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Qu'est-ce que le GIEC ?

Texte rédigé par Sandrine Bony, Jean-Yves Grandpeix, Jean-Louis Dufresne, Rémy Roca

Créé en 1988 sous l'impulsion des États, le Groupe Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC en français, IPCC en anglais) dépend de l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Il synthétise les travaux de milliers de chercheurs à travers le monde dans des disciplines allant de la climatologie à l'économie, aux sciences sociales et à la santé. Le GIEC publie des rapports de synthèse tous les 5 ou 6 ans (1990, 1995, 2001, 2007). Il n'effectue pas lui-même un travail de recherche, mais un travail de synthèse et d'évaluation, le plus complet possible, de l'état des connaissances relatives au changement climatique a une date donnée (les connaissances évoluent bien-sûr avec le temps).

L'adresse suivante contient des informations plus complètes et en français sur le GIEC : GIEC 

Les premiers rapports annonçaient qu'il y avait un risque que les activités humaines puissent modifier fortement le climat dans le futur, mais ils insistaient également sur les nombreuses inconnues restant et étaient prudents quant au rôle des activités humaines sur le réchauffement observé depuis plusieurs décennies. Les derniers rapports ont des conclusions beaucoup plus nettes, affirmant que les activités humaines sont très certainement la principale cause du réchauffement climatique récent, même si d'autres facteurs ont une contribution non négligeable (variabilité naturelle du climat, variations de l'activité solaire...). Pour les projections des changements climatiques futures, ils affirment que le réchauffement de la Terre va continuer si la concentration des gaz à effet de serre continue de croître et que ce réchauffement sera moins important si ces émissions sont réduites. Concernant l'amplitude exacte de ce réchauffement et ses conséquences sur les autres variables climatiques (pluies...) ou sur les phénomènes météorologiques extrèmes (cyclones, tempêtes...), le rapport donne des indications mais signale que de nombreuses inconnues demeurent.

Les rapports du GIEC comportent trois parties: (1) les bases physiques du changement climatique; (2) les conséquences du changement climatique : adaptation et vulnérabilité; (3) les mesures d'atténuation. Seule la première partie ("les bases physiques du changement climatique") concerne notre blog "Climat".

Ces rapports constituent une source d'information particulièrement fiable sur le changement climatique, cette fiabilité étant essentiellement due à la rigueur du processus d'élaboration:

- les rapports du GIEC sont élaborés collectivement (plusieurs centaines d'auteurs) par des chercheurs issus de tous les pays du monde; le GIEC s'affranchit ainsi, autant qu'il est possible, du risque de présenter des   avis partisans issus d'un petit groupe de personnes.

- ils synthétisent les connaissances scientifiques sur le changement climatique publiées, jusqu'à une date donnée, dans des "journaux à comité de lecture", c'est-à-dire selon les règles de rigueur et de qualité de la recherche scientifique.

- les rapports identifient les sujets de consensus comme les sujets de controverses. Ainsi le GIEC ne cache pas les sujets qui font débat, à condition bien sûr que le débat ait eu lieu au travers de publications dans des journaux scientifiques à comité de lecture (un article de presse ne sera pas pris en considération).

- les rapports sont élaborés itérativement (en 2-3 ans) selon un processus très ouvert et le plus rigoureux possible. Chaque version du rapport est lue, critiquée et commentée par des centaines de personnes de part le monde (généralement par des chercheurs spécialisés dans le domaine, mais toute personne a la possibilité de participer au processus), et les rédacteurs répondent à chacun des commentaires sous l'oeil critique d'un éditeur (les critiques et réponses aux critiques sont publiques). La grande quantité de critiques et commentaires (plus de 30 000 pour le rapport sur les bases physiques du changement climatique) rend très difficile l'oubli ou la présentation erronée d'un travail de recherche significatif. Il n'en reste pas moins que quelques travaux importants sont certainement passés à travers les mailles du filet. Il faut espérer qu'ils sont rares, et surtout, qu'ils retrouveront droit de cité assez rapidement.

