Ben Laden mort ? Y a pas photo !

Posté par : Slimane Zeghidour

Ben laden sea C’est donc au fin fond de la mer d’Oman, à un jet de missile Grad de son Yémen ancestral, que gît désormais Oussama Ben Laden, pour l’éternité. « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle », lâcha un jour, éploré, feu l’historien sénégalais Cheikh Anta Diop. On pourrait dire aussi : un terroriste abattu et jeté à la mer sans procès, c’est un épais dossier qui sombre dans le néant. Et quel dossier ! Celui d’une époque qui aura scellé une drôle de « sainte alliance » entre Américains et musulmans djihadistes, réunis par un seul et unique commun dénominateur : le rejet de l’ Union soviétique, seul « empire du Mal » devant l’Eternel. Valentino

Tel la boîte noire d’un avion perdue en mer, Oussama -le « lion » en arabe- aura donc emporté dans son improbable tombe tant de secrets, lui qui fut aussi discret qu’une…tombe. Invisible depuis l’horreur du 11 septembre, à peine audible de temps à autre avec ses oracles audio et odieux, voix d’outre-tombe appelant, hurlant à la mort des chrétiens, des juifs et, d’abord, de leurs « laquais », ces musulmans « hypocrites » coupables d’aspirer à rallonger leur court séjour ici-bas plutôt que de le raccourcir en fauchant celui des autres en gagnant un
prétendu séjour éternel là-haut.

La vie d’un homme ne prend sens qu’à sa fin ultime. Insensée, sans « fin » tangible, celle de Ben Laden s’éteint non en point final mais en points de suspension. Il n’empêche, pour une époque- qui « carbure » à l’image d’Epinal, le « Lion » du désert fut un client de choix. N’est-il pas le contrepoint du bel Arabe, tel qu’incarné par l’acteur franco-italien Rudolph Valentino, au temps du cinéma muet ? Autant celui-ci fut adulé, autant le Saoudien est et sera vitupéré.

Geronimo Si Ben Laden a eu pour lui d’avoir une « gueule » d’icône, il n’en fut pas moins un homme quasi insignifiant au plan intellectuel. Piètre orateur, dépourvu d’esprit, il ne fut nullement un meneur. A défaut d’être un chef, il s’improvisa « cheikh » -à la fois « vieux » et « sage » en arabe- et se livra à l’incitation à la haine, au meurtre, au djihad sans jamais ni hésiter sur les moyens ni en clarifier les fins. Il aura ainsi incarné le héros négatif absolu. Il faut l’avoir « mort ou vif », décréta George Bush, qui emprunta volontiers au registre du Far West. Il eut même droit à une affiche « Wanted », dotée d’une prime de 25 millions de dollars.

La traque d’Oussama a en effet quelque chose d’un remake de Western. De même que « Cherokee » désigne aussi une jeep, « Tomahwak » un missile de croisière et « apache » une hélicoptère d’attaque, l’ennemi public numéro 1 a été affublé, pour l’occasion, d’un nom de code qui en dit bien long : Geronimo, sobriquet de Go Khla Yeh –« Celui qui baille »-, l’insaisissable guérillero  apache qui donna tant de fil à retordre à l’oncle Sam. Curieux, tout de même, d’attribuer le nom d’un héros amérindien, un « Native American », à un Arabe, qui plus est musulman, bigot, fanatique et ayant voué le plus gros de son existence à vomir l’Amérique. Geronimo est en fait la version espagnole de Jérôme, le guerrier apache ayant été ainsi nommé par les Mexicains qu’il attaqua le jour de la Saint-Jérôme, Père de l’Eglise et auteur de la première traduction latine de la Bible ! Ben laden-caric

Contrairement au Saoudien déchu, le vrai Geronimo s’est, de guerre lasse, rendu au vainqueur. Il fut enterré au cimetière militaire de Fort Sill, en Oklahoma. Un honneur immérité aux yeux des patriotes purs et durs. Dix ans après sa mort, sa sépulture fut profanée par un groupe d’étudiants affiliés à la société secrète Skull and Bones. Prescot Bush, le propre grand-père de l’ex-président américain, aurait participé à la profanation et exhumé le crâne ainsi que deux os pour les offrir à l’organisation.

Début 2009, lors du centenaire de la disparition de Geronimo, son arrière-petit-fils intenta une action en justice contre le gouvernement américain afin de récupérer les restes de son aïeul. Et pouvoir enfin respecter son ultime volonté en ramenant sa dépouille sur son lieu de naissance, dans le  Nouveau Mexique. Verra-t-on un jour, un descendant d’Oussama Ben Laden, alias Geronimo, exiger la restitution de sa dépouille engloutie dans les abysses de l’océan… Indien ?

Ben laden-sable

 

Islam : Un Coran, mille et un courants

Posté par : Slimane Zeghidour

Islam-bosnia Cette année encore, le hadj, le pèlerinage de La Mecque, a offert un saisissant spectacle d'unité de l'islam.Trois millions de croyants, accourus de tous les horizons, de blanc vêtus, priant d'une seule voix, comme un seul homme, dans la même langue liturgique, l'arabe, idiome du Coran, d'Adam et d'Eve, des anges du Paradis... Autant d'"Invités d'Allah", issus des 192 Etats membres de l'Onu, y compris l'Islande et Israël, l'Etat juif ayant du sceller, à cette fin, un accord spécial avec le très rigoriste royaume d'Arabie saoudite.   

Pour autant, l'impressionnante communion des croyants, au berceau même de l'islam, ne rime pas forcément avec unité des musulmans, loin s'en faut.Une fois les lampions du hadj éteints, chacun reprend le chemin de son univers profane, du pays natal, du quotidien ordinaire.Et chacun de constater que si Allah est Unique, l'islam est multiple.Et que si le Dar El-Islam -la "Maison de l'Islam"- respire au rythme de la Parole de Dieu il n'en est pas moins une Babel linguistique, une bigarrure ethnique, une mosaïque géographique, un patchwork politique, un kaléidoscope doctrinal... Islam-peul 

Le mot «islam» dérive de la racine sémitique «slm» et signifie à la fois «paix» et« p r o s p é r i t é».Cette racine se retrouve, bien avant le Coran, dans le vocable deS a l e m , le dieu cananéen qui donnera son nom à Ur-Salem,la Ville de Salem :Jéru-salem. De «slm» découlent également des noms comme Salomon, Salomé, Salmanassar, le roi d’Assyrie, ainsi que chalom (salut de «paix» en hébreu et en araméen) et son équivalent arabe «salam». Pour le croyant, «islam» évoque l’«abandon» confiant de soi en Dieu et non point la soumission aveugle. Son éthique fondamentale serésume, selon la Sunna,à «adorer Dieu, sans rien Lui associer,observer la prière canonique,verser l’aumône obligatoire, jeûner durant le mois de Ramadan, offrir à manger à l’affamé et le salut de paix,au voisin comme à l’inconnu».

Aujourd’hui, le mot islam désigne à la fois la religion (l’équivalent de christianisme) et la civilisation (l’équivalent de chrétienté).Mais le croyant préfère utiliser, pour désigner l’univers islamique, soit
le terme d’Oumma (la «Matrie», la communauté des croyants),soit l’expression Dar el-Islam (la Maison de l’islam).Cette demeure de l’esprit s’étend de l’Indonésie au Maroc et du Cercle polaire au tropique du Cancer. Elle englobe 57 Etats -dont un américain (le Surinam) et un européen (l'Albanie)- aux régimes politiques extrêmement divers,allant de l’émirat médiéval à la république constitutionnelle, en passant par tout un éventail d’autres régimes: ultra-conservateurs,islamo-chrétiens,modernistes,laïques, sinon carrément laïcistes comme l'Albanie.

