Arabie saoudite, une université qui fera école?

Posté par : Slimane Zeghidour

Tour marina Mahomet l’avait bien dit : “Vas quérir le savoir même s’il te faut aller jusqu’en Chine”.A ce fameux hadith du Prophète, le roi Abdallah a pris le risque de donner une tournure aussi onéreuse que téméraire en faisant jaillir du désert saint une cité universitaire futuriste à vocation internationale, équipée d’outils de recherches dignes d’un film de science-fiction.Une institution appelée à devenir inch Allah un haut lieu du savoir, ouvert à tous à partir de 2010, y compris aux Chinois, Interieur kaust cela va de soi.

En inaugurant la King Abdallah University for Sciences and Technology (KAUST), le 23 septembre 2009, au milieu de 3 000 invités triés sur le volet –chefs d’Etat, prix Nobel, savants de haut vol, oulémas de tous horizons- le roi avait avoué concrétiser un rêve de… 25 ans. Pourquoi, lui, monarque quasi-absolu, a-t-il attendu si longtemps ? En ce royaume cramponné à un islam pris au pied de la lettre et où le Coran tient lieu d’unique Constitution, tout acte du “Serviteurs des Deux Lieux Saints” requiert la baraka des oulémas, dussent-ils l’octroyer sur ordre express de ce même roi.

Instruit par l’histoire d’un Etat dont il a l’âge, l’octogénaire Abdallah ne peut ignorer la détermination des oulémas lorsqu'il s'agit d'ouvrir le rigoriste royaume à l’esprit du siècle. Son propre père, Abdelaziz Ibn Saoud, n’en fit-il pas la périlleuse expérience, il y a déjà presque un siècle lorsqu’il décida d’introduire la photographie, le téléphone et la radio?

Ikhwan Aux clercs et à leurs ouailles bigotes, les rudes Ikhwan –les “Frères”, sorte de moines soldats, bras armé du fondateur de l’Arabie saoudite- opposés à ces “lubies sataniques”, le roi fit écouter des versets du Coran lus par d’autres oulémas et transmis par la TSF.Aux récalcitrants, il opposa les automitrailleuses et, face à leur pugnacité, n’hésita pas à en appeler à la Grande-Bretagne “impie”, qui ne se fit pas prier pour envoyer la Royal Air Force  décimer des “fanatiques” devenus plus qu’ encombrants sur le sentier sablonneux de l’édification de l’Etat.Al-cheikh-abdallah  

Pour l’éducation, la crispation des barbus fut encore plus rigide. Le prince Fayçal, demi-frère de l’actuel roi Abdallah, dût envoyer la troupe dans la ville de Bourayda en 1962, pour mater une révolte de “croyants” insurgés contre l’ouverture d’écoles pour les filles. A peine monté sur le trône, deux ans plus tard, il affronta une autre fronde dirigée, cette fois-ci, contre l’introduction de la télévision.Parmi les protestataires, un proche parent, qui finira par assassiner début 1975 l’austère et réformiste monarque d’un coup de revolver.

Kaust city

Mariba-verdure En donnant le coup d’envoi à ce projet mûri durant  un quart de siècle,  le roi Abdallah n’a donc pas manqué de mettre en garde contre «les extrémistes, ceux qui ne connaissent que le langage de la haine, craignent le dialogue et ne cherchent qu’à détruire».Il a invoqué la “Maison de la Sagesse”, l’université du Bagdad des “Mille et une nuits”, fleuron de l’âge d’or de l’islam.”Seule une âme malade peut opposer raison et foi, le conflit à la coexistence, la rancune à l’amitié”, conclua-t-il.

Audacieux, Abdallah, mais prudent : il a implanté la nouvelle Université à Thouwal, un coin désert au  bord de la mer Rouge, à 80 km au nord de Djeddah.Immeubles de verre fumé et d’acier, maisons alignées comme des dents, robustes palmiers droits, gazons défiant le soleil et le sable, marina, salles de cours donnant sur la mer…De loin, la KAUST a l’aspect d’un décor de péplum futuriste oublié entre mer et désert.Cet “isolement” calculé met l’institution à l’abri de toute incursion hostile.  

Le roi a doté Thouwal d’un statut taillé sur-mesure, ce qui en fait une sorte de zone franche. UneOgive kaust décision révolutionnaire qui entame le dogme des oulémas selon lequel le territoire du royaume tout entier fait office de mosquée où nul autre culte que l’islam ne peut avoir droit de cité. Fait inédit, l’université ne sera pas mise sous l’autorité du très sourcilleux ministère de l’Enseignement supérieur.Pas plus qu’elle ne sera astreinte au strict mode de vie saoudien : elle sera mixte, avec des étudiants venus de 45 pays, les femmes pourront y vivre sans voile et conduire une voiture dans un campus immense (36km2, avec une capacité d'accueil pour 15 000 habitants).

Abdallah bennoit On ne sait pas, en revanche, si un chrétien pourra exhiber une croix, un juif une kippa ou un sikh un turban...  Human Rights Watch a salué l’initiative non sans s’interroger sur l’avenir de la Kaust : va-t-elle rester “un îlot de liberté dans un océan de répression ou portera-t-elle le souffle de cette liberté sur tout le territoire du royaume ?”.

Le jour même de l’inauguration, tandis que le quotidien libéral “El-Watan” louait une université vouée à diffuser “une culture de l’amour”, un aréopage d’oulémas se sont fendus de véhéments réquisitoires contre cette “tête de pont étrangère” dans le flanc du désert saint. Sulaïman El-Douich, bête noire des laïques, ces “mulets du libéralisme”, assimile la mixité à une “sédition et un mal absolu”. Un internaute prédit même, non sans humour involontaire, que la Kaust sera bientôt “baptisée Faust”, celui qui a vendu son âme auSheikh shitri diable.

La polémique entre les réformistes et les barbus monte en puissance depuis septembre, d'autant plus que ceux-ci ont remporté une victoire notable en juillet 2009 en obtenant l’annulation d’un festival du film à Djeddah. Aujourd'hui, ils réclament la mise à l’index de la Kaust,ce centre de recherche international “soi-disant scientifique”…puisqu'évidemment, d’Averroës, Darwin ou Einstein, ne sauraient rivaliser avec le Coran pour découvrir tous les secrets du savoir humain.

Ces exécrations frontales ont contraint les libéraux, jusqu’ici soucieux de jouer sur du velours, à monter au créneau.Trois éditorialistes ont exigé –et obtenu- le limogeage d’un clerc officiel, le cheikh Nasser Al-Chitri, membre du tout-puissant Conseil des Grands Oulémas, pour avoir dénoncé la “mixité-dépravation” admise au sein de la Kaust.Et si le mufti suprême du royaume, Abdelaziz Al-Cheikh, contempteur dogmatique de la mixité n’a pas encore pris position, l’imam de la Grande Mosquée de La Mecque, Abdelrahman Al sudais a exhorté en chaire les élites du pays à soutenir l’université comme “une noble entreprise historique”.

Map-peters

Plus direct, l’éditorialiste du quotidien El-Jazira, pourfend des barbus «ennemis de la civilisation, de la science, du savoir et du progrès” dont “la diarrhée verbale tourne à vide” tandis que le rédacteur en chef d'El-Watan, Jamal Khashoggi, pointe un doigt accusateur sur «la racaille qui se permet d’accuser les dirigeants d’inféodation aux étrangers».

Gageons qu'il en faudra plus pour ébranler la volonté de changement du roi Abdallah, raison d’Etat oblige. Car,  surtout depuis le 11 septembre 2001, la pression reste grande, venue d'Outre Atlantique, pour que le royaume fasse taire les barbus et réduise leur influence. Le roi Abdallah obtempère. Le 14 février dernier, jour d'une Saint-Valentin décriée par les oulémas à coups de fatwas il nomme une femme au poste de vice-ministre de l’Enseignement. Et, à la présidence de la Kaust, il a choisi le professeur Choon Fong Shih, un…Chinois!

Panorama kaust

Etats-Unis. Climat : les 5 dernières minutes

Posté par : Slimane Zeghidour

NW jour d'après Longtemps tenu pour un défi plus polémique que vital, le réchauffement climatique figurait en bonne place au menu du G8, tenu en Italie début juillet 2009.Les Etats-Unis, c’est notoire, ont toujours minimisé les dégâts provoqués par la pollution industrielle.Et quand Barack Obama y a annoncé sa volonté de réduire de moitié l’émission de gaz à effet de serre c’est pour le fixer à à l’horizon…2050.Cet optimisme temporisateur de la Maison Blanche n’est pas le reflet, tant s’en faut, de l’opinion outre-Atlantique sur le sujet.Tout au contraire. En Amérique, pays à la décontraction fort codifiée, parler de la pluie et du beau temps n’est plus le biais favori pour “rompre la glace” avec un inconnu. De nos jours, les considérations climatiques sont devenues un sujet grave et polémique, existentiel et... quasi-mystique.

Tsunami cataclysmiques, séismes ravageurs, désertification galopante, ouragans dantesques, typhons et inondations dévastateurs, autant de”colères” du ciel, fauchant des centaines de milliers d’âmes, donnent le tournis aux fils d’Adam. Dans cette atmosphère de catastrophe, on a tôt fait de réveiller des visionsArmageddon d'apocalypse tandis que s'affrontent les hypothèses des climatologues sur le réchauffement de la planète.

La catastrophe climatique est désormais bien davantage qu'un sujet d'experts. C'est une politique, voire une idéologie, et un spectacle. Al Gore avec son film catastrophe “La vérité qui dérange” ou Yann Arthus-Bertrand avec son documentaire réquisitoire “Home” participent à ce climat général où se revivifient les grands récits théologiques selon lesquels les désordres du temps ne sont que les signes avant-coureurs de…la fin des temps.

On assiste ainsi à une confusion troublante entre hypothèses scientifiques et prédictions bibliques puisque les unes et les autres s’accordent sur la prévision d'une imminente grande calamité. Un canevas identique structure ces discours, du moins dans leur version vulgarisée pour le grand public, qui rappelle celui du Déluge dans la Bible : la méchanceté de l’homme et sa voracité matérialiste déclenchent une avalanche de désastres qui finit par engloutir l’univers habité.

