A propos du Dérèglement Climatique

Posté par : Roca Rémy

De nombreux médias véhiculent la terminologie « dérèglement climatique » pour évoquer le changement climatique. Peut être s’agit t’il là, une version climatique du fameux « le temps se détraque » de nos grand-mères ? Ou bien est ce une illustration de la technocratisation de nos sociétés modernes pour lesquelles le climat ne suivrait plus le règlement ? Dans tous les cas, cette formulation du sujet qui nous préoccupe est totalement inadaptée à la réalité du changement climatique.

Prenons le cas d’une horloge qui se dérègle en affichant par exemple un retard de plus en plus grand à mesure que le temps avance. Il se peut que l’une des roues crantées se soit abîmée et que du coup les secondes ne s’incrémentent qu’une fois sur deux tours d’horloge. Ce dysfonctionnement induit bien un dérèglement de l’horloge.

Dans le cas du climat la situation est très différente. La machine climatique ne dysfonctionne pas du tout. Elle marche même à merveille. Notre compréhension de son fonctionnement à travers la fabrication des modèles de climat est renforcée tous les jours par de nouvelles études scientifiques de par le monde. Et c’est grâce à notre compréhension de la machine climatique que nous sommes en mesure d’estimer comment le climat va répondre à une perturbation (l’augmentation des gaz à effet de serre).

Pour illustrer ce propos voyez la figure tirée du premier Chapitre du rapport du GIEC dédié aux bases scientifiques du changement climatique. Cette figure montre l’évolution des températures de surface en moyenne globale depuis 1990 telle qu’observée en trait noir épais et telle que prédite par les modèles de climat à chaque exercice précédent du GIEC (1990 en bleu, 1996 en orange et 2001 en vert). On constate que les prévisions issues des exercices 1996 et 2001 sont en bon accord avec ce qui a été effectivement observée. Et on constate que la moyenne des premières prévisions de l’exercice de 1990 (trait bleu épais) était un peu surestimée même si l’enveloppe bleue inclut bien les observations des 25 dernières années. Il y a là pas l’ombre d’un dérèglement !

Test_2


Texte rédigé par: Rémy Roca aidé de Sandrine Bony et Jean Yves Grandpeix

Cycle solaire et réchauffement climatique

Posté par : Michel Desbois

Il est évident que le rayonnement solaire reçu par la Terre est déterminant pour la température à la surface de la planète. Cependant, en l’absence de l’effet de serre naturel de l’atmosphère, la température moyenne à la surface de notre planète serait de l’ordre de –18°C alors qu’elle est en réalité de l’ordre de 15°C. On voit donc que les deux facteurs, rayonnement solaire et effet de serre sont ceux qui déterminent la température à la surface de la Terre. Avant que l’homme ne rejette massivement dans l’atmosphère les réserves de carbone accumulées dans les gisements de pétrole ou de charbon, ce sont surtout les fluctuations du rayonnement solaire qui influençaient la température à la surface de la Terre. Les plus connues de ces fluctuations (mais pas les seules) sont celles liées au cycle de 11 ans du soleil. Le nombre de taches solaires, lié à ces cycles, a été observé depuis le 17ème siècle. On peut voir sur le graphique ci-dessous qu’il y a des périodes où les cycles sont plus ou moins intenses ; en particulier, entre 1650 et 1700, il n’y avait pas de taches solaires ; en revanche, au 20ème siècle, on a relevé une intensification des cycles après la période 1880 – 1910. Le cycle le plus intense a lieu vers 1960.Ssn_yearly_med_3

Ces fluctuations se sont traduites par des variations de la température à la surface de la Terre : « petit âge glaciaire » particulièrement sensible à partir du 17ème siècle, réchauffement de la première moitié du 20 ème siècle. À l’époque fin du 20ème siècle début du 21 ème siècle, on peut se poser la question de l’influence relative des fluctuations solaires naturelles et de l’augmentation de l’effet de serre sous l’effet des activités humaines. Sur les trois derniers cycles solaires, les satellites ont permis de mesurer la variation du rayonnement  solaire entre un maximum et un minimum d’activité. (source NASA/GISS :gistemp  ). Le graphique suivant montre la variation de « l’irradiance solaire » de 1978 à 2008. Elle est d’un peu moins de 2 W/m2 pour une irradiance moyenne de 1366 W/m2. Ceci se traduit par une variation du rayonnement reçu par unité de surface de la Terre de l’ordre de 0,3 W/m2 (appelé « solar forcing » sur le graphique ou forçage solaire en français) .  On est actuellement dans une situation où le rayonnement solaire par unité de surface terrestre est de 0, 15 W/m2 inférieur au rayonnement moyen.Fig3_irradiance_s_2