Uk-hijab-police Ces Etats se divisent en alliés et adversaires des Etats-Unis,en ultra-libéraux et socialistes,en riches et pauvres…Un exemple entre mille du caractère hétéroclite de l'islam mondial:si feu le pape Jean Paul II n'a pas hésité à s'opposer à l'invasion de l'Irak au printemps 2003, plus d'un grand ouléma y a vu une salutaire équipée contre "un tyran, ennemi de Dieu".

De plus,un bon quart des disciples de Mahomet –fait peu connu et pourtant fort instructif– vit dans des Etats non-musulmans: catholiques (France,Belgique,Italie,Espagne,Philippines), protestants (Royaume-Uni,Etats-Unis),chrétiens orthodoxes (Russie,Grèce,Serbie, Macédoine ), juif (Israël),hindouistes (Inde,Sri-Lanka ), bouddhistes (Népal,Mongolie), confucéen (Chine)...Au total, les croyants –turcs, kurdes,persans,arabes,malais,berbères,slaves, chinois,africains– se répartissent sur un vaste territoire,de la jungle javanaise au désert saharien,des montagnes himalayennes aux steppes de Haute Asie.   

Diversité des visages et des paysages qui a pour corollaire une diversité tout aussi bariolée sur le  plan doctrinal.Ainsi que l’avait prédit le Prophète lui-même,l’islam devait se diviser en 73 obediences, courants, chapelles,confréries,sectes:sunnites,chiites,kharidjites,ismaéliens,wahhabites,zaïdites,alaouites,ahmadis,alévites,
ibadites,bohras,qadianis,bektachis,druzes...Un croyant sur dix est chiite et la majorité sunnite, pourtant réputée «orthodoxe»,se décline en quatre grandes écoles juridico-théologiques (chaféite,hanbalite,hanafite,malékite) qui dominent,chacune,un pan du Dar el-Islam.De fait,l’Oumma est aussi bigarrée que la chrétienté.Mais elle n’a jamais eu d’autorité centrale unique.D’où la difficulté, voire l’impossibilité,de dégager un consensus sur de nombreux points de la foi,du dogme ou de la politique. Islam-hajis chinois  

Si l’islam n’a ni pape ni Vatican,il admet en revanche plusieurs pôles intellectuels.Le monde chiite,confiné à l’Iran pour l’essentiel, dispose bien d’un véritable clergé coiffé par un ayatollah, le «grade» le plus élevé de la hiérarchie religieuse tandis que le sunnite n’obéit à aucune structure hiérarchique.Cependant,l’université théologique d’El-Azhar,au Caire,fait fonction de référent pour les oulémas "orthodoxes" du monde entier. Il n’empêche,ce Vatican-Sorbonne du sunnisme n'en reste pas moins une institution d’Etat,dont le recteur est nommé par le chef de l'Etat égyptien.A Téhéran,au Caire et ailleurs, la religion demeure encore trop liée au pouvoir politique, quand elle ne le conteste pas.

Kazan-religions

Russie, de Vladimir à… Vladimir!

Posté par : Slimane Zeghidour

  Aigle-poutine Ainsi va la Russie. A l’image de son emblème national emprunté à Byzance, l’aigle à deux têtes regardant à la fois vers l’Orient et vers l’Occident, ce colosse aux pieds de glace n’a eu de cesse de tirer à hue et à dia. Ce qu’il fait d’une main, quand il choisit le  modèle libéral, il le défait de l’autre, lorsqu’il réhabilite la Russie tsariste et l’Union soviétique. Du coup, cet Etat-Janus qui semble ne plus savoir où donner de… la tête, sait, à ce qu’il paraît, à quel saint se vouer.

Et le saint en question c’est, pour l’heure, Vladimir, le prince qui  adopta vers 988 la foi du Christ, non sans avoir pris soin auparavant d’écouter un imam et un rabbin... Révulsé par l’opprobre jeté par le premier sur le vin et l'insistance du second sur le devoir de circoncision, il opta finalement pour l’amour évangélique, lui qui jusqu’alors mena une vie de patachon impénitent. Une fois baptisé par le moine grec Cyrille, il imposa aussitôt sa religion à la principauté de la Rus de Kiev, noyau slave et chrétien orthodoxe de la future Russie. Bapteme-vladi

Vladimir, cela va de soi, était connu comme le loup blanc... ou l’agneau pascal. Le 28 juillet n’était-il pas depuis des lustres un jour marqué d’une pierre -et d’une prière- blanche sur le calendrier canonique de l’Eglise orthodoxe? Pour louable, indispensable même, qu’il fût, cet hommage ecclésial jugé finalement trop ordinaire au Kremlin n’en restait pas moins confiné sous les voûtes des cathédrales et des monastères, trop à l’écart des bonnes gens russes. Une situation qu’ un autre Vladimir, Poutine, Premier ministre de son état et ex-futur chef de l’Etat, ne pouvait laisser perdurer. Joignant le geste au constat, il se fendit mi 2009 d’une instruction à la Douma, l’incitant à hisser sans tarder le jour du baptême de la Russie au rang d’une fête nationale à part entière. Ceci afin que l’Etat puisse enfin s’associer à l’Eglise pour honorer l’initiateur de l’autre “sainte trinité” russe, l’Eglise, l’Etat, la Nation. Le 21 mai 2010, le Sénat obtempéra comme un seul homme, l’imposant groupe communiste y compris.

Russie-din Clin d’oeil appuyé à l’Histoire, c’est en Ukraine, que le patriarche Cyrille de Moscou et des toutes les Russies avait choisi de célébrer le baptême de Saint Vladimir de Kiev dit Soleil Rouge. Non sans adouber, au passage, le nouveau président pro-russe, Viktor Ianoukovitch. En Russie même, ce même jour du souvenir passa quasi inaperçu. Rien d’étonnant, des chaleurs d’une ampleur inédite et d’immenses feux de forêts s’étendant sur huit fuseaux horaires ayant provoqué panique et pagaille d’un bout à l’autre du pays. Parant au plus urgent, le chef de l’Eglise avait dû délaisser saint Vladimir pour… s'adresser à ses ouailles afin d' inciter les citoyens à ne pas “voler” les dons envoyés aux sinistrés!

Juste retour des choses? C’est Vladimir Poutine qui aura eu le fin mot sur le jour du baptême de la Russie. Entre deux visites aux sans abris, une photo souvenir -en Harley Davidson, s’il vous plaît!- avec l’acteur belge Jean-Claude Van Damme, à Sotchi, sur la mer Noire, le Premier ministre avait quand même pris le temps de rappeler le rôle historique majeur de l’Eglise, ce “socle inamovible de l’identité nationale”. C’est, là encore, un exemple éloquent de cette Russie-Janus, quand le patriarche de Moscou et des toutes les Russies faisait, avec l'aval de l'Etat, de la grande politique en Ukraine tandis le Premier ministre se livrait à la défense et à l’illustration de l’Eglise nationale.

Russie-eternal

Etats-Unis : Dieu dans tous ses Etats?

Posté par : Slimane Zeghidour

Mains jointes

In God We Trust : “En Dieu nous croyons”! L’Amérique, on le sait, n’a jamais cessé d’être aiguillonnée par cette devise nationale, inscrite même sur le billet vert, le sacro-saint le dollar, l’autre devise “forte” du pays. Et à plus forte raison lorsqu’il y a péril en la demeure. Ce fut le cas au lendemain du 11 septembre 2001. L’on avait alors entendu George Bush appeler à une “croisade” contre l’ennemi de l’Amérique, un pays supposé blotti “sous l’aide de Dieu”.Et neuf ans après, voilà que Barack Obama évoque un autre 11 septembre, mais… “écologique”. Sauf que cette fois-ci l’ennemi n’a pas de visage. Il n’a pas frappé du ciel, mais a jailli des abysses du Golfe du Mexique, ce pan de l’Atlantique baignant cinq Etats de l’Union, la Louisiane, le Mississipi, l’Alabama, la Floride et le Texas. On connait les faits : le 20 avril 2010, la plateforme pétrolière, exploitée par la British Petroleum et propriété de la société Suisse Transocean, a explosé, avant de couler par 1 500 m de fond. Depuis lors, plus de 5000 barrils, soit 800 000 litres, s’ y déversent chaque jour. Près de 7000 bateaux, 100 avions et 50 000 personnes travaillent jour et nuit à endiguer l’irrépressible fuite. En vain, jusqu’ici.

