La température globale à la surface du globe en 2008 : un refroidissement ?

Posté par : Michel Desbois

Le bilan des températures moyennes de l’année 2008 a maintenant été tiré par les trois principaux centres d’analyse du climat global : La « Climate Research Unit » britannique et les deux centres américains de la NOAA (la météo américaine) et de la NASA (Goddard Institute of Space Studies, New-York). Nous reproduisons ci-dessous les courbes de l’évolution des températures de surface globales fournies par ces trois centres.

Gtc2008
évolution des températures de surface globales, d'après la Climate Research Unit (U.K.)
Global-jan-dec-error-bar-pg
Même évolution, vue par la NOAA (USA) - et avec les barres d'erreur-

Fig.A2.lrg

Et ici, la version de la NASA/GISS (USA)


Malgré quelques différences, on constate que l’année 2008 se situe au 8ème rang des années les plus chaudes pour les deux centres américains, au 10ème pour le centre britannique. Ces trois centres montent une anomalie positive par rapport à la moyenne 1961-1990 de 0,4 à 0,5°C. Ils montrent aussi un léger refroidissement par rapport aux années 2002-2006, mais il n’est pas possible d’en tirer une conclusion sur l’évolution du climat, ces écarts interannuels de température restant dans la fourchette normale des fluctuations, et même dans la marge des erreurs de mesure. Pour analyser plus en détail les causes éventuelles des variations observées, il faut en particulier tenir compte des analyses régionales, des contrastes océans continents, des circonstances météorologiques particulières de telle ou telle saison. La carte ci-dessous, issue de la NOAA, montre la répartition régionale des anomalies de température en 2008.

Map-blended-mntp-200801-200812-pg
On constate que les plus fortes anomalies positives sont sur le continent eurasiatique, que les régions polaires sont insuffisamment documentées, que les océans présentent des anomalies plus faibles. Des régions d’anomalies négatives existent même dans certaines régions océaniques, notamment le Pacifique équatorial. Ceci est lié au phénomène La Niña.
Profitons en pour rappeler que les températures de surface ne sont qu’un indicateur approximatif des tendances climatiques : la quantité de chaleur accumulée dans l’ensemble de l’atmosphère, de l’océan et du sol continental serait plus appropriée, mais n’est hélas pas mesurable  avec suffisamment de précision par nos moyens de mesure.




 

Le changement climatique s'est-il arrêté ?

Posté par : Michel Desbois

Nous n’avons pas ajouté de texte au « blog climat » depuis quelques mois. Une année 2008 relativement froide et les préoccupations liées à la crise économique mondiale ont fait passer le sujet au second plan. Par ailleurs, les « posts » que nous avons édités depuis septembre 2007 sont toujours d’actualité, comme par exemple :

- en septembre 2007 : « réchauffement global : et localement ? »
- en octobre 2007 : « la banquise du pôle nord est-elle en train de disparaître ? »
- en novembre 2007 : « pourquoi attribue-t-on le réchauffement climatique actuel à l’influence de l’homme ? » « y-a-t-il déjà eu sur Terre des périodes plus chaudes qu’actuellement ? »
- en décembre 2007 : « El Niño et les variations récentes de température »
- en janvier 2008 : « 2007, une des années les plus chaudes jamais enregistrées », et « un point sur rayonnement et effet de serre »
- en février 2008 : « qu’est-ce que le GIEC ? »
- en mars : « quelques anomalies intéressantes du climat global en janvier 2008 » et « la météorologie concerne notre vie quotidienne, la climatologie notre mode de vie »
- en avril : « cycle solaire et réchauffement climatique » et « à propos du dérèglement climatique »
- en juin 2008 :  « les variations du climat d’une année sur l’autre » et les 3 posts intitulés : « changement climatique : le point de vue d’un physicien du climat ».

