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Quelques anomalies intéressantes du climat global en janvier 2008

La NOAA, l’administration américaine chargée de l’océan et de l’atmosphère, publie mensuellement des diagnostics du climat global. Pour le mois de janvier 2008, on peut consulter ces diagnostics sur le lien jan2008 . Une certaine surprise pour ce mois : il occupe seulement le 31ème rang (sur 128 années disponibles) du point de vue des températures de surface globales, alors qu’on était habitué lors des années récentes à se situer dans les valeurs les plus élevées jamais observées. Ces valeurs relativement faibles de température moyenne sont observées à la fois pour les océans et les continents. La carte reproduite iciMapblendedmntp200801pg montre d’où proviennent essentiellement ces anomalies : pour les océans,  c’est la vaste région du Pacifique équatorial qui est anormalement froide (phénomène La Niña, déjà signalé dans notre « post » du mois de décembre), pour les continents, c’est une vaste région centrale de l’Eurasie qui connaît des températures bien au-dessous de la moyenne climatique. Cette région connaît également ce mois de janvier une couverture neigeuse exceptionnelle, la plus forte d’une série de relevés s’étendant maintenant sur 42 ans.

Comme il a été souvent noté, l’hémisphère Sud essentiellement océanique montre des anomalies de température plus faibles (voir à ce sujet le post de « real climate » du 12 février intitulé Antarctica is Cold? Yeah, We Knew That). Cependant, on doit signaler que la couverture de la banquise qui entoure le continent antarctique est exceptionnelle en ce mois de janvier 2008 (la figure ci-dessous montre l’anomalie (en %) de l'étendue de la banquise antarctique en Janvier de 1979 à 2008). Shseaice200801tOn constate par ailleurs que cette étendue augmente en moyenne sur la dernière période de trente ans, avec une forte variabilité interannuelle qui rend cette tendance peu significative.

A l'opposé, la tendance à la décroissance de la banquise de l’hémisphère Nord est plus nette, mais il faut même dans ce cas se méfier des « mois record » et même des « années record ». Ils ne sont probablement pas directement liés au changement climatique global provoqué par l’effet de serre additionnel, mais à des circonstances météorologiques particulières.

Nous avons tenu à mentionner ces anomalies de janvier 2008 parce qu'il est important de comprendre que ce qui fait dire aux physiciens du climat qu'il y a réchauffement climatique, ce n'est jamais un mois ou une année particulière : il s'agit toujours de tendances observées sur une ou plusieurs décennies. Lorsque l'on considère de brèves périodes de temps, voire même des régions particulières, on observe des fluctuations considérables qui peuvent sembler conforter a priori le réchauffement (voir notre « post » du mois d'Octobre 2007 intitulé « La banquise de l'Hémisphère Nord est-elle en train de disparaître ? ») ou au contraire, comme ici pour la banquise antarctique, l'infirmer.

Moralité : il est impossible d’attribuer au réchauffement climatique global toutes les fluctuations «climatiques» observables à l’échelle du mois ou même de l’année. Il est trompeur de ne souligner que les phénomènes qui semblent  en accord avec le réchauffement. Ce type de méthode ne démontre en rien le changement, dont les preuves sont ailleurs (voir le rapport du GIECC) : séries de données à long terme, compréhension des phénomènes physiques en cause (l’augmentation de l’effet de serre de l’atmosphère en premier lieu), capacité de simuler les changements moyens déjà observés au moyen de modèles représentant ces phénomènes physiques.

Il s'agit là d'un message très important à comprendre, qui reviendra à de multiples reprises dans ce blog.

La météorologie concerne notre vie quotidienne, la climatologie notre mode de vie

(une vision franco-française de la distinction météo-climat proposée par Jean-Yves Grandpeix)

Si on perçoit bien ce qu'est la météorologie, on a plus de mal à saisir clairement la nature de la climatologie. La météorologie étudie les phénomènes de l'atmosphère, en particulier le temps qu'il fait, la pluie,les nuages, la température ... . Toutes ces choses imprègnent notre vie courante, alimentent une bonne partie de nos conversations et conditionnent nos activités : nous avons souvent recours aux prévisions météorologiques pour organiser nos journées. Pour résumer,  nous vivons avec la météorologie. Mais que dire du climat ? Les définitions des dictionnaires  ("L'ensemble des circonstances atmosphériques et métorologiques propres à une région du globe" dit Le Petit Robert ; "L'ensemble des phénomènes météorologiques qui caractérisent l'état moyen de l'atmosphère et son évolution en un lieu donné" dit le Petit Larousse Illustré) n'aident pas beaucoup a comprendre...

Cependant, lorsque nous déménageons et que nous allons vivre dans une autre région, ce n'est pas le temps qu'il va faire demain qui nous intéresse, c'est plutôt de savoir si "en général" (c'est-à-dire, "en moyenne"), les étés seront plus chauds ou plus humides, si les hivers seront plus doux ou plus rigoureux, s'il pleuvra plus souvent, etc, toutes choses qui vont affecter notre mode de vie. Ces caractéristiques générales des phénomènes météorologiques, leurs valeurs moyennes et la façon dont ils varient, constituent le climat de la région.

Comme on le voit, changer de région c'est changer de climat.

Ainsi, la météo influence le choix de notre habillement le matin, tandis que le climat influence notre mode de vie.

Comparons par exemple les habitats du nord de l'Europe avec leur exposition maximale au soleil (absence de rideaux et de volets) aux habitats méditerranéens avec leur organisation de l'ombre (arbres sur les places, volets aux fenêtres). Dans le premier cas, on cherche à s'exposer au moindre rayon de soleil tandis que dans le second, on fuit la chaleur en se protégeant de la lumière. On voit bien que les habitats de ces deux régions ont été adaptés "au temps qu'il fait le plus souvent", c'est-à-dire au climat. (On pourrait aussi parler du rythme des journées qui est adapté...par exemple l'importance de la sieste dans les pays méditerranéens!).

Les conditions météorologiques "extrêmes", violentes (tempêtes), intenses (canicules, vagues de froid) ou simplement longues (sécheresses) font aussi partie des caractéristiques du climat. Plus précisément c'est la fréquence de ces événements, c'est-à-dire le nombre de fois où ils se produisent en moyenne en une décennie ou en un siècle, qui fait partie du climat. Chaque région a ses événements extrêmes et le mode de vie de ses habitants est adapté aux plus fréquents (ceux qui arrivent en moyenne tous les ans). En revanche il l'est nettement moins aux événements plus rares. Ainsi les villes et villages de la côte bretonne ont l'habitude de résister à des vents de 100 km/h, alors que de tels vents sont exceptionnels et dévastateurs dans les métropoles comme Paris. L'occurrence de la canicule (exceptionnelle) de 2003 en France n'a pas révolutionné nos habitations. À l’exemple des villes du Sud, telles que Rome où l'architecture rend  supportables les fortes chaleurs estivales que les Parisiens ne sauraient endurer, si de telles canicules venaient à se produire de plus en plus souvent, nous modifierions certainement les normes (ou habitudes) de construction en France de façon à nous en protéger .

Mais alors, si les climats ont tant d'importance dans nos modes de vie. comment se fait-il que nous ne nous en préoccupions que lorsque nous en changeons ? C'est que, justement, notre climat imprègne tellement notre vie que nous n'en avons pas conscience, de la même façon que nous ne sommes conscients des battements de notre coeur que lorsqu'ils changent de rythme.




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Liens

Sites en français et en anglais pour mieux comprendre le changement climatique.

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