Prière-maréeImpuissante à juguler le désastre, l’Amérique ne tarda pas à se tourner vers Dieu. Barack Obama, le premier, invita le peuple à implorer l’aide du Ciel. Intitulé “Priez pour notre littoral”, un site Web apparut aussitôt, incitant le bon citoyen à “prier pour la préservation de notre terre”, chaque jour que Dieu fait, de 10h à 14H. Le pays profond se mit à prier avec d’autant plus de ferveur qu’il était à la veille du très officiel Jour National de la Prière**, célébré chaque année, le premier jeudi du mois de mai. Le Congrès institua au même moment, il y a 58 ans, et ce “rendez-vous avec Dieu” et la devise nationale “In God We Trust”, sur fond de Guerre froide contre l'Union soviétique athée

Obama priere La cuvée 2010 du Jour National de la Prière, honoré le 6 mai, aura donc connu un éclat singulier, épreuve nationale du “11 septembre écologique” oblige. Ce fut un jour où l’on a vu communier des Américains de tous horizons, chrétiens catholiques et protestants, juifs, bouddhistes et, bien entendu, musulmans, jusques et y compris dans l'aile ouest du Capitole, siège du Congrès américain !

Rompant avec une tradition instaurée par Ronald Reagan et honorée avec une zèle ostentatoire par George Bush, Barack Obama ne convoqua aucun aucune messe oecuménique à la Maison Blanche. IL a pris le parti de "prier en privé, chez lui, ainsi qu'il le fait chaque jour", expliqua son porte-parole attitré, Robert Gibbs. Une "reserve" saluée par les laïques et tout autant décriée par les croyants. Du coup, la communion fit long feu et vira  au déchirement polémique quant au caractère laïque des Etats-Unis, dont les Pères fondateurs, pourtant pétris d’Ecritures bibliques, ont solidement posé le principe d’une nette séparation de la religion et de l’Etat. Le “retrait” du président provoqua une prompte levée de boucliers des conservateurs, "choqués" de voir ainsi “ravalée” à la sphère privée ce qui devrait rester un acte solennel, public, officiel, en un mot, une communion  patriotique.

Poster prayerSatisfaction, en revanche, des associations laïques qui n’ont eu de cesse de dénoncer, au nom du principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat, “un appel général à la prière”. Une dénonciation qui a obtenu une caution juridique de la juge fédérale Barbara Crabb, laquelle estima “inconstitutionnel” le Jour National de la Prière en concluant que le gouvernement n’a aucun droit “à influencer la décision d’un individu, lui dire quand et comment prier”. Un argument auquel Barack Obama n’aurait pas été insensible.

Il n’en fallut pas plus pour fournir un surcroît de “carburant” polémique à des cercles évangéliques, néoconservateurs et suprémacistes blancs qui clament haut et fort, “afin d’ouvrir aux yeux du peuple”, que le locataire de la Maison Blanche n’ a en réalité jamais professé qu’une seule et unique religion : l’islam! Pour être moins radical, le magazine évangélique “Christianity Today” ne s’en livra pas moins à une investigation poussé pour “découvrir” à quelle obédience le président serait affilié. En vain. S’il a quitté la Trinity United Church of Christ animée par son ex-mentor, le révérend "gauchiste" Jeremiah Wright,  il n’a pas plus rejoint une autre.

Mer rougeOn y apprend, cependant, que Barack Obama a tôt mis sur pied un “cabinet spirituel”, plus ou moins informel, composé de sept conseillers religieux triés sur le volet. Un catholique, Denis McDonough ; un musulman, Rashad Hussein ; cinq protestants, Joshua Dubois, Melissa Rogers, Joel Hunter, Sharon Watkins et, enfin, le pasteur Carey Cash, ancien combattant et aumônier chez les Marines, lors de l’invasion de l’Irak en 2003 où il a pu baptiser des soldats, à l’intérieur même du palais présidentiel de Saddam Hussein, à Bagdad… Plus géopolitique que théologique, ce "staff" aurait  eu pour mission prioritaire d'améliorer les relations des Etats-Unis avec l'Eglise catholique et l'slam, Rome et La Mecque.

Apportant de l’eau au moulin du chef de l’Etat, un sondage réalisé par le site Web de la chaîne XCBS News autour de la question “Pensez-vous qu’il faille maintenir le Jour National de la Prière?” a donné un résultat surprenant : 10% seulement ont répondu “Oui”, les autres y voyant plutôt une “infraction au sacro-saint principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat”. Depuis lors, la controverse n'a cessé d'enfler avec son lot de "sitt-in" de prière, d'exécrations, d'anathèmes et de prédictions apocalyptiques. Et si elle ne fera pas couler autant d'encre qu'il ne s'échappe de pétrole de la plateforme Deep Water Horizons, nul doute qu'elle ne sera toujours pas apaisée quand la marée noire sera jugulée.

Dar beida-in god

* www.prayforourcoast.org

** http://nationaldayofprayer.org/

Arabie, méridien de Greenwich ou méridien de La Mecque?

Posté par : Slimane Zeghidour

Big ben On le sait, chacun voit midi à sa porte. Sauf qu’à ce constat de bon vieux sens commun, la Grande Bretagne a pu ajouter, du haut de son empire “où le soleil ne se couchait jamais”, une sacrée exception : en fixant à Londres, dans le dernier quart du XIXè siècle, le méridien de Greenwich –du nom d’un lieudit sis au sud de la capitale- elle réussit par l’ imposer à la terre entière en tant que point zéro de l’espace et, partant, du temps horaire. Depuis lors, si elle ne fait plus la pluie et le beau temps, la capitale de l’actuel Royaume-Uni ne marque pas moins toujours le seuil de l’heure GMT (Greenwich Mean Time), si bien rebaptisé depuis 1982 "temps universel" ou CUT (Coordinated Universal Time).

Quoi d’étonnant, dès lors, si l’un des joyaux historiques de Londres reste le Big Ben, l’immense cadran horaire de 7 m de diamètre posé au sommet de la Tour de l’Horloge dominant le palais de Westminster, le Parlement britannique? Il donne l’heure, le ton et le son -3 km de portée pour le carillon!- à une métropole qui assimila toujours le temps à de l’argent. Autre exception : seul un sujet de Sa Très Gracieuse majesté pourrait obtenir l‘autorisation de visiter ce monument voué à compter le temps depuis fin mai 1859 au moyen d’une cloche –d’où le nom de Big Ben, la “Grosse Cloche”- pesant  pas moins 13, 5 tonnes de bronze.

Dôme melleinum Le temps étant assimilé à de l’argent outre-Manche, l’Etat britannique vit dans le Juibilé de l’An 2000 l’occasion en or pour rehausser le prestige de Londres, via… Greenwich. Il sollicita à cette fin le grand architecte Richard Rogers pour bâtir, sur la ligne du méridien 0, un imposant Dôme du Millénaire. Un ouvrage grandiose quoiqu’onéreux -75 millions d’euros- que cette structure de 50 m de haut et d’un km de circonférence sustentée par un réseau de câbles suspendus partant de 12 mâts de 100 m de hauteur. La décoration intérieure du monument fut confiée à l’inclassable artiste anglo-irakienne Zaha Hadid, qui y aménagea une “Zone de l’Esprit” prolongée par une “visite de l’intérieur” du corps reconstitué en relief. Enfin, on ne manqua pas d’y ouvrir une station de métro, la plus grande d’Europe, pour y amener un maximum de visiteurs.