Dans les mêmes unités l’augmentation actuelle du « forçage » de l’effet de serre est de 0,3 W/m2 par période de 10 ans. Ce rythme d’augmentation a été soutenu notamment pendant toute la période d’environ 30 ans représentée sur le graphique ci-contre, produisant une augmentation de l’ordre de 0,9 W/m2. Cela surpasse nettement les fluctuations solaires, qui ont un effet estimé sur la température à la surface de 0,1°C entre un maximum et un minimum.

Où allons-nous maintenant ? Nous avons vu que nous sommes dans un minimum d’activité solaire, mais cette activité devrait réaugmenter maintenant rapidement lors du « cycle 24 » ainsi nommé par les physiciens solaires.Ssn_predict_l_strip_2

Il est remarquable que les années 2004 à 2007 aient été parmi les plus chaudes jamais observées à l’échelle globale, malgré une faible activité solaire. Cela souligne encore la prédominance de l’augmentation de l’effet de serre sur les fluctuations de l’activité solaire. Mais l’effet du soleil n’est pas négligeable, et on peut donc s’attendre à une augmentation plus marquée de la température globale moyenne dans les années 2010… Ceci a été prévu par plusieurs modèles…

 

Quelques anomalies intéressantes du climat global en janvier 2008

Posté par : Michel Desbois

La NOAA, l’administration américaine chargée de l’océan et de l’atmosphère, publie mensuellement des diagnostics du climat global. Pour le mois de janvier 2008, on peut consulter ces diagnostics sur le lien jan2008 . Une certaine surprise pour ce mois : il occupe seulement le 31ème rang (sur 128 années disponibles) du point de vue des températures de surface globales, alors qu’on était habitué lors des années récentes à se situer dans les valeurs les plus élevées jamais observées. Ces valeurs relativement faibles de température moyenne sont observées à la fois pour les océans et les continents. La carte reproduite iciMapblendedmntp200801pg montre d’où proviennent essentiellement ces anomalies : pour les océans,  c’est la vaste région du Pacifique équatorial qui est anormalement froide (phénomène La Niña, déjà signalé dans notre « post » du mois de décembre), pour les continents, c’est une vaste région centrale de l’Eurasie qui connaît des températures bien au-dessous de la moyenne climatique. Cette région connaît également ce mois de janvier une couverture neigeuse exceptionnelle, la plus forte d’une série de relevés s’étendant maintenant sur 42 ans.

Comme il a été souvent noté, l’hémisphère Sud essentiellement océanique montre des anomalies de température plus faibles (voir à ce sujet le post de « real climate » du 12 février intitulé Antarctica is Cold? Yeah, We Knew That). Cependant, on doit signaler que la couverture de la banquise qui entoure le continent antarctique est exceptionnelle en ce mois de janvier 2008 (la figure ci-dessous montre l’anomalie (en %) de l'étendue de la banquise antarctique en Janvier de 1979 à 2008). Shseaice200801tOn constate par ailleurs que cette étendue augmente en moyenne sur la dernière période de trente ans, avec une forte variabilité interannuelle qui rend cette tendance peu significative.

A l'opposé, la tendance à la décroissance de la banquise de l’hémisphère Nord est plus nette, mais il faut même dans ce cas se méfier des « mois record » et même des « années record ». Ils ne sont probablement pas directement liés au changement climatique global provoqué par l’effet de serre additionnel, mais à des circonstances météorologiques particulières.