Sans compter les réponses que nous avons faites aux internautes qui ont bien voulu intervenir sur le blog. Et puis nous avons marqué une pause, mais ce n’est pas parce que le changement climatique n’est plus en marche. Nous reviendrons bientôt sur quelques points d’actualité :

- Le bilan de l’année 2008 dont on sait d’ores et déjà qu’elle a été plus froide au niveau global que les années précédentes, tout en restant parmi les dix années les plus chaudes ,
- Le comportement de la banquise de l’hémisphère Nord en été 2008, dont on sait qu’elle ne s’est pas autant rétractée qu’en 2007,
- L’évolution récente des gaz à effet de serre, dont la concentration a continué à croître
- Le suivi du cycle solaire, avec les premières taches du cycle 24
- L’évolution de la température du Pacifique équatorial, liée à el-niño / la-niña
- Les anomalies globales de température en fonction des saisons en 2008, suite à nos remarques sur janvier 2008

Et bien d’autres points ou phénomènes physiques que nous n’avons pas encore abordés, comme le niveau de la mer, l’effet des particules (aérosols) sur le climat, etc… Et n’hésitez pas à nous poser les questions qui vous intéressent

Les enseignants-chercheurs et les chercheurs dans la rue

Posté par : Roca Rémy

Paris le 20 Novembre, par les auteurs du blog
Prsentation1

La recherche et l’enseignement supérieur appelaient donc, dans le cadre de cette journée d’actions, à manifester, à Paris, dans un cortège spécifique (Départ : 14 h 00 rue Soufflot Paris 5ème avec camion, sono et ballon), pour ensuite intégrer la fin du cortège FSU Île de France en direction du Ministère de l'Education Nationale afin de s’opposer à ces réformes qui favorisent la compétitions inter-équipes, inter-université et individuelle, au détriment des constructions collectives particulièrement importantes dans nos problématique : modélisation du climat, campagnes de mesures, programmes d'observation spatiale, ...

Voir l’article de C. Bonal dans Libération : « Moins nombreux, mais tout aussi remontés, les profs de fac et les chercheurs rassemblés dans le collectif «sauvons la recherche». http://www.liberation.fr/societe/0101267623-mobilisation-massive-dans-l-education#Moins

Lien vers le site de Sauvez la Recherche : http://www.sauvonslarecherche.fr

Changement climatique : le point de vue d'un physicien du climat. Partie 3 : les axes de recherche (+ un retour sur la variabilité)

Posté par : Michel Desbois

note rédigée par Frédéric Hourdin

De nombreuses études tentent aujourd'hui de trouver d'autres explications au réchauffement observé ces dernières années que celle de l'augmentation des gaz à effet de serre.
Ces études mettent en avant des corrélations (une variable variant en phase avec une autre) avec d'autres variables (activité solaire, magnétisme ...). La variabilité du système est telle qu'il est toujours possible de trouver des corrélations avec la plupart des phénomènes oscillants existants. Ce qui est important c'est donc de conforter ces corrélations par des mécanismes crédibles.

De ce point de vue, la seule explication disponible aujourd'hui pour le changement climatique observé est bien l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, prédite, comprise et expliquée avant d'être confirmée par l'observation.

AXES DE RECHERCHES EN PHYSIQUE DU CLIMAT

Pour donner une idée plus précise du questionnement qui est le notre, voici quelques-uns des principaux enjeux de la recherche en physique du climat aujourd'hui :

- 1. Evaluer l'importance voire le signe de certaines rétroactions (facteur d'amplification ou de modération du réchauffement) comme celle des nuages qui explique pour l'essentiel la dispersion des réponses des modèles actuels quant à l'amplitude du réchauffement à terme (quand l'amplitude sera telle que la variabilité interne du climat sera négligeable devant l'augmentation moyenne). Jusque là, aucune des rétroactions envisagées, même par les plus sceptiques, ne semble en mesure de contrer le forçage premier par les gaz à effet de serre.

- 2. Essayer de dire, à partir des observations des dernières décennies, quels modèles physiques semblent le mieux prédire l'amplitude et le signe de ces rétroactions. Ce travail est particulièrement difficile du fait de la variabilité interne, observée et simulée, du climat.

- 3. Augmenter toujours le réalisme des modèles, notamment dans leur capacité à prédire de plus en plus finement tous les modes de variabilité, en espérant ainsi s'approcher d'un modèle le plus "physiquement réaliste" dans lequel on puisse avoir "un maximum" de confiance.

