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Quand le bâtiment va, tout va...

Maisonrus_izLe quotidien moscovite Izvestia (Les Nouvelles) consacrait cette semaine un reportage aux nouveaux riches (cela se dit nouvorich en russe – нувориш ) qui s'arrachent des «taounkhaouss», transposition de town's houses, des maisons de ville, à l'anglaise, avec leurs jardinets, leurs balcons et leurs deux étages (trois en compte russe, le rez-de-chaussée comptant pour un étage), des villas toutes pareilles destinées à l'Ouest aux travailleurs, et certainement pas aux grandes fortunes. Le journal racontait comment ces nouveaux villages intérieurs, dans la capitale même, devenaient des lieux inattendus de pouvoir, pour cette nouvelle classe luxe, prête à débourser sans sourciller un demi million de dollars pour des habitations bas de gamme ailleurs (le prix de l'immobilier à Moscou a depuis longtemps rattrapé celui de Paris, Berlin ou New York…).

Le bâtiment, la maison, sa géographie, ont souvent joué un rôle essentiel dans l'histoire russe : à l'époqueDatch soviétique, la dissidence s'est organisée dans les cuisines, et au XIXème siècle, combien de révolutions se sont fomentées dans les Kommoulnaïa, ces appartements communautaires où vivaient des étudiants aristocrates et désargentés. Un autre exemple de cette géographie sociale nous est donné par le Wall Street Journal dont le correspondant Andrew Osborn a enquêté à Solovyovka, au bord d'un magnifique lac, à la frontière avec la Finlande, non loin de Saint Pétersbourg. Solovyovka (du nom du philosophe chrétien Solovievsocial Vladimir Soloviev – fin du XIXème siècle) est une sorte de petit paradis vert et aqueux : les pétersbourgeois chanceux y ont fait construire des datchas dans les années soixante et soixante-dix, avec cultures de pommes de terre ou de concombres en guise de loisirs, et surtout accès direct aux plages sabloneuses du lac Komsomolskoïé. Ici, les classes sociales étaient abolies, tous s'affichaient dans le même appareil, en maillot de bain ou une canne à pêche à la main.  La datcha, petite maison en bois installée dans une sorte de lotissement, est une tradition plus que centenaire – d'abord encouragée par le tsar et popularisée massivement par les dirigeants soviétiques pour que le brave travailleur se repose ou cultive ce qu'il ne pouvait pas toujours trouver au marché.

En cette année 1996, donc, un incendie ravage la datcha voisine de celle d'Irina Abramenko. Elle aperçoitDatchawsje son voisin, pratiquement nu, en train de calmer l'une de ses filles adolescentes. L'homme sortait du sauna, il a juste eu le temps de courir sauver son enfant restée dans la maison. Irina, après avoir rapidement évaluer la situation, organise les secours, recueille les malheureux chez elle, habille l'homme dont la maison n'est plus que cendres. C'est un monsieur discret, Irina connaît surtout son épouse, et par elle, elle a appris qu'il était depuis quelque temps sans emploi fixe, que c'était même la raison du sinistre, puisque désormais il passe son temps en bricolage, pas toujours très habile manifestement. Vladimir Poutine, puisqu'en effet c'est lui, s'ennuie depuis qu'il a perdu son poste à la mairie de Saint-Pétersbourg. La petite maison sera reconstruite à l'identique après la dévastation du feu.

Aujourd'hui, on ne sait pas si la datcha flambant neuve, principalement en pierres, qui se dresse au même endroit est toujours la propriété de l'homme nu devenu président omnipotent de la Fédération de Russie.300pxkarelian_isthmus Irina est certaine que oui, malgré les tricheries et tours de passe-passe, d'autres voisins aussi, engagés dans une bataille de David contre Goliath, non seulement avec le chef suprême mais aussi avec toute la cour qui a fait main basse sur les terrains à l'entour, et qui constitue un État dans l'État. On trouve là, dans des maisons qui n'ont plus rien à voir avec les modestes datchas, mais qui affichent des colonnades, des terrains pour hélicoptères, et autres oripeaux de mauvais goût, des oligarques aussi puissants que les dirigeants de Gazprom ou de la filière nucléaire russe, des fortunes faites dans le pétrole ou dans la bière, rassemblés dans un club délicatement appelé «ozéro» (le lac).

OzeroEn quelques semaines, les vieux habitants se sont vus interdire l'accès au lac, doivent faire des détours de plusieurs kilomêtres pour arriver chez eux, sont l'objet d'harcèlement régulier en vue de leur faire quitter les lieux et de céder leurs biens, et tentent désespérément de retrouver leurs droits et leur dignité devant leurs tribunaux. Un combat probablement perdu d'avance à l'heure où le maître du Kremlin cherche à renforcer son pouvoir, à la veille des élections législatives et présidentielle, et où ses nouveaux amis qui organisent le découpage du pays depuis Solovyovka, sont prêts à tout pour l'y maintenir.

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