Nous avons tenu à mentionner ces anomalies de janvier 2008 parce qu'il est important de comprendre que ce qui fait dire aux physiciens du climat qu'il y a réchauffement climatique, ce n'est jamais un mois ou une année particulière : il s'agit toujours de tendances observées sur une ou plusieurs décennies. Lorsque l'on considère de brèves périodes de temps, voire même des régions particulières, on observe des fluctuations considérables qui peuvent sembler conforter a priori le réchauffement (voir notre « post » du mois d'Octobre 2007 intitulé « La banquise de l'Hémisphère Nord est-elle en train de disparaître ? ») ou au contraire, comme ici pour la banquise antarctique, l'infirmer.

Moralité : il est impossible d’attribuer au réchauffement climatique global toutes les fluctuations «climatiques» observables à l’échelle du mois ou même de l’année. Il est trompeur de ne souligner que les phénomènes qui semblent  en accord avec le réchauffement. Ce type de méthode ne démontre en rien le changement, dont les preuves sont ailleurs (voir le rapport du GIECC) : séries de données à long terme, compréhension des phénomènes physiques en cause (l’augmentation de l’effet de serre de l’atmosphère en premier lieu), capacité de simuler les changements moyens déjà observés au moyen de modèles représentant ces phénomènes physiques.

Il s'agit là d'un message très important à comprendre, qui reviendra à de multiples reprises dans ce blog.

La météorologie concerne notre vie quotidienne, la climatologie notre mode de vie

Posté par : Michel Desbois

(une vision franco-française de la distinction météo-climat proposée par Jean-Yves Grandpeix)

Si on perçoit bien ce qu'est la météorologie, on a plus de mal à saisir clairement la nature de la climatologie. La météorologie étudie les phénomènes de l'atmosphère, en particulier le temps qu'il fait, la pluie,les nuages, la température ... . Toutes ces choses imprègnent notre vie courante, alimentent une bonne partie de nos conversations et conditionnent nos activités : nous avons souvent recours aux prévisions météorologiques pour organiser nos journées. Pour résumer,  nous vivons avec la météorologie. Mais que dire du climat ? Les définitions des dictionnaires  ("L'ensemble des circonstances atmosphériques et métorologiques propres à une région du globe" dit Le Petit Robert ; "L'ensemble des phénomènes météorologiques qui caractérisent l'état moyen de l'atmosphère et son évolution en un lieu donné" dit le Petit Larousse Illustré) n'aident pas beaucoup a comprendre...

Cependant, lorsque nous déménageons et que nous allons vivre dans une autre région, ce n'est pas le temps qu'il va faire demain qui nous intéresse, c'est plutôt de savoir si "en général" (c'est-à-dire, "en moyenne"), les étés seront plus chauds ou plus humides, si les hivers seront plus doux ou plus rigoureux, s'il pleuvra plus souvent, etc, toutes choses qui vont affecter notre mode de vie. Ces caractéristiques générales des phénomènes météorologiques, leurs valeurs moyennes et la façon dont ils varient, constituent le climat de la région.

Comme on le voit, changer de région c'est changer de climat.

Ainsi, la météo influence le choix de notre habillement le matin, tandis que le climat influence notre mode de vie.

Comparons par exemple les habitats du nord de l'Europe avec leur exposition maximale au soleil (absence de rideaux et de volets) aux habitats méditerranéens avec leur organisation de l'ombre (arbres sur les places, volets aux fenêtres). Dans le premier cas, on cherche à s'exposer au moindre rayon de soleil tandis que dans le second, on fuit la chaleur en se protégeant de la lumière. On voit bien que les habitats de ces deux régions ont été adaptés "au temps qu'il fait le plus souvent", c'est-à-dire au climat. (On pourrait aussi parler du rythme des journées qui est adapté...par exemple l'importance de la sieste dans les pays méditerranéens!).

Les conditions météorologiques "extrêmes", violentes (tempêtes), intenses (canicules, vagues de froid) ou simplement longues (sécheresses) font aussi partie des caractéristiques du climat. Plus précisément c'est la fréquence de ces événements, c'est-à-dire le nombre de fois où ils se produisent en moyenne en une décennie ou en un siècle, qui fait partie du climat. Chaque région a ses événements extrêmes et le mode de vie de ses habitants est adapté aux plus fréquents (ceux qui arrivent en moyenne tous les ans). En revanche il l'est nettement moins aux événements plus rares. Ainsi les villes et villages de la côte bretonne ont l'habitude de résister à des vents de 100 km/h, alors que de tels vents sont exceptionnels et dévastateurs dans les métropoles comme Paris. L'occurrence de la canicule (exceptionnelle) de 2003 en France n'a pas révolutionné nos habitations. À l’exemple des villes du Sud, telles que Rome où l'architecture rend  supportables les fortes chaleurs estivales que les Parisiens ne sauraient endurer, si de telles canicules venaient à se produire de plus en plus souvent, nous modifierions certainement les normes (ou habitudes) de construction en France de façon à nous en protéger .

