Irak, énième calife ou second canif?

Posté par : Slimane Zeghidour

Capture d’écran 2014-07-30 à 16.32.48La tonitruante proclamation d’un nouveau calife, le 29 juin 2014 à Mossoul, n’aura pas plus suscité d’intérêt dans l’opinion musulmane que la déposition du tout dernier, le 23 mars 1924 à Istanbul  ! Pourtant, le tout récent et prétendu "successeur" -c’est le sens du mot "calife"- du prophète Mahomet n’aura ménagé aucun symbole du patrimoine islamique ni expédient du marketing dernier cri pour optimiser à souhait l’effet d’annonce de son propre avènement.

Et d’abord en choisissant, pour s’adresser à l’oumma, la communauté des croyants, le premier jour du mois de ramadan, rendez-vous sacré entre tous. N’est-ce pas durant sa lunaison que le premier verset du Coran est «  descendu  » du ciel dans le cœur de Mahomet ? D’où l’instauration du jeûne canonique du même nom, voué à en célébrer le divin miracle. Ensuite, en adoptant pour patronyme califal Abraham, sous la forme arabe d’Ibrahim 1er, il s’est mis d’emblée sous l’égide du très vénérable patriarche biblique, le père de tous les croyants et le «  premier musulman  », selon le Coran. Enfin, songeant sans doute à boucler une boucle, Abou Bakr el-Baghdadi s’est flatté d’avoir reçu dès le berceau le prénom du tout premier successeur de Mohammed l’Envoyé de Dieu, Abou Bakr el-Saddiq.

Las. Il s’avèra d’emblée que le ci-devant calife prêche dans le désert de son soi-disant État islamique, taillé à coups de sabre, à cheval entre la Syrie et l’Irak. En soi, l’indifférence unanime des musulmans à l’endroit du "successeur" autoproclamé n’a rien de surprenant. En effet, rien dans l’islam n’incite les croyants à adopter le califat en tant qu’unique système légitime de gouvernement, ni même à le considérer comme étant le moins mauvais à l’exclusion de tous les autres. Et s’il y eut en tout et pour tout cinq califats impériaux, entre 632 et 1924, aucun ne fit jamais l’unanimité ni ne couvrit la totalité de l’univers islamique, le fameux Dar el-Islam, la "Maison de l’islam". Capture d’écran 2014-07-30 à 16.02.32

Le califat -el-khilafat, la "succession" en arabe-, désigne donc moins un type d’État donné qu’un mode de succession improvisé au Prophète de l’islam. Il fut donc plus un principe qu’un projet. Aussi, le sens de ce mot, qui qualifia les premiers empires arabo-islamiques, fut-il élaboré au jour le jour, au rythme des expansions territoriales et de la façon la plus…empirique. De fait, le décès inattendu de Mahomet, l’été 632 à Médine, plonge la petite "secte" des croyants dans le désarroi le plus total, l’Envoyé n’ayant légué aucun testament quant à la marche à suivre pour diriger l’oumma en gestation, alors noyée dans un désert arabe plus qu’hostile. Un temps abasourdis, les intimes du prophète, ces "apôtres" de l’islam, se ressaisissent et engagent aussitôt le débat sur le choix d’un successeur. L’échange est si âpre qu’ils oublient -deux jours durant  !- de mettre en terre le saint homme dans le délai requis, soit le jour même du "retour à Dieu" de son âme.

Du feu de la discussion jaillissent deux courants, invoquant chacun le Coran. Le premier affirme que la succession devrait revenir à l’apôtre le plus ancien, le plus intègre  ; il désigne son candidat, le bien-nommé Abou Bakr el-Saddiq, "le Loyal" devant l’Éternel. Au grand dam du second qui prétend, lui, qu’il n’y aurait de calife légitime que celui qui aurait "hérité" du Prophète l’ascendant spirituel et le pouvoir séculier. Et de porter son choix sur le seul Ali, cousin du Messager et, surtout, époux de sa fille adulée Fatima et père de deux petits-fils chéris, Hassan et Hussein. Autant parler d’une sainte famille, Ahl el-Bayt, c’est-à-dire "Gens du foyer".

L’élection d’Abou Bakr au califat au détriment d’Ali inaugure le premier grand schisme de l’islam : indignés, les "partisans d’Ali" -“chi’at Ali”, d’où le nom de "chiite", s’inscrivent en faux contre le calife pour s’attacher à la vénération intime, plus tard souvent secrète, d’un "imam", ou chef de l’oumma, issu de la chair du Prophète, via Hassan et Hussein. Désormais, il sera question de deux lignées parallèles, celle des califes "sunnites" et celle des imams "chiites", ceux-ci presque partout soumis au pouvoir souvent oppresseur de ceux-là, dans un rapport de rivalité sourde et de dédain ouvert.

Abou Bakr rend l’âme deux ans plus tard. Omar Ibn el-Khattab prend aussitôt la relève et conquiert la Perse, la Mésopotamie, la Syrie, la Palestine et l’Égypte, avant de succomber, au milieu de l’année 644, sous les coups de couteau d’un esclave persan. Othmane Ibn-Affan reprend le flambeau et, à défaut d’expansion majeure, passera à la postérité pour avoir veillé durant ses douze ans de règne à la rédaction du Coran dans son contenu actuel, non sans avoir éliminé toutes les autres versions existantes. Il n’en sera pas moins assassiné à La Mecque. Vient enfin le tour d’Ali Ibn Abi Talib, qui est proclamé calife, presque malgré lui. En charge d’un califat qui s’étend déjà de la Perse à l’Égypte, il déplace la capitale de Médine à Koufa, dans le sud de l’Irak. Curieux destin que celui d’un homme qui devient ainsi à la fois le quatrième calife des sunnites et le premier imam des chiites.

Capture d’écran 2014-07-31 à 16.39.30En dépit -ou à cause- de cette double légitimité, Ali, loin de rassembler l’oumma, sera à son corps défendant l’un des plus sérieux facteurs -et non point l’acteur- de la division de la communauté des croyants. En effet, à Koufa, le calife règne mais ne gouverne pas un univers islamique en extension irrésistible. Le cœur politique de l’islam bat désormais à Damas, où le clan mecquois des Omeyyades s’exerce à une gestion impériale d’un nouvel empire transcontinental, s’étendant de la Muraille de Chine aux Pyrénées. Moâwiyya, le chef des Omeyyades, manigance et réussit à se faire désigner calife à la place du calife Ali. Déçu et furieux, l’un de ses partisans l’assassine, fin 661. Ainsi se clôt ce que les historiens musulmans qualifieront d’ère des "quatre califes bien guidés" et s’ouvre celle des califes profanes et des califats impériaux.

Ultime et vain sursaut de révolte contre le nouvel ordre, Hussein, le fils d’Ali, petit-fils de Mohammed et troisième imam chiite -après son père et son frère Hassan- prend la tête d’une armée et fonce sur Damas pour abattre Yazid 1er, le second calife omeyyade intronisé courant 680. Bloqué au lieudit Kerbala, l’insurgé est supplicié avant d’être décapité. Les chiites érigeront le drame et le theatre où il se déroula en une sorte de Golgotha, lieu sacré entre tous de la Passion de Hussein.

Les califes omeyyades de Damas (661-750) consolident l’administration de l’empire. Les Abbassides de Bagdad (750-1258) qui leur succèdent inaugurent le fameux "âge d’or" de l’islam, avec ses philosophes rationalistes, ses traducteurs syriaques et juifs, ses “Mille et une nuits”, avant de succomber aux assauts de Tamerlan, l’héritier de Gengis Khan. Suite à quoi, le calife abbasside trouve refuge en Égypte, où il n’exercera plus qu’un pouvoir honorifique quasi impalpable. Jusqu’à ce que le conquérant ottoman foule la vallée du Nil, début 1516, et l’emmène à Istanbul, en tant que caution arabe et califale au nouveau pouvoir du Grand Turc. Entre temps, l’Europe aura connu le califat de Cordoue (929-1031) et l’Afrique celui, chiite, des Fatimides (909-1171). Ainsi s’achève l’ère des califats arabes et s’ouvre celle du sultanat-califat ottoman, lequel durera tout de même pas moins de quatre siècles.