- 4. Essayer de bien comprendre les mécanismes de la variabilité aux échelles décennales, pour arriver à mieux séparer la composante liée à la variabilité naturelle et aux activités humaines dans les évolutions du climat observées au cours des dernières décennies, afin, entre autres, de mieux évaluer ces deux aspects dans les simulations du climat.

VARIABILITE ET CHANGEMENT CLIMATIQUE : L'ANALOGIE DU TOBOGGAN

Une petite analogie pour essayer d'expliquer la différence entre variabilité et changement climatique, et pourquoi la difficulté à prédire l'un ne préjuge pas forcément de la capacité à anticiper l'autre.

Prenons un toboggan (par exemple un toboggan aquatique avec des virages). Si on lâche d'en haut des billes un peu au hasard, elles vont suivre des trajectoires différentes les unes des autres, de façon aléatoire (on ne pourra les prédire exactement que si on connaît exactement - avec une précision infinie - la position et la vitesse initiale des billes).
C'est l'analogue de la variabilité naturelle.
Les simulations des modèles de climat peuvent être vues comme autant de trajectoires de billes. L'une sera à droite à un moment, l'autre à gauche.
Mais toutes suivront le toboggan à cause de contraintes physiques bien connues : la gravité entraîne les corps vers le bas ; les bords du toboggan sont suffisamment élevés pour que la bille reste dans le toboggan pour des vitesses de départ raisonnables.
En revanche, si on change un peu la forme du toboggan, la trajectoire moyenne de toutes les billes (= la forme du toboggan) va changer.
C'est le climat.
On voit qu'on peut très bien prédire le changement de la forme de la trajectoire moyenne (l'analogue du climat) sans être capable de prédire les fluctuations (la variabilité interne).

Il s'agit évidemment d'une simplification extrême.

Mais en effet les mécanismes d'équilibre globaux du climat (énergie reçue du soleil, piégeage sous forme de rayonnement infrarouge, rétroactions glace ou vapeur d'eau) ne sont pas exactement les mêmes que les mécanismes mis en jeu par exemple dans la variabilité aux échelles de temps courtes (perturbations, dynamique des fronts, ...).

Changement climatique : le point de vue d'un physicien du climat. Partie 2 : les éléments de confiance

Posté par : Michel Desbois

Note rédigée par Frédéric Hourdin

Un élément essentiel de la "confiance" qu'a aujourd'hui une grande majorité de la communauté des physiciens du climat sur la réalité du changement climatique en cours (on entend par changement climatique le fait que le climat change d'état moyen sous l'effet d'une perturbation et pas le fait qu'il fluctue autour d'une moyenne comme pour la variabilité propre) provient des modèles numériques du climat développés depuis quelques décennies.

Une activité importante dans la communauté consiste donc à construire des modèles numériques (disons des simulateurs du climat mis en oeuvre sur des ordinateurs) aussi réalistes que possible, et surtout basés autant que faire se peut sur des bases physiques solides. Ces modèles permettent de simuler le climat global à toutes les échelles de temps (on fait évoluer de demi-heure en demi-heure par exemple le vent, la température, l'humidité, les nuages calculés en un grand nombre de points - millions - répartis uniformément dans l'atmosphère).
Ces modèles sont encore très imparfaits et grossiers par beaucoup d'aspects, mais leur amélioration et leur évaluation mobilisent un effort international colossal (qui implique entre autres d'importants programmes d'observations depuis le sol, les avions ou l'espace).

Si on utilise ces modèles avec une composition constante des gaz à effet de serre, on obtient une variabilité qui, par beaucoup d'aspects (représentation par exemple des phénomènes el-nino) ressemble à la variabilité observée du climat. Les modèles prédisent des années plus ou moins chaudes globalement, des années chaudes avec des "étés pourris" en France, ou au contraire des canicules.
Fig13

La figure présentée ici montre les températures d'été en France de 1860 à 2100. Les étoiles sont les valeurs mesurées, alors que les courbes rouge et verte sont des simulations réalisées par les modèles de climat de Météo-France et de l'IPSL. Bien sûr les années futures ne sont représentées que par les simulations des modèles. Deux diagrammes successifs sont présentés : en haut, ce qui est prévu si on continue à brûler sans restriction les combustibles fossiles de notre planète. En bas ce qui est prévu si on parvient à restreindre  de façon importante les émissions de gaz à effet de serre (la différence de réchauffement moyen est importante, ce qui montre l'utilité de restreindre les consommations de combustibles fossiles au niveau global).