Mais alors, si les climats ont tant d'importance dans nos modes de vie. comment se fait-il que nous ne nous en préoccupions que lorsque nous en changeons ? C'est que, justement, notre climat imprègne tellement notre vie que nous n'en avons pas conscience, de la même façon que nous ne sommes conscients des battements de notre coeur que lorsqu'ils changent de rythme.




Qu'est-ce que le GIEC ?

Posté par : Michel Desbois

Texte rédigé par Sandrine Bony, Jean-Yves Grandpeix, Jean-Louis Dufresne, Rémy Roca

Créé en 1988 sous l'impulsion des États, le Groupe Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC en français, IPCC en anglais) dépend de l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Il synthétise les travaux de milliers de chercheurs à travers le monde dans des disciplines allant de la climatologie à l'économie, aux sciences sociales et à la santé. Le GIEC publie des rapports de synthèse tous les 5 ou 6 ans (1990, 1995, 2001, 2007). Il n'effectue pas lui-même un travail de recherche, mais un travail de synthèse et d'évaluation, le plus complet possible, de l'état des connaissances relatives au changement climatique a une date donnée (les connaissances évoluent bien-sûr avec le temps).

L'adresse suivante contient des informations plus complètes et en français sur le GIEC : GIEC 

Les premiers rapports annonçaient qu'il y avait un risque que les activités humaines puissent modifier fortement le climat dans le futur, mais ils insistaient également sur les nombreuses inconnues restant et étaient prudents quant au rôle des activités humaines sur le réchauffement observé depuis plusieurs décennies. Les derniers rapports ont des conclusions beaucoup plus nettes, affirmant que les activités humaines sont très certainement la principale cause du réchauffement climatique récent, même si d'autres facteurs ont une contribution non négligeable (variabilité naturelle du climat, variations de l'activité solaire...). Pour les projections des changements climatiques futures, ils affirment que le réchauffement de la Terre va continuer si la concentration des gaz à effet de serre continue de croître et que ce réchauffement sera moins important si ces émissions sont réduites. Concernant l'amplitude exacte de ce réchauffement et ses conséquences sur les autres variables climatiques (pluies...) ou sur les phénomènes météorologiques extrèmes (cyclones, tempêtes...), le rapport donne des indications mais signale que de nombreuses inconnues demeurent.

Les rapports du GIEC comportent trois parties: (1) les bases physiques du changement climatique; (2) les conséquences du changement climatique : adaptation et vulnérabilité; (3) les mesures d'atténuation. Seule la première partie ("les bases physiques du changement climatique") concerne notre blog "Climat".

Ces rapports constituent une source d'information particulièrement fiable sur le changement climatique, cette fiabilité étant essentiellement due à la rigueur du processus d'élaboration:

- les rapports du GIEC sont élaborés collectivement (plusieurs centaines d'auteurs) par des chercheurs issus de tous les pays du monde; le GIEC s'affranchit ainsi, autant qu'il est possible, du risque de présenter des   avis partisans issus d'un petit groupe de personnes.

- ils synthétisent les connaissances scientifiques sur le changement climatique publiées, jusqu'à une date donnée, dans des "journaux à comité de lecture", c'est-à-dire selon les règles de rigueur et de qualité de la recherche scientifique.

- les rapports identifient les sujets de consensus comme les sujets de controverses. Ainsi le GIEC ne cache pas les sujets qui font débat, à condition bien sûr que le débat ait eu lieu au travers de publications dans des journaux scientifiques à comité de lecture (un article de presse ne sera pas pris en considération).