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Aucun de ces califes n’a jamais prétendu à un rôle sacral ni n’a tenté d’assumer un magistère spirituel. Le calife n’est pas le pape, c’est au mieux le basileus, l’empereur byzantin, à la rigueur le roi d’Angleterre vis-à-vis de l’Église anglicane. Il n’est donc pas un souverain pontife établissant un pont entre le Ciel et la terre, il n’est que l’«  ombre de Dieu sur terre  ». Bien loin de lui conférer un quelconque statut religieux, la tradition va jusqu’à lui dénier la faculté d’établir ne serait-ce qu’une fatwa, un avis juridique fondé sur le Coran et la Sunna, la Tradition. Sa fonction a bien une dimension religieuse mais sa personne propre, point. Sa mission est de veiller à la bonne application de la Loi, de protéger la foi, de préserver le consensus de l’oumma, en l’incarnant. Si séculier est son rôle que le sultan turc Soliman a dû élaborer tout un code de gouvernement profane distinct de la charia, ce qui lui valut le titre gratifiant de "Législateur", rendu par "le Magnifique" en français.

Pour autant, il aura fallu attendre la fin du XVIIIe siècle pour qu’un sultan ottoman se hasarde à ajouter à ses titres la qualité de "calife". Et, aussi incroyable que celui puisse paraître de nos jours, cela se fit à l’instigation d’un aristocrate français, monarchiste et très catholique romain, le comte de Saint-Priest (1735-1821). Longtemps ambassadeur à Istanbul, cet homme d’influence aura été le premier à attribuer un pouvoir spirituel au Grand Turc, en établissant un parallèle aussi inédit qu’indéfendable aussi bien en histoire qu’en droit, entre le "successeur" de Mohammed et celui de Saint Pierre. Cet attribut extravagant est apparu très exactement le 21 juillet 1774, lors du traité de Kutchuk-Kaïnardji qui consacre la cession de la Crimée à la tsarine Catherine II par le sultan ottoman. Par ce traité, en effet, ce dernier obtient, en échange de sa renonciation à ses territoires, un ascendant spirituel sur leurs habitants, à savoir les Tatars, lesquels deviennent du coup sujets de l’empire russe quand bien même ils restent ses “protégés”. Moyennant quoi, le Tsar obtient un droit de regard et de protection sur les sujets chrétiens othodoxes de la Sublime Porte, grecs, albanais, bulgares, roumains, serbes, arméniens, arabes... Avec le recul, plus d’un historien y voit, là, une esquisse du droit d’ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat souverain, sous prétexte humanitaire. Capture d’écran 2014-07-30 à 19.41.57

Cet expédient a priori favorable au sultan va peu à peu émietter son domaine impérial, éroder son charisme et finalement sceller son sort sans appel. De fait, à ce titre, il lui devient moins douloureux de perdre un empire -la Grèce, l’Algérie, la Tunisie, puis la Macédoine, la Libye et jusqu’au point final de l’occupation d’Istanbul par les troupes britanniques, le 12 novembre 1918-, dès lors que son ascendant spirituel s’y maintient et qu’on y accomplit la prière du vendredi en son nom. Ainsi s’explique l’empressement de Londres, de Paris et de Saint-Pétersbourg à doter le sultan d’un pouvoir «  pontifical  ». Jusqu’à ce jour du 3 mars 1924 où, à l’instar du pape qui se retrouva assiégé au palais du Vatican par les républicains, le sultan-calife Abdulmecid II est mis en arrestation, en son palais, alors qu’il est en train de lire "Les Essais" de Montaigne, par les partisans du général Mustapha Kemal dit Atatürk, le "père des Turcs".

Déchu, mis à terre, expulsé de son palais et d’un pays, la Turquie, qu’il ne verra pas naître, le sultan-calife prend le chemin de l’exil par l’Orient Express et s’installe à Paris, où il rend l’âme durant l’été 1944. Son corps sera enterré à Médine, non loin des sépultures des quatre califes bien guidés. D’un bout à l’autre de l’univers islamique, personne ne lève le petit doigt pour protester contre le sort fait au sultan de la Maison Othman, à Emir des Croyants, Serviteur de La Mecque et de Médine, Calife, et, encore moins pour rétablir le califat. Personne, si ce n’est un curieux Mouvement pour le califat sans lendemain, mis sur pied en Inde et qui a pour chef de file un certain…Mahatma Gandhi  !

Depuis lors, nul ne songe à ressusciter le califat impérial, excepté le Hizb el-Tahrir, un obscur mouvement intégriste qui opèrerait surtout en Asie centrale. Et si la littérature historiographique de la Nahda -"la Renaissance"- s’ évertua, sous la plume d’ écrivains Arabes chrétiens pour l’essentiel, soucieux de réhabiliter la gloire des califats arabes afin de les démarquer d’un empire ottoman agonisant, ce ne fut point pour en recréer d’autres, mais simplement pour s’en inspirer. Tout au plus, en empruntant leurs couleurs emblématiques pour dessiner la bannière de la Grande révolte arabe de 1916, initiée par les Britanniques et menée par les Arabes contres les Ottomans : le triangle rouge symbolisant la maison hachémite de Mahomet, le noir les Abbassides, le vert les Fatimides et le blanc les Omeyyades. Des teintes qui se retrouvent toujours dans les drapeaux d’États aussi divers, et souvent rivaux, que la Syrie, l’Irak, la Palestine, la Jordanie, le Soudan, le Koweït, les Émirats arabes unis ou encore la Libye.

À quoi rime alors, la création d’un énième califat, à Mossoul  ? Serait-ce lubie d’aventurier en mal de précurseur, délire d’histrion égaré au Moyen-Âge ou scénario d’agent provocateur sinon d’idiot utile et visant à redessiner les contours d'un Proche-Orient dont l’ordre étatique et territorial fut élaboré il y aura bientôt un siècle, sur les ruines, justement, de l’empire ottoman, du dernier califat  ?

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La Crimée, désert des Tatars ?

Posté par : Slimane Zeghidour

Capture d’écran 2014-03-26 à 17.24.01A quelque chose malheur est bon, pourrait-on dire à propos des Tatars de la Crimée. Pour périlleuse qu’elle soit, la crise internationale qui se noue autour de la presqu’île leur offre une occasion inespérée, une aubaine historique d’attirer l’attention du monde sur leur destin hors du commun, un des plus tragiques de l’ère moderne. Qu’on en juge. Soumis par les Russes il y a plus de deux siècles, parfois convertis de force à la foi orthodoxe et souvent expulsés par les tsars successifs, ils seront finalement déportés en bloc par les Soviétiques en Ouzbékistan, sous les ordres directs de Staline. Deux cents mille âmes, enfants et vieillards compris, autant de corps sont alors entassés dans des wagons à bestiaux, voués à un exil définitif. Et à une mort prévisible : la moitié d’entre ne survivront pas à ce châtiment collectif*.

Et pour faire comme si rien ne s’était passé, le dictateur fait aussitôt occuper leurs foyers vacants encore chauds par des « colons » russes et ukrainiens, eux-mêmes déplacés contre leur gré. Enfin, d’un trait de plume, le Petit père des peuples abolit la « République socialiste soviétique autonome de Crimée » qui ne sera désormais plus qu’un simple « oblast », une « région » parmi d’autres. Ce faisant, le maître du Kremlin parachève en un seul jour, le 18 mai 1944, l’œuvre inlassable de « russification » que les tsars par lui honnis n’ont pu accomplir en deux siècles de constant « grignotage » colonial, ethnique et religieux : au petit matin du 19 mai, il n’ y donc a plus un Tatar dans ce qui fut, trois siècles et demi durant, le Khanat de Crimée ! 

