Les régions tropicales et équatoriales constituent la principale source d'énergie pour le sytème océan-atmosphère : C'est là que le soleil réchauffe le plus la surface terrestre, l'océan et l'atmosphère. Elles sont donc le lieu de phénomènes puissants qui concernent les courants aériens et marins, ainsi que le cycle de l'eau (évaporation, précipitations). Par exemple, on peut citer les moussons, les cyclones tropicaux, les lignes de grains comme en Afrique. Événements dont l'évolution peut être catastrophique pour les pays concernés (sécheresses, cyclones destructeurs, inondations,...).
Les modèles de climat n'ont pas tous les éléments pour représenter parfaitement les phénomènes tropicaux: comment se répartit la vapeur d'eau, comment se forment les divers types de nuages, comment interagissent-ils avec le rayonnement visible et infrarouge, comment et où se forment les précipitations. Ces modèles sont donc pour le moment insuffisamment documentés pour prévoir l'évolution du climat dans ces régions (et ses conséquences pour les autres régions du globe).
Les satellites météorologiques ont déjà permis d'améliorer la connaissance des phénomènes atmosphériques tropicaux, notamment les nuages. Les satellites géostationnaires comme METEOSAT ont en effet une vue privilégiée puisque leur orbite les situe 36000 km au-dessus de l'équateur. Mais leur très haute altitude ne leur permet pas d'avoir accès à des paramètres comme la vapeur d'eau ou les précipitations. Il y a donc un manque dans l'observation simultanée des nuages, de la vapeur d'eau, des précipitations et du bilan de rayonnement. Ce manque concerne surtout les régions tropicales, puisque les satellites météorologiques d'orbite "polaire" couvrent mal les régions intertropicales.
C'est pourquoi, dès le début des années 1990, l'un des auteurs de ce blog (Michel Desbois) a promu une mission satellitaire susceptible de combler ce manque. A la suite de longue péripéties, cette mission a été développée en coopération avec l'Inde, sous le nom de Mégha-Tropiques. Le satellite Megha-Tropiques, réalisé en coopération entre le CNES et l'ISRO (les agences spatiales de la France et de l'Inde) a été lancé le 12 octobre 2011. Pour plus de détails, vous pouvez consulter les sites du CNES, de l'Ecole Polytechnique, de l'IPSL, de l'IRD, etc... Par exemple pour le CNES : http://www.cnes.fr/web/CNES-fr/9599-gp-lancement-reussi-de-megha-tropiques.php
Les responsables scientifiques, chercheurs CNRS, ont été successivement Michel Desbois (jusqu'en 2007), puis Rémy Roca. Ils se sont associés à de nombreux chercheurs d'autres laboratoires français et internationaux. L'expérience contribuera par exemple au programme international "Global Precipitation Mission" qui impliquera plusieurs autres satellites US ou américano japonais.
Bon, on en reparlera : les instruments viennent d'être mis en marche pour tests: tout à l'air de marcher, aujourd'hui 13 Octobre.
Excusez-moi d'être ému devant les premières données...
Michel Desbois