- les rapports sont élaborés itérativement (en 2-3 ans) selon un processus très ouvert et le plus rigoureux possible. Chaque version du rapport est lue, critiquée et commentée par des centaines de personnes de part le monde (généralement par des chercheurs spécialisés dans le domaine, mais toute personne a la possibilité de participer au processus), et les rédacteurs répondent à chacun des commentaires sous l'oeil critique d'un éditeur (les critiques et réponses aux critiques sont publiques). La grande quantité de critiques et commentaires (plus de 30 000 pour le rapport sur les bases physiques du changement climatique) rend très difficile l'oubli ou la présentation erronée d'un travail de recherche significatif. Il n'en reste pas moins que quelques travaux importants sont certainement passés à travers les mailles du filet. Il faut espérer qu'ils sont rares, et surtout, qu'ils retrouveront droit de cité assez rapidement.

Les principales conclusions des rapports du GIEC sont résumées dans un "Résumé pour Décideurs" d'une quinzaine de pages (traduit en plusieurs langues) et dans un "Résumé Technique" de quelques dizaines de pages. Ces résumés constituent les principales interfaces entre l'énorme travail d'expertise scientifique en amont et le grand public. Chacune des conclusions du résumé, est justifiée et argumentée dans des rapports beaucoup plus détaillés (chacun faisant environ 1000 pages) expertisant et synthétisant des milliers de publications scientifiques. La concision du "Résumé pour Décideurs" ne doit donc pas laisser penser que les subtilités des sujets abordés ou les controverses associées ont été ignorées dans le processus d'élaboration des conclusions du GIEC sur le changement climatique !

On ne saurait trop insister sur le gigantisme de l'entreprise scientifique que constitue l'élaboration des rapports du GIEC. Mais il faut bien voir aussi que ce gigantisme, s'il est garant d'une rigueur certaine dans l'évaluation de l'état des connaissances relatives au changement climatique, induit chez les personnes étrangères à la communauté des climatologues (qu'elles soient ou non scientifiques) une impression de monolithisme. C'est ce qui fait que les spécialistes de l'étude du changement climatique sont souvent accusés de pensée unique. Une façon de répondre à cette accusation est de rendre la science du changement climatique compréhensible, d'expliciter la démarche scientifique utilisée, de présenter l'état des connaissances, leurs évolutions et leurs limites. Il nous paraît essentiel également de faire prendre conscience des différentes composantes (lois de la physique, observations, modélisation, etc) qui constituent l'étude du changement climatique, et de reconnaître que chacune de ces composantes, avec ses forces et ses faiblesses, apporte sa contribution au débat. C'est ce que nous nous efforçons de faire dans ce blog.


Sur le lien entre climat et météo, rapport depuis la 3ème conférence internationale de la mission Tropical Rainfall measurements Mission, Las Végas, Nevada, USA.

Posté par : Roca Rémy

Trmm
Depuis le début de la semaine se tient cette importante conférence qui célèbre les 10 années de fonctionnement du satellite nippo-américain TRMM qui permet de mesurer sur toute la ceinture intertropicale les pluies à la surface de l’océan et du continent. Environ 200 chercheurs du monde entier y présentent leurs plus récents résultats de leurs études. Des présentations synthétiques permettent aussi de mesurer les énormes progrès de cette discipline au cours de la dernière décennie. Au milieu de cet amoncellement de communications scientifiques très pointues, je voulais dans ce post vous rapporter les conclusions de l’une d’entre elles concernant le lien entre le climat et la météorologie. Note : la différence entre ces deux concepts est/sera précisée dans un post de Jean Yves Grandpeix.

Une équipe de chercheurs universitaires américaine a en effet exploité les observations combinées de plusieurs satellites dont TRMM pour caractériser les événements pluvieux extrêmes. Ils définissent ces événements comme les 5% événements engendrant le plus de pluie pour chaque région de la surface de la terre et pour chaque saison. Ensuite ils essaient de relier ces événements à des phénomènes climatiques caractéristiques des régions tropicales (tendance décennale, indice El Niño, etc…). Ce genre d’étude est généralement limité car la significativité (la robustesse) des résultats est faible. Cette fois ci les auteurs ont mis en œuvre une grosse artillerie statistique pour ne garder dans les analyses que les résultats les plus solides et les plus robustes. Le résumé de leurs résultats est le suivant :

A l’échelle interannuelle (d’une année sur l’autre), dans les tropiques sur terre et sur mer, en hiver de l’Hémisphère Nord (janvier-mars), les événements extrêmes de pluie sont significativement reliés à l’indice El Nino. Plus simplement, les années pour lequel le climat tropical est plus ou moins affecté par El Nino/La Nina, nous observons plus d’événements pluviogènes très forts que les années normales. A l’échelle décennale (sur une dizaine d’années) en revanche les variations des événements extrêmes n’apparaissent pas reliées aux variations climatiques à grand échelle.