Mecca-merkaz Nul doute que ce zèle artistique unanime suscité par le Jubilé commémorant le 2000è anniversaire de la naissance de Jésus-Christ –qui serait plutôt né vers 06 avant…J.C.- ait mis la puce à l’oreille d’oulémas et de pieux ou militants intellectuels musulmans à l’affût de la moindre opportunité de hisser haut le fanion de l’islam. A défaut de jubilé islamique, le télécoraniste égyptien officiant sur la chaîne El-Jazira, Youcef El-Qaradaoui, entreprit d’abord de contester le primat de Londres en matière de comput horaire. Puis, il affirma tout de go que le méridien 0 devrait passer non plus par Greenwich mais par La Mecque, véritable “nombril” du monde et donc, concluait-il, “centre incontestable” du globe. 

39° méridienEt l’ouléma d’en appeler à l’adoption de l’heure du méridien de La Mecque en remplacement de  l’heure GMT! Arguant du fait, historique, que la Grande Bretagne avait imposé de faire passer par Londres le méridien 0 au détriment du méridien de Paris, de doctes oulémas ont donc préconisé de “rétablir l’ordre naturel de la création” en optant, “enfin”, pour le berceau de l’islam, lieu choisi par Dieu pour y faire bâtir “Sa “ Demeure, la Kaâba, pôle terrestre vers lequel se tournent cinq fois par jour un milliard de Croyants pour prier et se prosterner./p>

Idrissi Ce faisant, les oulémas trahissent leur ignorance, à moins que ce ne soit leur rejet, ce qu’à Allah ne plaise, de la laborieuse et fascinante histoire de l’art cartographique. Un domaine où, pourtant, l’islam apporta une honorable quote-part, avec le géographe El-Idrissi, cartographe officiel du très Chrétien roi normand Roger II de Sicile, au XIIè siècle. Ce dernier, auteur d’une célèbre carte de l’Ancien monde, ne songea nullement à situer La Mecque, pas plus que Médine ou Jérusalem, au centre de l’univers habité. Ainsi, le méridien 0 ne définit-il pas le “centre” physique du globe terrestre mais le “milieu” virtuel qui le scinde en deux hémisphères, Est et Ouest, à l’instar de l’équateur qui le divise en Nord et Sud. Faudrait-il donc rappeler aux vénérables imams que l’agencement classique de la mappemonde, avec l’Europe positionnée en son beau milieu, ne correspond à aucune réalité physique? Et qu’il s’agit, de fait, d’une pure convention et qu’une planisphère projetée à partir de l’Australie, par exemple, rejetterait aux confins du globe l’Europe, l’Afrique et le Proche-Orient, La Mecque y compris.

Le monde à l'envers?

Plus encore, fallait-il rappeler au cheikh El-Qaradaoui que l’on doit à son antique compatriote égypto-libyen Eratosthène (276-194 av. J.C) la division de l’équateur en 360° et la terre en 24 quartiers d’orange, soit autant de fuseaux horaires… Et qu’en tout état de cause, il fallait bien fixer un méridien 0 sur une sphère terrestre dont Blaise Pascal disait que “le centre était partout et la circonférence nulle part”. En France, le roi Louis XIII décréta par ordonnance, et ce dès 1634, que le premier méridien serait celui dit de l'Île de Fer, aujourd'hui île d'El Hierro dans l'archipel des Canaries. Un choix qui sera rejeté par la Révolution, laquelle érigera le méridien de Paris en étalon universel, notamment pour définir le mètre en tant que nouvelle unité de longueur : la Terre ayant une circonférence d'environ 40 000 km, soit 40 000 000 m, le mètre équivalait donc  à la dix millionième section d'un demi méridien terrestre.

Meriden parisLe méridien de Paris ne sera abandonné au profit du méridien de Greenwich qu’en 1884, lors de la Conférence Internationale de Washington. La France ne consentit alors à Londres l’honneur de représenter le milieu de la Terre qu’à la condition expresse d’admettre que Paris puisse décider des poids et mesures au plan international. Un engagement que la Grande-Bretagne oubliera en refusant fermement d’adopter le système métrique français. Néanmoins, il faudra attendre le 9 mars 1911 pour qu’une loi officialisant le méridien international de Greenwich fût promulguée.

Alaska-londres Ni la portée scientifique ni la dimension géopolitique de l’instauration d’un “temps universel” n’avaient hélas! retenu l’attention des organisateurs d’un “Premier congrès international du Méridien de Makkah”, ouvert à Doha, au Qatar, le 19 avril 2008. Sous le titre “La Mecque, le Centre de la Terre, théorie et pratique”, la résolution finale, diffusée 3 jours plus tard, appelait d’une façon sibylline tous les pays à tirer un trait sur l’heure GMT pour adopter désormais le Makkah Mean Time (MMT) ou Islamic Mean Time (IMT). Simplement, en faisant passer par La Mecque le méridien 0 -alors qu’elle se trouve sur le 39è, soit sur la même longitude que Moscou, Alep, Addis Abeba et Zanzibar-, les “éminents savants” avaient a peine souligné ce fait que le méridien directement opposé, soit le 180è, ne passerait plus alors par l’île Taveuni aux Fidji où se trouve l’insolite panneau indiquant : “« Ici, à gauche de cette ligne, vous êtes hier et à droite de la ligne, vous êtes demain » mais sur l’atoll Napuka  en  ¨Polynésie française, soit sur le 141è méridien…

Makkah-arabeIl n’empêche. De fil en aiguille, l’idée d’un méridien 0 devant passer par La Mecque en lieu et place de Greenwich s’était emparée de beaucoup d’esprits. Elle ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd à…La Mecque, dont l’édile, le très entreprenant Khaled Al Fayçal, vit aussitôt l’intérêt de rehausser la métropole de l’islam au rang d’un référent non plus seulement islamique mais carrément universel. La volonté du prince, confortée par un budget de 3 milliards de dollars, des tonnes de béton, de verre et d’acier, des milliers d’ouvriers travaillant jour et nuit, ne tarda fait jaillir du sol saint une gerbe de sept tours hiératiques imprimant du coup à la “Mère des Cités” du Coran, l’aspect d’un New York futuriste. Edifié par le géant de l’immobilier Saudi Binladen Company (SBC), un groupe fondé par le père d’Oussama Ben Laden, le complexe Makkah Clock Royal Tower sera finalement inauguré fin juin 2010. Clou du projet : posée au sommet d’une tour de 595 m de hauteur, une méga horloge de 45 m de long et de 43 m de large, la plus grande du monde, cinq fois la taille de Big Ben ! Visible à 17 km à la ronde de nuit et à 12 km le jour, elle entrera en service le 10 août, premier jour du Ramadan 2010.

Va pour Big Ben et Greenwich ! Pis encore, il semblerait que les aiguilles de l’horloge, fabriquée sur commande spéciale en Allemagne, ne tourneront pas de gauche à droite, sens préconisé par Greenwich, mais de droite à gauche, à l’image du rite du “taouaf”, la marche giratoire autour de la Kaâba. Aspirer à instaurer un nouveau temps “universel” en adoptant une pratique insolite, aux antipodes de l’usage universel, voilà une contradiction qui ne semble pas avoir effleuré l’esprit des promoteurs de l’Islamic Mean Time. Pour l’heure, seules les chaînes satellitaires El-Jazira et El-Arabiya annoncent leurs émissions en déclinant et l’heure Greenwich et l’heure de “La Noble Mecque”.

Building watchRupture ou pas avec l’univers anglo-saxon, le Makkah Clock Royal Tower qui chapeaute le bien nommé complexe hôtelier Abradj El-Bayt –les Tours du Temple- de 3000 chambres et suites offrant une vue imprenable sur la Kaâba, sera mis sous les auspices de la célèbre chaîne d' hôtels de luxe canado-américaine, Fairmonts Hotels & Resorts. Mieux, quand on tape “makkah - mériden” sur google l’on obtient à plein écran des notices concernant uniquement… l’hôtel Méridien de La Mecque, sis à 100 m du lieu le plus sacré de l’islam, un palace de la fameuse chaîne, jadis française, rachetée par la holding américaine Starwood Hotels & Resorts. Allah y reconnaîtrait-il les siens?

