Angela est en passe perdre son double A. On ne badine pas en Allemagne avec les affaires de plagiat (alors qu'il faut bien dire qu'en France, ce genre de choses n'importune personne...). Un ancien ministre de la Défense en avait déjà fait l'amère expérience. Karl-Theodor zu Guttenberg, rejeton de la noblesse bavaroise, membre influent de la CSU (la composante bavaroise de la démocratie chrétienne) avait été contraint à la démission, voilà tout juste deux ans, après avoir été pris la main dans le copié-collé pour sa thèse de doctorat en droit. Il fut alors surnommé "baron von Googleberg" par les internautes qui rivalisaient pour mettre au jour les passages recopiés alors qu'il soutenait une thèse tardive, à 36 ans, devant l'université de Bayreuth (plus connue pour ses résonnances wagnériennes) : résultat 270 pages sur 407 étaient des "emprunts", soit 68,7 % du texte...
En ce mois de mars 2011 qui avait scellé la chute du baron du copié collé, en dehors de la chancelière
dont il était un protégé, ses amis politiques avaient pudiquement détourné les yeux pour les plus affectueux, d'autres avaient donné de la voix, encore plus fort que ces détracteurs. Au premier rang de ces vociférateurs, on trouvait une certaine Annette Schavan, aujourd'hui ministre de l'Education et considérée comme "meilleure amie" de Angela Merkel. Annette et Angela - la première née en 1955 en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, l'autre à Hambourg en 1954, l'une grandie à l'Est, l'autre à l'Ouest, toutes deux docteures, Annette en philosophie, l'autre en physique chimie, toutes deux aussi imprégnées de théologie protestante.
Annette donc, en ces temps troublées pour le baron démasqué, n'eut pas de mots assez durs pour condamner le faussaire : "j'ai honte pour lui" avait-elle dit, des larmes de colère coincées dans la gorge, elle qui avait soutenu à l'âge de 25 ans une brillante thèse, intitullée avec prémonition "Personne et conscience", devant un jury de l'Université de Düsseldorf. On la voit souriante et sûre d'elle à la Une de la Taz, à l'époque de sa carrière naissante.Tandis qu'à la Une de la Süddeutsche Zeitung, la dame est beaucoup moins vaillante, un peu vacillante même - ce que résume le titre du quotidien bavarois : "Schavan reste en fonction - pour le moment".
C'est que Annette à son tour vient de perdre son titre de docteure. Une distinction très prisée en Allemagne, puisque dès qu'on est docteur de quelque chose, il convient de ne plus vous appeler que par ce préfixe : "Docteur machinchose, allez vous bien ?". L'Université de Düsseldorf a en effet rendu ses conclusions mercredi 6 février 2013 : la lauréate aurait triché "systématiquement et délibérément" selon le bataillon d'universitaires lancés sur les traces de ses manquements.
Depuis un an, du côté des internautes, la chasse était ouverte. On peut d'ailleurs, au delà de la véracité ou non des accusations proférées, s'interroger sur ce nouveau sport de délation permanente pratiqué sur Internet... Lorsqu'on se lance dans l'écriture d'une thèse, n'est-on pas imprégné de toutes les recherches antérieures sur le sujet ? Ne peut-on aussi être parfois plagiaire à "l'insu de son plein grè" ?
Ces questions, Annette doit se les reposer en boucle ces jours-ci, et continuera à tenter d'y trouver des réponses encore un certain temps, puisqu'elle a fait appel de la condamnation universitaire. Certainement au grand plaisir secret de son ami Karl-Theodor zu Guttenberg... Angela, toujours fidèle, a juste dit qu'elle avait "pleine confiance" en Annette.
Le résumé de l'affaire par Euronews

En trois jours tout était réglé. Samedi 9 février Annette a finalement rendu son tablier et Angela malgré ses démonstrations d'amitié n'aura rien pu faire...
Rédigé par : terriennes | 12 février 2013 à 10:21
...On ne badine pas aussi avec ce genre de " cas " en France. Il n'y a non plus " intitullé " avec deux L, mais un seul suffit !
Rédigé par : Ghouti | 20 février 2013 à 19:31