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Dessine moi une île

Ces jours-ci les Russes et les Porto Ricains voient rouge. Les uns et les autres ruminent leur colère, contre les Japonais d’un côté, et contre les Américains « continentaux » de l’autre. En cause, l’histoire et la géographie, ou plutôt la lecture qu’on fait de l’une et de l’autre.

Rus_iz Cap en Extrême-Orient tout d’abord. Les Izvestia, quotidien au nom légendaire, quoique le propriétaire ait bien changé depuis les Bolcheviks (aujourd’hui, c’est une banque), sonnent l’alarme ce mercredi 2 juillet à la  Une et en manchette : la carte ment ! Alexandre Latychev, journaliste du journal moscovite, peut-être parce qu’il voulait préparer des avant papiers sur le sommet du G8 qui doit se tenir la semaine prochaine à Hokkaido, est allé sur le site ouvert par le gouvernement japonais. Et là il a bien failli s’étrangler. La carte du Japon, l’officielle donc, celle qui recense les principaux lieux où doivent se dérouler les rencontres des grands de ce monde et de leurs conseillers, inclut les îles Kouriles entre ses frontières. Gloups ! Ni vu ni connu : les îles appelées Kouriles du Sud en russe et Khopporiodo, c’est à dire « territoires du Nord », par les Nippons, et sur lesquelles veille jalousement le Kremlin, repassent du côté de l’Empire du soleil levant, à l’occasion d’une petite carte grisée et à peine lisible. 

Ces petits bouts de terre inhospitalière sont convoités par les uns et les autres depuis plus d’un siècle, le800pxkuril_island conflit ayant bien failli virer au paroxysme à plusieurs reprises. Archipel volcanique d’une longueur de plus de 1200 kilomètres, aux confins du Pacifique, les conditions de vie y sont très sévères. Quelque 17 000 Russes ou anciens citoyens de l’empire soviétique y survivent, grâce à l’économie de la pêche principalement. Et voici le point de rupture : 1200 kms, cela représente beaucoup de côtes, donc de très larges zones nationales de pêche, pour celui qui revendique le territoire.

Villarica Mais seuls les États se battent vraiment : sur place, les uns et les autres ont mis sur pied une espèce d’entente cordiale qui inciterait même certains Russes à se vouloir japonais et certains Japonais à refuser définitivement de récupérer ces îles. Les premiers ne demandent qu’à profiter du niveau de vie offert par Tokyo. Les deuxièmes craignent de voir débarquer des multinationales de la pêche dans leur économie locale.

N’empêche, les Izvestia ont décidé d’interpeller le président Medvedev, face à ce camouflet international (qui, cela dit, imprègne déjà globes ou livres d’histoire japonais). Que fera-t-il lors du G8 ? Et même, doit-il s’y rendre ? L'Asahi Shilbum tempère ces ardeurs belliqueuses en notant que Dmitri Medvedev semble beaucoup plus conciliateur sur ce sujet que son prédécesseur Vladimir Poutine, une façon déjà de marquer sa différence.

À bâbord toute, et nous voici maintenant à Porto Rico, au cœur de la mer des Caraïbes. Entre cet ÉtatFl_mhi librement associé aux Etats-Unis d’Amérique, que l’on nomme souvent le 51ème, et sa Fédération de tutelle, le torchon brûle pour l’exploitation de vestiges archéologiques récemment découverts. Et le Miami Herald estime que des mesures d’urgence doivent être prises. Le site a été déniché par hasard : l’armée américaine avait dépêché son corps d’ingénieurs pour bâtir une digue contre les inondations à répétition calamiteuses dont l’île est victime sur son flanc sud. Des cimetières, des ossements, des alignements de pierre, des objets de la vie quotidienne, et des pétroglyphes ont été mis au jour par les pelleteuses dans un état de conservation inespéré.

Ils proviendraient des civilisations indiennes Taino et pré-Taino, éteintes définitivement voilà plus de 500 ans, sous-groupes des Indiens Arawak, remontés d’Amérique du Sud, bien avant la colonisation européenne. Comme ces reliques ont été trouvées par une administration fédérale - l’armée, Washington en revendique l’exploitation. Mais les archéologues Porto Ricains ne l’entendent pas ainsi. La presse locale s’est même déchaînée, accusant les scientifiques venus du continent de piller leur histoire. Il faut dire que des échantillons ont été envoyés en Géorgie pour analyse, sous prétexte que les infrastructures locales n’étaient pas aptes à le faire. Les uns et les autres Taino_village_2 craignent maintenant que la querelle gèle les fouilles et la recherche, mais surtout que le site soit livré aux voleurs. Pour l’instant se réjouit l’un d’entre eux, « on n’a encore rien retrouvé sur Ebay » !

Voilà, je vous laisse avec ces conflits sur les bras, en espérant que d’ici septembre, et mon retour de vacances, durant lesquelles le monde peut s’agiter sous mon indifférence la plus totale, ils seront plus ou moins résolus. Bon été aux habitants de l’hémisphère nord !

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