Tant qu'on ne change pas la composition de l'atmosphère (avant 1950), la température moyenne (d'équilibre) reste la même si on la regarde à l'échelle de plusieurs décennies. Mais quand, dans ces mêmes modèles, on augmente la concentration des gaz à effet de serre de la même façon qu'elle a augmenté au cours de l'ère industrielle, on voit apparaître une tendance au réchauffement global qui sort de la variabilité naturelle du climat simulée à partir de la fin du 20ème siècle. Mais, du fait de la variabilité interne de l'atmosphère (et des simulations numériques en question), il se peut qu'un modèle prédise une brusque augmentation des températures moyennes dans la décennie 1990-2000 (parce que la variabilité propre de ce modèle particulier était dans une phase plutôt chaude et est venue s'ajouter à la tendance due à l'augmentation des gaz à effet de serre) et une relative stagnation dans la décennie 2000-2010 (du fait d'une phase négative de la variabilité interne) alors qu'un autre modèle prédira une augmentation modérée en 1990-2000 et plus forte en 2000-2010. Loin de méconnaître ces réalités et ces difficultés, elles sont au coeur même de l'activité sur le sujet, de même que l'étude des nombreuses rétroactions possibles - dont on ne peut pas être sûr de ne pas en avoir oublié certaines - .

Simuls_2

La deuxième figure représente, elle, le résultat des simulations réalisées dans le cadre du GIECC pour la température moyenne globale. La courbe noire représente les observations (c'est la même dans les deux diagrammes). Dans le diagramme du haut, on a représenté (en rouge) les simulations réalisées par les modèles compte tenu de l'augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Dans le diagramme du bas, au contraire, la courbe bleue représente des simulations où on a maintenu constante la concentration de ces mêmes gaz. Il est clair que les simulations avec augmentation des gaz à effet de serre sont en bien meilleur accord avec les observations, ce qui donne confiance dans leurs prévisions pour les décennies à venir.

Pour la communauté scientifique concernée par ces questions, les observations du réchauffement global, particulièrement visible ces dix dernières années, sont donc venues non comme "la question d'origine" mais comme une confirmation observationnelle, a posteriori, d'un questionnement théorique sur la température d'équilibre de la terre (qui remonte au début du sciècle) et de simulations numériques effectuées avec des modèles physiques - aussi imparfaits soient-ils - depuis une vingtaine d'années et qui montraient que les gaz à effet de serre devaient  réchauffer le climat avec une amplitude qui commencerait à sortir de la variabilité interne du climat simulé ou observé vers la fin du XXe sciècle. On avait l'explication avant l'observation. A titre personnel, c'est un élément essentiel de ma "confiance" dans la réalité du changement climatique en cours.

Changement climatique : le point de vue d'un physicien du climat. Partie 1 : comment se pose la question ?

Posté par : Michel Desbois

Note rédigée par Frédéric Hourdin. Elle sera suivie de deux autres parties : 2 - Les éléments de confiance 3 - les axes de recherche

Avec la montée en puissance du questionnement sur le changement climatique dans la société, nous sommes de plus en plus sollicités, en tant qu'"experts" de la question, pour donner notre avis, que ce soit à l'occasion d'une course en taxi ou d'une soirée entre amis. La question qui revient le plus souvent, et qui est centrale dans beaucoup d'interventions sur ce blog, peut se résumer à :"Les variations que nous observons sont-elles naturelles ou la conséquence des activités humaines ?"

RETOURNER LA QUESTION

Ce n'est peut-être pas le cas de tous les scientifiques, mais personnellement, je n'arrive pas à entamer une discussion sur le sujet sans commencer par retourner la question ; ou sans expliquer de quel point de vue particulier je la regarde.

La question s'est posée en effet dans un sens tout à fait différent dans notre communauté (physiciens du climat), et il me semble important de clarifier ce point  pour essayer de discuter de façon fine et espérer que "la société" s'approprie cette question difficile.

