La géographie comme la géométrie est variable. La Tageszeitung berlinoise crie haut et fort ce matin du 18 août : "Nous sommes tous des Pussy Riot !", en écho au célèbre "nous sommes tous des juifs allemands", lancé pour soutenir le jeune Dany Cohn Bendit aux temps glorieux des émeutes de mai 68. C'est vrai, nous le sommes tous et toutes, mais en Europe occidentale ou aux Etats Unis, essentiellement. Ailleurs, la planète se contrefiche de ce procès et de ces trois punkettes, condamnées à deux ans de camp, et bien décidées à en découdre avec les pouvoirs religieux et politique en Russie. Avec un certain talent, elles avaient chanté une prière légèrement blasphématoire contre les pouvoirs religieux (revenus en force après la chute de l'Urss) et politiques.
Même le Herald de Glasgow nous assure que les Ecossais sont tous derrière les Pussy Riot, émeutières en douceur, comme des petites chattes - bien plus sympathiques, il faut le dire que cet ultra nationaliste de Navlany, porté aux nues par les journalistes français, juste parce qu'il sait se servir d'un blog et des réseaux sociaux, et érigé par ceux qui ne comprennent pas le russe en flamboyant opposant démocrate alors qu'il semble surtout être un poujadiste xénophobe...
Mais en Russie, si certains grands quotidiens s'inquiètent de la dérive autoritaire de la justice russe, de son Etat et de ses prêtres, comme Kommersant ou Moskovskii Komsomolets (MK), si la toile usse - sutrtout animée par des citadins - bruisse d'appels à une journée "Pussy Riot", il faut se rendre à l'évidence : la population russe aprouve la manière dont le procès a été mené et le verdict rendu. C'est le très sérieux et indépendant Centre Levada qui nous l'apprend : 44%e en Russie pensent que la cour est intègre et impartiale, que le procès est équitable, et approuvent la sentence des filles. Seulement 17% ne croient pas en l'intégrité de la cour et 18% estiment que le verdict émane "d'en haut ". En outre, le sondage montre que l'opinion publique ne soutient pas l'action des Pussy mais adhère plutôt à la version officielle des événements. 41% des personnes interrogées estiment que le fond de l'affaire est bien une attaque contre la communauté orthodoxe. 25 % estiment que l'affaire sert le patriarche ou le président ou encore le désir des autorités pour intimider l'opposition.
Pour ne pas heurter son lectorat, le MK a choisi d'interroger un Diacre, professeur en sciences des religions à l'Université de Moscou. L'avis modéré du philosophe religieux prêterait à sourire, si la chose n'était aussi sérieuse : Andreï Kouraiev propose aux jeunes condamnées de se démarquer très fortement des activistes de Femen, ces féministes ukrainiennes iconoclastes, qui se jettent potrine nue contre les représentants du clergé orthodoxe, par exemple... Et ainsi, avec cette condamnation d'encore pires qu'elles, elles pourraient espérer un élargissement en appel...
A titre personnel, je suis surtout reconnaissante aux Pussy Riot d'avoir perpétré leur "forfait" dans l'un des lieux les plus laids de la capitale russe, la sinistre cathédrale du Christ Saint Sauveur, rebâtie à l'initiative de Boris Eltsine sur les ruines de l'ancienne détruite et remplacée par une piscine extraordinaire dévouverte où l'on pouvait se baigner hiver comme étépar les révolutionnaires d'Octobre. Il s'agissait de rechristianiser la Russie, tout comme les meutriers Versaillais érigèrent cet horrible Sacré Coeur, pour expier les soi-disants crimes de la Commune de Paris de 1871 et rechristianiser la butte Montmartre d'où était partie la révolution...
La piscine fut construite en 1958, longtemps après qu'à Moscou il n'était pas encore blasphématoire de crier que l'art pouvait être politique, avec Maiakovski, Edrman ou Vertov... L'une des condamnées a convolé en justes noces avec un autre artiste libéré déchainé du groupe война (La Guerre). Sans être poursuivi, le collectif s'était illustré avec un autre coup d'éclat dont malheureusement personne n'a entendu parlé : aviez vous remarqué que le pont mobile qui fait face au siège petersbougeois du FSB (autrefois KGB, la maison mère du viril Mr Poutine), dessine une curieuse chose ?

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