Apoc-planete Rien n’illustre mieux cette confusion que la chaîne américaine du câble “Weather Channel”. Crée en 1982, ce “canal du temps”, qui ne dépend pourtant point d’une quelconque obédience évangélique, diffuse en continu, jour et nuit, un état du ciel proprement apocalyptique sur fond de musique dramatique. Il est vrai que les Etats-Unis, terre d’élection protestante, où l’on cultive une lecture littérale de la Bible, en a hérité une fascination pour la question des fins dernières.

Le mal en action est ainsi théâtralisé et ce climat eschatologique finit par envahir tout : religion, littérature, cinéma, médias, et même la science et la politique. N’est-ce pas aux Etats-Unis qu’est paru mi-1970 un des plus grands best-sellers de l’histoire de l’édition -35 millions d’exemplaires vendus!- entièrement voué à annoncer l’apocalypse dont les ouragans, les guerres et “les vices” qui gangrènentSun-armageddon les mégapoles modernes ne sont que les signes avant-coureur ? Intitulé “The late great planet earth”, titre traduit en français par “L’agonie de notre vieille terre”, l’ouvrage du gourou évangélique texan Hal Lindsey réinterprète les livres de la Bible –Ezéchiel, Daniel,l’Apocalypse de l’apôtre Jean- en désignant la création de l’Etat d’Israël en 1948 comme l’événement ayant entamé le compte à rebours d’une course à grands pas vers la fin des temps.

Une course vers l’abîme qui, de catastrophes climatiques en guerres israélo-arabes ou duels à mort entre Gog et Magog, forces du Bien contre légions du Mal, devrait déboucher sur la défaite de l’Antéchrist, le retour de Jésus, la conversion des Juifs invités ainsi à “se racheter” d’avoir jadis “rejeté” le Fils de Dieu et, enfin, l’instauration du Millenium, à savoir mille ans de règne de justice et de paix sur un monde “nettoyé” de toutes les âmes impures. Ce miracle interviendra après la bataille finale dite d’Armageddon, site du village palestinien d’El-Lajjoun détruit, justement, lors de la création de l’Etat juif, pour laisser place au prospère Kibboutz israélien Har-Meggido. S’agissant de l’Antéchrist, il aura pris tour à tour depuis, sous la plume de Hal Lindsay, la figure de l’Ours soviétique, puis de l’islam, ensuite de… l’Europe des Quinze avec l’affable Romano Prodi en tête d’affiche, puis de nouveau l’islam avant de pointer fin 2008 son doigt accusateur sur le président Barack “Hussein” Obama.

Map-armageddon Un ouragan aux Caraïbes et une guerre au Moyen-Orient seraient donc autant de “signes” annonçant la conflagration suprême.Corrélation purement idéologique, cela va de soi, et que l’on doit au maître à penser de Hal Lindsay, le “théologien” John F. Walvoord, dans un ouvrage publié fin 1974 au titre fort évocateur : “Armageddon,pétrole et crise du Moyen-Orient”. Il évoque Jésus répondant à un auditoire juif qui l’interrogeait à propos des “signes” avant-coureurs de la fin du monde : “Mais, vous savez les lire les signes.Vous regardez la couleur du ciel le soir et vous savez deviner le temps qu’il fera demain” (Matthieu, XVI). Du célèbre techno-thriller de Tom Clancey, “Sur ordre”, aux films apocalyptiques que sont Independence Day, The Day after, Armageddon, le créneau “fin du monde” est lucratif depuis plusieursP-O-apocalypse années dans l'industrie culturelle américaine.

Pas seulement l'industrie culturelle : le “rapport secret” sur les risques climatiques, commandé par le Pentagone fin 2003 (et qui vient de tomber dans le domaine public) regorge lui aussi de ces inquiétudes eschatologiques. Que dit donc ce document, fruit d’un intense travail collectif sollicitant climatologues, physiciens, océanologues, historiens, agronomes et géopoliticiens ? Qu’un “changement brusque et imminent” de température interviendrait dès 2010 –cela me rappelle une affiche populaire du début du XX° siècle fixant la fin du monde à 1910 !- et se traduirait par une chute vertigineuse du mercure entraînant une réduction de la circulation thermohaline et de l’humidité des sols à cause de l’apparition de vents violents…

Fin du monde


Sodome Effet immédiat, l’Europe vivra sous le signe d’un climat sec, venteux, “sibérien”. Du coup, elle devra affronter une double invasion, celle des peuples nordiques fuyant un climat devenu soudain polaire et celle des réfugiés du Sud, chassés par la chaleur et la disette. Les riches européens iront se réfugier aux Etats-Unis, d’autres, moins argentés fileront vers le Maghreb. En tout,un Européen sur dix abandonnera  le Vieux Continent à son sort. Grelottante plus que jamais, la Russie s’alliera à l’Europe pour se prémunir contre la Chine, elle aussi frappée de plein fouet par un froid implacable et jetant son dévolu sur une Sibérie dépeuplée. La Corée du Sud se réunira à sa soeur du Nord, dotant ainsi le “pays du matin calme” d’une industrie de pointe et d’un arsenal atomique. Les Etats-Unis, eux, s’uniront au Canada et se barricaderont contre l’arrivée aussi soudaine que massive de réfugiés desThe apocalypse Caraïbes.

Bilan, la production mondiale de nourriture se retrouvera très au-dessous de la capacité de charge. L’Australie s’efforcera en vain de nourrir l’humanité afin de pallier les chutes alarmantes des récoltes dans les principaux greniers du globe, Russie, Argentine, Chine, Inde, Etats-Unis. La quête de l’eau douce et de la nourriture deviendra l'enjeu primordial des relations internationales, faisant voler en éclats les vieilles doctrines géostratégiques sur les alliances autour des “mêmes valeurs”. Le spectre de la guerre planera au-dessus des deux cents basins fluviaux traversant de multiples nations : douze pour le Danube, neuf pour le Nil, sept pour l’Amazone. Enfin, un conflit majeur ne manquera pas d’éclater entre…la France et l’Allemagne pour l’accès aux eaux du Rhin!

Horloge globe Voilà donc le décor planté, celui de la grande catastrophe, du péril imminent. Le tic-tac de la conflagration cosmique accompagne-t-il déjà la descente aux enfers ? L'Horloge de l'Apocalypse existe bel et bien, en tout cas, aux Etats-Unis, à Chicago. Cette  “Doomsday Clock”, sur le cadran de laquelle minuit représente la fin du monde, a été inaugurée en 1947, suite aux bombardements atomiques de Nagasaki et Hiroshima. Un Bulletin des scientifiques atomistes tient à jour le minutage en fonction de l’actualité internationale. La fin du monde a été ainsi avancée et reculée dix-huit fois. La dernière fut en janvier 2007, suite au défi nucléaire lancé par l’Iran et la Corée du Nord, l'avant-dernière en 2005 suite au tsunami qui ravagea l’Asie du Sud Est. Les aiguilles sont actuellement réglées sur minuit moins cinq (23:55). Plus que cinq minutes avant la fin des temps !

Fresque apocalypse

Europe : la Vierge et la bannière.

Posté par : Slimane Zeghidour

Klaus-drapeau Chacun oubliera que les élections de juin 2009 au parlement européen se seront déroulées au moment où l'Union est présidée par le très anti-européen Vaclav Klaus. Le président de la République tchèque s'est en effet illustré depuis 2004, date de l'entrée de la Tchéquie dans l'UE, par son refus, réitéré jusqu'à aujourd'hui, de hisser sur le château de Prague, siège du pouvoir,le drapeau bleu étoilé à côté de l’emblème national, comme le pratiquent tous les autres pays de l'Union. Depuis le début de son mandat à la tête de l'Europe, qui s'achèvera le 30 juin 2009, il a multiplié les provocations europhobes.

“On ne traite pas ainsi les symboles européens!”, s'est même insurgé Nicolas Sarkozy, en sa qualité de chef d’un Etat français précurseur de l’Union. Vaclav Klaus avait justifié ce rejet aussi brutal qu'insolite du drapeau européen en disant qu'il lui rappelait  trop la tradition similaire d’une autre union, l’Union soviétique, dont le pouvoir imposa tôt de flanquer tout drapeau national des Etats du Pacte de Varsovie de la bannière rouge du Kremlin. Plan marshall
Mais si Vaclav Klaus avait connu l'histoire du drapeau européen, nul doute qu'il aurait dû trouver meilleur emblème pour exprimer son zèle nationaliste ! L'élaboration de cette bannière est un feuilleton aux enjeux hautement diplomatiques puisqu'il s'agissait, à la fois de lui donner une forte charge symbolique... mais la plus consensuelle possible.

L’idée en revient au Conseil de l’Europe, crée le 5 mai 1949 par douze Etats -dont la Turquie (!)- lequel rendit public dès le 23 mai de la même année un “Projet de drapeau européen”. Le texte préconise que l’emblème devra « être le miroir dans lequel se refléteront tous les anciens drapeaux des nations » du Vieux Continent, symboliser “la fin des luttes fratricides, qui n’ont cessé de dévaster l’Europe” et exprimer la “réconciliation des principaux protagonistes du XX° siècle, les anglo-français d’une part, les allemands d’autre part”. A cette fin, il faudra conserver les six couleurs en usage –rouge, blanc, bleu, jaune or, vert, noir- en favorisant cependant le rouge et le blanc, omniprésents de Londres à Ankara et de Vienne à Paris. Ces deux couleurs sont justement celles de Strasbourg, la ville qui changea de nationalité pas moins de cinq fois entre 1870 et 1945 et qui fut donc autant un “terrain de rencontre des cultures latines et germaniques” qu’”un objet séculaire de discorde entre les deux nations française et allemande ». C'est donc cette cité disputée qui sera « le symbole de la tardive réconciliation franco-allemande” qui devra abriter le siège du futur Parlement de l’Union en marche.