Voilà comment se pose ou s'est posée la question du changement climatique dans notre communauté :

On part d'abord de choses bien connues :

On sait par exemple que ce qui détermine principalement la température moyenne à la surface d'une planète du système solaire, c'est d'un côté le chauffage solaire (qui dépend de la distance au soleil et du pouvoir de réflexion du rayonnement par la surface ou l'atmosphère) et de l'autre la capacité de l'atmosphère à piéger plus on moins le rayonnement thermique infra-rouge réémis par la surface.
On sait aussi que la modification de la composition de l'atmosphère (dont on sait de façon certaine qu'elle a lieu et qu'elle est pour l'essentiel due à la consommation d'énergies fossiles, pétrole et charbon) change sa capacité à piéger (sous forme de rayonnement thermique infra-rouge) l'énergie reçue du soleil et donc, potentiellement la température d'équilibre du système (comme une casserole sur la quelle on pose un couvercle).

Ce qui est compliqué (et qui fait qu'un scientifique ne pourra pas vous dire aujourd'hui qu'il est sûr à 100% sur ces questions) :
- le climat est régi par de nombreuses rétroactions qui peuvent renforcer ou au contraire compenser l'effet de couvercle de l'augmentation des gaz à effet de serre.
- le climat est le siège d'une variabilité interne très forte à toutes les échelles de temps.
- les lois qui régissent la physique du climat, traduites au travers d'équations mathématiques, sont trop compliquées pour qu'on puisse les résoudre "à la main" de façon exacte, ni même en fait les formuler complètement.

Les scientifiques que nous sommes n'ont évidemment pas attendu que les "sceptiques" du changement climatique se réveillent pour non seulement prendre en compte ces difficultés, mais bien plus en faire un élément essentiel de leur activité de recherche. Nous expliquerons dans la note suivante quels sont les éléments de confiance dans la réalité du changement climatique les plus probants à nos yeux.

Les variations du climat d’une année sur l’autre

Posté par : Michel Desbois

Note rédigée par Michel Desbois et Jean-Yves Grandpeix

On a déjà évoqué dans certains commentaires de ce blog la possibilité pour les modèles de climat de prévoir les changements climatiques des prochaines décennies, mais l’impossibilité de prévoir l’évolution du climat d’une année sur l’autre.  Le but de ce texte est de lever cette contradiction apparente et d'illustrer quelques éléments donnant une certaine crédibilité aux modèles climatiques pour deviner notre futur.

L'imprévisibilité est un problème général des processus météorologiques et climatiques, lesquels font preuve d'un variabilité naturelle (ou variabilité "interne", c'est-à-dire indépendante de variations imposées de l'extérieur) importante à laquelle s'ajoutent des événements imprévisibles du type éruptions volcaniques. La variabilité naturelle est importante à l'échelle de la journée (c'est ce qui rend les prévisions météorologiques difficiles), du mois, de la saison et de l'année. On connaît aussi les phénomènes El-Nino qui se produisent environ tous les 4 ou 5 ans. Toutes ces variabilités naturelles d'échelles variées rendent extrêmement difficiles, voire empêchent carrément, les prévisions saisonnières ou interannuelles. Pour prendre une exemple plus précis, on ne sait pas prévoir un événement El-Niño un an à l'avance. Si on arrive à le prévoir 6 mois à l'avance, c'est que l'on a installé des systèmes d'observation qui permettent de détecter ses prémisses sous-marines 6 mois avant ses manifestations atmosphériques.

Mais la liste ne s'arrête pas là. On connaît maintenant des oscillations à l'échelle de 10 ans (en particulier sur l'Atlantique nord). Des débats ont lieu sur l'importance des variabilités à l'échelle de plusieurs décennies ou à l'échelle du siècle.

Face à toutes ces variabilités naturelles, comment peut-on prétendre prévoir l'évolution du climat dans les décennies à venir ?  C'est que nous pensons que le changement climatique lié à l'augmentation des gaz  à effet de serre va supplanter largement toutes les variabilités internes. Il continuera certes à y avoir des années La-Niña (froides), des décennies plus froides que la tendance moyenne ; mais, si l'on en croit les modèles climatiques, la tendance va être résolument à la hausse des températures.

