The Guardian du vendredi 14 septembre 2012, le vénérable quotidien lié aux conquêtes sociales de
Manchester au XIXème siècle, était sans doute l'un des seuls au monde à ne pas avoir afficher en manchette l'un ou l'autre des clichés de (petites) foules en colère dans les pays musulmans contre le pseudo film imbécile d'une bande d'islamophobes américains. Quoique... En y réfléchissant bien, la stupéfiante nouvelle de la découverte d'une espèce de singes, la première depuis 28 ans, pouvait renvoyer indirectement aux joyeux jeux humains à l'oeuvre ce même jour. C'est qu'elle a l'air tellement paisible cette charmante Lesula de la Cercopithecus lomamiensis, la bien nommée de cette région de République démocratique du Congo, traversée par le fleuve Lomani. Avec sa crinière blonde et ses yeux pleins de douceur...
John and Terese Hart de l'Université de Yale, les découvreurs, nous disents que Lesula et ses congénères vivent d'amour et d'eau fraiche, ou presque : fruits et plantes, dans un périmètre de quelque 10 hectares au carrefour du Lomani et de la partie haute de la Tshuapa Rivers. Sur leur site ils racontent la formidable histoire de cette rencontre et Terese ne cesse de s'émerveiller du regard incroyable de Lesula... Ils étaient entrés en contact avec leur premier spécimen dès 2007, mais ont attendu patiemment leurs certitudes (contrairement aux cinéastes apprentis sorciers et aux foules hurlantes) pour décréter que Lesula était différente du singe-hibou dont le regard de sagesse pourrait sembler assez proche...
Les chercheurs restent modestes : “C’était une découverte absolument inattendue. Nous savions que nous étions face à quelque chose d’inhabituel et de probablement inconnu, quand nous avons vu le premier specimen. Mais nous n’avons pu en être sûrs qu’après le résultat des analyses génétiques et morphologiques menées avec notre équipe…” Les Lomaniensis vivent en groupe de cinq au maximum et, comme les gorilles pour lesquels j'avais déjà manifesté mon immense admiration, ne se battent jamais. Cela les rend aussi très vulnérables aux prédateurs de tous genres (sous leurs yeux, Terese et John ont vu une femelle se faire tuer par un aigle couronné), en particulier aux hommes, dans une région même peu peuplée comme celle de leur sanctuaire. Leur chair comme leur cherté les mettent en grand danger.
“Le défi, c’est maintenant de faire de Lesula un emblème afin de porter un message pour toutes les autres espèces menacées du Congo.”, espère avec un optimisme chevillé au corps, John Hart. C'est en 1984 que le singe à queue de soleil avait été découvert au Gabon, le dernier avant Lesula...

Quel plaisir de retrouver les voyages de la Caravane...
Rédigé par : Sophie Ernst | 27 septembre 2012 à 17:14