Carte europe-personne


Le Conseil de l’Europe revint à la charge le 18 août 1950 avec une exigence supplémentaire : faire adopter au plus tôt un drapeau voué à incarner “les valeurs spirituelles et morales”, socle “du patrimoine commun des Etats membres”, Turquie incluse (celle-ci au demeurant pilier de l’Otan et sentinelle de l’Occident face au Bloc soviétique). Une façon d’appel d’offre fut aussitôt lancé. Et la sélection se révéla implacable. Fut écarté, d’emblée l’emblème du Mouvement européen -un “E” vert sur fond blanc-, pour défaut “esthétique”. Idem pour celui du courant Pan-Europe -disque d’or et croix rouge sur fond bleu- afin de ne pas indisposer la Turquie, Ankara s’y étant du reste opposé au nom de la laïcité.Flag rejet

En tout, il y aura, entre 1950 et 1955, pas moins de 101 esquisses de drapeaux. Soucieux d’aboutir,le Conseil de l’Europe en reprécisa les critères : la lisibilité, l’harmonie, l’esthétique, l’équilibre et, par-dessus tout, la valeur symbolique. Il confia le suivi du projet au directeur de son propre service de presse, Paul Lévy. Lequel ne trouva pas mieux indiqué pour réaliser la bannière tant recherchée qu'un simple employé au service du courrier, Arsène Heitz, un artiste peintre amateur. L’un et l’autre strasbourgeois, tous deux bons catholiques, s’entendirent pour inclure dans le nouvel oriflamme une image inspirée de l’Evangile : douze étoiles jaune or disposées en cercle sur un fond bleu uni.

Vierge drapeau Ils furent assez habiles pour ne pas éveiller le soupçon de l’administration très à cheval sur le caractère laïque du message symbolique du drapeau. Laïques, francs-maçons, socialistes ou agnostiques, tous virent dans les douze étoiles les heures du jour et de la nuit, les mois du calendrier solaire, les travaux d’Hercule, les signes du Zodiaque, les Douze Tables romaines…Quant au champ bleu, il évoquait le ciel d’Occident... à moins que ce ne fut, ainsi que le désirait en son for intérieur l'un des « pères » de l'Europe,Robert Schumann, la couleur de la Vierge Marie. Des catholiques crurent y déceler une allusion aux tribus d’Israël et aux apôtres, d’autres y virentTurquie cheval troie pour leur part un signe maçonnique !

Soumis à l’approbation du Conseil de l’Europe, le projet fut adopté à l’unanimité le 8 décembre 1955, jour de la fête de… l’Immaculée Conception, un “hasard” historique que nul, sur le moment, ne songea à commenter. Présenté au public une semaine plus tard,à Paris,l’ouvrage d’Arsène Heitz entra dans la l’histoire en marche. Et trouva sa consécration finale en 1986, l’an de grâce où l’Union atteignit les douze Etats-membres suite à l’intégration du Portugal et de l’Espagne.

L’opinion ne tarda pas à s’approprier le drapeau de l’Europe politique et chacun crut y trouver ce qu’il y cherchait. Le cercle exprimait la solidarité et l’harmonie; l’espace maintenu entre les étoiles signifiait l’ouverture du Vieux Continent vers le vaste univers. Le vexillologue Patrice de la Condamine décrivit, lui, le symbole “a-territorial” d’un “continent sans rivages précis”. Et en effet, rappelons, par ces temps de controverses sur l’intégration de la Turquie, que lors de sa création, le 25 mars 1957 à Rome,la Communauté européenne englobait l’Algérie,  intégrée à la France depuis 1848, et par conséquent, avait alors plus de territoires en Afrique qu’en Europe même !

Europe_6_1957



Toutes ces interprétations, aussi fantaisistes les unes que les autres, firent enfin sortir de sa réserve le Presidence europeenne père de la bannière étoilée de l’UE. Interrogé en 1987, il a avoué avoir eu subitement l’idée des douze étoiles sur fond bleu, couleur de la Sainte Vierge, en pensant à la médaille miraculeuse de Notre Dame, dans la chapelle du Sacré Coeur de Jésus, édifiée en 1815, au 140 rue du Bac, à Paris. Cette médaille semble illustrer le verset 1 du chapitre 12 –un autre signe?-de l’Apocalypse, évoquant “un signe grandiose apparu dans le ciel, une femme habillée de soleil, la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles”.

Face à ce drapeau, l’architecte hollandais, Remm Koolhaas, proposa au tournant de l’an 2000 un emblème européen “alternatif” : imitant le graphisme du code barres, il consiste à aligner les couleurs nationales de chaque Etat-membre, de façon tout à fait lisible par chacun. Les dix nouveaux membres de l’Union, ceux de la “Jeune Europe”, l’ont adopté avec enthousiasme.L’Autriche en fit son logo officiel lors de sa présidence des Vingt Cinq, du 1 janvier au 30 juin 2006, non sans susciter une vive polémique. D’aucuns ont dénoncé dans ce logo « commercial » l'illustration d'une Union ravalée  d’une communauté politique à un simple marché sans autre âme que la loi de l’offre et de la demande.   Vienne répliqua en défendant un logo où s'exprimait au contraire “la diversité de l’Europe”.

Code-barre fag

Egypte, café “arabica”, café “judaïca” ?

Posté par : Slimane Zeghidour

Safwat-al nass Le “scoop” du cheikh Safwat Higazi était un peu… fort de café. Le 25 janvier 2009, ce télécoraniste égyptien “révéla” au petit monde qui regarde la chaîne privée islamiste wahhabite El-Nass-TV –“Les Gens”- émettant du Caire, qu’une autre enseigne, celle de Starbucks Coffee était…une affaire ”juive”.

Ce jour-là, pourtant, un drame dominait  l’actualité du Proche et Moyen-Orient : les Gazaouis hagards dégageaient leurs morts des décombres -1315 victimes. Et il y avait scoop plus urgent : une ONG animée par des officiers, “juifs” justement et de surcroît israéliens, révéla au grand public la diffusion par le Rabbinat en Chef de Tsahal d’un édit religieux incitant les soldats de l’opération “Plomb fondu” à ne s’encombrer d’aucun scrupule pour abattre “sans pitié” tous lesStar-logo-09 ennemis miliciens, civils et enfants confondus.

De cette information, le cheikh égyptien, qu’on imagine tout occupé à lire dans son marc de café, ne souffla mot. Pendant l'orage de “plomb fondu”, il préféra  user de tous les superlatifs pour “saluer l’insigne privilège des croyants gazaouis d’avoir été gratifiés par le Ciel d’un martyre aussi tragique que grandiose”. Il avoua même, toujours sur El-Nass-TV (qui a pour devise “Le petit écran qui te conduit droit au Paradis”), “envier leur sort sublime”.

Logo-star-vieux Donc, Starbucks Coffee serait une marque  “juive” ? La belle affaire ! La preuve, car il en faut une, est d'une simplicité biblique : le logo de la compagnie représente un cercle vert cru avec, au milieu, une tête couronnée de jeune femme.”Ce visage ne vous dit rien ?, s’exclama le cheikh. Il représente Esther, la reine des juifs dont parle la Thora. Et dire qu’on trouve ce café à Médine, au Caire et jusqu’au coeur de La Mecque, face à la porte du Roi Abdelaziz”. Sacrilège aux yeux du clerc qui en appela au roi Abdallah, “Gardiens des Deux Lieux Saints” -Médine et La Mecque - afin d’ôter cet “outrage” du berceau deSirene   l’islam.

Le Starbucks Coffee de La Mecque se trouve en fait dans le bien nommé complexe “Tours du Temple”, un gigantesque et futuriste “shopping center” dont les gratte-ciel écrasent de leurs silhouettes étincelantes de verre et d’acier la bonne vieille Kaâba. Outre le café, on y trouve tout l’attirail de l’”American way of life” –Burger King, Tiffany, Kentucky Fried Chiken- et meme le “must” de Cartier…”Il ne suffit pas de boycotter le magasin, insista Safwat Hijazi, il faudra protester sur place, dissuader les gens d’y entrer”.

Tempête dans une tasse de café… Car, Starbucks Coffee, la plus grande multinationale de café et de machine à expresso a vu le jour il y a quarante ans, à Seattle, aux Etats-Unis, fondée par deux professeurs et un écrivain, amateurs fanatiques de “bon café” et ayant en piètre estime le “coffee” national. Ils ont appelé leur société “Starbuck”, du nom d’un des officiers du Pequod, le navire du Capitaine Achab poursuivant la baleine Moby Dick dans le fameux roman d'Hermann Melville. D'où ce logo marin : une sirène entortillée, cheveux au vent, buste nu, tête couronnée.

Il n’en fallut pas plus à l'époque à un groupe de chrétiens ultras de San Diego pour vitupérer contre ce logo “graveleux” montrant “une femme nue jambes ouvertes”, en parodiant Starbucks en Slutbucks –“slut”, signifiant “prostituée” en anglais. Craignant un scandale, la direction retoqua le dessin en “amputant” le corps de la sirène - personnage mythique fort prisée aussi en Islam sous le nom de “fiancée de la mer” - pour n’en garder que la tête. Quid d’Esther? Il n’en fut jamais question, pas le moindre soupçon d’allusion, lors de l’inauguration des 12 000 enseignes à travers le monde dont 274 au Moyen-Orient employant 15000 salariés de 35 nationalités. Même dans l’austère Algérie, la société prévoit d’ouvrir pas moins de 30 Starbucks Coffee d’ici 2012.

Starbucks dubaï





















Le télécoraniste d’El-Nass-TV, chaîne qui se pique de “respecter les autres croyances” et de “favoriser le dialogue entre elles”, aurait plutôt eu là, autour d’une tasse de café Starbuck, une occasion en or pour raconter la saga de la plus suave “invention” arabo-islamique : le café, le deuxième bien de consommation échangé dans le monde, derrière le pétrole et bien avant le charbon, la viande, le blé et le sucre !

Gravure café ll n’aurait pu trouver sujet plus arômé, digne des “Mille et une nuits”. De fait, les amateurs de “caoua” qui consomment jusqu’à 400 milliards de tasses par an ignorent qu’ils doivent ce plaisir ineffable à deux oulémas arabes du Yémen, qui grâce à leurs fatwas favorables ont déclaré “halal”, licite donc, ce breuvage alors inédit en dehors du Yémen et de La Mecque... mais déjà mis à l’index par les docteurs de la loi islamique  !