En résumé, il faut bien distinguer ce qui est variabilité interne et variation imposée de l'extérieur. Du fait de sa variabilité interne le système climatique présente des oscillations. L'augmentation de la concentration des gaz à effet de serre due aux activités humaines impose aux climats une évolution forte. Les oscillations dues à la variabilité interne vont apparaître comme des pertubations au réchauffement climatique moyen.

Pour illustrer la variabilité naturelle, on montre une nouvelle fois ici les séries de températures globales produites par les trois principaux centres d’analyse des données de température : la météo américaine (NOAA), l’institut GISS de la NASA et le centre britannique de recherche sur le climat CRU, associé à la météo Britannique :Globaljandecerrorbarpg_2

Figa2lrg_3 Gtc2007_2









Les trois courbes, malgré une présentation légèrement différente, montrent les mêmes tendances et des variations interannuelles du même ordre. Les plus fortes variations d’une année sur l’autre correspondent à des phénomènes identifiés : par exemple record de température de 1998 lié à un événement El-Niño réchauffant les eaux du Pacifique Tropical, ou refroidissement de 1963 lié à l’éruption du volcan Agung à Bali. On a récemment identifié le refroidissement brusque apparaissant en 1945 comme un artefact essentiellement dû au changement de système de mesure de la plupart des bateaux à la fin de la guerre (voir à ce sujet les commentaires du blog « real climate »). Les courbes seront prochainement corrigées de cet effet, ce qui réduira le saut de 1945, mais ne changera pas  le reste des graphiques.

Mais il y a également des périodes où la température moyenne globale évolue peu : c’est le cas pour les 6 dernières années (2001-2007). Les variations restent au maximum de l’ordre de 0,1°C, ce qui est aussi l’ordre de grandeur de l’erreur de mesure estimée par la NOAA et la NASA.

Les modèles de prévision du climat sont-ils capables de reproduire ce type de variations interannuelles ? On peut regarder pour cela différentes séries de températures globales simulées dans le cadre des études du GIECC pour la période 1950-2020

RunsOn constate, pour chacune des courbes individuelles, une variabilité interannuelle significative, du même ordre de grandeur que celle notée dans les observations. Elle est due aux processus physiques simulées par les modèles, semblables aux variations météorologiques réelles. Mais ce que les modèles ne savent pas faire, c’est prédire quelles seront précisémment les années les plus froides et les plus chaudes. C’est bien sûr le cas pour l’influence d’événements imprévisibles comme des éruptions volcaniques, mais aussi pour des phénomènes d’interaction océan-atmosphère comme El-Niño, qui existent dans les modèles, mais ne sont pas reproduits avec leur date d’occurrence précise (la prévision des el-niño est toujours peu précise actuellement).

L’existence de cette variabilité interannuelle explique encore une fois la nécessité de considérer des périodes longues (plusieurs décennies) pour déterminer des tendances d’augmentation de température. Il n’est pas utile de disserter sur les tendances observées dans les 5 ou 10 dernières années par exemple : la variabilité masque largement les tendances, dans les données comme dans les modèles.

A propos du Dérèglement Climatique

Posté par : Roca Rémy

De nombreux médias véhiculent la terminologie « dérèglement climatique » pour évoquer le changement climatique. Peut être s’agit-il là, une version climatique du fameux "le temps se détraque" de nos grand-mères ? Ou bien est ce une illustration de la technocratisation de nos sociétés modernes pour lesquelles le climat ne suivrait plus le règlement ? Dans tous les cas, cette formulation du sujet qui nous préoccupe est totalement inadaptée à la réalité du changement climatique.

Prenons le cas d’une horloge qui se dérègle en affichant par exemple un retard de plus en plus grand à mesure que le temps avance. Il se peut que l’une des roues crantées se soit abîmée et que du coup les secondes ne s’incrémentent qu’une fois sur deux tours d’horloge. Ce dysfonctionnement induit bien un dérèglement de l’horloge.

Dans le cas du climat la situation est très différente. La machine climatique ne dysfonctionne pas du tout. Elle marche même à merveille. Notre compréhension de son fonctionnement à travers la fabrication des modèles de climat est renforcée tous les jours par de nouvelles études scientifiques de par le monde. Et c’est grâce à notre compréhension de la machine climatique que nous sommes en mesure d’estimer comment le climat va répondre à une perturbation (l’augmentation des gaz à effet de serre).