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Du jour de la déportation le 18 mai 1944 à celui de la chute du Rideau de Fer le 2 mai 1989, il n’y eut  quasiment plus d’habitants tatars dans le pays des Tatars. Un demi siècle d’exil punitif, d’une existence de paria dans les bourgades ouzbèkes ou les mornes steppes kazakhes, sous le regard si souvent défiant des habitants du cru, pourtant musulmans eux aussi. Je me suis enquis de ce rejet lors d’un séjour en Ouzbékistan et je n’ai eu pour écho que cet adage local : « tatar-khatar », «khatar » signifiant « péril » en turco-arabe. Moscou a eu beau réhabiliter en 1967 les peuples déportés, Tchétchènes et Tatars d’abord, ceci n’eu aucun impact immédiat sur leur quotidien, sauf pour les premiers qui obtinrent le droit de rentrer dans leur pays.

Capture d’écran 2014-03-25 à 16.04.00Le même droit au retour n’ayant pas été consenti aux Tatars l’un d’entre eux, Mustafa Djemilev, déporté à l’âge de six mois et vivant en Ouzbékistan, ose défier le régime en dénonçant haut et fort le maintien en exil forcé de son peuple. L’opinion internationale s’émeut, Moscou se courrouce et un des tous premiers dissidents soviétiques se retrouve au Goulag, pour quinze ans. Il n’en démord pas et entame une grève de la faim illimitée. Elle durera 303 jours –un record absolu- et il n’en survivra que parce qu’il est nourri de force. Elargi mi 1986, à la faveur de la Perestroïka, il entreprend sans tarder son retour au pays natal, entraînant derrière lui des milliers de familles, lesquelles, une fois encore, délaissent leurs foyers pour un avenir plus qu’incertain…

Si le pouvoir de Kiev n’érige aucun obstacle à ce retour aussi soudain que massif, il ne débourse pas un kopeck pour aider à l’installation des « revenants » et envisage encore moins une quelconque réparation. Quant aux occupants slaves des bourgs et des foyers tatars, leur réaction est franchement hostile, « xénophobe » pourrait-on dire, alors qu’on est encore sous l’Union soviétique, à l’intérieur d’un seul pays. Malvenus sur leurs terres, les Tatars y deviennent des étrangers au lendemain de la fin de l’Urss. Ils ne sont plus soviétiques, ils ne sont pas Ukrainiens, ils sont apatrides, jusqu’à ce que l’Ukraine -légataire de la Crimée depuis que Krouchtchev lui en fit don mi 1954- leur en offre son passeport tout en attribuant à la presqu’île le statut de République autonome en son sein**.

Revenus de si loin, au propre et au figuré, les TatarsCapture d’écran 2014-03-12 à 15.35.45bivouaquent dans leur patrie, se cotisent pour racheter des terrains, louer des champs, restaurer des mosquées, revivifier des mausolées de saints, ressusciter tant soit peu un univers disparu. D’autres, plus démunis, squattent des terrains ayant appartenu à leurs grands parents. Des héritiers intentent des procès afin de récupérer leurs biens familiaux, en vain… Au tournant de l’an 2000, ils sont déjà un quart de million sur la péninsule, soit un habitant sur sept ! Echaudés par les pouvoirs russes, ils affirment leur loyauté à l’Ukraine. Mustafa Djemilev fonde le Mejlis, l’ «Assemblée  » qui déclare la souveraineté des Tatars, adopte un drapeau et un hymne national. Soutenu par le Conseil de l’Europe, décoré de la médaille de Nansen par le Haut Comité de l’Onu aux réfugiés, il se pose en interlocuteur fiable de Kiev, « au nom du peuple tatar ». Elu député, il plaide pour un rétablissement des siens dans leurs droits historiques, en tant qu’habitants « autochtones », antérieurs aux Slaves.

Son discours « mord » d’autant plus que les Ukrainiens cherchent eux aussi à se réapproprier leur histoire propre, en dehors du giron russe. Et de revisiter leur passé soviétique en s’arrêtant sur l’Holodomor, l’épouvantable « extermination par la faim », sciemment planifiée par Staline pour décimer 4 à 5 millions de paysans ukrainiens, un « génocide » reconnu comme tel par 24 pays, dont l’Espagne, les Etats-Unis, le Brésil... Sur le même registre, les Tatars de Crimée invoquent le « Sürgünlik », la « déportation », qu’ils assimilent eux aussi à un « génocide ». Il n’empêche, Tatars et Ukrainiens commémorent uniment leurs souffrances sous les bottes de la Wehrmacht, qui dévasta 1 700 villes, 17 000 villages et massacra plus de 5 millions d’habitants. Quant à la Crimée elle-même, Hitler rêva de l’ériger en « Gibraltar allemand sur la mer Noire », non sans l’avoir auparavant « nettoyée » de ses populations autochtones et baptisée Gotenland –le pays des Goths !

Capture d’écran 2014-03-12 à 15.48.46Il y eut, nul ne le conteste, des Tatars qui firent bon accueil aux envahisseurs allemands, les « ennemis de leurs ennemis », 9 bataillons, soit 7 000 supplétifs, aux côtés de 20 régiments cosaques, de dizaines de milliers d’Ukrainiens, en tout 150 000 soviétiques se sont battus sous l’uniforme de l’infâme. Il y eut cependant 60 000 Tatars dans l’Armée rouge, dont l’aviateur émérite Soultan Amet-Khan (1920-1971), terreur des pilotes nazis. Décoré deux fois Héros de l’Union soviétique, cité trois fois à l’Ordre de Lénine, cinq fois à celui du Drapeau rouge, mais également à l’ordre de la Guerre patriotique, à ceux d’Alexandre Nevski, de l’Etoile rouge et de l’Insigne d’honneur, il trône au firmament du panthéon des héros du peuple tatar de la Crimée.

Un panthéon où figure également une autre icône nationale, le grand Ismaïl Gasprinski, pionnier du réformisme musulman devant l’Eternel. Ce Criméen pur jus oeuvra sans répit pour l’instruction publique, l’émancipation de la femme, la sécularisation de l’enseignement, la mise à l’index des imams rigoristes, jusqu’à sa mort fin 1914. Son journal « Terdjiman », rédigé en tatar avec l’alphabet arabe, en russe et même un peu en français en diffusa le bonne parole jusqu’ à Istanbul, sinon jusqu’au Caire et même à Tunis. Kemal Atatürk et Habib Bourguiba en seront les dignes héritiers. Capture d’écran 2014-03-12 à 15.46.13

Un siècle après sa mort le constat est déprimant en Crimée où l’on ne compte qu’à peine 15 écoles  tatares et où seulement un enfant tatar sur dix suit des cours dans la langue revivifiée par Ismaïl Gasprinski. Afin d’insuffler à l’instruction « nationale » un nouvel élan, le Mejlis a prévu deux célébrations majeures pour 2014 : le 18 mai pour le 70ème anniversaire du Sürgünlik et le 11 septembre pour le centenaire de la disparition du « grand éducateur du peuple » à Bakhtchissaraï, l’ex-capitale du Khanat de Crimée où il vécut. Seulement, il y aura eu entretemps, Maïdan***, l’avènement d’un nouveau pouvoir « révolutionnaire » à Kiev puis le référendum du 16 mars pour le rattachement de la Crimée à la Russie, prélude à l’annexion de la presqu’île par Moscou.

Et revoilà les Tatars de Crimée à nouveau dans l’orbite russe. Ayant boycotté le référendum au nom de leur attachement à l’Ukraine ils se sont aussitôt mis à dos leurs voisins slaves, lequels n’ont déjà toléré leur retour au pays de leurs grands-parents qu’à contre cœur. Hier Tatars et Ukrainiens, ils se retrouvent aujourd’hui Ukrainiens dans un pays annexé par la Russie, autant parler alors de « résidents étrangers » chez eux. A moins pour eux d’adopter la nationalité russe, et donc regagner le bercail russe, ce dont ils n’en veulent plus.

