note rédigée par Frédéric Hourdin
De nombreuses études tentent aujourd'hui de trouver d'autres explications au réchauffement observé ces dernières années que celle de l'augmentation des gaz à effet de serre.
Ces études mettent en avant des corrélations (une variable variant en phase avec une autre) avec d'autres variables (activité solaire, magnétisme ...). La variabilité du système est telle qu'il est toujours possible de trouver des corrélations avec la plupart des phénomènes oscillants existants. Ce qui est important c'est donc de conforter ces corrélations par des mécanismes crédibles.
De ce point de vue, la seule explication disponible aujourd'hui pour le changement climatique observé est bien l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, prédite, comprise et expliquée avant d'être confirmée par l'observation.
AXES DE RECHERCHES EN PHYSIQUE DU CLIMAT
Pour donner une idée plus précise du questionnement qui est le notre, voici quelques-uns des principaux enjeux de la recherche en physique du climat aujourd'hui :
- 1. Evaluer l'importance voire le signe de certaines rétroactions (facteur d'amplification ou de modération du réchauffement) comme celle des nuages qui explique pour l'essentiel la dispersion des réponses des modèles actuels quant à l'amplitude du réchauffement à terme (quand l'amplitude sera telle que la variabilité interne du climat sera négligeable devant l'augmentation moyenne). Jusque là, aucune des rétroactions envisagées, même par les plus sceptiques, ne semble en mesure de contrer le forçage premier par les gaz à effet de serre.
- 2. Essayer de dire, à partir des observations des dernières décennies, quels modèles physiques semblent le mieux prédire l'amplitude et le signe de ces rétroactions. Ce travail est particulièrement difficile du fait de la variabilité interne, observée et simulée, du climat.
- 3. Augmenter toujours le réalisme des modèles, notamment dans leur capacité à prédire de plus en plus finement tous les modes de variabilité, en espérant ainsi s'approcher d'un modèle le plus "physiquement réaliste" dans lequel on puisse avoir "un maximum" de confiance.
- 4. Essayer de bien comprendre les mécanismes de la variabilité aux échelles décennales, pour arriver à mieux séparer la composante liée à la variabilité naturelle et aux activités humaines dans les évolutions du climat observées au cours des dernières décennies, afin, entre autres, de mieux évaluer ces deux aspects dans les simulations du climat.
VARIABILITE ET CHANGEMENT CLIMATIQUE : L'ANALOGIE DU TOBOGGAN
Une petite analogie pour essayer d'expliquer la différence entre variabilité et changement climatique, et pourquoi la difficulté à prédire l'un ne préjuge pas forcément de la capacité à anticiper l'autre.
Prenons un toboggan (par exemple un toboggan aquatique avec des virages). Si on lâche d'en haut des billes un peu au hasard, elles vont suivre des trajectoires différentes les unes des autres, de façon aléatoire (on ne pourra les prédire exactement que si on connaît exactement - avec une précision infinie - la position et la vitesse initiale des billes).
C'est l'analogue de la variabilité naturelle.
Les simulations des modèles de climat peuvent être vues comme autant de trajectoires de billes. L'une sera à droite à un moment, l'autre à gauche.
Mais toutes suivront le toboggan à cause de contraintes physiques bien connues : la gravité entraîne les corps vers le bas ; les bords du toboggan sont suffisamment élevés pour que la bille reste dans le toboggan pour des vitesses de départ raisonnables.
En revanche, si on change un peu la forme du toboggan, la trajectoire moyenne de toutes les billes (= la forme du toboggan) va changer.
C'est le climat.
On voit qu'on peut très bien prédire le changement de la forme de la trajectoire moyenne (l'analogue du climat) sans être capable de prédire les fluctuations (la variabilité interne).
Il s'agit évidemment d'une simplification extrême.
Mais en effet les mécanismes d'équilibre globaux du climat (énergie reçue du soleil, piégeage sous forme de rayonnement infrarouge, rétroactions glace ou vapeur d'eau) ne sont pas exactement les mêmes que les mécanismes mis en jeu par exemple dans la variabilité aux échelles de temps courtes (perturbations, dynamique des fronts, ...).