Le grand maître soufi rapporta le caféier d'Abyssinie au XVè siècle pour l’implanter dans la ville de Mokha où il s’installa. D’où le « moka », soit dit en passant, le nom d’un « arabica » grand cru réimplanté depuis lors en Ethiopie. De ce coin perdu de la mer Rouge, le “petit noir” se répandit aussitôt vers La Mecque, rendez-vous annuel des pèlerins de tous horizons.L’engouement qu’il suscita, les veillées publiques qu’il favorisa, lui valurent la suspicion des oulémas. Le “qahwah” devint un sujet de discorde avant de se poser en question de “charia”, de droit islamique. Il y eût une sorte de “prohibition” avant la lettre, avec fermetures des estaminets, autodafés de sacs de grains, mise sous écrous de cafetiers et, bien entendu, émeutes graves du café…Le débat, houleux et émaillé de désordres publics, ne fût tranché et apaisé qu’avec la fatwa d’un autre cheikh yéménite, Abdallah El-Aydarous, lequel le déclara sain, bénéfique pour l’esprit du croyant, revigorant pour le coeur pieux, la veillée nocturne qu’il induit rallongeant d’autant le temps de la prière.Pla,n.mokha juifs

Mokha devint ainsi, un siècle durant -1650-1750- le premier port mondial de café d’où s’écoulaient au début du XVIIIè siècle, jusqu’à 200 000 sacs de grains. Même le pape Clément VIII à Rome s’avoua satisfait du breuvage, déclara n’avoir aucune raison d’en laisser la seule jouissance aux “Infidèles” et baptisa le café.

Ce premier dévolu arabe sur un des trois “ors noirs” que la Péninsule arabique monopolisa –le poivre noir dans l’Antiquité, le café lors des Grandes découvertes, le pétrole au XXè siècle- ne tarda pas à faire long feu.Les Hollandais ont tôt subtilisé le caféier pour l’implanter, dès la fin du XVIIIè siècle, dans l’archipel indonésien.Du reste, le plus vieux plant mère d’arabica se trouve dûment conservé au Hortus Botanicus d’Amsterdam.Les Anglais, à leur tour, puis les Français et, enfin, les Portugais firent essaimer “l’arbre aux cerises d’or” des Caraïbes aux Indes en passant par la Guyane, le Brésil et le Cap-Vert…Le monopole yéménite aura tant et si mal vécu que l’Orient arabe devint du jour au lendemain tributaire des acheteurs de la veille, Hollandais d’abord.Du coup, face au coût élevé du “qahwah” désormais importé, l’Arabe dût se rabattre sur un autre breuvage, le thé, meilleur marché, fourni par les colons anglais de Ceylan.

Boston tea party Autres lieux autre moeurs.Alors que les Arabes se mirent au thé, les rebelles américains firent du café leur “boisson nationale” après avoir jeté à la mer le thé surtaxé par la Couronne britannique, lors de ce qui deviendra la mémorable “Boston Tea-Party”, acte fondateur s’il en fût de l’indépendance des Etats-Unis.En Europe, le “petit noir” que Balzac qualifiera de “révolutionnaire” rassemble philosophes des Lumières, francs-maçons et bourgeois en rupture de ban avec l’Ancien Régime.Jean-Sébastien Bach composa même une “Ode au café”.

Que reste-t-il au Yémen de l’”Arabica”? Presque rien. J’ai moi-même pu en déguster une tasse de café local, sans saveur particulière, dans un village ismaélien perché sur un pic du massif de Manakha.En bon amateur de liqueur noirâtre, j’ai voulu quand même saluer, l’hiver 1996, la mémoire du cheikh Abdallah El-Aydarus, à l’ouest d’Aden. Et je suis arrivé devant un mausolée pulvérisé par un missile Scud lancé par les milices d’un autre cheikh, autrement plus actuel et fanatique, l’inénarrable Abdelmadjid Zendani qui affirme, entre autresAydarous “découvertes”, avoir mis la main sur une plante capable de guérir le Sida!Tout cela relève de la grande histoire, ce qui n’a pas du tout l’air d’être la tasse de thé du télécoraniste en costume cravate, Safwat Hijazi.

S’il avait seulement connu l’histoire de l’islam, il aurait même pu s’approprier le personnage d’Esther, puisque l’islam vénère les héros bibliques en autant d’”envoyés d’Allah” : Adam, Eve, Abraham, Joseph, Moïse, Aaron, Salomon, David, Jonas, Job…

D'ailleurs, nul ayatollah ou autre Ahmadinejad ne s’offusqua quand la République islamique d’Iran intégra au “patrimoine national” le mausolée d’Esther et de Mardochée. J'ai eu le plaisir  de le visiter et d’y écouter le rabbin me narrer en bon français, l’histoire de ce monument sis dans la ville de Hamadan, à 250 km au nord-ouest de Téhéran.  La critique historique moderne reconnaît en Esther et son époux Mardochée des avatars des divinités babyloniennes Mardouk et Ishtart…

Si donc Safwat Hijazi n’avait pas un “grain”, il aurait dû voir en Starbucks coffee un bel hommage… à l’islam.

Tombeau esther  

Vatican, un Etat d'âmes

Posté par : Slimane Zeghidour

Annivatican L’Etat de la Cité du Vatican célèbre en cet an de grâce 2009 un double anniversaire : celui de sa fondation (en 1929) et celui de son souverain pontife, Benoît XVI. A 80 ans, autant l'Etat que son chef se portent comme des charmes. Une étude du Jane’s Information Group de Londres place même le Vatican au pinacle du “Top 50 des pays les plus riches et les plus prospères”, loin au-dessus de la Belgique (25è), France (22è), le Canada (23è) et la Suisse (17è)… 

Plutôt que ce flamboyant résultat économique, le Saint-Père, humilitéMedaille benoit VI évangélique oblige, n’a évoqué, le 14 février, qu’ “un point presque invisible sur les mappemondes”, un “petit Etat sans défense, privé d’armées redoutables et pas toujours compris” mais qui n’en est pas moins “un centre de rayonnement que l’on regarde avec beaucoup d’attention”. Un Etat que son prédécesseur, le pape Pie XI, a voulu “le plus petit possible” afin de manifester que l’Eglise ne briguait nul pouvoir temporel mais juste de quoi assurer une assise territoriale souveraine et totalement libre au Saint-Siège.

Vatican-flots

Pape-musollini





Rien qu’”un petit lopin de terre”, insista Pie XI auprès du Président du Conseil italien, Benito Mussolini,“le minimum de corps nécessaire pour abriter l’âme”, asseoir le pouvoir abstrait, virtuel et vertueux, de l’Eglise catholique. Soit à peine 44 hectares, pas un empan de plus, 0,5 km2 pour fixer le siège saint d’un souverain de droit absolu et divin.

Le statut du Saint-Siège, Eglise-Etat autant qu’ Etat-Eglise, a été taillé sur mesure au sein de la famille des Nations-Unies. Il est, cas unique, observateur permanent, sans droit de vote mais autorisé à assister à toutes les réunions, consulter les documents s’y référant,  faire circuler des mémoires, être invité à prendre la parole pour   apporter au débat une dimension spirituelle et morale.

Ce statut d’Etat-Eglise admis dans les arcanes internationales ne va pas sans soulever l’opposition de beaucoup d’ONG qui dénoncent un privilège indu. C'est que, comme à la FAO, à l’OMS, à l’UNESCO, à l'UNHCR et à autant d’autres organismes de l’ONU, la papauté siège en délégué aussi bien à l’OUA, à laSig-latran Ligue arabe, à l’OMC qu’à l’UE –sans en être membre- et même à l’AIEA (Agence Internationale pour l’Energie Atomique) ! Enfin, inscrit au patrimoine artistique mondial de l'UNESCO le 21 septembre 1984 par un vote unanime, le Vatican accède au rang de véritable Etat-symbole : sujet de droit international, acteur de la politique mondiale, son territoire se voit de surcroît consacré patrimoine spirituel, artistique et culturel devant être respecté et protégé au titre de trésor de l’humanité.

Suisses Etat-Monde, le Saint-Siège n’utilise pas moins de quatre langues officielles : le latin pour l’Eglise catholique, l’italien pour la Cité du Vatican, le français pour la diplomatie, l’allemand pour la Garde Suisse, la plus petite (101 soldats et officiers) et la plus ancienne armée du monde, en charge de la protection rapprochée du souverain pontife. Outre les gardes suisses, la gendarmerie pontificale (130 hommes) vient de sceller un accord avec Interpol et de mettre sur pieds une unité antiterroriste.

Par quel “miracle à l’italienne”, le Vatican a-t-il pu se hisser en moins d’un siècle au rang d’acteur international unanimement respecté? Quelle autre religion aurait-elle seulement songé, ou même rêverait, d’accéder à un tel privilège? Le plus miraculeux étant qu’aucune d’entre elles n’ait jamais contesté à l’Eglise catholique ce régime de faveur sans équivalent dans l’histoire.

Nous sommes loin de cette Eglise qui, depuis le IVè siècle, n’avait de cesse d’interférer dans le jeu des alliances dynastiques et rivalités entre royaumes. Dès la Paix de Westphalie (1648), elle a dû admettre sa mise à l’écart politique par l’essor des Etats-Nations modernes, dont le commun caractère “Chrétien” allait s’estomper au profit de l’identité “nationale” irréductible de chacun d’entre eux.Etats pontificaux

La papauté –ce monstre “crée par le Diable” selon Luther- ne semblait plus avoir alors d’autre choix qu’entre délaisser le trône pour l’autel ou dépérir. Fragilisé par la Réforme protestante, discrédité par les philosophes des Lumières, conspué par les intellectuels qui lui reprochaient son refus intransigeant du “progrès”, le pape se résigna à cantonner son pouvoir temporel, afin de mieux le sauvegarder, aux Etats Pontificaux –Rome, Naples, le littoral romain, en tout plus de 28000 km2- soit “grosso modo” la taille de l’Albanie ou de la Belgique.En vain, car il ne pût empêcher l’entrée triomphale l’automne 1870 du roi Victor Emmanuel à Rome qu’il déclara aussitôt “capitale” de l’Italie “unifiée”.Le pouvoir temporel du pape désormais battu et réfugié “prisonnier” au Vatican –son ex-palais le Quirinal deviendra le siège du chef de l’Etat italien- aura vécu.

Prise rome fresque

Plan L’extension des feux de la première Guerre mondiale fragilisa encore plus l’espoir d’un retour en grâce –politique- de la papauté.L’Italie insista pour la marginaliser et le brave pape Benoît XV dont le “plan de paix” passa quasi inaperçu ne fut même pas invité à assister aux conférences de paix. Mais il en fallait plus pour dissuader l’évêque de Rome, le Primat d’Italie, le Patriarche de l’Occident devant l’Eternel, d’abdiquer sur ce qu’il estimait être son droit et sa vocation : faire entendre la voix de l’Eglise dans le concert des nations modernes.Léon XIII en comprit l’enjeu –épouser l’esprit du siècle ou répudier l’histoire- qui incita les catholiques français à rallier la République, appel historique lancé en 1890 lors du fameux “toast d’Alger” Paul VI onu par le cardinal Lavigerie.

