Est-ce un éternel retour ? Les événements en Russie et en Allemagne cette semaine peuvent malheureusement témoigner du réveil de la « bête immonde ». Trois quotidiens tirent la sonnette d’alarme : Vremia à Moscou, Die Tageszeitung à Berlin et Kurier à Vienne. En Bavière, le chef de la police de Passau a été victime d’une tentative d’assassinat à l’arme blanche. Le meurtrier au crâne rasé s’est enfui en criant « Espèce de cochon de flic de gauche, salutations de la résistance nationale ! » Alois Mannichl est en effet connu pour sa lutte contre l’extrême droite, une mouvance de plus en plus virulente outre-Rhin, depuis la chute du mur. Disposant d’élus à l’Est du pays, elle recrute de plus en plus largement à l’Ouest mais aussi en Autriche, avec un fort impact sur la toile…
Après ce grave attentat, le débat politique tourne maintenant à la demande d’interdiction du NPD, Parti national-démocrate d’Allemagne, une formation ouvertement raciste, antisémite, et négationniste, dont les militants, ou leurs avatars, sont impliqués dans des incendies meurtriers de foyers d’immigrés, et qui est fortement implantée dans les zones de chômage. En Autriche, mitoyenne de la Bavière, et d’où les tueurs sont soupçonnés de venir, on s’inquiète encore plus : le retour de l’extrême droite y est une donnée politique déjà bien installée. Mais le Kurier va plus loin, en posant la question de son développement partout en Europe, comme un spectre ravivé par une crise galopante.
En Russie, les attaques xénophobes se sont multipliées ces dernières années, principalement contre les citoyens caucasiens et asiatiques de l’ex Union soviétique. Le Bureau pour les droits de l’Homme, une ONG moscovite méritante affirme que, depuis trois ans, 300 personnes ont été tuées et 1300 autres blessés par des fous furieux appartenant à diverses composantes du nationalisme russe. Mais ces jeunes skinheads ne sont pas issus des zones abandonnées par la perestroïka et la transformation économique du pays. Ce sont souvent des rejetons de familles de la nomenklatura, déjà prospères au temps de l’Urss. Le quotidien Vremia a estimé devoir faire sa Une sur ce phénomène en raison d’une double actualité : d’une part un nouvel assassinat de marchands des quatre saisons tadjiks (avec décapitation à la clé), dans la banlieue de Moscou, et revendiqué par des ultranationalistes ; d’autre part un procès de sept jeunes gens accusés de 20 meurtres racistes, et qui viennent d’être condamnés à de lourdes peines de prison, preuve pour le journal et qui d’une certaine manière s’en réjouit, que les autorités prennent enfin la mesure de la menace brune.
Selon Vremia, même si la chose reste un peu mystérieuse, une section de la milice viendrait d’être spécialement constituée pour lutter contre cette mouvance qui recrute là-bas aussi via Internet.
De Moscou, nous parvenaient cette semaine des échos moins fébriles : sous le titre « La crise nous aide à
mieux bâtir et vivre », les Izvestia annonçaient un virage à 180° dans le plan d’urbanisme de la capitale. Adieu les tours les plus hautes d’Europe, bienvenue aux espaces verts ! Récession oblige, les députés ont réduit de 7 à 2 milliards de roubles (soit de 200 millions à d’euros à 55 millions) le budget prévu pour l’érection de grattes ciels prestigieux en centre ville. Du coup, le premier projet visé par ces restrictions est celui du gigantesque cratère à ciel ouvert laissé par la destruction du Rossia, aux pieds du Kremlin. Au lieu du complexe hôtelier et commercial pharaonique prévu, il y aura… un parc, des arbres et des pelouses, de quoi respirer, s’amuse le journal. Mais les auteurs de l’article notent aussi que si ce temple national du tourisme soviétique était resté debout, les devises couleraient aujourd’hui à flot. Nostalgie quand tu nous tient…


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