France. Loi sur la burqah : toutes voiles dehors ?

Posté par : Slimane Zeghidour

Burquah dessin Tout oppose partisans et ennemis de la burqah. Tout, sauf un point, essentiel, sur lequel ils s’accordent : le port du voile serait une obligation canonique. Les uns, croyants sincères, rigoristes ou carrément intégristes militants, y voient l’expression d’une foi qui anoblit la croyante et l’affranchit du regard concupiscent du mâle. Les autres, féministes convaincus, laïques de bonne foi et, parfois, islamophobes indubitables, y décèlent, eux, la bannière d’un islam obscurantiste.

Couple perse Qu’en dit le Coran, « parole de Dieu » et source du droit islamique? Peu de choses, et plutôt évasives. A y regarder de plus près, un décalage saute aux yeux : le poids envahissant, depuis un quart de siècle, de la question du voile alors qu’elle occupe si peu de place dans le corpus des Ecritures. Le Livre d’Allah qui comporte 6219 versets n’en consacre pas plus de… trois (!) au voile féminin*. Et qui plus est, des énoncés trop laconiques et pas assez explicites pour donner une idée pratique de la taille, de la forme ou de la manière de porter le “hijab”, ce « rideau » voué à « préserver la pudeur » de la croyante.

En réalité, le livre saint insiste plus sur la nécessité pour les femmes - et d’abord pour les épouses du Prophète - de ne se monter aux hommes étrangers à la famille qu’ « en baissant leurs regards » et en « rabattant leur voile sur leurs poitrines » afin de « ne point être offensées ».

Ce flou quant au rideau de chasteté a laissé libre cours à autant de versions de voiles que de pays d’islam : hijab, jilbab, tchadri, haïk, niqab, tarha, tchador, kichali, tudung, ibadou, tous ces noms attestent qu’il y a eu mille et une manières de dissimuler les atours de la femme… Et il suffit de jeter un œil sur les gravures arabes, les miniatures persanes, les peintures mogholes ou encore les photos prises au cours du XIXè siècle, pour constater que la croyante y figure le plus souvent à visage découvert.

Costumes islam
Roi afghan-voile Dès l’aube du XXè siècle, des chefs d’Etat musulmans ont voulu donner un nouveau visage à l’islam en découvrant celui de la croyante. Le pionnier de ce féminisme avant la lettre fut, sans conteste, le roi… d’Afghanistan, Amanoullah-Khan. Lequel encouragea sa femme, la begum, à s’afficher partout, de Kaboul à Londres en passant par New Delhi et Paris, en tailleur-jupe, manteau vison, boa, collants et talons aiguilles. L’épouse du roi Farouk d’Egypte fit de même, ainsi que celle d’Atatürk, le fondateur de la République turque sur les ruines du Califat ottoman… La mise à l’index du voile féminin intégral ne date pas d’aujourd’hui. L’Espagne catholique de la Reconquista le déclara hors la loi dès 1513 par un édit de la reine de Castille et d’Aragon, Jeanne la Folle. L’Union soviétique organisa de veritable autodafés de tchadors à travers le Caucase et l’Asie centrale, notamment à Tachkent, en Ouzbékistan. Atatürk s’en moqua avant de l’abolir du service public; le Shah d’Iran l’assimila à une camisole. En pleine guerre d’Algérie, la France organisa le 13 mai 1958 à Alger une spectaculaire démonstration de dévoilement public, au cours de laquelle un groupe de femmes mit le feu aux haïks de satin ivoire et voilettes de gaze. Plus tard, une fois l’indépendance acquise, le cinéaste Mohamed Bouamari tourna en 1972 “Le Charbonnier”, un film qui se clôt par une scène où une femme du bled, devant des hommes abasourdis, arrache son voile blanc avant de le jeter par-terre… Femmes seroual
Depuis, les Talibans de Kaboul ont imposé le port de la burqah. Apanage des tribus pachtounes du Pakistan et de l’Afghanistan, ce surtout intégral a fini par s’imposer comme signe de ralliement pour les intégristes de tous poils, bien au-delà des « zones tribales » pakistano-afghanes et jusqu’en Europe en passant par le Proche-Orient.

4 burquah * « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines; et qu'elles ne montrent leurs atours qu'à leurs maris..." (24:30-31). "Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. C'est plus pur pour eux. Allah est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce qu'ils font.. » (24 : 30-31)
« Ô Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles: elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées » (33:58-59).

Caricatures : dessins, des saints…

Posté par : Slimane Zeghidour

Jesus clope Jésus, Mahomet, même combat ? Alors que le quotidien danois “Politiken” vient de présenter ses excuses aux musulmans pour les avoir offensés en publiant début 2008 des caricatures du Prophète, une autre caricature, de Jésus cette fois-ci, a mis sens dessus dessous un pan entier de l’Inde, l’Etat de Meghalaya, à majorité catholique.

Motif du scandale, une image pieuse retouchée, représentant le Christ une chope de bière dans une main, une cigarette dans l’autre, l’air décontracté et rêveur non d’un affreux terroriste mais d’un hippie évanescent. Imprimée dans un manuel scolaire, la photo montage a été mise sous la lettre “i” afin d’illustrer le mot “idole”. Il n’en fallut pas plus pour que les chrétiens locaux sortent de leurs gongs et exhalent leur ire contre la “profanation” de la personne du Sauveur, flétri sous les traits d’un baba cool, païen de surcroît.

L’éditeur, vite alerté, déplore à cor et à cri une “erreur humaine”, implore le pardon des chrétiens qui représentent à peine 2,3% du 1,1 milliard d’ Indiens, en rejetant la faute sur l’ agence de design chargée de la conception de l’ouvrage. Déjà distribué à des centaines d’exemplaires, le manuel incriminé sera retiré et mis au pilon. Il n’empêche, le gouvernement local, qui dénonce un “acte blasphématoire”, n’en a pas moins déposé plainte contre la maison d’édition Skyline Publication, sise à New Delhi.Manuel-jesus-idole

L’Eglise catholique locale, qui gère, soit dit en passant, un quart des écoles indiennes (!) a eu beau accepter les excuses de l’éditeur, cela n’a pas suffi au ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, qui a tenu à exprimer haut et fort sa ferme condamnation d’un “portrait blasphématoire du Christ” et sa “profonde préoccupation face à la violation des droits et de la dignité des chrétiens”.

Autre lieu, autres moeurs. Si les excuses de l’éditeur indien ont pu apaiser les esprits, y compris au Vatican, celles du rédacteur en chef de “Politika” ont soulevé un tollé parmi les autres journaux européens, au nom de la liberté d’expression. Et ce alors que le quotidien danois affirme noir sur blanc que s’il présente des excuses sincères aux croyants “offensés” il ne renonce pas pour autant a republier à nouveau ces mêmes caricatures. En fait d’excuses, il s’agit plutôt d’un compromis élaboré entre le journal et l’avocat saoudien qui en formula l’exigence au nom de la Naqabat El-Achraf ou “Syndicats des Nobles”, soit des 70 000 descendants de Mahomet, dont le roi Abdallah II de Jordanie, le roi Mohamed VI du Maroc, l’Agha Khan, lequel descend à la fois du Prophète de l’islam et, par sa mère, Joan Barbara Yarde-Buller, de Charles 1er d’Angleterre, de Henri IV, et donc de Saint Louis, roi de France !

Crucifix-italia Que l’Italie soit le seul pays européen à réagir, et au plus haut niveau, contre une image « blasphématoire » de Jésus, publiée en Inde, s’explique par ce fait qu’elle mène une véritable croisade contre la Cour européenne des droits de l’homme, laquelle l’a condamnée, en novembre 2009, pour le maintien de l’accrochage du crucifix dans les écoles, estimant cette présence contraire au droit des parents d’élever leurs enfants selon leurs convictions et au droit des enfants à la liberté de religion.