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Non que les Tatars ne supportent pas les Russes, loin s’en faut : les deux peuples vivent sous le même toit impérial depuis 5 siècles, exactement du jour de la prise de Kazan, la capitale de la Horde d’or, cet empire des steppes qui soumit la Russie deux siècles et demi durant avant de succomber, le 8 octobre 1552, sous les coups de boutoirs d’Ivan le Terrible. Ne dit-on pas que les Tatars, ce peuple turcophone et musulman sunnite, a fourni à la Russie un tiers de son aristocratie – le tsar Boris Goudounov, le prince Youssopov- et de son vocabulaire –kremlin, knout ? Et de ses arts également, avec les écrivains Tourgueniev et Anna Akhmetova, le musicien Rakhmaninov, le danseur étoile Nouréev, le volcanologue Haroun Tazieff, l’acteur Charles Bronson, le tennisman Marat Safin… « Grattez le Russe, vous trouverez le Tatar ! », s’exclama un jour Napoléon Bonaparte.

Capture d’écran 2014-03-31 à 12.42.17Quoiqu’il en soit, aujourd'hui revenus sous les feux de l'actualité, les Tatars de Crimée auront leur mot à dire sur l'avenir de leur patrie. Réuni le 29 mars à Bakhchisarai, non loin du palais du Khan converti en musée, leur Parlement officieux a réclamé une "autonomie ethnique et territoriale" sur leur "territoire historique". Rien ne se fera donc plus sans eux, encore moins contre eux. Vladimir Poutine l'a très bien compris qui, dans un geste inhabituel de la part d'un homme aussi autoritaitre et abrupt, a appelé au téléphone Mustafa Djemilev pour l'assurer de la volonté de Moscou d'ériger le tatar en indiome officiel, à égalité avec l'ukrainien et le russe, et de réhabiliter les Tatars dans leurs "droits" et leur "réputation" (!)... Sourds à cet appel du pied, des milliers sont déjà partis en Ukraine, à Lviv, non loin de la Pologne, un pays où vit depuis 7 siècles une très prospère minorité tatare, dans la province de la Podlasie. Et dont l'histoire mérite d'être méditée : leurs ancêtres y sont arrivés à la demande du roi lituano-polonais Ladislas II Jagellon afin de lutter contre les chevaliers Teutoniques et les... Russes.

* Un site russo-tatar édifiant sur la déportation : http://surgunlik.ru/

** Documentaire d'Aljazeera english sur le retour des Tatars en Crimée : http://www.aljazeera.com/programmes/aljazeeraworld/2012/05/2012517132318999379.html

*** Maïdan dérive de l'arabe "maydan" signifiant "square" ou "place. L'Ukraine indépendante l'a emprunté via le turco-tatar au lieu de garder son équivalent slave "plochad".

Visite du prince Charles chez les Tatars de Pologne : http://www.youtube.com/watch?v=8AQwzd1Poqg

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Turquie : Fethullah Gülen, « Calvin de l’islam » ?

Posté par : Slimane Zeghidour

Capture d’écran 2014-01-31 à 14.55.00On n’est jamais mieux trahi que par les siens ! Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre turc devant l’Eternel, l’aura appris à ses dépends. Lui, l’islamo-conservateur qui a pu remettre à sa place l’armée, ce bastion du laïcisme kémaliste ; lui qui a su tenir la dragée haute au gouvernement d’Israël ; lui, enfin, qui a eu le cran d’assumer fermement plus d’un désaccord avec le tout puissant ami américain, le voici qui vacille sous les coups de Jarnac de son meilleur allié d’hier, devenu, du jour au lendemain, son pire ennemi.

Et quel ennemi ! Fethullah Gülen est le prédicateur turc le plus influent, le plus insaisissable et, par conséquent, le
plus redouté. Né il y a 75 ans dans l’Est de la Turquie, il s’est fait connaître à partir des années 70 comme un religieux à la fois conservateur bon teint, très nationaliste et ultra-libéral. Sa parole « mord » alors d’autant plus aisément sur l’opinion qu’on est en pleine guerre froide et que les Etats-Unis pressent leur grand allié au sein de l’Otan d’ouvrir le champ politique à l’islam, perçu à l'époque comme le rempart ultime contre l’idéologie marxiste.

Galvanisé par le soutien de l’oncle Sam, Fethullah –« Victoire d’Allah »- entreprend de peaufiner son  idéologie qui consistera finalement à renverser le crédo idéologique de l’Etat fondé par Atatürk, à savoir qu’il faut désormais accéder à la modernité non pas « contre » la religion mais plutôt « à travers » la religion. Tout un programme. Pour diffuser tous azimuts la bonne parole, il met sur pied un ample réseau d’écoles, de collèges et d’universités, où l’on dispense, en turc mais également en anglais, un enseignement à la fois religieux, civique et scientifique.

Capture d’écran 2014-01-27 à 13.07.06Son message se veut simple, incontestable : l’islam peut épouser la modernité, le Coran accepte la démocratie, le musulman doit coexister avec le juif, le chrétien, le bouddhiste et même l’athée, et tous oeuvreront au bien commun de l’humanité. Au plan politique, il se fait le chantre d'une Turquie forte, arrimée à l’Occident, via l’Otan et alliée d’Israël, non sans exprimer du même élan un franc rejet du chiisme comme du wahhabisme et, au-delà, un dédain palpable des Etats arabes et de l’Iran.

Aujourd’hui, ses six ou sept millions de disciples s’appellent « nurçu » -prononcez « nourdjou »-, les hommes des « Lumières » ou les "Illuminés". Répandus sur les cinq continents et dans une centaine de pays, ils animent une sorte de multinationale de la foi islamique, à travers des milliers d’écoles, de collèges, d’universités, de cercles de réflexion, de banques, d’entreprises et, bien entendu, de médias. Discrets et dévoués, ils préfèrent, en dépit de leur nom, agir dans les coulisses, les couloirs des ministères, de la haute fonction publique, de la police, de la justice…

Il n'empêche, l’appellation leur vaudra de lourds soupçons plus ou moins conspirationnistes, aussi tenaces que sommaires. D’aucuns y voient une version islamique des Jésuites, de l’Opus Dei, des francs-maçons, voire des fameux Illuminati ; d’autres, plus expédiditfs, les accusent d’être carrément des agents d’influence des Etats-Unis, pays où Fethullah Gülen a du reste choisi de s’établir. Depuis la Pennsylvanie où il réside, le « Calvin de l’islam », ainsi qu'on le surnomme outre-Atlantique, veille sur un empire qui s’étend de nos jours bien au-delà des frontières turques, englobant les Balkans, l’Asie centrale, le Caucase, la Fédération de Russie, où vivent des millions de musulmans turcophones. Et même la France, où il a fait ouvrir, en 2007, un collège privé à Villeneuve-St-Georges. Outre les écoles, le mouvement jouit du renfort constant d’un réseau d’industriels turcs en plein essor et dispose également d’un redoutable levier médiatique, entre autres du quotidien polyglotte « Zaman », publié simultanément en Turquie, en Azerbaïdjan, au Kazakhstan, en Russie, et même en France…

Dès sa fondation, l’AKP a pu bénéficier du soutien total du mouvement « nourdjou », au point qu’on a d'emblée vu dans celui-là l’expression politique de celui-ci. L’un et l’autre ont, en effet, plus d’un point commun : foi en Dieu et dans la "mission" unique du peuple turc, éloge du savoir, liberté d’entreprise; ils sont, en deux mots, libéraux dans les affaires et conservateurs dans les mœurs. Impossible de ne pas mettre en parallèle ce crédo avec celui des courants évangéliques américains. D'où des allusions fréquentes au calvinisme, sous la plume des éditorialistes anglo-saxons.

