On a les combats qu’on peut. En Autriche et au Canada, en ce début de semaine, deux excellents quotidiens avaient choisi le décalage à la Une : Die Presse à Vienne faisait le point sur les nouveaux pères ; le Devoir québécois enquêtait sur la folie des animaux domestiques. Un dénominateur commun réunit ces deux sujets en apparence distants (mais en apparence seulement) : le désengagement des premiers et la croissance exponentielle des seconds sont proportionnels à l’évolution de la crise…
En Europe, deux grands reporters hors pair sont donc partis à la découverte d’une espèce en voie de disparition : les super papas. Le super papa est censé partager l’élevage des petits humains à égalité avec la super maman, jusque dans les tâches les moins nobles, comme nettoyer des fesses crottées ou donner des taloches. Le super papa se recrute principalement chez les bobos, une catégorie de jeunes urbains branchés, écolos et humanitaires, un genre en développement dans l’hémisphère nord. Dans les années 1970/1980, le nouveau père avait acquis le statut de héros moderne : bravant tous les tabous culturels, il se féminisait (donc se dévalorisait), dans la joie et la bonne humeur, changeait les couches-culottes et faisait chauffer les petits pots en chantant, tout en étant performant professionnellement, voire sexuellement. Rien ne semblait pouvoir arrêter cette ascension. Jusqu’à la crise.
Les Rouletabille de la paternité ont rencontré des tas d’hommes qui le week-end venu, dans parc viennois de Siebenstern, l’un des espaces verts et de loisirs les plus courus de Vienne, tapent dans le ballon ou les raquettes avec enthousiasme et surtout avec leur progéniture. L’image est jolie, mais elle est illusoire. La plupart des entretiens ont mis au jour cette vérité tragique : le reste de la semaine, à leur corps défendant, ces mâles dominés par les contingences matérielles travaillent et n’ont plus de temps à accorder à leurs enfants… Ah bon ? Et vos femmes, non ? Oui aussi, mais elles gagnent moins alors elles sont moins engagées dans leur emploi. En Autriche, les femmes reçoivent en moyenne un revenu inférieur de 30% à celui des hommes (il n’y a pas qu’en Autriche d’ailleurs…). En principe le congé parental peut être pris indifféremment par les deux sexes, moyennant un salaire réduit, mais dans la réalité ce sont toujours les femmes qui s’y collent, puisque la perte d’argent est moindre.
L’article s’achève donc pas ce théorème : il ne peut y avoir de nouveaux pères, sans de nouvelles mères, c’est-à-dire des femmes parvenues à égalité de traitement social et sociétal avec les hommes.
De l’autre côté de l’océan, le genre animal est en passe lui d’accéder au genre humain, une condition que, sur le vieux continent, il a conquise depuis longtemps… Avec un milliard d’euros et près d’un foyer sur deux qui possèdent aujourd’hui un chat ou un chien, le marché vétérinaire et animalier explose au Canada (+ 40% en cinq ans), sans aucune récession en vue à l’horizon. Mais il reste encore très loin derrière la France – 20 millions d’animaux de compagnie -, et des États-Unis – 50 milliards de dollars américains, selon le très sérieux Business Week. Les sociologues avancent deux facteurs : le vieillissement des populations dans les pays du Nord et l’augmentation des dépressions humaines liées aux effets de la crise économique et sociale.
Mais quand les propriétaires boivent, leurs fidèles compagnons trinquent : des éthologues constatent, paraît-il, une forte hausse de troubles du comportement chez nos amis à quatre pattes, liés surtout aux divorces de leurs maîtres…
Le Devoir conclut son important dossier (pas moins de quatre angles longuement développés) en donnant la parole à une femme d’affaires avisée, propriétaire d’un hôtel de luxe pour animaux (60 € la nuit, avec télévision et webcam de surveillance). Linda Zago, dans sa grande sagesse, a identifié quatre types de propriétaires : l’humaniste, en quête du nec plus ultra pour la prunelle de ses yeux ; le conservateur, responsable de son bien mais sans ostentation ; le gaga prêt à tout pour son objet transitionnel ; le distant, qui a voulu faire plaisir à ses enfants, mais pour qui « un chien reste un chien » - mens sana in corpore sano...

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