Ces travaux vont permettre aux chercheurs de questionner les modèles utilisés pour les projections climatiques de manière originale et devraient permettre de préciser les réponses à attendre, en termes de météorologie, aux différents scénarii climatiques envisagés pour les prochaines décénnies.

Rémy Roca, En direct de l’Hotel Bally’s à Las Vegas

2007 : une des années les plus chaudes jamais enregistrées

Posté par : Michel Desbois

Selon le Goddard Institute for Space Studies (GISS) de la NASA GISS2007 , comme pour la NOAA (la météo américaine) NOAA2007 , 2007 se situe parmi les 5 années les plus chaudes jamais enregistrées au niveau global : 1998, 2003, 2005, 2006, 2007. Fig1_2007annual_s Le diagramme présenté ici,provenant du GISS, montre à gauche l’évolution des températures globales de 1880 à 2007 et à droite la répartition des anomalies de températures en 2007, par rapport à la moyenne 1951-1980. On peut remarquer qu’en France, les températures sont de 1 à 2° supérieures à la moyenne 1951-1980. Ceci est dû à l’hiver très doux et au printemps très chaud que nous avons connu en 2007, qui n’ont pas été compensés par l’été assez frais et l’automne froid.

Le rayonnement

Posté par : Roca Rémy

Tous les objets matériels émettent un rayonnement. C'est à dire qu'ils émettent
en permanence quelque chose (appelé rayonnement électromagnétique), qui
transporte de l'énergie, qui se propage à la vitesse de la lumière et qui est
très souvent imperceptible à nos sens. Lorsqu'un objet est suffisamment chaud
(plus de 700 degrés), nous percevons une partie de ce rayonnement avec nos yeux
: c'est le rayonnement visible ; par exemple le filament d'une lampe à
incandescence (environ 1000 degrés) ou le soleil (environ 6000 degrés) émettent
un rayonnement dont une bonne partie est visible. Mais notre corps ne possède
aucun récepteur pour le rayonnement émis par les objets plus froids, par exemple
les objets à température ambiante à la surface de la Terre (15 degres en
moyenne) ou même notre propre corps (environ 37 degrés). Lorsque nous regardons
notre main, ce que nous percevons c'est le rayonnement visible diffusé par notre
peau, ce n'est pas le rayonnement émis par la peau de notre main (d'ailleurs, la
nuit, on ne voit plus notre main du tout).

Comment se convaincre de l'existence de cette émission de rayonnement par des
objets même à température ambiante ? On en reparlera dans un futur texte.
Mentionnons simplement que la mise en évidence de ce rayonnement va être
essentiellement liée au fait qu'il transporte de l'énergie, autrement dit qu'il
peut échauffer les objets qui vont l'absorber.

Qu'est-ce-qui différencie le rayonnement émis par un objet à 20°C et
un objet à 6000°C ? Cette différence est d'abord lié au fait que ce rayonenment
électromagnétique est composés d'ondes, lesquelles sont caractétisées en
particulier par leur longueur d'onde. Et ce que nous apprend la physique, c'est
que les longueurs d'onde des rayonnements émis par les objets matériels varient
selon la température du corps qui les émet. Ceci s'exprime par la très fameuse
loi de Planck qui fait appel à des notions de Physique Fondamentale que nous ne
reprenons pas ici. Plus la température du corps qui émet est chaude, plus la
longueur d'onde est petite. Ainsi le Soleil dont la température est d'environ
6000° émet dans les longueurs d'ondes entre 0.4 et 0.7 microns (1 micron est
égal à un millième de millimètre). C'est le domaine« visible ». Tandis que la
surface de la Terre (température en moyenne d'environ 15°C) ou bien la surface
de notre corps (proche de 37°C) va émettre dans les longueurs d'ondes entre 4
et 20 microns. On appelle ces longueurs d'onde l'infra rouge.