En réaction, Rome a proposé une loi -élaborée par la gauche!- pour rendre obligatoire carrément ledit crucifix dans les écoles publiques. Franco Frattini, cohérent jusqu’au bout dans sa défense de Jésus-Christ, se rendit à Strasbourg, fin janvier 2010, afin de plaider et en faveur de la croix -un symbole “qui touche l’identité du pays”- dans les établissements scolaires et pour inclure une référence explicite aux “racines chrétiennes “de l’Europe dans le traité de Lisbonne. Le crucifix ne serait donc plus seulement un objet religieux mais l’expression de l’âme d’une nation.

Croix sur europe

Mieux, l’Italie a fini par faire appel de la décision et la Grande Chambre, convoquée le 2 mars 2010 a accepté la demande de renvoi présentée par le gouvernement italien. Quant à Franco Frattini, le très catholique chef de la diplomatie italienne, il excipa de sa condamnation des caricatures de Mahomet lorsqu’il déclara comprendre “le sentiment d’affront et même le chagrin des musulmans” pour mieux promouvoir l’identité catholique du pays. Aussi, ce ministre membre du Parti de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi, n’a-t-il pas hésité à apporter un soutien vibrant à la proposition d’ajouter un crucifix sur le drapeau national, celui de l’Italie moderne, édifiée sur les ruines des Etats pontificaux. Observant que neuf drapeaux européens comportent déjà une croix, il estima qu’une dixième bannière n’en déparerait pas l’ensemble. Rio-christ

Cet unanimisme dans la défense et l’illustration de Jésus vient de trouver une expression inédite, au Brésil cette fois-ci, le plus grand pays catholique du monde. Là-bas aussi, les chrétiens se disent “choqués et offensés” par la scène du film catastrophe “2012” de l’Allemand Roland Emmerich, où l’on voit vaciller puis s’effondrer l’altière statue du Christ Rédempteur qui domine la baie de Rio de Janeiro. L’archidiocèse de Rio exige des dommages et intérêts pour “abus et détournement d’image” à la société de production américaine Columbia Pictures. Oeuvre du Français d’origine polonaise, Paul Landowski –auteur également du monument aux morts -disciples de Jésus et fidèles de Mahomet réunis- de la Grande Guerre sis à Alger et coulé hélas ! dans le béton depuis l’indépendance (photo ci-dessous)-, la statue de 30 mètres de hauteur posée sur un piédestal de 8 mètres et trônant sur le mont Corcovado à 710 m d’altitude évoque Rio autant que la tour Eiffel Paris.

Traumatisée par les caricatures de Mahomet, dont l’une représente le Prophète de l’islam avec une bombe allumée sur le turban, une part notable de l’opinion musulmane attend une “revanche” esthétique afin de réhabiliter l’image de l’Apôtre d’Allah. Ce sera fait, inch Allah, sous la forme d’un film, une super-production confiée à l’Américain Barrie Osborne, le producteur de “Matrix” et de la trilogie du “Seigneur des Anneaux”. Sponsorisé par l’Etat du Qatar à hauteur de 150 millions de dollars et supervise par le télécoraniste égyptien de la chaîne El-Jazira, le Frère musulman cheikh Qaradaoui, l’oeuvre sera
«une production épique internationale destinée à relier les cultures. Le film éduquera les gens sur le sens véritable de l’islam». Bien entendu, l’on n’y verra pas l’image et encore moins le visage du Prophète. Ainsi, après le « Jésus de Nazareth », il y aurait bientôt un « Mahomet de La Mecque ». Grâce à Hollywood, la « Mecque du cinéma ».

Landowski1-alger

Etats-Unis-Chine, To Be or not Tibet ?

Posté par : Slimane Zeghidour

Dalai-obama2 Pékin aura  eu donc beau protester, agiter la menace de « rétorsions sévères » contre Washington, Barack Hussein Obama a quand même reçu, ce 18 février, le Dalaï-lama, nom et titre valise tibéto-mongol signifiant Océan de Sagesse. Une heure d’horloge d’entretien, une photo, pas un mot de commentaire officiel… Un profil bas calculé qui n’émoussa en rien, tant s’en faut, le courroux chinois contre l’ « agitateur séparatiste » honni, autrement dit le chef du gouvernement tibétain en exil.Dalai-boudha  

Pourquoi la Chine s’ échine-t-elle à courir aux trousses d’un homme qu’elle a déjà contraint à l’exil il y a plus d’un demi siècle ? Et en quoi la débonnaire fonction de dalai-lama en fait-elle bondir le tout-puissant pouvoir ?  Parcequ’ il « réincarne » l’esprit du Bodhisattva de la Compassion, le saint patron historique du Tibet. Unique en son genre, la fonction n’a pourtant été homologuée qu’en 1578 -soit plus d’un millénaire après l’introduction du bouddhisme sur le Toit du Monde- par le prince mongol Altan Khan en ne lui conférant au demeurant qu’un strict pouvoir spirituel. Un demi siècle plus tard, l’ empereur mongol Güshi Khan, qui érigea le bouddhisme tibétain en religion de l’Etat, consacra le 5è dalaï-lama, Lobsang Gyatso, en tant que chef tibétain temporal cette fois-ci,  avec résidence officielle à Lhassa.

Bodhisava L’empire mongol, sans doute le plus vaste ayant jamais existé puisqu’il recouvrit jusqu’à 33 millions de km2, s’étirant de la Méditerranée au Pacifique et de la Sibérie à l’Indochine en passant par le Moyen-Orient et l’Inde, englobait à l’époque sous la même yourte continentale et l’Empire du Milieu chinois et le Toit du Monde. Protectorat chinois de 1720 à 1910, le Tibet sera encore plus assujetti à la Chine, à l’aube du XXè siècle, et par la faute… des Britanniques. De Lord Curzon, vice-roi des Indes, en particulier, lorsqu’il décida d’envahir le plateau tibétain avec l’objectif d’en bouter les Russes, l’empire tsariste de Saint-Pétersbourg étant alors le grand rival de Londres en Asie centrale. Une fois à Lhassa, l’Anglais réalisa qu’il n’ y avait pas plus de sujets du tsar que de dalaï-lama, ce dernier ayant fui la capitale.

Maîtresse des lieux de 1904 à 1908, la Grande-Bretagne ne trouva pas mieux que de placer le Tibet sous la « suzeraineté » de la dynastie chinoise des Qing, elle-même déjà mise sous influence anglo-saxonne. Un legs territorial que la nouvelle république de Chine, proclamée dès 1912, intégra tous azimuts, y compris dans les couleurs de son drapeau vouées à honorer les cinq peuples principaux qui la fondent : Hans, Mandchous, Mongols, Ouïgours, et Tibétains, dont les alphabets parmi lesquels l’arabe pour le ouïgour- ornent toujours les billets de banque chinois… Un an plus tard, profitant de la chute de l’empire Qing, le 13è dalaï-lama, Thubten Gyatso, parapha une sorte d’ « indépendance dans l’interdépendance » avec l’Inde britannique, décision que Pékin ignora avec superbe. Un statut bancal qui prit fin en 1951, avec l’entrée en force à Lhassa de l’Armée dite de « libération populaire » chinoise. Dalai-bébé

Ayant hissé sans coup férir la bannière rouge étoilée sur le Toit du Monde, la nouvelle Chine « libératrice » reprit à bras le corps la question de la représentation « nationale » du Tibet. Désigné chef de l’Etat juste un an auparavant, à l’âge de 15 ans, Tenzin Gaytso, né Lhamo Dhondrub au sein d’une famille paysanne du nord-est du pays et déclaré Dalaï-lama dès le berceau, dût très tôt composer avec le statut imposé de citoyen chinois. Il appris… le tibétain, lui qui a vu le jour dans une contrée sinophone administrée par un Chinois musulman, acheva ses études au séminaire de Lhassa et eu droit même, mi 1954, à une audience avec Mao Zedong, lequel lui promit de veiller au respect de la personnalité du Tibet…

Dalai mao coul

Dalai-neige-face En dépit ou à cause de l’engagement du Grand Timonier, un vent de révolte armée, fortement attisé par les Etats-Unis, souffla sur le « pays des neiges éternelles ». Coups de mains de la guérilla de « libération » et raids punitifs chinois finirent en 1959 par pousser le Dalaï-lama sur les routes escarpées de l’exil. L’Inde, l’autre géant démographique et rival immédiat, lui octroya aussitôt un asile sûr dans la ville de Dharamsala, au grand dam de la Chine.