Capture d’écran 2014-01-27 à 12.25.09Ce mariage de raison –et d’oraison- a tenu cahin-caha, à travers tous les aléas des choix politiques de l'AKP, et ce depuis l'arrivée au pouvoir du parti islamiste mi 2003. Jusqu'à tout récemment. Quand, tenaillé par une irrésistible dérive autoritaire, Erdogan a commis le faux pas de sa carrière : en novembre dernier, son gouvernement s'est risqué à vouloir supprimer à la hussarde les écoles et les collèges « nourdjou » du pays, ces pépinières de cadres et qui plus est sources de revenus vitales pour le mouvement. Il n'en fallut pas plus pour que les "Illuminés" s’insurgent. Et répliquent coup pour coup. Un de leurs adeptes, député de l’AKP, démissionne avec éclat. Une vingtaine d’autres menacent de rendre leur carte du parti.

Pis encore. Hasard ou corrélation, une opération anticorruption est aussitôt mise en branle. Elle cible directement la garde rapprochée d'Erdogan, y compris son propre fils. Panique à bord. Mis à l'index, des ministres de l'AKP démissionnent. Ebranlé, le Premier ministre crée un "cabinet de guerre" et lance l'hallali sur les fidèles de Fethullah Gülen, des "infiltrés" qui, selon lui, constituent déjà "Un Etat dans l'Etat". Convaincu que la meilleure défense c'est l'attaque, il se met à congédier à tours de bras et sans appel des dizaines d’officiers de police et d’enquêteurs, sans même épargner des magistrats, tous "félons", coupables de « rouler » pour le « parti nourdjou ».

Le sort en est jeté. En attendant l’issue de ce tragique combat fratricide qui n'est qu'à son prélude, Recep Tayyip Erdogan pourrait bien méditer cet autre adage cher à Voltaire : « Dieu, préservez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge ».

Carte a jouer


Ben Laden mort ? Y a pas photo !

Posté par : Slimane Zeghidour

Ben laden sea C’est donc au fin fond de la mer d’Oman, à un jet de missile Grad de son Yémen ancestral, que gît désormais Oussama Ben Laden, pour l’éternité. « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle », lâcha un jour, éploré, feu l’historien sénégalais Cheikh Anta Diop. On pourrait dire aussi : un terroriste abattu et jeté à la mer sans procès, c’est un épais dossier qui sombre dans le néant. Et quel dossier ! Celui d’une époque qui aura scellé une drôle de « sainte alliance » entre Américains et musulmans djihadistes, réunis par un seul et unique commun dénominateur : le rejet de l’ Union soviétique, seul « empire du Mal » devant l’Eternel. Valentino

Tel la boîte noire d’un avion perdue en mer, Oussama -le « lion » en arabe- aura donc emporté dans son improbable tombe tant de secrets, lui qui fut aussi discret qu’une…tombe. Invisible depuis l’horreur du 11 septembre, à peine audible de temps à autre avec ses oracles audio et odieux, voix d’outre-tombe appelant, hurlant à la mort des chrétiens, des juifs et, d’abord, de leurs « laquais », ces musulmans « hypocrites » coupables d’aspirer à rallonger leur court séjour ici-bas plutôt que de le raccourcir en fauchant celui des autres en gagnant un
prétendu séjour éternel là-haut.

La vie d’un homme ne prend sens qu’à sa fin ultime. Insensée, sans « fin » tangible, celle de Ben Laden s’éteint non en point final mais en points de suspension. Il n’empêche, pour une époque- qui « carbure » à l’image d’Epinal, le « Lion » du désert fut un client de choix. N’est-il pas le contrepoint du bel Arabe, tel qu’incarné par l’acteur franco-italien Rudolph Valentino, au temps du cinéma muet ? Autant celui-ci fut adulé, autant le Saoudien est et sera vitupéré.

Geronimo Si Ben Laden a eu pour lui d’avoir une « gueule » d’icône, il n’en fut pas moins un homme quasi insignifiant au plan intellectuel. Piètre orateur, dépourvu d’esprit, il ne fut nullement un meneur. A défaut d’être un chef, il s’improvisa « cheikh » -à la fois « vieux » et « sage » en arabe- et se livra à l’incitation à la haine, au meurtre, au djihad sans jamais ni hésiter sur les moyens ni en clarifier les fins. Il aura ainsi incarné le héros négatif absolu. Il faut l’avoir « mort ou vif », décréta George Bush, qui emprunta volontiers au registre du Far West. Il eut même droit à une affiche « Wanted », dotée d’une prime de 25 millions de dollars.

La traque d’Oussama a en effet quelque chose d’un remake de Western. De même que « Cherokee » désigne aussi une jeep, « Tomahwak » un missile de croisière et « apache » une hélicoptère d’attaque, l’ennemi public numéro 1 a été affublé, pour l’occasion, d’un nom de code qui en dit bien long : Geronimo, sobriquet de Go Khla Yeh –« Celui qui baille »-, l’insaisissable guérillero  apache qui donna tant de fil à retordre à l’oncle Sam. Curieux, tout de même, d’attribuer le nom d’un héros amérindien, un « Native American », à un Arabe, qui plus est musulman, bigot, fanatique et ayant voué le plus gros de son existence à vomir l’Amérique. Geronimo est en fait la version espagnole de Jérôme, le guerrier apache ayant été ainsi nommé par les Mexicains qu’il attaqua le jour de la Saint-Jérôme, Père de l’Eglise et auteur de la première traduction latine de la Bible ! Ben laden-caric

Contrairement au Saoudien déchu, le vrai Geronimo s’est, de guerre lasse, rendu au vainqueur. Il fut enterré au cimetière militaire de Fort Sill, en Oklahoma. Un honneur immérité aux yeux des patriotes purs et durs. Dix ans après sa mort, sa sépulture fut profanée par un groupe d’étudiants affiliés à la société secrète Skull and Bones. Prescot Bush, le propre grand-père de l’ex-président américain, aurait participé à la profanation et exhumé le crâne ainsi que deux os pour les offrir à l’organisation.

Début 2009, lors du centenaire de la disparition de Geronimo, son arrière-petit-fils intenta une action en justice contre le gouvernement américain afin de récupérer les restes de son aïeul. Et pouvoir enfin respecter son ultime volonté en ramenant sa dépouille sur son lieu de naissance, dans le  Nouveau Mexique. Verra-t-on un jour, un descendant d’Oussama Ben Laden, alias Geronimo, exiger la restitution de sa dépouille engloutie dans les abysses de l’océan… Indien ?

Ben laden-sable

 

Islam : Un Coran, mille et un courants

Posté par : Slimane Zeghidour

Islam-bosnia Cette année encore, le hadj, le pèlerinage de La Mecque, a offert un saisissant spectacle d'unité de l'islam.Trois millions de croyants, accourus de tous les horizons, de blanc vêtus, priant d'une seule voix, comme un seul homme, dans la même langue liturgique, l'arabe, idiome du Coran, d'Adam et d'Eve, des anges du Paradis... Autant d'"Invités d'Allah", issus des 192 Etats membres de l'Onu, y compris l'Islande et Israël, l'Etat juif ayant du sceller, à cette fin, un accord spécial avec le très rigoriste royaume d'Arabie saoudite.   

