Le journaliste d’investigation du XXIème siècle aime prendre des risques pour aller au plus près des grands sujets d’actualité. Et donc lorsqu’il mène l’enquête sur les institutions haïssables de la finance moderne, il n’hésite pas à pénétrer dans le saint des saints, en l’occurrence le siège parisien de la très honnie ces derniers temps en Europe Standard & Poor’s. Il y arrive un mercredi, dans un petit matin blême et hivernal, quasi camouflé sous son manteau matelassé. Il passe la porte furtivement. Heureusement, il n’est pas seul : une vingtaine de confrères et consœurs venus de tout le vieux continent (et même au delà) se sont engouffrés avec lui dans le hall blanc (marbre, bureaux, canapés, fleurs, tout y est immaculé en une symphonie de pureté), conviés par l’agence de notation la plus détestée de France, à une séance de questions réponses, en toute franchise.
Les heureux élus de ce briefing boivent un café, debout, accompagnés de viennoiseries miniatures, avant d’être conduits secrètement dans une salle du sous sol de cet immeuble désormais célèbre – puisque les indignés de tout poil viennent y célébrer régulièrement leurs dévotions anticapitalistes. Les journalistes enquêteurs, repus et animés par la caféine, sont heureux : ils découvrent sur chaque siège un carnet de note et un stylo « collectors », estampillés S&P, avec lesquels ils pourront désormais se reconnaître.
Première surprise : le comité d’accueil est presque exclusivement féminin – patronne du bureau parisien, responsable de la méthodologie des analyses, directrice de la communication. Le seul homme est l’économiste en chef, le penseur donc… Les échanges de bienvenue débutent alors par un merveilleux lapsus, celui du président bien aimé de cette coterie de correspondants européens et d’enquêteurs hors pair, Alberto Toscano, un condensé à lui seul de toutes les saveurs italiennes : « je tiens tout d’abord à remercier les représentants à Paris de Goldman Sachs de nous accueillir ! ». Alberto vient de publier un livre sur « les gaffes en politique » ("Ces gaffeurs qui nous gouvernent", chez Fayard) ! La séance peut commencer… avec une heure de présentation un peu professorale, loin de la flamboyance ou de la concision imaginaires de « lémarché » de la finance mondiale.
Puis une autre heure pour les questions réponses, sur un ton très polissé – avec cette seule interpellation d’un confrère français : « comment osez-vous encore vous présenter devant nous et justifier votre existence après une erreur aussi catastrophiques sur la pertinence et la solidité des subprimes ? » (Les subprimes sont ces prêts hypothécaires à risque, dont le non remboursement a déclenché la pré crise de 2008, et qui ressortent de la titrisation, technique qui permet de gonfler très artificiellement ses capacités de finance.)
Qu’a donc appris l’envoyé spécial au siège parisien de Standard & Poor’s, ce mercredi 25 janvier 2012 ? Que chez S & P, on ne s’énervait jamais ; que les effets de la dégradation de AAA en AA, voire en A, restaient très marginaux ; que personne ne leur demandait de noter les États souverains, tels que la France, l’Allemagne ou les Etats-Unis ; qu’on pouvait trouver toutes les informations sur leur site ; qu’ils ne subissaient aucune pression politique, non mais dis donc ; que l’enquête menée par un juge italien de Milan pour manipulations contre S & P n’était qu’une croisade solitaire ; et que la titrisation était une magnifique et solide technique financière ; et qu’enfin l’un des critères retenus pour noter les États, était de s’assurer qu’en temps de crise aiguë, il y avait bien un capitaine, de droite ou de gauche peu importe, dans le bateau.
« Comme dans les croisières Costa ! », a renchéri Alberto.

C'est assez compliqué tout ça...comme dans les croisières Costa...en effet !
Rédigé par : Ghouti | 09 février 2012 à 17:20
d'etre passe. Je vois que ca euvole bien a Cotonou. Je me rappelle l'epoque ou avec Ken Lohento nous sensibilisions les populations avec Oridev
Rédigé par : Allahasde | 18 février 2012 à 12:35