Pékin mit alors les bouchées doubles afin de digérer le Tibet. D’abord, en mettant en avant une « commune histoire » qu’elle fait remonter jusqu’ au XIII siècle, pour mieux plaider une « communauté de destin » entre la Chine et le Tibet et justifier d’autant l’annexion de ce dernier pays. Et de marteler sans répit, avec des accents qui évoquent le discours sur la « mission civilisatrice» de l’Europe du XIXè siècle, le protectorat chinois sur le « pays des neiges éternelles» (1720-1910), l’abolition du régime féodal et du servage, la mise hors la loi des châtiments corporels, l’électrification, les soins et l’éducation primaire gratuits, la mise en route d’un chemin de fer reliant en deux jours Pékin à Lhassa à travers 4000 km de rail et en franchissant des cols au-dessus de 4000 m d’altitude…Carte minorités

Puis en arrimant solidement le Tibet au puzzle administratif d’une république de Chine délimitée par 15 000 km de frontières terrestres, dotée d’ une façade maritime de 14 500 km et composée de 22 provinces, 5 « régions autonomes » -dont celle du Tibet depuis 1965, vaste comme trois fois la France-, 30 préfectures, 124 districts et plus de 1200 comtés ethniques. D’où la hantise de Pékin de s’aliéner ce plateau continental –le fameux Toit du Monde- d’où s’écoulent dix des plus importants fleuves de l’Asie. Surtout si on rajoute à cette région deux autres provinces tibétaines, le Qinghai et le Sichuan, ce donnerait un Grand Tibét englobant pas moins d’un quart du territoire chinois. Voilà l’espace dont le vieux lama revendique le leadership spirituel et la plus large autonomie possible, à défaut d’indépendance, par rapport au pouvoir central chinois.

Dalai-rabia Une attente à laquelle ce même pouvoir reste d’autant plus sourd que l’actuel chef de l’Etat, Hu Jintao, connaît bien la région autonome du Tibet pour y avoir exercé il y a trente ans la fonction de patron du parti communiste local. La méfiance à l’endroit du dalaï-lama se double et se nourrit de la hantise que deux autres provinces, le Turkestan oriental ou Xinq Jiang turco-islamique et la Mongolie intérieure, n’ en viendraient à imiter l’exemple tibétain. Le cauchemar de Pékin, car l’indépendance de ces trois régions frondeuses et soumises à une sévère répression amputerait la République populaire de Chine de plus de la moitié de son territoire.

Lhassa mars 2008

Sus donc au « séparatiste » dalaï-lama. La Chine n’ a jamais hésité sur les moyens pour disqualifierTrain jebel l’Océan de Sagesse, conjuguant contestation internationale, désacralisation intérieure et sinisation de la fonction même de dalaï-lama. Le gouvernement de Pékin a déjà clamé haut et fort que le prochain Océan de sagesse naîtra en territoire chinois et sera ainsi désigné ès qualité par elle seule.

Bluff, ballon d’essai ou intention bien arrêtée ? « Si la situation présente reste en l’état, a tenu à réaffirmer la 14è émanation, je renaîtrai hors du Tibet, loin du contrôle des autorités chinoises… afin de continuer mon travail inachevé », soit l’autonomie pleine et entière du pays des neiges éternelles… Au sein de la république populaire de Chine quand même, car le Dalaï-lama ne revendique plus l’indépendance totale mais une façon d’« indépendance dans l’interdépendance ». N’a-t-il pas été jusqu’à déclarer, au lendemain de son entretien avec Barack Obama à la Maison Blanche, que « Si une majorité de Tibétains a le sentiment que l’institution du dalaï-lama n’a plus de sens alors celle-ci doit cesser d’exister, il n’ y a aucun problème ». Un aveu qui sonne comme une victoire de l’Empire du Milieu qui n’a jamais rimé avec esprit du juste milieu.

Billet chinois

Haïti, laisser faire Lucifer ?

Posté par : Slimane Zeghidour

Jesus-ruines Aucun de doute, dans l’esprit du célébrissime télévangéliste américain, Pat Robertson : Haïti n’aura subi que ce qu’il a bel et bien mérité ! Inutile donc de spéculer sur les humeurs des plaques tectoniques. C’est moins la terre qui a tremblé que le Ciel qui aura sévi ! Et à juste titre, tranche le docte révérend pasteur baptiste.

Ainsi, le peuple haïtien, perclus d’épreuves depuis deux siècles, ne devrait s’en prendre qu’à lui-même. 75 000 morts, un million de sans-abri, des dizaines de milliers d’orphelins, des cohortes de réfugiés hagards dans une capitale soudain muée en décor sépulcral, livrée aux rongeurs et aux gangs, toute cette humanité frappée dans sa chair ne ferait donc que “payer”, explique le pasteur, l’air faussement contrit, pour... un soi-disant “pacte” de dupes qu’il aurait “conclu avec Satan lui-même”, une nuit Pat-time d’août 1791 !

Canular indécent d’un cerveau détraqué face à l’indicible malheur d’un pays ou sinistre galéjade d’un cynique impénitent, au regard de l’émouvant élan de solidarité international qui s’est porté au secours d’une nation ébranlée ? On pourrait le penser, si ce n’est que Pat Robertson n’a à priori rien d’un hurluberlu isolé ni d’un histrion prêchant dans le désert.

Il jouit, tout au contraire, d’une aura plus qu’enviable aux Etats-Unis et même au-delà. Prédicateur évangélique très écouté par le Tout- Washington, entrepreneur prospère à la tête d’un empire médiatique, militant politique à la droite du parti républicain –il en fut candidat à la Maison Blanche en 1988-, Marion Gordon Robertson, dit Pat, 80 ans bon pied bon œil, prêche dans une émission culte de télévision –“The Club 700”- taillée sur mesure pour lui.

Haiti-tête-débris

The 700 club Emission phare de la holding Christian Broadcasting Network (CBN), “The Club 700” est diffusée à travers 2 00 pays et traduites en plus de 70 langues, chinois, hindi et arabe compris. La tribune idéale pour faire porter “urbi et orbi” la bonne parole. Aussi y a-t-il accouru dès l’annonce du séisme qui dévasta Haïti le 12 janvier pour y aller de son éditorial du jour. Sur un ton sibyllin, il évoque sans crier gare non une tragédie mais…”une bénédiction déguisée”.Haiti pat rictus  

Et d’enchaîner : “Il s’est passé quelque chose à Haïti, il y a longtemps, dont les gens de l’île préfèrent ne plus en parler…Vous savez, les Haïtiens vivaient sous la férule de Napoléon III* ou de je ne sais qui d’autre. Ils se sont réunis et ont signé un pacte avec le Diable. Ils ont donc dit à Satan : nous te serviront toi, si tu nous aides à nous libérer du joug des Français”. Conscient tout de même du caractère extravagant de son récit, Pat Robertson surenchérit : “C’est une histoire véridique, vous savez. Eh oui! Le Démon a répondu Ok, marché conclu. Et ils ont chassé les Français de l'île... Mais depuis ce temps-là, les Haïtiens sont maudits. Nous devons prier pour qu'ils se tournent vers Dieu”. Via l’Eglise baptiste, par exemple, dont les missionnaires sont déjà à pied d’oeuvre à Port-au-Prince.