Pour autant, l'impressionnante communion des croyants, au berceau même de l'islam, ne rime pas forcément avec unité des musulmans, loin s'en faut.Une fois les lampions du hadj éteints, chacun reprend le chemin de son univers profane, du pays natal, du quotidien ordinaire.Et chacun de constater que si Allah est Unique, l'islam est multiple.Et que si le Dar El-Islam -la "Maison de l'Islam"- respire au rythme de la Parole de Dieu il n'en est pas moins une Babel linguistique, une bigarrure ethnique, une mosaïque géographique, un patchwork politique, un kaléidoscope doctrinal... Islam-peul 

Le mot «islam» dérive de la racine sémitique «slm» et signifie à la fois «paix» et« p r o s p é r i t é».Cette racine se retrouve, bien avant le Coran, dans le vocable deS a l e m , le dieu cananéen qui donnera son nom à Ur-Salem,la Ville de Salem :Jéru-salem. De «slm» découlent également des noms comme Salomon, Salomé, Salmanassar, le roi d’Assyrie, ainsi que chalom (salut de «paix» en hébreu et en araméen) et son équivalent arabe «salam». Pour le croyant, «islam» évoque l’«abandon» confiant de soi en Dieu et non point la soumission aveugle. Son éthique fondamentale serésume, selon la Sunna,à «adorer Dieu, sans rien Lui associer,observer la prière canonique,verser l’aumône obligatoire, jeûner durant le mois de Ramadan, offrir à manger à l’affamé et le salut de paix,au voisin comme à l’inconnu».

Aujourd’hui, le mot islam désigne à la fois la religion (l’équivalent de christianisme) et la civilisation (l’équivalent de chrétienté).Mais le croyant préfère utiliser, pour désigner l’univers islamique, soit
le terme d’Oumma (la «Matrie», la communauté des croyants),soit l’expression Dar el-Islam (la Maison de l’islam).Cette demeure de l’esprit s’étend de l’Indonésie au Maroc et du Cercle polaire au tropique du Cancer. Elle englobe 57 Etats -dont un américain (le Surinam) et un européen (l'Albanie)- aux régimes politiques extrêmement divers,allant de l’émirat médiéval à la république constitutionnelle, en passant par tout un éventail d’autres régimes: ultra-conservateurs,islamo-chrétiens,modernistes,laïques, sinon carrément laïcistes comme l'Albanie.

Uk-hijab-police Ces Etats se divisent en alliés et adversaires des Etats-Unis,en ultra-libéraux et socialistes,en riches et pauvres…Un exemple entre mille du caractère hétéroclite de l'islam mondial:si feu le pape Jean Paul II n'a pas hésité à s'opposer à l'invasion de l'Irak au printemps 2003, plus d'un grand ouléma y a vu une salutaire équipée contre "un tyran, ennemi de Dieu".

De plus,un bon quart des disciples de Mahomet –fait peu connu et pourtant fort instructif– vit dans des Etats non-musulmans: catholiques (France,Belgique,Italie,Espagne,Philippines), protestants (Royaume-Uni,Etats-Unis),chrétiens orthodoxes (Russie,Grèce,Serbie, Macédoine ), juif (Israël),hindouistes (Inde,Sri-Lanka ), bouddhistes (Népal,Mongolie), confucéen (Chine)...Au total, les croyants –turcs, kurdes,persans,arabes,malais,berbères,slaves, chinois,africains– se répartissent sur un vaste territoire,de la jungle javanaise au désert saharien,des montagnes himalayennes aux steppes de Haute Asie.   

Diversité des visages et des paysages qui a pour corollaire une diversité tout aussi bariolée sur le  plan doctrinal.Ainsi que l’avait prédit le Prophète lui-même,l’islam devait se diviser en 73 obediences, courants, chapelles,confréries,sectes:sunnites,chiites,kharidjites,ismaéliens,wahhabites,zaïdites,alaouites,ahmadis,alévites,
ibadites,bohras,qadianis,bektachis,druzes...Un croyant sur dix est chiite et la majorité sunnite, pourtant réputée «orthodoxe»,se décline en quatre grandes écoles juridico-théologiques (chaféite,hanbalite,hanafite,malékite) qui dominent,chacune,un pan du Dar el-Islam.De fait,l’Oumma est aussi bigarrée que la chrétienté.Mais elle n’a jamais eu d’autorité centrale unique.D’où la difficulté, voire l’impossibilité,de dégager un consensus sur de nombreux points de la foi,du dogme ou de la politique. Islam-hajis chinois  

Si l’islam n’a ni pape ni Vatican,il admet en revanche plusieurs pôles intellectuels.Le monde chiite,confiné à l’Iran pour l’essentiel, dispose bien d’un véritable clergé coiffé par un ayatollah, le «grade» le plus élevé de la hiérarchie religieuse tandis que le sunnite n’obéit à aucune structure hiérarchique.Cependant,l’université théologique d’El-Azhar,au Caire,fait fonction de référent pour les oulémas "orthodoxes" du monde entier. Il n’empêche,ce Vatican-Sorbonne du sunnisme n'en reste pas moins une institution d’Etat,dont le recteur est nommé par le chef de l'Etat égyptien.A Téhéran,au Caire et ailleurs, la religion demeure encore trop liée au pouvoir politique, quand elle ne le conteste pas.

Kazan-religions

Russie, de Vladimir à… Vladimir!

Posté par : Slimane Zeghidour

  Aigle-poutine Ainsi va la Russie. A l’image de son emblème national emprunté à Byzance, l’aigle à deux têtes regardant à la fois vers l’Orient et vers l’Occident, ce colosse aux pieds de glace n’a eu de cesse de tirer à hue et à dia. Ce qu’il fait d’une main, quand il choisit le  modèle libéral, il le défait de l’autre, lorsqu’il réhabilite la Russie tsariste et l’Union soviétique. Du coup, cet Etat-Janus qui semble ne plus savoir où donner de… la tête, sait, à ce qu’il paraît, à quel saint se vouer.

Et le saint en question c’est, pour l’heure, Vladimir, le prince qui  adopta vers 988 la foi du Christ, non sans avoir pris soin auparavant d’écouter un imam et un rabbin... Révulsé par l’opprobre jeté par le premier sur le vin et l'insistance du second sur le devoir de circoncision, il opta finalement pour l’amour évangélique, lui qui jusqu’alors mena une vie de patachon impénitent. Une fois baptisé par le moine grec Cyrille, il imposa aussitôt sa religion à la principauté de la Rus de Kiev, noyau slave et chrétien orthodoxe de la future Russie. Bapteme-vladi

Vladimir, cela va de soi, était connu comme le loup blanc... ou l’agneau pascal. Le 28 juillet n’était-il pas depuis des lustres un jour marqué d’une pierre -et d’une prière- blanche sur le calendrier canonique de l’Eglise orthodoxe? Pour louable, indispensable même, qu’il fût, cet hommage ecclésial jugé finalement trop ordinaire au Kremlin n’en restait pas moins confiné sous les voûtes des cathédrales et des monastères, trop à l’écart des bonnes gens russes. Une situation qu’ un autre Vladimir, Poutine, Premier ministre de son état et ex-futur chef de l’Etat, ne pouvait laisser perdurer. Joignant le geste au constat, il se fendit mi 2009 d’une instruction à la Douma, l’incitant à hisser sans tarder le jour du baptême de la Russie au rang d’une fête nationale à part entière. Ceci afin que l’Etat puisse enfin s’associer à l’Eglise pour honorer l’initiateur de l’autre “sainte trinité” russe, l’Eglise, l’Etat, la Nation. Le 21 mai 2010, le Sénat obtempéra comme un seul homme, l’imposant groupe communiste y compris.

Russie-din Clin d’oeil appuyé à l’Histoire, c’est en Ukraine, que le patriarche Cyrille de Moscou et des toutes les Russies avait choisi de célébrer le baptême de Saint Vladimir de Kiev dit Soleil Rouge. Non sans adouber, au passage, le nouveau président pro-russe, Viktor Ianoukovitch. En Russie même, ce même jour du souvenir passa quasi inaperçu. Rien d’étonnant, des chaleurs d’une ampleur inédite et d’immenses feux de forêts s’étendant sur huit fuseaux horaires ayant provoqué panique et pagaille d’un bout à l’autre du pays. Parant au plus urgent, le chef de l’Eglise avait dû délaisser saint Vladimir pour… s'adresser à ses ouailles afin d' inciter les citoyens à ne pas “voler” les dons envoyés aux sinistrés!