Même si la loi de Séparation de 1905 en France porta un rude coup aux relations entre le Saint-Siège et la Fille Aînée de l’Eglise –Rome rompit les relations diplomatiques avec Paris- la papauté avait déjà pris la mesure de la marche du monde : sécularisation inexorable de l’Europe, déseuropéanisation de la religion catholique, mise en mouvement de l’humanité non-chrétienne… Voilà l’air du temps nouveau que sut “flairer” Pie XI... pour insuffler un regain d’influence au Saint-Siège. Et d’abord en Italie via les Accords du Latran, paraphés le 11 février 1929, puis peu à peu sur l’ensemble de la planète.

Vatican II Pie XII continuera d’impliquer le Saint-Siège dans la trame de la vie internationale.Son successeur Jean XXIII ira encore plus loin en ouvrant début 1959, l’immense chantier du concile Vatican II, une étape cruciale sur le chemin oecuménique puisque la papauté admet pour la première fois qu’il y aurait un salut en dehors d’elle, innocente les Juifs, exprime son “respect” pour l’islam et les autres croyances religieuses ou philosophiques. Paul VI, premier pape à voyager hors l’Italie –Jérusalem en 1964, Inde, Ouganda- prêchera depuis la tribune des Nations-Unies au nom d’une Eglise “experte en humanité”.Jean-Paul II, l’”Athlète de Dieu”, mettra la touche finale à la légitimité pleine et entière de l’Etat de la Cité du Vatican dans la communauté des nations.Il aura pas posé son bâton de pèlerin dans pas moins de 129 pays sur les cinq continents et parcouru 1 163 835 km, soit 28 fois le tour terre et presque trois fois la distance entre la terre et la lune !Benoît-croisé

La sphère internationale est donc celle où le Saint-Siège s’octroie le droit et même le devoir d’intervenir dans les affaires du monde. Et, habilement, il n’y plaide pas, tant s’en faut, seulement pour sa chapelle.N’ayant pas d’intérêt géopolitique “profane” à préserver, il se consacre moins à résoudre les conflits qu’à aider à “construire un monde plus juste et plus fraternel”, sans distinction de régime politique, de religion ou de doctrine.Ne vit-on pas Jean-Paul II dénoncer avec une même rigueur et l’embargo imposé par les Etats-Unis contre Cuba et l’invasion de l’Irak au printemps 2003 par une “Coalition” conduite par Washington? Répudiant la guerre, la papauté défend une sorte de sainte trinité laïque : la communauté des nations, le droit international,la Charte des Nations-Unies.Don du Ciel ou fruit d’une habile et constante opération de relations publiques internationales, l’Eglise catholique aura gagné ce privilège unique d’avoir le droit de prêcher “sa” bonne parole “urbi et orbi”, pour “la ville et pour l’univers”.

« Quid » de Benoît XVI? Va-t-il continuer l’insertion de l’Eglise dans dans une tunique internationale dont la bigarrure s’étoffe au rythme endiablé de la “globalisation” ou y mettre un bémol afin d’en revivifier les “racines” et l’”identité” que mettrait en péril un prétendu “relativisme” religieux et culturel dont il ne cesse de déplorer l’emprise sur l’esprit du temps?La question nourrit déjà débats, controverses et polémiques, et pas seulement au sein de l’Eglise et parmi les catholiques.

Panoroma

Israël, guerre ou Terre sainte?

Posté par : Slimane Zeghidour

UNE1 Branle-bas de combat en Israël. Non pas contre le Hamas qui a fini par accepter une trêve d’un an et demi avec l’“occupant sioniste”.Ni à cause de la kyrielle d’ONG qui exigent une enquête internationale sur les “crimes de guerre” - Tel-Aviv a déjà pris les devants en bétonnant l’anonymat des soldats et officiers susceptibles d’être mis à l’index. Et pas plus autour du poste si convoité de Premier ministre. Non,la polémique s’est enflammée à propos d’un aspect aussi discret qu’inquiétant de l’opération “Plomb fondu” : la distribution par le Rabbinat en Chef des armées d’une brochure spéciale exhortant les soldats entrant dans la bande de Gaza à ne pas s’encombrer de scrupules moraux ou de lois internationales et à combattre “sans pitié” ni merci les Gazaouis, miliciens et civils confondus en “assassins”.Soldat-tallit-char  

L’affaire a éclaté dès le 26 janvier 2009, soit une semaine après la fin de “la guerre contreGaza avec un article du quotidien libéral de Tel-Aviv, “Haaretz”. Sous le titre “Nous ne devons montrer aucun signe de pitié pour l’ennemi cruel”, Amos Harel, décrit le rôle prépondérant joué par le très officiel Rabbinat militaire dans l’encadrement “spirituel” et “patriotique” des soldats et officiers de l’opération “Plomb fondu”.On y apprend que tout au long de l’offensive, les rabbins n’ont eu de cesse de parcourir le front, dispensant la bonne parole ici, bénissant les troupes là, “élevant le niveau spirituel du combattant” partout."Allez-y sans peur, peut-on lire sur la brochure, Tsavaot, les Dieu des armées, sera à vos côtés pour lutter contre le cruel ennemi commun".

Rav rorznik Il ne manqua pas toutefois d’hommes de troupe proches de l’ONG juive “Briser le silence”, vouée à dénoncer les violences contre les civils arabes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, pour s’alarmer du contenu par trop manichéen, haineux sinon carrément raciste de cette brochure imprimée et distribuée à chaque fantassin par le Rabbinat, la veille de l’incursion à Gaza. Intitulée “Allez mener mon combat, manuel d’étude pour le soldat et l’officier en temps de guerre”, elle se présente sous la forme d’un almanach avec pour chaque jour son lot de sermons et de questions-réponses. 

Rédigé sous les auspices du Rabbin militaire en Chef, le général brigadier Avichai Rontzki, le livret de prière au champ de bataille s’inspire moins des vénérables sages de la Thora que des colons radicaux, surtout du rabbin Shlomo Aviner, un ingénieur français “monté” en Israël afin d’y restaurer le Grand Israël, incluant Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la bande de Gaza.“La Bible interdit aux juifs de céder ne serait-ce qu’un millimètre de la Terre d’Israël aux Gentils –“Goys”, “non-juifs”-, martèle-t-il, que ce soit par accord d’autonomie, par abandons nationaux ou toutes autres sortes de manigances impures et folles. Nous ne devons abandonner aux mains d’une autre nation, ni un doigt, ni un ongle”.Gaza nuit feu-femme enfant

Serait-il opportun, dès lors, d’assimiler les Palestiniens d’aujourd’hui aux Philistins de l’Antiquité ? Le pas est franchi dans l’opuscule rabbinique : “les Philistins n’étaient pas non plus des indigènes mais des envahisseurs étrangers” que David, selon la Bible, extermina jusqu’au dernier. Idem pour les Palestiniens, des étrangers eux aussi, accourus en Israël au moment de la création de l’Etat juif et qui prétendent y établir leur propre Etat.Soldat-obus-talit    

Des intrus, donc, des envahisseurs à bouter hors la terre d’Israël. Et sans pitié.“Si vous montrez de la pitié pour un ennemi cruel, vous êtes vous-mêmes cruel envers vos soldats honnêtes et purs. Immoral, car la guerre n’a rien d’un terrain de sport où règne le fair-play”. Et contre des assassins, surenchérit le texte, “la cruauté devient une qualité”. “A la guerre comme à la guerre”, tranche, en français, le rabbin Shlomo Aviner.

En plus de cette brochure, des tracts ont circulé au sein des unités combattantes. L’un incite ouvertement les soldats à rester indifférents au sort des civils palestiniens tous forcément “coupables”. Et d’invoquer en exemple l’éminent théologien judéo-andalou, Abou Amran Moussa Maïmonide (1135-1204) en extirpant de son célèbre et subtil “Guide des égarés” cette discutable mise en garde aux fidèles juifs : “Il ne faut pas se laisser influencer par la folie des Goys –il s’agit ici des chrétiens- qui éprouvent de la pitié pour leurs ennemis”.Yeshiv-hesder

Mais ce n’est pas l’outrance verbale, ainsi qu’il s’en déverse chaque jour dans un Proche-Orient livré aux passions nationalistes, qui fait vraiment scandale en Israël. Le débat porte moins sur le contenu du discours que sur l’intrusion d'un discours intégriste et quasi apocalyptique au sein de l’armée, l’institution phare de l’Etatjuif.Tsahal –acronyme  affectueux de “Tzva Haganah LeYisraël”, “Force de Défense d’Israël” en hébreu- a toujours mis en avant son caractère populaire et plutôt laïque, puisant ses meilleurs officiers dans les kibboutz, bastions historiques d’une gauche souvent anticléricale.


Livre-priere Mais le kibboutz a vécu, amplement décollectivisé et privatisé il n’abrite plus qu’à peine un Israélien sur cent. Il a été supplanté par la colonie –il y aurait désormais huit colons pour un kibboutznik!-, nouvelle pépinière de soldats et d’officiers à la fois ultra nationalistes et très religieux, sinon intégristes. Une part notable de ces militaires accomplit son service dans une institution ad hoc, la “Yéshiva hesder”, sorte de caserne-séminaire où les recrues cumulent en un seul cursus études talmudiques et préparation au combat.

Du coup,Tsahal qui a constamment donné l’image d’une armée séculière, ouverte aux soldats non-juifs, arabes ou russes chrétiens –le journaliste Shimon Schiffer m’a raconté avoir assisté l’an dernier à la prestation de serment du premier pilote israélien au nom non pas de la Thora mais de l’Evangile- se retrouve avec un contingent sans cesse croissant d’officiers issus non plus du sionisme laïque mais du Shofar-mur courant national-religieux.

Au point de représenter, si l’on en croit un article du quotidien “Yédiot Aharonot” publié l’an dernier, la moitié des élèves officiers, un bon cinquième des unités des sous-marins et pas moins de quatre sur six officiers de la fameuse brigade Golani, l’élite de l’armée de terre. Pour ces soldats qui sacralisent la triade “Livre-Peuple-Terre” d’Israël, coloniser les terres de Palestine rime avec “repeupler” la terre “promise” par Dieu à “son” peuple. Contrairement aux sionistes laïques venus pour bâtir une nation moderne afin de normaliser leur condition au milieu d’autres nations, ils participent à un processus messianique menant à la rédemption.