Les principales conclusions des rapports du GIEC sont résumées dans un "Résumé pour Décideurs" d'une quinzaine de pages (traduit en plusieurs langues) et dans un "Résumé Technique" de quelques dizaines de pages. Ces résumés constituent les principales interfaces entre l'énorme travail d'expertise scientifique en amont et le grand public. Chacune des conclusions du résumé, est justifiée et argumentée dans des rapports beaucoup plus détaillés (chacun faisant environ 1000 pages) expertisant et synthétisant des milliers de publications scientifiques. La concision du "Résumé pour Décideurs" ne doit donc pas laisser penser que les subtilités des sujets abordés ou les controverses associées ont été ignorées dans le processus d'élaboration des conclusions du GIEC sur le changement climatique !

On ne saurait trop insister sur le gigantisme de l'entreprise scientifique que constitue l'élaboration des rapports du GIEC. Mais il faut bien voir aussi que ce gigantisme, s'il est garant d'une rigueur certaine dans l'évaluation de l'état des connaissances relatives au changement climatique, induit chez les personnes étrangères à la communauté des climatologues (qu'elles soient ou non scientifiques) une impression de monolithisme. C'est ce qui fait que les spécialistes de l'étude du changement climatique sont souvent accusés de pensée unique. Une façon de répondre à cette accusation est de rendre la science du changement climatique compréhensible, d'expliciter la démarche scientifique utilisée, de présenter l'état des connaissances, leurs évolutions et leurs limites. Il nous paraît essentiel également de faire prendre conscience des différentes composantes (lois de la physique, observations, modélisation, etc) qui constituent l'étude du changement climatique, et de reconnaître que chacune de ces composantes, avec ses forces et ses faiblesses, apporte sa contribution au débat. C'est ce que nous nous efforçons de faire dans ce blog.


Sur le lien entre climat et météo, rapport depuis la 3ème conférence internationale de la mission Tropical Rainfall measurements Mission, Las Végas, Nevada, USA.

Trmm
Depuis le début de la semaine se tient cette importante conférence qui célèbre les 10 années de fonctionnement du satellite nippo-américain TRMM qui permet de mesurer sur toute la ceinture intertropicale les pluies à la surface de l’océan et du continent. Environ 200 chercheurs du monde entier y présentent leurs plus récents résultats de leurs études. Des présentations synthétiques permettent aussi de mesurer les énormes progrès de cette discipline au cours de la dernière décennie. Au milieu de cet amoncellement de communications scientifiques très pointues, je voulais dans ce post vous rapporter les conclusions de l’une d’entre elles concernant le lien entre le climat et la météorologie. Note : la différence entre ces deux concepts est/sera précisée dans un post de Jean Yves Grandpeix.

Une équipe de chercheurs universitaires américaine a en effet exploité les observations combinées de plusieurs satellites dont TRMM pour caractériser les événements pluvieux extrêmes. Ils définissent ces événements comme les 5% événements engendrant le plus de pluie pour chaque région de la surface de la terre et pour chaque saison. Ensuite ils essaient de relier ces événements à des phénomènes climatiques caractéristiques des régions tropicales (tendance décennale, indice El Niño, etc…). Ce genre d’étude est généralement limité car la significativité (la robustesse) des résultats est faible. Cette fois ci les auteurs ont mis en œuvre une grosse artillerie statistique pour ne garder dans les analyses que les résultats les plus solides et les plus robustes. Le résumé de leurs résultats est le suivant :

A l’échelle interannuelle (d’une année sur l’autre), dans les tropiques sur terre et sur mer, en hiver de l’Hémisphère Nord (janvier-mars), les événements extrêmes de pluie sont significativement reliés à l’indice El Nino. Plus simplement, les années pour lequel le climat tropical est plus ou moins affecté par El Nino/La Nina, nous observons plus d’événements pluviogènes très forts que les années normales. A l’échelle décennale (sur une dizaine d’années) en revanche les variations des événements extrêmes n’apparaissent pas reliées aux variations climatiques à grand échelle.

Ces travaux vont permettre aux chercheurs de questionner les modèles utilisés pour les projections climatiques de manière originale et devraient permettre de préciser les réponses à attendre, en termes de météorologie, aux différents scénarii climatiques envisagés pour les prochaines décénnies.

Rémy Roca, En direct de l’Hotel Bally’s à Las Vegas