. La plupart des personnes voulaient juste le toucher ou lui serrer la main, mais d’autres avaient visiblement d’autres projets en tête. Cet incident sonne comme un tour de passe-passe, celle de la foule albanaise et de la montre présidentielle. » La Stampa (centre droit) n’est pas plus charitable : « L’heure se serait-elle arrêtée pour Bush depuis qu’il a bombardé l’Irak ? En tout cas, il est absolument stupéfiant de constater qu’aucun des 850 inspecteurs chargés de sa sécurité en Albanie, n’ait rien remarqué… » Sauf, si c’est l’un d’entre eux…

Excscan_lsChez le grand voisin canadien, plus précisément au Québec, c’est l’ex lieutenant gouverneur qui s’est approprié la Une, ces derniers jours, ou plus précisément l’ex lieutenante gouverneure, et handicapée en plus, c’est-à-dire, très politiquement correcte a priori. Sauf que, depuis quelques jours, la belle image politique se déchire, et son ex Excellence est accusée d’excès. Avant de passer la main cette année, après dix ans en poste, l’Honorable Lise Thibault (c’est l’appellation contrôlée de cette fonction) a dû rendre des comptes, et les comptes ne sont pas bons : 700 000 $ canadiens de dépenses non justifiées dont entre 200 000 et 300 000 $, franchement douteux (ce qui revient à environ 210 000 euros). Lise Thibault rejette tout blâme : toutes ses demandes de remboursement ont été contrôlées et honorées, et donc validées par le gouvernement. Par ailleurs, ajoute-t-elle depuis sa retraite dans les Laurentides où sa porte reste close aux journalistes, ces frais dits superflus lui ont permis de pratiquer le golf ou le ski en position assise, ce qui l’a érigée en image positive et modèle pour les handicapés.

À ce stade de description de l’affaire, une petite explication s’impose : Lise Thibault est donc la 27èmeExcscan_jm lieutenante gouverneur du Québec, mais aussi la première (et dernière femme) de la liste, et à ce titre représentante de la Couronne britannique, dont les rois et reines sont jusqu’à présent, toujours chefs d’État du Canada. Dans ce système, le pouvoir politique est assuré par les Premiers ministres ; l’administratif et protocolaire par les lieutenants gouverneurs. Voici ce qu’indique le site de cette haute fonction : « il doit faire preuve d'à-propos et de discernement dans ses faits et gestes. Il a aussi le devoir de se tenir au courant des préoccupations des Québécois et du gouvernement du Québec. Son rôle social doit être soutenu par une présence qui lui permette d'obtenir une information adéquate et, de ce fait, parvenir à une meilleure compréhension de ces préoccupations. À cet égard, la personnalité et le savoir-faire demeurent les meilleurs atouts dans un poste aussi visible que transparent. »  Les vérificateurs généraux du Québec ont trouvé les dépenses de Madame Thibault, pour des petites fêtes de famille ou pour des voyages privés, bien peu transparentes. Ce qui, pour nous en France, n’est pas sans rappelé quelque chose…

Sultanger_dwLes comptes du mariage de la quatrième fille du sultan de Brunei (sur 11 enfants), la princesse Majeedah, et qui travaillait (mais oui) au ministère de l’Environnement de ce confettis de tous les superlatifs (en termes de richesse) sont parfaitement transparents. Le sultan, dont les caisses ressemblent à un puits sans fond, a accordé à son peuple deux semaines de congés pour célébrer l’événement (qui n’a pas échappé à l’allemand Die Welt) ; 2000 invités ont été conviés ; et les jeunes mariés, couverts de bijoux plus précieux les uns que les autres, ressemblaient à des sapins de Noël clignotants. L’argent n’est certes pas honteux dans ce minuscule eldorado, mais à contempler la photo des tourtereaux on se dit encore « qu’il ne fait pas le bonheur ». Surtout « celui des pauvres » disait le regretté Coluche…

Vente à la découpe

Pcfra_lf3Le mois d’avril 2007 restera pour le Parti communiste français certainement l’un des plus calamiteux de son histoire. Ce parti, l’un des derniers au monde à afficher le mot « communiste » dans son intitulé, n’a pas seulement perdu ses électeurs et ses adhérents (plus de 20% de voix dans les années soixante-dix, moins de 2% à la dernière élection présidentielle), il pourrait aussi perdre son patrimoine. Cette perspective n’est pas pour déplaire au quotidien français Le Figaro qui penche plutôt vers la droite…