La brochure du rabbinat en Chef de Tsahal n’aura été que la goutte qui a fait déborder le vase. Déjà, la nomination au poste d’aumônier général d’Avichai Rontzki avait fait grincer des dents : à la question de savoir s’il fallait ou non soigner un “terroriste” blessé un jour de Shabbat, il répondit “oui” en arguant qu’il fallait à tout prix le maintenir vivant… afin que la police puisse l’interroger.

Peace arabs jews Face à l’ardeur idéologique de ces “moines soldats”, l’état-major, au diapason de la classe politique et de la grande presse, n’a pas caché sa crainte de voir ces officiers appeler les soldats à désobéir en cas d’ordre de retrait des Territoires occupés. De telles consignes ont déjà été entendues lors de l’évacuation de la bande de Gaza, l’été 2005. Plus d’un expert pressent dans cette affaire un risque réel de grave discorde sociale entre Israéliens juifs et arabes, sinon de “guerre civile” judéo-juive entre laïques et intégristes.

En raison de quoi, l’ONG pacifiste “Yesh Din” -“Il y a une Justice”- fondée en 2005 et regroupant, entre autres figures laïques, l’ex-ministre de l’Education, Shumlamit Aloni et le général Shlomo Gazit, ancien patron du renseignement militaire, a interpellé le ministre de la Défense, Ehud Barak ainsi que le chef d’état-major, le brigadier général Gabi Ashkénazi, pour exiger d’eux la déposition immédiate du Rabbin en Chef de Tsahal, le brigadier général Avichai Rontzki. L'armée a aussitôt réagi par un communiqué publié le 27 janvier pour désavouer le contenu de la brochure dont  elle juge "très sérieuses" les "déviations" car "elles peuvent créer des divisions au sein de l'armée".Elle disculpe cependant le Rabbin en Chef qui n'aurait "pas vu ni donc approuvé cette publication", en concluant que l'"officier responsable a été sévèrement réprimandé".

Manif tel aviv

 

Etats-Unis, "Benoît l’Excellent"

Posté par : Slimane Zeghidour

Obama-family Obama qui a su imposer haut et fort son nom n’aura pas non plus volé son prénom : Barack Hussein veut dire en effet “Benoît l’Excellent”, en arabe. D’autant plus que jusqu’aux derniers jours avant son investiture l’on se posait la question ici ou là de savoir s’il allait prêter serment en invoquant ou non son second prénom “musulmanissime” de Hussein. Interrogé là-dessus par le “Chicago Tribune”, le 44ème -et le premier Noir ou Métis- président des Etats-Unis répondit qu’en la matière il n’avait pas à innover mais à se conformer à l’usage établi, en déclinant tout simplement double prénom et nom.

A son corps défendant, le candidat Obama essuya tout au long Hussein1 de la campagne électorale sarcasmes et allusions assassines à son second prénom. “Hussein” n’évoquait-il pas Saddam, l’ennemi d’hier et, plus encore, le petit-fils de Mahomet, le “martyr” vénéré, quasi divinisé, du culte chiite, le saint patron de l’Iran, l’ennemi public du jour? La camp républicain n’ y alla pas de main morte en insistant sur le prénom devenu soudain “inommable”. Pis, on mit en garde “mezza voce” l’électeur indécis, évangélique intégriste ou ultra- nationaliste contre un “faux chrétien” mais “vrai islamiste”, un “antéchrist” adepte retors et habilement dissimulé d’Oussama Ben Laden, pardon “Obama ben Laden”. A ce racisme qui ne voulait pas dire son prénom, Hillary Clinton elle-même y succomba, lorsqu’elle se gaussa d’un nom à coucher dehors la Maison Blanche de son concurrent au sein du parti démocrate.

Obamabenladen Piètre dénigrement, qui ne suscita pas d’autre effet au demeurant que celui d’inciter des milliers -!- de citoyens, chrétiens, juifs, bouddhistes ou libres- penseurs à adopter ouvertement le prénom honni,  mué du coup en signe de ralliement pour une Amérique plus jeune, métissée, enfin réconciliée avec elle-même. Invité à donner son avis sur ce “délit de sale nom”, Obama se borna à une boutade faussement sibylline : “J’ai reçu mon deuxième prénom de quelqu’un qui n’aurait jamais imaginé que je serais un jour candidat à la Maison Blanche”.

Ayant hérité du prénom de son grand-père Kenyan, Hussein Onyango Obama, un cuisinier dans l'arméeObaba-maman   britannique, qui fut arrêté en 1949 pour ses liens avec le mouvement indépendantiste Mau Mau, et même torturé et mis sous les verrous pour deux ans, Barack n’assume pas moins fièrement son héritage maternel et américain. Fille d’un militaire blanc et Chrétien du Kansas, sa mère, Ann Dunham descend d’une lignée entremêlant Indiens cherokees, Anglais, Ecossais, Irlandais –il aurait un ancêtre commun avec d’autres présidents : Harry Truman, Gerald Ford, Lyndon Johnson et… George Bush ainsi qu’avec l’ancien Premier ministre britannique, Winston Churchill-, Germano-Alsaciens, Belges, Français…

Pere matton On comprend mieux pourquoi avec un tel patrimoine familial, Ann Dunham a pu trouver en elle la force de braver le qu’en-dira-t-on blanc, anglo-saxon et protestant de l’époque –en 1961, on lynchait encore des Noirs dans le Sud!- pour épouser un étudiant étranger, boursier Kenyan, noir et musulman de surcroît. Très tôt le couple se sépara. Le père regagna au Kenya où il fonda une nouvelle famille, intégra le gouvernement de Jomo Kenyatta, le “père de la nation”,  avant de s’opposer à lui et d’en subir le courroux pour sombrer dans la misère et trouver la mort en 1982 dans un accident deObaba-hawai   voiture.

Son fils, Barack Hussein, ne l’aura revu qu’une seule fois, lors d’un court séjour aux Etats-Unis. Entretemps Ann Dunham aura épousé un autre étudiant, Loro Soetoro, indonésien et, lui aussi, musulman. Barack vivra 4 ans, de 1967 à 1971, dans le plus grand pays islamique du monde avant de rentrer aux Etats-Unis, chez ses grands-parents. Il y laissera sa demi-soeur, Maya et leur mère, laquelle sera plus tard recrutée, après un second divorce et suite à un bref retour au pays, par la Fondation Ford où elle s’occupera du microcrédit avant de mourir en 1995 d’un cancer.

Oba-indo Les opposants à Barack Hussein Obama, et parmi eux le néo-conservateur ultra sioniste Daniel Pipes, ont tôt mis en avant cet épisode indonésien pour distiller le doute quant à la foi véritable du candidat démocrate, pourtant notoirement chrétien protestant évangélique, aussi assidu qu’engagé. Pour déloyal et infondé qu’il soit, cet “argument” a eu son effet sur le candidat Obama, jusqu’à le dissuader de fouler du pied le tapis d'une seule mosquée. Ainsi, cet homme qu’on vit visiter églises, temples, synagogues ou phalanstères, n’aura pasObamaturban risqué, au grand dam de plus d’un grand éditorialiste, un orteil dans le moindre lieu de culte musulman. Il poussa son souci de se démarquer du soupçon d’islam jusqu’à rapprocher son premier prénom Barack de celui du ministre de la Défense israélien Ehud Barak.

A tort, car Barack dérive de l’arabe “barak” –d’où “baraka”, “benediction”- et Barak de “baraq”, l’”éclair”, en hébreu comme en arabe du reste. Ironie de l’histoire, la petite, le sens de “Barack Hussein” a infiniment plus à voir avec celui de “Moubarak Hosni”, le nom du raïs égyptien, soit pour l’un et l’autre :  “Benoît l’Excellent” .

Clan-obama Il n’empêche, au fur et à mesure que son succès électoral prenait corps, le candidat démocrate assumait son riche héritage familial, n’hésitant pas à l’ériger en expression ultime de l’idéal américain : “J’ai des frères, des soeurs, des nièces, des neveux, des oncles et des cousins de toutes races et de toutes couleurs de peau, dispersés sur trois continents et jusqu’à mon dernier jour, je n’oublierais jamais que mon histoire n’aurait été possible dans aucun autre pays du monde”.Islam-usa

Une fois élu, le président Obama convia la chaîne arabe “El-Arabiya” pour lui accorder le tout premier entretien télévisé de son mandat. D’entrée de jeu, il en donna le ton : “J’ai des musulmans dans ma propre famille, rappela-t-il, j’ai grandi dans le plus grand pays musulman du monde; aux Etats-Unis vivent des chrétiens, des musulmans et des juifs qui, au-delà de leurs croyances, partagent les mêmes rêves”. Il en a également saisi l’occasion de réitérer son souhait de s’adresser au “monde musulman” à partir d’une grande capitale islamique, afin de l’inviter à instaurer une nouvelle relation avec les Etats-Unis fondée sur “le respect et l’intérêt mutuels”.

Bat-navale-alger Barack Hussein Obama, le premier président métis, post-moderne, global, innoverait-il donc en tablant sur une relation de “respect” à l’égard des musulmans? Nullement, tout au contraire, il renouerait plutôt avec les origines de la diplomatie américaine. Retour en arrière : après l’indépendance des Etats-Unis, en 1776, la Royal Navy britannique retira sa protection à flotte américaine en Méditerranée qui se retrouva aussitôt en butte aux corsaires « barbaresques » du Maghreb. Ce qui obligea l’US Navy à aller bombarder, en représailles, Tripoli de Libye –déjà-, Tunis, Alger et Rabat.

A cette toute première guerre engagée par les Etats-Unis après leur indépendance, succéda le nonUsa-bey-tribut moins premier traité de paix jamais signé par Washington, avec, en l’occurrence, le Dey d'Alger (1795), le Pacha de Tripoli (1796), celui de Tunis (1797) et le sultan du Maroc (1836). L’article 11 du texte mettant fin aux “guerres barbaresques” a tôt retenu l’attention des historiens et, aujourd’hui encore, soit plus de deux siècles plus tard, il ne semble rien avoir perdu de son actualité. Barack Hussein Obama n’aura aucun mal à le parapher. Qu’on en juge : “Considérant que le gouvernement des Etats-Unis n’est en aucune façon fondé sur la religion chrétienne, qu’il n’a aucun caractère hostile aux lois, à la religion ou à la tranquillité des musulmans et que lesdits Etats-Unis n’ont jamais participé à aucune guerre ni à aucun acte d’hostilité contre quelque nation mahométane que ce soit, les contractants déclarent qu’aucun prétexte relevant d’opinions religieuses ne devra jamais causer une rupture de l’harmonie régnant entre les deux nations”.

