Cette semaine, les citoyens européens marchent. Ils marchent en Suisse, en Pologne, en Allemagne, en Italie, en Autriche, et en France dans huit jours… Les citoyens européens ne sont pas contents, surtout ceux qui se sentent menacés par la crise, malmenés par leurs employeurs, ou encore, dévalorisés par leur hiérarchie. Ces manifestations-là seraient elles les prémices d’un mouvement plus vaste et général. Voyons le détail.
Cela commence dimanche avec les enseignants portugais. Plus de 120
000 d’entre
eux ont envahi les rues de Lisbonne pour protester contre le nouveau système d’évaluation de leur travail, mis en place par la ministre de l’Education, Maria de Lurdes Rodriguez, en vue de récompenser les meilleurs. Les professeurs en colère, vêtus de noir, demandent qu’on les respecte, et veulent poursuivre leur travail dans la dignité… Ils annoncent une année d’actions pour faire plier la ministre qui se défend, elle, en expliquant avoir abouti à son jeu du bâton et de la carotte au terme de deux ans de négociation jalonnées de plus de cent réunions… « Rupture totale ! » annonce Publico…
Cela continuait hier en Suisse, dans le canton de Vaud où plus de 10
000 fonctionnaires vaudois sont allés défiler à Lausanne
pour protester contre leur nouvelle grille de salaires, qui entraînera selon eux une dévalorisation de leurs revenus. Le mouvement qui regroupe des enseignants, des bibliothécaires, des laborantins ou des aides-soignantes, par exemple, semble très suivi. Outre les défilés, les fonctionnaires ont entamé une grève des actes administratifs. À l’aune du cliché d’une Helvétie prospère et peuplée de financiers, aujourd’hui bousculée par la crise financière, on oublie souvent, que le mouvement ouvrier et syndical y fut l’un des plus actifs au XIXème et XXème siècles… 24 Heures, le quotidien de Lausanne ne voit pas d’accalmie à l’horizon…
Tandis qu’en Italie, sans préavis, les passagers de la compagnie
Alitalia, celle qui
bat de l’aile, se sont retrouvés cloués au sol, par la grâce d’un mouvement de grève (accompagné de manifestations dans les aéroports romains), sans préavis, des pilotes ou du personnel de bord, en principe au travail ce jour-là. Ceux-là refusent résolument les nouveaux contrats de travail proposés par le repreneur du transporteur aérien au bord de la crise de nerfs. Très en colère, le Premier ministre Silvio Berlsuconi a pris un décret de réquisition des grévistes, et a engagé des poursuites pour interruption du service public. Voilà deux semaines, plus d’un million d’étudiants et d’universitaires avaient investi la capitale… Le « chaos » titre le Corriere della Serra…
En Allemagne, le mouvement antinucléaire, légèrement assoupi depuis
quelques années, s’est aussi réveillé avec force tout le week-end… Près de
seize mille manifestants ont tenté d’empêcher l’avancée d’un convoi
ferroviaire porteur de 123c tonnes de déchets germains hautement radioactifs et retraités en France, dans les entrailles de l’angoissante usine de La Hague, au bord de l’un des plus beaux sites marins d’Europe, avant d’être renvoyés à leur expéditeur… Le gouvernement fédéral avait envoyé presque autant de policiers que de protestataires. Le train est parvenu à destination, malgré ces « jeunes gens calmes » comme le titre la Tageszeitung…
Enfin, mais sûrement
très provisoirement, l’Autriche est secouée par une vague de licenciements sans précédent dans le secteur para public où les premières
entreprises touchées sont les Telekom, la Post et les Austrian Airlines. L’opérateur de téléphonie annonce 2500 suppressions de postes (sur 11 400), tandis que la Poste en envisage 9000 (sur 24 000) et que la compagnie aérienne nationale menace de sombrer à l’image d’Alitalia, après avoir déjà annoncé 2000 licenciements. Les causes de ce marasme divergent selon les sources : côté syndicats on blâme les privatisations partielles et les effets de la crise financière ; côté patronat on accuse l’Etat gestionnaire et on appelle à une entrée du capital privé encore plus radicale. Une grève se prépare et le Kurier prévoit un mouvement dur pour « ces entreprises publiques en rébellion ! ». À suivre…



Commentaires