Caravane

Par Sylvie Braibant

Sylvie Braibant

Je suis née le 29 novembre 1956 à Paris, en pleine nationalisation de la société d’exploitation du Canal de Suez, et donc au plus fort de la crise entre la France et l’Egypte. Mon père étant un natif du Caire et ma mère de Varsovie, cela explique peut-être mon intention de devenir journaliste dans le domaine de la politique internationale, une sorte de tintin au féminin et au petit pied.

Pour y parvenir, j’ai fait des études de droit (une licence), de journalisme (le CFJ) et d’histoire (une thèse sur les femmes révolutionnaires russes au XIXème siècle). Je suis restée à TF1 pendant dix ans. Et puis, j’ai pris quelques chemins de traverse, avec un livre (la biographie d’une de mes révolutionnaires, Elisabeth Dmitrieff) et un scénario de film sur la Commune de Paris. Avant de revenir à la télévision et d’intégrer la rédaction de TV5. Je collabore aussi régulièrement au Monde diplomatique.

Lorsque j'ai eu l'idée de Kiosque, je me suis rappelé un voyage en Algérie. C'était voilà près de 25 ans, à El Oued, en plein désert, pas très loin de la frontière avec la Tunisie. El Oued est un ville blanche, à l'architecture arrondie, dont les dômes se confondent presque avec les dunes de sable. Les femmes y vont, voilées de blanc, de la tête aux pieds, silhouettes quasi uniformes, dont on ne voit qu'un œil. Et c'est une sorte de bout du monde. Je voyageais avec un ami, juste après mon premier emploi comme journaliste. Un habitant de notre âge nous a invités à boire le thé et m'a proposé de rejoindre ses sœurs dans le patio.

L'une d'entre elles, Amal, avait mon âge et elle travaillait comme standardiste à la poste. Entre les murs de la maison familiale, elle ne portait pas le voile, et son très beau visage se plissait de rires en cascade. Elle était accrochée à son travail et n'était pas pressée de se marier pour y rester le plus longtemps. Ce qu'elle aimait par-dessus tout, c'était le standard international - le téléphone était encore indirect - lorsqu'elle devait mettre en relation des natifs d'El Oued avec des citoyens du monde entier : allo Toronto, allo Paris, allo New York, allo Moscou, allo Le Caire ! Elle disait qu'ainsi, elle voyageait tout autour de la terre, sans bouger, elle qui n'avait pas été plus loin que l'oasis voisine.

Je viens de familles qui n'ont cessé de s'exiler d'un pays à l'autre, d'un continent à l'autre. J'ai beaucoup voyagé, pour le travail ou le plaisir avec ce désir de rencontres qu'exprimait si bien Amal. Kiosque ou ce blog sont des échos au désir d'Amal, celui de rencontres ou promenades imaginaires, on dirait aujourd'hui virtuelles, à travers notre petite planète une et indivisible.