Cinq jours plus tard, la presse britannique révèle que deux sous-marins
nucléaires,
l’un français, l’autre anglais (comme par hasard) porteurs de charges nucléaires équivalentes à 1248 Hiroshima (soyons précis) se sont heurtés à vingt mille lieues sous les mers. Oups ! Mais soyez rassurés : les autorités russes, américaines, françaises et britanniques ont entonné un chœur parfait : tout va bien, la situation est sous contrôle et circulez, il n’y a rien à voir.
Ces deux épisodes, des « premières » dans les deux cas, ont suscité des Unes plus belles les unes que les autres – des photos de notre petite terre s’approchant de la physionomie de Saturne, avec son superbe halo doré, sauf que là ce ne sont que miettes de carcasses entrelacées au lieu de gaz et de particules -, et d’autres de monstres d’acier jaillissant des flots, tels des Neptune des temps modernes. Nous avons eu le droit aussi à des explications savantes, noyées sous des chiffres incertains et différents selon les latitudes et les journaux. Impossible par exemple de connaître le nombre des détritus qui nous tournent autour dans une joyeuse sarabande : 17 300 affirme le Washington Post, 12 000 prétend le canadien National Post, 300 000 jure le Times londonien, quant aux moscovites Izvestia, il préfère compter les épaves soviétiques et russes, pas plus de 600, et bien répertoriées, virevoltant tels des « Hollandais volants » fuyant pour l’éternité…
La palme de l’écriture lyrico humoristique revient pourtant à des
journalistes anglais, l’une pour le Times, l’autre pour The Independent, un coup à droite et l’autre à gauche, donc… Lisons d’abord les réflexions d’Anjana Ahuja pour le Times : « Si vous preniez un télescope suffisamment puissant, et que vous l’orientiez vers Saturne, vous assisteriez à un magnifique spectacle. Comme une perle entourée de marbre et d’onyx argenté, l’astre est cerclé d’une pâle bague d’eau glacée, dont les rayons s’affinent ou s’épaississent, donnant l’illusion d’anneaux. La terre aussi a désormais ses anneaux, mais ils sont faits d’ordures. Bon de satellites si vous préférez, dont certains servent de nobles causes, telles la météo, la télévision satellitaire, les téléphones portables et surtout l’espionnage des nations méchantes ! (…) À ce rythme, la collision au-dessus de la Sibérie était certaine. C’est l’anarchie là-haut. D’autant plus qu’ils ne disposent pas d’un code de la route (il leur faudrait un maxi code pour des maxi routes), et pas non plus d’une tour de contrôle qui leur dirait : ‘Hello, votre satellite est en train de tomber, vous devriez vous mettre sur le bas-côté, s’il vous plaît…’ » Voilà pour les airs.
Un petit plongeon maintenant avec Chahal Milmo, reporter en chef à The Independent, et qui n’hésite pas à interpeller la marine nationale britannique, autrement dit la substantifique moelle du pays. « Alors cher Amiral, qu’avez-vous à nous dire du crash nucléaire subaquatique ? » Et d’enfoncer le clou : « Savez-vous que c’est l’un des pires cauchemars de tous les temps, celui que nous avions peur d’imaginer. C’est le plus grave incident impliquant des sous-marins nucléaires depuis celui du Koursk (vaisseau coulé avec tout son équipage au large de Mourmansk) en 2000. » L’amiral Sir Jonathan Band s’est expliqué : il paraît que les sous-marins glissent de plus en plus silencieusement dans les profondeurs maritimes afin de ne pas déranger leurs habitants. Telle serait la cause de cet accident absolument mineur, nous dit-il encore. Et nous voici emplis de visions de navires grands comme des immeubles commandés par des capitaines qui s’assurent qu’ils ont bien mis les patins avant de quitter le port, veillant au bien être des baleines et des oursins. Le chef de la marine anglaise nous prendrait-il pour des imbéciles ? On n’ose l’imaginer…