Pour illustrer ce propos voyez la figure tirée du premier Chapitre du rapport du GIEC dédié aux bases scientifiques du changement climatique. Cette figure montre l’évolution des températures de surface en moyenne globale depuis 1990 telle qu’observée en trait noir épais et telle que prédite par les modèles de climat à chaque exercice précédent du GIEC (1990 en bleu, 1996 en orange et 2001 en vert). On constate que les prévisions issues des exercices 1996 et 2001 sont en bon accord avec ce qui a été effectivement observée. Et on constate que la moyenne des premières prévisions de l’exercice de 1990 (trait bleu épais) était un peu surestimée même si l’enveloppe bleue inclut bien les observations des 25 dernières années. Il y a là pas l’ombre d’un dérèglement !

Test_2

Texte rédigé par: Rémy Roca aidé de Sandrine Bony et Jean Yves Grandpeix

Cycle solaire et réchauffement climatique

Posté par : Michel Desbois

Il est évident que le rayonnement solaire reçu par la Terre est déterminant pour la température à la surface de la planète. Cependant, en l’absence de l’effet de serre naturel de l’atmosphère, la température moyenne à la surface de notre planète serait de l’ordre de –18°C alors qu’elle est en réalité de l’ordre de 15°C. On voit donc que les deux facteurs, rayonnement solaire et effet de serre sont ceux qui déterminent la température à la surface de la Terre. Avant que l’homme ne rejette massivement dans l’atmosphère les réserves de carbone accumulées dans les gisements de pétrole ou de charbon, ce sont surtout les fluctuations du rayonnement solaire qui influençaient la température à la surface de la Terre. Les plus connues de ces fluctuations (mais pas les seules) sont celles liées au cycle de 11 ans du soleil. Le nombre de taches solaires, lié à ces cycles, a été observé depuis le 17ème siècle. On peut voir sur le graphique ci-dessous qu’il y a des périodes où les cycles sont plus ou moins intenses ; en particulier, entre 1650 et 1700, il n’y avait pas de taches solaires ; en revanche, au 20ème siècle, on a relevé une intensification des cycles après la période 1880 – 1910. Le cycle le plus intense a lieu vers 1960.Ssn_yearly_med_3

Ces fluctuations se sont traduites par des variations de la température à la surface de la Terre : « petit âge glaciaire » particulièrement sensible à partir du 17ème siècle, réchauffement de la première moitié du 20 ème siècle. À l’époque fin du 20ème siècle début du 21 ème siècle, on peut se poser la question de l’influence relative des fluctuations solaires naturelles et de l’augmentation de l’effet de serre sous l’effet des activités humaines. Sur les trois derniers cycles solaires, les satellites ont permis de mesurer la variation du rayonnement  solaire entre un maximum et un minimum d’activité. (source NASA/GISS :gistemp  ). Le graphique suivant montre la variation de « l’irradiance solaire » de 1978 à 2008. Elle est d’un peu moins de 2 W/m2 pour une irradiance moyenne de 1366 W/m2. Ceci se traduit par une variation du rayonnement reçu par unité de surface de la Terre de l’ordre de 0,3 W/m2 (appelé « solar forcing » sur le graphique ou forçage solaire en français) .  On est actuellement dans une situation où le rayonnement solaire par unité de surface terrestre est de 0, 15 W/m2 inférieur au rayonnement moyen.Fig3_irradiance_s_2

Dans les mêmes unités l’augmentation actuelle du « forçage » de l’effet de serre est de 0,3 W/m2 par période de 10 ans. Ce rythme d’augmentation a été soutenu notamment pendant toute la période d’environ 30 ans représentée sur le graphique ci-contre, produisant une augmentation de l’ordre de 0,9 W/m2. Cela surpasse nettement les fluctuations solaires, qui ont un effet estimé sur la température à la surface de 0,1°C entre un maximum et un minimum.