Les « camarades » français sont encore riches, pas seulement d’un passé, mais aussi d’un patrimoineJoconde_duchamp immobilier et de quelques œuvres d’art cédées par des artistes, compagnons de route, encore nombreux il y a peu, et pas des moindres : Picasso, Duchamp, Fernand Léger ou encore Edouard Pignon. Malgré les démentis vibrants des permanents, ce trésor de guerre est bien en voie de dispersion : des appartements, un hôtel particulier, des immeubles ont déjà été cédées pour renflouer les caisses. Des tableaux dont l’une des célèbres « Joconde à la moustache » de Duchamp sont en contrat location. Des estimations sont demandées.

Cette ruine n'a pas échappé à Octavi Marti, le correspondant d'El Païs, le grand Pcpaisquotidien espagnol. Une page entière consacrée à la déconfiture du PCF et à la vanité de ses rescapés qui veulent absolument sauver les meubles. Sauf qu'il s'agit aussi d'histoire, et pas seulement de matérialisme... Le parti compte, malgré tout, encore deux joyaux : son siège, place du Colonel Fabien dans le nord de Paris, imaginé par l’architecte brésilien Oscar Nieymeyer, et ses trois fois 5000 m2, de bureaux, de couloirs et de parkings ; et un appartement, dit de Lénine, deux pièces dans le Sud de Paris, où le chef des bolcheviks aurait vécu… quelques jours. Depuis plusieurs années déjà, pour rentabiliser le bâtiment, sans état d’âme, avec une efficacité toute capitaliste, le comité central loue ses murs à des maisons de haute couture, pour des défilés de mode. Le premier à avoir ouvert le bal est une certaine maison Prada où s’habille Mme Sarkozy… Le luxe version Prada et Guy Moquet le jeune résistant fusillé, deux traits d’union entre le nouveau président et le Parti communiste français ?

Jeunechi_scmpÀ l’autre bout du monde, dans un pays qui se prétend encore communiste, l’un des grands quotidiens de Hong Kong s’inquiète : la nouvelle génération ne possèderait pas les qualités de leadership, nécessaires à la direction de grandes entreprises compétitives dans un monde globalisé ! Selon l’étude diligentée par le South China Morning Post, les aptitudes en question seraient : le savoir, une vision globale, l’innovation et la créativité, la persévérance et la détermination, et… un vocabulaire étendu dans sa langue mais aussi dans celle des autres. Les leaders d’opinion et autres patrons interrogés sont très sévères avec leurs successeurs potentiels : manque d’indépendance, d’initiative, de détermination, de zèle et de savoir vivre ou parler… Bref, c’est toujours mieux avant. Le capitalisme n’est plus ce qu’il était (et le communisme non plus).
Showind_toi
Enfin, cette semaine, il fallait aller au Brésil ou en Inde pour ne pas se voiler la face. L’excellent Times of India rapporte cette information, puisée à la source de son ancien colon : la société de production anglaise Ricochet s’apprête à tourner une émission de télé réalité avec des candidats à la chirurgie esthétique, pour se remodeler un corps ou un visage. La population visée doit être de préférence pauvre et monstrueuse. Les producteurs prétendent ainsi faire œuvre de charité. Comme ceux des Pays-Bas qui voulaient donner des organes vitaux au terme d’une sorte de concours macabre et absurde. Mais c’était finalement un canular… Pour l’instant, Ricochet assure mener son casting avec succès et prétend avoir déjà le diffuseur.

Masquebra_jdbEst-ce pour cette raison que le gouverneur de Sao Paulo, José Serra, se cache derrière un masque, l’œil un peu vitreux. Certes, non, mais pour protester contre l’augmentation de la pollution par les véhicules au diesel, dans sa ville mais aussi à travers tout le pays. Au même moment, un artiste danois prétendait repeindre le sommet du Mont Blanc en rose et y instaurer la République du pays rose, dédiée à l’environnement. Tout est affaire de marketing. Les jeunes Chinois pourront en prendre de la graine…