Juste retour des choses? C’est Vladimir Poutine qui aura eu le fin mot sur le jour du baptême de la Russie. Entre deux visites aux sans abris, une photo souvenir -en Harley Davidson, s’il vous plaît!- avec l’acteur belge Jean-Claude Van Damme, à Sotchi, sur la mer Noire, le Premier ministre avait quand même pris le temps de rappeler le rôle historique majeur de l’Eglise, ce “socle inamovible de l’identité nationale”. C’est, là encore, un exemple éloquent de cette Russie-Janus, quand le patriarche de Moscou et des toutes les Russies faisait, avec l'aval de l'Etat, de la grande politique en Ukraine tandis le Premier ministre se livrait à la défense et à l’illustration de l’Eglise nationale.

Russie-eternal

Etats-Unis : Dieu dans tous ses Etats?

Posté par : Slimane Zeghidour

Mains jointes

In God We Trust : “En Dieu nous croyons”! L’Amérique, on le sait, n’a jamais cessé d’être aiguillonnée par cette devise nationale, inscrite même sur le billet vert, le sacro-saint le dollar, l’autre devise “forte” du pays. Et à plus forte raison lorsqu’il y a péril en la demeure. Ce fut le cas au lendemain du 11 septembre 2001. L’on avait alors entendu George Bush appeler à une “croisade” contre l’ennemi de l’Amérique, un pays supposé blotti “sous l’aide de Dieu”.Et neuf ans après, voilà que Barack Obama évoque un autre 11 septembre, mais… “écologique”. Sauf que cette fois-ci l’ennemi n’a pas de visage. Il n’a pas frappé du ciel, mais a jailli des abysses du Golfe du Mexique, ce pan de l’Atlantique baignant cinq Etats de l’Union, la Louisiane, le Mississipi, l’Alabama, la Floride et le Texas. On connait les faits : le 20 avril 2010, la plateforme pétrolière, exploitée par la British Petroleum et propriété de la société Suisse Transocean, a explosé, avant de couler par 1 500 m de fond. Depuis lors, plus de 5000 barrils, soit 800 000 litres, s’ y déversent chaque jour. Près de 7000 bateaux, 100 avions et 50 000 personnes travaillent jour et nuit à endiguer l’irrépressible fuite. En vain, jusqu’ici.

Prière-maréeImpuissante à juguler le désastre, l’Amérique ne tarda pas à se tourner vers Dieu. Barack Obama, le premier, invita le peuple à implorer l’aide du Ciel. Intitulé “Priez pour notre littoral”, un site Web apparut aussitôt, incitant le bon citoyen à “prier pour la préservation de notre terre”, chaque jour que Dieu fait, de 10h à 14H. Le pays profond se mit à prier avec d’autant plus de ferveur qu’il était à la veille du très officiel Jour National de la Prière**, célébré chaque année, le premier jeudi du mois de mai. Le Congrès institua au même moment, il y a 58 ans, et ce “rendez-vous avec Dieu” et la devise nationale “In God We Trust”, sur fond de Guerre froide contre l'Union soviétique athée

Obama priere La cuvée 2010 du Jour National de la Prière, honoré le 6 mai, aura donc connu un éclat singulier, épreuve nationale du “11 septembre écologique” oblige. Ce fut un jour où l’on a vu communier des Américains de tous horizons, chrétiens catholiques et protestants, juifs, bouddhistes et, bien entendu, musulmans, jusques et y compris dans l'aile ouest du Capitole, siège du Congrès américain !

Rompant avec une tradition instaurée par Ronald Reagan et honorée avec une zèle ostentatoire par George Bush, Barack Obama ne convoqua aucun aucune messe oecuménique à la Maison Blanche. IL a pris le parti de "prier en privé, chez lui, ainsi qu'il le fait chaque jour", expliqua son porte-parole attitré, Robert Gibbs. Une "reserve" saluée par les laïques et tout autant décriée par les croyants. Du coup, la communion fit long feu et vira  au déchirement polémique quant au caractère laïque des Etats-Unis, dont les Pères fondateurs, pourtant pétris d’Ecritures bibliques, ont solidement posé le principe d’une nette séparation de la religion et de l’Etat. Le “retrait” du président provoqua une prompte levée de boucliers des conservateurs, "choqués" de voir ainsi “ravalée” à la sphère privée ce qui devrait rester un acte solennel, public, officiel, en un mot, une communion  patriotique.

Poster prayerSatisfaction, en revanche, des associations laïques qui n’ont eu de cesse de dénoncer, au nom du principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat, “un appel général à la prière”. Une dénonciation qui a obtenu une caution juridique de la juge fédérale Barbara Crabb, laquelle estima “inconstitutionnel” le Jour National de la Prière en concluant que le gouvernement n’a aucun droit “à influencer la décision d’un individu, lui dire quand et comment prier”. Un argument auquel Barack Obama n’aurait pas été insensible.

Il n’en fallut pas plus pour fournir un surcroît de “carburant” polémique à des cercles évangéliques, néoconservateurs et suprémacistes blancs qui clament haut et fort, “afin d’ouvrir aux yeux du peuple”, que le locataire de la Maison Blanche n’ a en réalité jamais professé qu’une seule et unique religion : l’islam! Pour être moins radical, le magazine évangélique “Christianity Today” ne s’en livra pas moins à une investigation poussé pour “découvrir” à quelle obédience le président serait affilié. En vain. S’il a quitté la Trinity United Church of Christ animée par son ex-mentor, le révérend "gauchiste" Jeremiah Wright,  il n’a pas plus rejoint une autre.

Mer rougeOn y apprend, cependant, que Barack Obama a tôt mis sur pied un “cabinet spirituel”, plus ou moins informel, composé de sept conseillers religieux triés sur le volet. Un catholique, Denis McDonough ; un musulman, Rashad Hussein ; cinq protestants, Joshua Dubois, Melissa Rogers, Joel Hunter, Sharon Watkins et, enfin, le pasteur Carey Cash, ancien combattant et aumônier chez les Marines, lors de l’invasion de l’Irak en 2003 où il a pu baptiser des soldats, à l’intérieur même du palais présidentiel de Saddam Hussein, à Bagdad… Plus géopolitique que théologique, ce "staff" aurait  eu pour mission prioritaire d'améliorer les relations des Etats-Unis avec l'Eglise catholique et l'slam, Rome et La Mecque.

Apportant de l’eau au moulin du chef de l’Etat, un sondage réalisé par le site Web de la chaîne XCBS News autour de la question “Pensez-vous qu’il faille maintenir le Jour National de la Prière?” a donné un résultat surprenant : 10% seulement ont répondu “Oui”, les autres y voyant plutôt une “infraction au sacro-saint principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat”. Depuis lors, la controverse n'a cessé d'enfler avec son lot de "sitt-in" de prière, d'exécrations, d'anathèmes et de prédictions apocalyptiques. Et si elle ne fera pas couler autant d'encre qu'il ne s'échappe de pétrole de la plateforme Deep Water Horizons, nul doute qu'elle ne sera toujours pas apaisée quand la marée noire sera jugulée.

Dar beida-in god

* www.prayforourcoast.org

** http://nationaldayofprayer.org/

Arabie, méridien de Greenwich ou méridien de La Mecque?

Posté par : Slimane Zeghidour

Big ben On le sait, chacun voit midi à sa porte. Sauf qu’à ce constat de bon vieux sens commun, la Grande Bretagne a pu ajouter, du haut de son empire “où le soleil ne se couchait jamais”, une sacrée exception : en fixant à Londres, dans le dernier quart du XIXè siècle, le méridien de Greenwich –du nom d’un lieudit sis au sud de la capitale- elle réussit par l’ imposer à la terre entière en tant que point zéro de l’espace et, partant, du temps horaire. Depuis lors, si elle ne fait plus la pluie et le beau temps, la capitale de l’actuel Royaume-Uni ne marque pas moins toujours le seuil de l’heure GMT (Greenwich Mean Time), si bien rebaptisé depuis 1982 "temps universel" ou CUT (Coordinated Universal Time).