Doc-art 11

Jérusalem, le murmure des lamentations

Posté par : Slimane Zeghidour

Lettres adresses
Quoi de plus commun, d’aussi banal que d’envoyer bons voeux et souhaits de “bonne et heureuse année” lors de chaque période de Nouvel An ? Un rite devenu universel de se rappeler aux bons souvenirs de parents ou d' amis proches. Souci de n’oublier personne ou voeu pieux, il semblerait que de plus en plus de gens n'hésitent pas à viser plus loin et plus haut que leur entourage immédiat pour s'adresser à... Dieu Lui-même. Et de lui envoyer -par la poste, bien entendu- missives, cartes postales et petits billets. A quelle adresse ? A Jérusalem, en "Terre sainte", une appellation plus commode qui évite d'évoquer la que celles de Palestine et Israël dont la simple évocation risquerait d'enclencher la polémique, un désagrément malvenu parLettrees mains mur temps de trêve des confiseurs.

Jérusalem, donc, "Yéroushalaïm", la ville de la paix, El-Qods, la ville “Sacrée” de l’Islam. Déjà fort populaire en milieu juif, la coutume de s'adresser au Tout-Puissant en déposant un message dans une anfractuosité du Mur des Lamentations -"Kotel ha-Maâravi", le "Mur Occidental" du Temple en hébreu- a été peu à peu adoptée par des non-juifs, chrétiens pour l'essentiel, à partir de l'an 2000, au moment de la célébration du Jubilé, où l'on vit feu le pape Jean Paul II y glisser un petit billet. Aussi, voit-on souvent, depuis lors, le rabbin en charge du "Kotel", Shmouel Rabinovitz, apporter un carton à chaque fois débordant d’enveloppes, portant la mention “lettres à Dieu” pour en insérer les billets, un à un, dans les interstices des pierres ocres du mur majestueux, le lieu le plus vénéré du judaïsme. Selon la tradition juive, la "sékhina", la "présence" du Très-Haut "habite" ce endroit saint entre tous. Une croyance que partage l'islam quant à la valeur mystique de ce "corridor des prophètes", ultime étape terrestre du voyage mystique de Mahomet qui le mena de Médine au Temple d'El-Qods d'où il s'éleva vers le ciel pour y "saluer" Adam, Moïse, Jésus...

Rabbin mur Ecrits en anglais, russe, français ou espagnol, ces missives arrivent à Jérusalem avec ces seules mention en guise d’adresses : “Dieu, Jérusalem”, ou “Le sacré, le Grand et Immense Temple”, ou encore “Sa Révérence, le Grand Prêtre, le Sacré Temple de Dieu”, sinon “Jérusalem ville sacrée de Dieu”, “Terre Sainte d’Israël”, ou alors “au Tout-Puissant Dieu, Alpha et Oméga, Jérusalem, Israël”. Des libellés à milles lieues des sensibilités très terre à terre...sainte où l'on voit les Israéliens invoquer une Jérusalem "réunifiée", capitale d'Israël et les Palestiniens rappeler que l'"annexion" par l'Etat juif de la Vieille Ville arabe où se trouvent et le Haram El-Chérif -l'esplanade abritant le Dôme du Rocher et la mosquée El-Aqsa-, l'église du Saint-Sépulcre et le Mur Occidental du Temple- n'a jamais été admise par les Nations-Unies.

Quand elles ne s’adressent pas à Dieu, ces lettres visent ses saints, Jésus-Christ, la ViergeObamamur main   Marie, mais également le roi David et même, encore plus insolite, le général Moshé Dayan, “retourné à Dieu” en 1981. Neuf courriers sur dix viennent de chrétiens, indique le chef du bureau postal dont relève le Mur Occidental, qui n’y voit pas pour autant une raison d’acheminer ne serait-ce qu’un seul message parvenu au Saint-Sépulcre. “Ils écrivent à Dieu, plaide-t-il, pas à l’Eglise”. Postée au Maroc, un pays proche de l’Etat d’Israël, une lettre porte juste la mention “El-Qods”, la “Sacrée”, le nom arabe de Jérusalem.

Txt obama De quoi parle ce courrier du cri du coeur ? Du correspondant ayant glissé un billet de loterie pour le faire bénir à la jeune fille russe qui aspire à réussir à Hollywood en passant le fiancé qui rêve d’une épouse “loyale” et le chômeur qui n’en peut plus d’attendre un travail “honnête”, il y a tout un condense des maux qui ternissent chaque jour que Dieu fait. Un message, cependant, aura tranché avec cette litanie de ces trop humains soucis et lamentations. En visite au Proche-Orient, mi-juillet 2008, le candidat démocrate, Barack Hussein Obama, inséra dans une anfractuosité du Mur un message très personnel.

Dérobé par un étudiant juif religeux, le précieux bout de papier finit à la rédaction qui quotidian “Maariv” qui le reproduisit aussitôt en Une, au grand dam de l’establishment rabbinique et au bonheur de l’imposant électorat évangélique américain aux yeux de qui la création de l’Etat d’Israël participe d’un plan divin. “Seigneur –protège ma famille et moi”, écrit au stylo à plume, l’”ami” américain. Qui ajoute : “Pardonne mes péchés et aide-moi à me preserver de l’orgueil et du désespoir. Donne-moi la sagesse de faire ce qui est juste”. Et conclut, lyrique, “Fais-moi l’instrument de ta volonté”. A bon entendeur… 

L’Aïd El-Kébir, la Belle et la Bête

Posté par : Slimane Zeghidour

Image_50_2 La polémique qui éclate désormais chaque année, notamment en France, à la veille de la “Grande Fête” (Aïd El-Kébir) du sacrifice, la plus importante du calendrier canonique musulman, est bien le signe paradoxal mais le plus patent de l'intégration de l'islam dans le paysage. Et cette année comme les précédentes, l’ex-actrice Brigitte Bardot est repartie en guerre, via la Fondation qui porte son nom, contre l’abattage rituel du mouton, une tradition qu’elle juge archaïque et barbare, unBb_mouton_3 forfait qu’il faudrait mettre hors la loi.

Non sans quelque succès, au moins symbolique. Ainsi, la Fondation a-t-elle réussi à empêcher l’organisation d’une journée de formation expresse destinée à expliquer aux chefs de famille les normes légales et les précautions d’hygiène à observer avant de procéder à l’immolation de l’animal. Elaborée par une association de consommateurs musulmans (Asidcom), en partenariat avec l’Institut Vioscope, un cabinet vétérinaire spécialisé dans la sécurité alimentaire, la session devait avoir lieu le 9 novembre, dans la salle municipale mise à disposition par le maire de Grenoble. But de l’opération : dissuader les usages illicites –abattage clandestin hors d’un établissement agrée par l’autorité publique- et veiller à atténuer autant que possible le stress et les souffrances de la victime.

Bbarabe_3 “Provocation”, s’insurgea aussitôt la Fondation Brigitte Bardot qui vit dans cette initiative un “refus” ostentatoire des lois d’un “pays laïque”. Et, dans une lettre au maire de Grenoble, Michel Destot, elle l'incitait à revenir sur son autorisation. Ce qu’il refusa, d’abord, avant de recevoir un avis du préfet de région lui enjoignant, finalement, d’annuler l’organisation de la session. Il n’y a pas de petite victoire.

Déjà, dans un courrier daté du 16 octobre 2008, l’artiste avait exhorté le président de la République à concrétiser l’engagement qu’il avait pris alors qu’il était ministre de l’Intérieur et des Cultes :  persuader les autorités juives et musulmanes d’accepter le recours à l’étourdissement préalable des animaux afin d’amoindrir leur stress face au couteau du sacrificateur. Et de dénoncer, lyrique, le martyre de milliers d’“animaux qui se font trancher la gorge en toute conscience, dans les abattoirs, mais aussi dans les appartements, lesAbraham_mecca_4 garages ou les caves, lors du sacrifice de l’Aïd-El-Kébir”.

De quoi s’agit-il, au juste? La loi islamique n’estime licite à la consommation que la chair de l’animal immolé au nom du “Dieu Unique”, couché sur le flanc gauche, la tête immobilisée en direction de La Mecque. En vertu de quoi, un musulman strict pourrait consommer de la viande “kasher” d’un animal abattu par un “shohet”, un sacrificateur juif, au nom du Dieu Un… Seul mode d’abattage possible, l’égorgement, qui doit vider la victime de tout son sang et abréger d’autant plus vite son existence, n’en obéit pas moins à une codification stricte qui oblige le sacrificateur à veiller à limiter du mieux qu’il peut la souffrance du bélier ou du bœuf, au moment de leur mise à mort.

Image_59_3 Aussi, la tradition exige-t-elle, entre autres précautions, de ne point montrer le couteau à l’animal ni d’en sacrifier un devant un autre… Surtout lorsqu’il s’agit de l’”offrande” de l’Aïd, la Grande Fête qui commémore le simulacre de sacrifice par Abraham de son propre fils –Isaac pour les juifs; Ismaël, pour les musulmans, “père des Arabes” d’après la Bible hébraïque et constructeur de la Kaâba, à La Mecque, selon le Coran. Mais s’il incombe au sacrificateur d’atténuer le stress de l’animal, ce dernier doit néanmoins rester conscient au moment de la mise à mort. D’où la réticence, sinon le refus, des rabbins et des oulémas au sujet d'un  étourdissement préalable de la bête.

Mouton_caniche Bien qu’El-Azhar, la vénérable institution du Caire qui fait office à la fois de Sorbonne et de Vatican de l’islam sunnite, ait validé la pratique de l’étourdissement préalable –et ce dès 1987!- les autorités musulmanes, mais également  juives, d’Europe y résistent, prétendant que l’abattage rituel serait moins traumatisant que l’étourdissement au moyen d’une décharge électrique. L’Académie vétérinaire de France réfute cette opinion, dans un rapport remis en décembre 2006, au ministre de l’Agriculture.

