Pour vous défatiguer un peu du deuil planétaire démesuré post Michael Jackson, allons du côté de la Russie, à Voronej plus précisément, dans une jolie province aqueuse du Sud Ouest de la Russie. La Niezavissimaia Gazeta nous apprend que de curieux panneaux publicitaires ornent la ville depuis quelques jours : on y voit en très grand le portrait du leader de tous les temps et de tous les peuples, le bien aimé Joseph Staline, accompagné de ce slogan : « la victoire est à nous ! ». Le correspondant de l’un des derniers quotidiens indépendants du pays a enquêté en vain : nul ne sait qui est à l’origine de cette campagne d’affichage. Le Parti communiste local ne répond pas vraiment ; les autorités de la ville refusent d’aborder l’affaire en demandant « pourquoi vous intéressez-vous à cela plutôt qu’à nos autres réclames, bien visibles dans la ville, celles sur les nouveaux équipements de la milice par exemple ? » D’autres disent encore que des effigies de Staline, il en reste des milliers à travers le pays, pas du tout déboulonnées en plus.
Le quotidien moscovite soupçonne que ces placards apparaissent à l’approche du 130ème anniversaire de naissance du grand homme, le 21 décembre 1879. La naissance nous renvoie à la mort : les funérailles du petit père des peuples furent au moins aussi impressionnantes que celle du roi de la pop et le chagrin tout autant planétaire. Des récits du Caire, Tel Aviv ou Paris, décrivant des hommes et des femmes figés dans la douleur à l’annonce de la nouvelle, le 5 mars 1953 – 6 h du matin, s’écroulant en pleurs au bureau, dans la rue ou dans les cages d’escaliers meublent ma mémoire familiale. La télévision restait encore confidentielle et Internet végétait dans le néant, et pourtant, ils furent des centaines de millions à travers le monde à suivre la marche funèbre de Joseph Vissarionovitch Djougachvili, dit Staline (l’homme d’acier).
Ce moment a été immortalisé cinématographiquement dans un délicieux film israélien « Les disciples de Staline », du réalisateur Nadav Levithan, vieux d’une vingtaine d’années. On y voit trois compères, membres historiques d’un kibboutz, pousser le culte de la personnalité post-mortem en tentant de devenir des clones du disparu. Pas de doute : des milliers de Michael Jackson surgiront d’ici peu, de par le monde.
L’envoyé spécial a tout de même cherché à savoir ce qui pouvait attiser ce retour de flammes. Il a trouvé Sergueï Roudakov, le premier secrétaire de la section locale du Parti communiste : « le passé soviétique regagne du galon partout à travers le pays. Il y a peu, plus de 2000 pionniers étaient fêtés sur la Place rouge. Nous avons besoin de retrouver confiance dans nos dirigeants. » Le sociologue et académicien (titre hérité des temps glorieux soviétiques) Vladimir Boykov y voit la conséquence de notre époque tourmentée par la crise mondiale : ceux, de plus en plus nombreux, qui se tournent vers Lénine ou Staline, recherchent d’abord la grandeur, aujourd’hui déchue, de l’Union soviétique et la période d’abondance des années d’après guerre. Rien ne nous empêche de leur rappeler la terrible dictature qu’ils menaient. »
Trois ans après la mort de Staline, Nikita Khroutchev rendait public son rapport sur le stalinisme et trente ans plus tard le communisme s’effondrait.. Que restera-t-il dans trois ans du Jacksonisme ? Sans doute rien que de nouveaux autres millions de disques vendus…

Dans les pays de l'est comme en Albanie aussi l'image de la dictateur et de la dictature reviennent de temps en temps comme une sorte de la vengeance et de la crise de l'identité. Vengeance contre la démocratie de l'injustice de l'enrichissement abusive. L'image de l'epoque de la justice et de l'ordre comme la dictature est, se fait dans ce cas une sorte du model perdu.
Rédigé par: ilir | 08 juillet 2009 à 17:38
je sais pas pourquoi on donne tant d'importante au décès d'un homme qui n'a rien ajouté à l'humanité!
Rédigé par: jackson | 22 juillet 2009 à 16:30