Dans le contexte du climat de notre Planète, la source d'énergie est le
rayonnement solaire incident. Les composants de l'atmosphère (gaz, nuages) vont
interagir avec ce rayonnement visible puis une partie va être absorbée par la
surface. La surface à son tour va émettre du rayonnement, comme tout corps,
cette fois ci dans l'infrarouge à cause de sa température relativement basse. Ce
rayonnement va lui aussi interagir avec les gaz et les nuages présents dans
l'atmosphère avant de rejoindre l'espace. Toute perturbation de la composition
de l'atmosphère va donc perturber ces échanges d'énergie entre le Soleil, La
Terre et l'Espace. C'est le travail des chercheurs de bien comprendre et
modéliser la sensibilité de ces échanges à des changements pour tenter de
prévoir au mieux la réponse de notre climat aux modifications en cours de notre
Atmosphère.

Pour tenter de mieux appréhender le concept du rayonnement nous vous proposons
une petite vidéo réalisée dans notre laboratoire lors des Journées Fêtes de la
Science en Octobre dernier. Vous y découvrirez les différences entre rayonnement
infrarouge et visible.


Texte: R. Roca, M. Desbois et J.Y. Grandpeix
Réalisation R. Roca

El-Niño et les variations récentes de température

Posté par : Michel Desbois

On a beaucoup parlé d'El-Niño comme un des phénomènes qui ont une influence sur le climat. Rappelons qu'il s'agit d'une alternance de réchauffements (El-Niño) et de refroidissements (La-Niña) des eaux de surface de l'océan pacifique tropical Est -au large en particulier des côtes du Pérou-. Cette alternance se produit avec une périodicité variable, de l'ordre de 5 à 10 ans. Ce phénomène à des conséquences sur bien d'autres paramètres du climat -vents, pluies, sécheresses- dans d'autres régions du Monde. Compte-tenu de la grande surface concernée, l'effet de El-Niño se remarque sur l'évolution de la température globale. Voici une figure publiée par la NOAA, qui illustre ce comportement :Figelrg sur ce graphique, qui couvre la période 1950-2007, la courbe du haut représente l'évolution des températures globales, celle du dessous les températures tropicales. La ligne du bas signale les événements el-niño (en rouge) la-niña (en bleu) et les éruptions volcaniques importantes. On remarque que la rempérature tropicale est fortement influencée par les el-niño, mais que la température globale y est également sensible dans une moindre mesure. Il est à noter qu'actuellement nous sommes sous l'influence d'un épisode la-niña. La température globale de surface est donc plus froide que dans d'autres circonstances. C'est en grande partie pourquoi l'année 2007 ne sera pas la plus chaude jamais enregistrée. Elle restera cependant parmi les toutes premières...

chevaliers de l'ordre de la Terre plate (Allègre et Courtillot)-suite

Posté par : Michel Desbois

Notre note précédente a connu pas mal de suites : les arguments des deux "sceptiques du climat" qui faisaient l'objet de cette note, ont été à nouveau fortement critiqués par des spécialistes internationaux du climat. C'est un article récent de Vincent Courtillot qui est cette fois-ci contesté : il essaie de relier les variations de températures globales récentes aux variations du champ magnétique . Le professeur Edouard Bard a répliqué dans un autre article scientifique, et cette polémique a attiré l'attention de la grande presse : articles dans "Libération" du 19 décembre le coup de colère du climatologue et dans "Le Monde" du 20 décembre Une étude "climato-sceptique" soulève des soupçons de fraude . Par ailleurs, notre collègue américain Ray Pierrehumbert, du blog "real climate", détaille lui aussi plusieurs arguments qui mettent en doute l'honnêteté intellectuelle de l'article de Courtillot chevaliers2  . Nous conseillons à nos lecteurs intéressés de se reporter aux liens que nous indiquons ici.

mai 2008

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  

Liens

Sites en français et en anglais pour mieux comprendre le changement climatique.

Catégories

Propulsé par TypePad