Haïti-enfant Aussi sec ! Et pas un mot sur l’Eglise de Haïti, décapitée, l’archevêque de Port-au-Prince et le vicaire général ensevelis sous les décombres de la cathédrale, des centaines de séminaristes disparus et pas moins de 3 20 chapelles réduites à l’état de débris. Il est vrai qu’il s’agit de catholiques, soit au mieux de semi chrétiens pour le prédicateur baptiste, membre de Southern Baptist Convention, une congrégation qui aura attendu l’été 1995 pour exprimer des “regrets” publics pour son indéfectible soutien aux esclavagistes et à la ségrégation des Noirs. Au nom de la Bible, cela va de soi.Haiti-cham  

Mea culpa ou pas, Pat Robertson est resté un baptiste bon teint, un prédicateur qui prend les Ecritures au pied de la lettre. Le Noir serait le descendant de Cham, l’un des trois fils de Noé, que le patriarche aurait voué à jamais au destin fatal de “serviteurs des serviteurs”. Maudits sont également “les athées, les avorteurs, les féministes et les homosexuels”, tous “dépravés” que le révérend accuse d’avoir attiré les foudres du Ciel, sur les Etats-Unis le 11 septembre 2001… Selon lui, Ossama Ben Laden serait moins le “glaive de l’islam” que l’instrument choisi par le Seigneur pour infliger à New York le châtiment qu’elle aura plus que mérité.

Pis, le Pasteur évangélique qui appela à “assassiner” le chef de l’Etat vénézuélien, Hugo Chavez, qualifia l’islam d’avatar de l’ “Antéchrist” et l’hindouisme de “religion démoniaque” n’épargna pas même l’ex-Premier ministre israélien, Ariel Sharon, lequel, coupable d’avoir accompli le retrait d’Israël de la bande de Gaza, aurait été ainsi “puni par Dieu pour avoir voulu amputer et diviser la terre promise”.

Haiti-drapeau Quant à la terre dévastée de Haïti, il semblerait que l’extrapolation de Pat Robertson ait pour origine l’histoire de Douty Boukman, un Noir de Jamaïque qui inspira la rébellion des esclaves et des “libres de couleur” ou affranchis de Haïti. Vénéré en tant que “hougan” –prêtre du vaudou, une religion syncrétiste importée d’Afrique- ce Spartacus des temps modernes organisa, la nuit du 14 août 1791, une cérémonie autour d’un cochon noir sacrifié dont les assistants, des esclaves en rupture de ban, burent le sang, un rite magique censé mettre chacun à l’abri des balles de fusil.

Le rituel achevé, Douty Boukman incita les esclaves à attaquer partout les colons blancs français. Dix jours durant, l’île d’Hispaniola -dont Haïti n’est pas encore détachée-, “perle des Antilles”, peuplée de 30 000 colons et de 600 000 esclaves, sera mise à feu et à sang, les insurgés n’épargnant ni les femmes ni les enfants. Tout aussi aveugle et impitoyable, la répression par les soldats français n’aboutit qu’à un court répit.

Taillés en pièces, leur « hougan » décapité et la tête exposée au public, les rebelles repartent en guerre, non plus pour la liberté, l’égalité et la fraternité -promises par la Révolution, y compris pour les esclaves- mais pour l’indépendance. Qui sera proclamée le 1804, ce qui fera de Haïti le premier Etat libre fondé par des Noirs, anciens esclaves de surcroît. Une autre “révolution” dont la France de Charles X ne prendra acte que moyennant des indemnités de 1 50 millions de francs or –l’équivalent de 21 milliards d’euros!- afin de dédommager les anciens colons ayant trouvé refuge à Saint-Domingue ou aux Etats-Unis. Une liberté très chèrement payée, et donc amplement méritée.

Haiti bois caiman

* Napoléon III naîtra en 1808, soit 17 ans après l’événement auquel fait allusion ici le savant prédicateur.

Europe : Nouvel An, vœux pieux ?

Posté par : Slimane Zeghidour

Voeux-poitiers Nouvel An, vieil usage, celui d’adresser des cartes de bons voeux. Un rite apparu au Moyen Age –il sera consacré par l’invention du timbre en 1843- du croisement de la tradition romaine des étrennes et de l’antique pratique chinoise des souhaits de prospérité imprimés sur papier de riz.

Nouvel An oblige, il faut également changer d’agenda, ouvrir une nouvelle page…Cartes de voeux et calendriers inaugurent donc, et sous les meilleurs augures, l’essor d’un autre cycle, d’un nouveau départ. Reste l’art et la manière de présenter et d’exprimer ses voeux, laissée au libre-arbitre, au goût ou au credo existentiel de chacun. En cette période de trêve des confiseurs, où il n’a pas manqué pas d’oulémas pour dissuader -par fatwa- les croyants de souhaiter “joyeux Noël” aux chrétiens ni de rabbins israéliens pour mettre à l’index les boutiques, restaurants et hôtels qui dressent des sapins honnis, on a vu fleurir côté “chrétien”, surtout sur la Toile, dans une façon d’oecuménisme du rejet, une flopée détonante de cartes, posters, autocollants et pin’s, autant de supports pour envoyer des voeux non moins extravagants.Poing-minaret

De quoi s’agit-il ? De cartes, de posters, de pin’s et de calendriers mis en ligne par des groupes ayant pignon sur le Web. Installés en Allemagne, au Royaume-Uni en Italie et en France, ces sites qui s’affichent “islamophobes et fiers de l’être” invitent tout un chacun –“européen chrétien” cela va de soi- à lutter contre “l’islamisation rampante” de l’Europe. On y trouve de tout, un bric à brac de poncifs recuits, de bricolages graphiques. Echantillon : une carte de voeux illustrant la “défaite” de l’islam en 732 à Poitiers et montrant un Sarrasin gisant sur l’herbe fraîche du champ de bataille, non loin d’un drapeau vert orné de la profession de foi islamique tandis qu’un “Chrétien” arbore haut son sabre ensanglanté.

Calendrier-jihad

Liberté Une autre carte, plus dépouillée, représente un point fermé qui déchire le poster où figure un minaret. Plus élaboré, une sorte de triptyque décline la devise française “Liberté, égalité, fraternité” en l’assortissant de dessins et de mots d’ordres vitupérant l’islam…Un calendrier, vendu en ligne par le site “gates of Vienna”, allusion au siège de Vienne par des troupes ottomanes en 1683 englobant, soit dit en passant, des milliers de soldats chrétiens, serbes, albanais et hongrois, illustre chacun des douze mois de l’an 2010 un monument supposé “chrétien” mais surmonté d’un ostensible et scintillant… croissant islamique flanqué du mot d’ordre : “assez!”.Liberty-croissant

La palette des monuments s’étend de l’opéra de Sydney à la statue de la Liberté à New York en passant par le Colisée de Rome, la porte de Brandbourg à Berlin, le palais de Westminster à Londres, tour Eiffel à Paris…Mieux, la couverture du calendrier intitulé “Contre-Djihad” et sous-titrée “stoppez le top de la charia”, montre une horloge marquant minuit –l’heure de l’islamisation achevée- moins 5 mn, le tout encadré par les drapeaux de douze Etats européens et ceinturé par le mot d’ordre “assez !”, transcript en autant de langues.

Rome-hillel

Islamophobic Xénophobes, ces élucubrations graphiques ? Racistes, ces mots d’ordre ? A chacun d’en juger. Quant aux auteurs, eux, ils affichent leur couleur et l’assument au grand jour. Un pin’s, mis en ligne par “gates of Vienna” et illustré par la figure du roi polonais Jean III Sobieski, ainsi honoré pour avoir combattu les Ottomans, le clame sans ambages : “Islamophobes et fiers de l’être”!