Où allons-nous maintenant ? Nous avons vu que nous sommes dans un minimum d’activité solaire, mais cette activité devrait réaugmenter maintenant rapidement lors du « cycle 24 » ainsi nommé par les physiciens solaires.Ssn_predict_l_strip_2

Il est remarquable que les années 2004 à 2007 aient été parmi les plus chaudes jamais observées à l’échelle globale, malgré une faible activité solaire. Cela souligne encore la prédominance de l’augmentation de l’effet de serre sur les fluctuations de l’activité solaire. Mais l’effet du soleil n’est pas négligeable, et on peut donc s’attendre à une augmentation plus marquée de la température globale moyenne dans les années 2010… Ceci a été prévu par plusieurs modèles…

 

Quelques anomalies intéressantes du climat global en janvier 2008

Posté par : Michel Desbois

La NOAA, l’administration américaine chargée de l’océan et de l’atmosphère, publie mensuellement des diagnostics du climat global. Pour le mois de janvier 2008, on peut consulter ces diagnostics sur le lien jan2008 . Une certaine surprise pour ce mois : il occupe seulement le 31ème rang (sur 128 années disponibles) du point de vue des températures de surface globales, alors qu’on était habitué lors des années récentes à se situer dans les valeurs les plus élevées jamais observées. Ces valeurs relativement faibles de température moyenne sont observées à la fois pour les océans et les continents. La carte reproduite iciMapblendedmntp200801pg montre d’où proviennent essentiellement ces anomalies : pour les océans,  c’est la vaste région du Pacifique équatorial qui est anormalement froide (phénomène La Niña, déjà signalé dans notre « post » du mois de décembre), pour les continents, c’est une vaste région centrale de l’Eurasie qui connaît des températures bien au-dessous de la moyenne climatique. Cette région connaît également ce mois de janvier une couverture neigeuse exceptionnelle, la plus forte d’une série de relevés s’étendant maintenant sur 42 ans.

Comme il a été souvent noté, l’hémisphère Sud essentiellement océanique montre des anomalies de température plus faibles (voir à ce sujet le post de « real climate » du 12 février intitulé Antarctica is Cold? Yeah, We Knew That). Cependant, on doit signaler que la couverture de la banquise qui entoure le continent antarctique est exceptionnelle en ce mois de janvier 2008 (la figure ci-dessous montre l’anomalie (en %) de l'étendue de la banquise antarctique en Janvier de 1979 à 2008). Shseaice200801tOn constate par ailleurs que cette étendue augmente en moyenne sur la dernière période de trente ans, avec une forte variabilité interannuelle qui rend cette tendance peu significative.

A l'opposé, la tendance à la décroissance de la banquise de l’hémisphère Nord est plus nette, mais il faut même dans ce cas se méfier des « mois record » et même des « années record ». Ils ne sont probablement pas directement liés au changement climatique global provoqué par l’effet de serre additionnel, mais à des circonstances météorologiques particulières.

Nous avons tenu à mentionner ces anomalies de janvier 2008 parce qu'il est important de comprendre que ce qui fait dire aux physiciens du climat qu'il y a réchauffement climatique, ce n'est jamais un mois ou une année particulière : il s'agit toujours de tendances observées sur une ou plusieurs décennies. Lorsque l'on considère de brèves périodes de temps, voire même des régions particulières, on observe des fluctuations considérables qui peuvent sembler conforter a priori le réchauffement (voir notre « post » du mois d'Octobre 2007 intitulé « La banquise de l'Hémisphère Nord est-elle en train de disparaître ? ») ou au contraire, comme ici pour la banquise antarctique, l'infirmer.

Moralité : il est impossible d’attribuer au réchauffement climatique global toutes les fluctuations «climatiques» observables à l’échelle du mois ou même de l’année. Il est trompeur de ne souligner que les phénomènes qui semblent  en accord avec le réchauffement. Ce type de méthode ne démontre en rien le changement, dont les preuves sont ailleurs (voir le rapport du GIECC) : séries de données à long terme, compréhension des phénomènes physiques en cause (l’augmentation de l’effet de serre de l’atmosphère en premier lieu), capacité de simuler les changements moyens déjà observés au moyen de modèles représentant ces phénomènes physiques.

Il s'agit là d'un message très important à comprendre, qui reviendra à de multiples reprises dans ce blog.