Le même mois Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et des Cultes, assurait la Fondation Brigitte Bardot de son souhait  de voir se généraliser, “dans la mesure du possible”, l’étourdissement préalable, et d’abord dans les “abattoirs hallal”. La Fédération des vétérinaires d’Europe a surenchéri, début 2007, en jugeantDhabiha_persan_3 “inacceptable en toutes circonstances” l’abattage d’animaux sans étourdissement préalable.

Ce verdict scientifique ne donne, si besoin en était, que plus de crédit à la croisade que mène sans répit Brigitte Bardot... Et qu'elle a la malheureuse tendance à accompagner d'un discours raciste. Elle est loin, l'artiste qui a eu le cran pendant la Guerre d'Algérie de braver ouvertement l’Organisation armée secrète (OAS) qui l’avait alors sommée de payer une « contribution » afin de financer le combat pour l’Algérie française. Elle avait alors déclaré : “Je ne marche pas car je n’ai pas envie de vivre dans un pays nazi”…

Fin 2006 dans la revue de sa fondation, l’Info-Journal, elle se fendait d’une énième lettre ouverte où elle fustigeait les musulmans français : “Il y en a marre d’être menés par le bout du nez par toute cette population qui nous détruit, détruit notre pays en imposant ses actes”. Le tribunal correctionnel de Paris l’avait condamnée, le 4 juin 2008, pour “incitation à la haine raciale” en lui infligeant une amende de 15 000 euros mais n’avait toutefois pas suivi le parquet qui avait requis, en outre, deux mois de prison avec sursis.

Vache_rue Le combat de l'ex-diva du grand écran peut bien faire sourire ou hausser les épaules, il n’en fait pas moins ressortir le décalage criant entre la dénonciation souvent virulente contre l'abattage rituel musulman -dénonciation fondée lorsqu'il s'agit d'un sacrifice clandestin- et la résignation à l'encontre de l’élevage et de l’abattage industriels "ordinaires", sources d'une pollution envahissante de l'air, du sol et du sous-sol... Qu'on en juge : les statistiques de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) révèlent que les hommes abattent plus de 45 milliards de bêtes par an dont 1, 290 millions bovins, 1,1 millions porcs, 802 millions moutons et chèvres, dont un quart pour la fête de l’Aïd El-Kébir, 41 milliards poulets, canards, oies et dindes, sans oublier 30 millions chiens et chats. Soit au total, 7 animaux par an et par habitant. Un chiffre qui devrait doubler, d’ici l’an 2020 ! Chaque année, cet élevage engloutit 27 millions de tonnes d'antibiotiques, génère 4 milliards de tonnes de déchêtes animaux et dégage presque la moitié de gaz d'ammoniac émis dans l'atmosphère. Aux Etats-Unis, trois-quarts des céréales produites sur place -de quoi nourrir 800 millions d'êtres humains- vont aux animaux d'élevages. Rien qu'en Californie, l'industrie laitière consomme autant d'eau qu'une ville de 22 millions d'habitants... « BB » va avoir du pain sur la planche.

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Jérusalem, la croix et la barrière

Posté par : Slimane Zeghidour

Eglise_soldats_3 N’était le dogme chrétien de la résurrection du Christ, Jésus s'en serait retourné dans sa tombe. Il y aurait eu de quoi, ce dimanche 9 novembre 2008, à l’intérieur du Saint-Sépulcre à Jérusalem, le sanctuaire édifié sur le lieu supposé de la crucifixion du Sauveur, l'endroit où il aurait été mis en terre avant de ressusciter pour s’éleverImage_6_3 au ciel.

Là au milieu d’une foule de touristes recueillis, éclata, sans crier gare, une aussi violente que soudaine échauffourée entre moines arméniens et popes grecs. insultes en tous idiomes, coups de pieds et de poings, de cierges convertis en gourdins, d’encensoirs… On tenta de s’étrangler, de s’arracher les barbes et, sacrilège en Orient!, les soutanes… Ebahis, bousculés par des gardes-frontières israéliens accourus  en force pour séparer les frères ennemis, les visiteurs ne savaient plus à quel saint se vouer dans cette bagarre des serviteurs du Christ, par-dessus son tombeau .

Image_13_7 Les lieux saints en ont connu de pires, mais jamais bataille ne fut si amplement relayée grâce aux caméscopes et téléphones des touristes qui ont abreuvé d'images YouTube, puis les petits et grands écrans du monde entier. Elles furent diffusées dans les journaux télévisés avecCure_sang_8 des commentaires assez évasifs, personne ne

semblant comprendre les enjeux de cette bagarre de moines, tous chrétiens, sans grand rapport avec le conflit israélo-palestinien.

Le lendemain de l'événement, le patriarche grec-orthodoxe, Théophilos III, devait dénoncer les “empiétements” des Arméniens sur les “droits” des Grecs dans le sanctuaire le plus vénéré par les chrétiens. Il invoqua le “Statu Quo”, un décret de 1852 édicté par le sultan ottoman, alors maître de la Syrie-Palestine, afin de départager le sanctuaire entre six Eglises : les orthodoxes grecque, arménienne, copte, syriaque, éthiopienne, et la catholique latine.

En vertu du Statu Quo, garanti par plus d’un traité international, l'usage et l'entretien des Lieux saints chrétiens de Palestine (en l’occurrence le Saint-Sépulcre de Jérusalem et la basilique de la Nativité de Bethléem) sont depuis lors soumis à un règlement aussi tatillon que drastique. Ainsi, seules trois Eglises –grecque, arménienne, latine- ont le droit de “faire” ouvrir le sanctuaire du Saint-Sépulcre et, pour n’en favoriser aucune, toutes ont accepté que les clés restent en possession de deux familles musulmanes, les Joudeh et les Nusseibeh, héritières de ce privilège unique que le grand Saladin octroya à leurs ancêtres en 1192.

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Trois fois par jour, donc, un Joudeh   apporte la clé et la remet à un Nusseibeh lequel, suivant en cela un rituel inamovible depuis un siècle et demi, l’exhibe devant l’assistance avant de la glisser dans la serrure. D’abord à 3h 30 du matin pile –avec une ponctualité suisse ! -, puis à la mi-journée et enfin le soir juste après l’appel du muezzin de la mosquée Omar, attenante à l’église du Saint-Sépulcre. Le Statu Quo régit tous les détails –autant d’endroits où pourrait se cacher le diable. Y compris le ménage dont la questionCur_blesse_8 fut réglée à l’aube du XX° siècle suite –déjà!- à une implacable “guerre des balais” : les Grecs balayent le parvis, les latins astiquent les marches conduisant à la chapelle des Francs… Le dépoussiérage de la Pierre d’Onction revient aux trois Eglises, à tour de rôle. Quant aux huit lampes qui l’éclairent “ quatre appartiennent aux Grecs, deux aux Arméniens, une aux Latins et une aux Coptes.

Pour autant, l'établissement du Statu Quo n'a pas cautérisé les vieilles rancunes. La dernière bagarre au Saint-Sépulcre n’était pas plus inédite qu’imprévisible. Bien au contraire.  En 2004, orthodoxes et catholiques  s'y étaient affrontés à coups de poings parce que les Grecs, qui célébraient l’Exaltation de la Sainte-Croix, avaient jugé “irrespectueux” que les Latins aient … laissé ouverte la porte de la toute proche chapelle franciscaine. Deux ans plus tôt, 2002, un moine copte qui était posté sur un toit contigu au Saint-Sépulcre estima que le voisin éthiopien avait déplacé sa chaise de l’endroit ombragé où elle se trouvait. Onze curés furent hospitalisés suite à l’altercation.

Bethvieux_3 C'est Clochemerle au Proche-Orient ?  Il n’a pas manqué de bonnes gens pour rappeler, à la “faveur” de cette flambée de fièvre que la guerre de Crimée (1853-1856), qualifiée à juste titre de “première guerre moderne” - autrement dit dévastatrice à cause des engins de mort “modernes” qui y furent déployés -, fut le résultat direct et fatal d’une querelle de clochers qui opposa les Grecs aux Latins dans la basilique de la Nativité à Bethléem.

Des Grecs y avaient, en effet, dérobé en 1847 l’étoile d’argentEtoile_vraoi_4 fixée au sol marbré de la grotte de la Nativité. Il n’en fallut pas plus pour que les Latins, gardiens reconnus des lieux –et de la relique argentée – ne fissent appel au secours de la France, protectrice attitrée des catholiques de l’Orient arabe. Protestant contre le régime de faveur accordé à l’Eglise romaine,le tsar Nicolas I° demanda alors au sultan ottoman d’accepter le protectorat de la Russie sur tous les sujets slaves et orthodoxes de l’Empire ottoman, Serbes, Bulgares, Roumains, Moldaves, Grecs et Arabes de la Syrie-Palestine.

Image_52_2 Refus net du Grand Turc, appuyé par Napoléon III et la reine Victoria d’Angleterre. Furieux, le tsar envahit fin 1853 les provinces ottomanes de la Valachie et de la Moldavie. Face au rejet arrogant de Saint-Pétersbourg de l’appel de Londres et de Paris à un retrait russe, 140 000 soldats “alliés” dont 25 000 Anglais débarquaient sur la presqu’île de la Crimée,Boules_croix_2 au coeur de la mer Noire. Parmi les soldats français, combattaient des régiments de zouaves, de chasseurs d’Afrique et de tirailleurs algériens, socle de ce qui deviendra l’Armée d’Orient.

Rejoints par 2 500 hommes mobilisés par le royaume de Sardaigne, ils assiègent 332 jours durant le port de Sébastopol défendu par 91 000 fantassins et cavaliers russes. La guerre de Crimée fut une épouvantable boucherie.

Champ

Image_53 Pour la première fois, grâce aux premiers reporters photographes de guerre, on en vit des images. Le télégraphe permit d'annoncer instantanément la chute de Sébastopol le 8 septembre 1855. Enfin, cette guerre éveilla la vocation de l’infirmière britannique Florence Nightingale pour l’aide aux malades, blessés etFloturc_2 invalides du champ de bataille, une oeuvre pas encore “humanitaire” qui jetait les jalons de la Croix Rouge et de l’aide médicale internationale.

Songer que tout cela était parti de l’étoile de Bethléem, d’un morceau d’argent que se disputèrent quelques moines soutenus par les grands Etats de l’époque... En novembre de 2008, on se contenta d'un mot pour commenter la dernière querelle du Saint-Sépulcre. Un mot, repris par tous les journaux et sites Internet français : pugilat, autrement dit le combat à coups de poings que l’on pratiquait dans les gymnases antiques.