Quoi d’étonnant, dès lors, si l’un des joyaux historiques de Londres reste le Big Ben, l’immense cadran horaire de 7 m de diamètre posé au sommet de la Tour de l’Horloge dominant le palais de Westminster, le Parlement britannique? Il donne l’heure, le ton et le son -3 km de portée pour le carillon!- à une métropole qui assimila toujours le temps à de l’argent. Autre exception : seul un sujet de Sa Très Gracieuse majesté pourrait obtenir l‘autorisation de visiter ce monument voué à compter le temps depuis fin mai 1859 au moyen d’une cloche –d’où le nom de Big Ben, la “Grosse Cloche”- pesant  pas moins 13, 5 tonnes de bronze.

Dôme melleinum Le temps étant assimilé à de l’argent outre-Manche, l’Etat britannique vit dans le Juibilé de l’An 2000 l’occasion en or pour rehausser le prestige de Londres, via… Greenwich. Il sollicita à cette fin le grand architecte Richard Rogers pour bâtir, sur la ligne du méridien 0, un imposant Dôme du Millénaire. Un ouvrage grandiose quoiqu’onéreux -75 millions d’euros- que cette structure de 50 m de haut et d’un km de circonférence sustentée par un réseau de câbles suspendus partant de 12 mâts de 100 m de hauteur. La décoration intérieure du monument fut confiée à l’inclassable artiste anglo-irakienne Zaha Hadid, qui y aménagea une “Zone de l’Esprit” prolongée par une “visite de l’intérieur” du corps reconstitué en relief. Enfin, on ne manqua pas d’y ouvrir une station de métro, la plus grande d’Europe, pour y amener un maximum de visiteurs.

Mecca-merkaz Nul doute que ce zèle artistique unanime suscité par le Jubilé commémorant le 2000è anniversaire de la naissance de Jésus-Christ –qui serait plutôt né vers 06 avant…J.C.- ait mis la puce à l’oreille d’oulémas et de pieux ou militants intellectuels musulmans à l’affût de la moindre opportunité de hisser haut le fanion de l’islam. A défaut de jubilé islamique, le télécoraniste égyptien officiant sur la chaîne El-Jazira, Youcef El-Qaradaoui, entreprit d’abord de contester le primat de Londres en matière de comput horaire. Puis, il affirma tout de go que le méridien 0 devrait passer non plus par Greenwich mais par La Mecque, véritable “nombril” du monde et donc, concluait-il, “centre incontestable” du globe. 

39° méridienEt l’ouléma d’en appeler à l’adoption de l’heure du méridien de La Mecque en remplacement de  l’heure GMT! Arguant du fait, historique, que la Grande Bretagne avait imposé de faire passer par Londres le méridien 0 au détriment du méridien de Paris, de doctes oulémas ont donc préconisé de “rétablir l’ordre naturel de la création” en optant, “enfin”, pour le berceau de l’islam, lieu choisi par Dieu pour y faire bâtir “Sa “ Demeure, la Kaâba, pôle terrestre vers lequel se tournent cinq fois par jour un milliard de Croyants pour prier et se prosterner./p>

Idrissi Ce faisant, les oulémas trahissent leur ignorance, à moins que ce ne soit leur rejet, ce qu’à Allah ne plaise, de la laborieuse et fascinante histoire de l’art cartographique. Un domaine où, pourtant, l’islam apporta une honorable quote-part, avec le géographe El-Idrissi, cartographe officiel du très Chrétien roi normand Roger II de Sicile, au XIIè siècle. Ce dernier, auteur d’une célèbre carte de l’Ancien monde, ne songea nullement à situer La Mecque, pas plus que Médine ou Jérusalem, au centre de l’univers habité. Ainsi, le méridien 0 ne définit-il pas le “centre” physique du globe terrestre mais le “milieu” virtuel qui le scinde en deux hémisphères, Est et Ouest, à l’instar de l’équateur qui le divise en Nord et Sud. Faudrait-il donc rappeler aux vénérables imams que l’agencement classique de la mappemonde, avec l’Europe positionnée en son beau milieu, ne correspond à aucune réalité physique? Et qu’il s’agit, de fait, d’une pure convention et qu’une planisphère projetée à partir de l’Australie, par exemple, rejetterait aux confins du globe l’Europe, l’Afrique et le Proche-Orient, La Mecque y compris.

Le monde à l'envers?

Plus encore, fallait-il rappeler au cheikh El-Qaradaoui que l’on doit à son antique compatriote égypto-libyen Eratosthène (276-194 av. J.C) la division de l’équateur en 360° et la terre en 24 quartiers d’orange, soit autant de fuseaux horaires… Et qu’en tout état de cause, il fallait bien fixer un méridien 0 sur une sphère terrestre dont Blaise Pascal disait que “le centre était partout et la circonférence nulle part”. En France, le roi Louis XIII décréta par ordonnance, et ce dès 1634, que le premier méridien serait celui dit de l'Île de Fer, aujourd'hui île d'El Hierro dans l'archipel des Canaries. Un choix qui sera rejeté par la Révolution, laquelle érigera le méridien de Paris en étalon universel, notamment pour définir le mètre en tant que nouvelle unité de longueur : la Terre ayant une circonférence d'environ 40 000 km, soit 40 000 000 m, le mètre équivalait donc  à la dix millionième section d'un demi méridien terrestre.

Meriden parisLe méridien de Paris ne sera abandonné au profit du méridien de Greenwich qu’en 1884, lors de la Conférence Internationale de Washington. La France ne consentit alors à Londres l’honneur de représenter le milieu de la Terre qu’à la condition expresse d’admettre que Paris puisse décider des poids et mesures au plan international. Un engagement que la Grande-Bretagne oubliera en refusant fermement d’adopter le système métrique français. Néanmoins, il faudra attendre le 9 mars 1911 pour qu’une loi officialisant le méridien international de Greenwich fût promulguée.

Alaska-londres Ni la portée scientifique ni la dimension géopolitique de l’instauration d’un “temps universel” n’avaient hélas! retenu l’attention des organisateurs d’un “Premier congrès international du Méridien de Makkah”, ouvert à Doha, au Qatar, le 19 avril 2008. Sous le titre “La Mecque, le Centre de la Terre, théorie et pratique”, la résolution finale, diffusée 3 jours plus tard, appelait d’une façon sibylline tous les pays à tirer un trait sur l’heure GMT pour adopter désormais le Makkah Mean Time (MMT) ou Islamic Mean Time (IMT). Simplement, en faisant passer par La Mecque le méridien 0 -alors qu’elle se trouve sur le 39è, soit sur la même longitude que Moscou, Alep, Addis Abeba et Zanzibar-, les “éminents savants” avaient a peine souligné ce fait que le méridien directement opposé, soit le 180è, ne passerait plus alors par l’île Taveuni aux Fidji où se trouve l’insolite panneau indiquant : “« Ici, à gauche de cette ligne, vous êtes hier et à droite de la ligne, vous êtes demain » mais sur l’atoll Napuka  en  ¨Polynésie française, soit sur le 141è méridien…

Makkah-arabeIl n’empêche. De fil en aiguille, l’idée d’un méridien 0 devant passer par La Mecque en lieu et place de Greenwich s’était emparée de beaucoup d’esprits. Elle ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd à…La Mecque, dont l’édile, le très entreprenant Khaled Al Fayçal, vit aussitôt l’intérêt de rehausser la métropole de l’islam au rang d’un référent non plus seulement islamique mais carrément universel. La volonté du prince, confortée par un budget de 3 milliards de dollars, des tonnes de béton, de verre et d’acier, des milliers d’ouvriers travaillant jour et nuit, ne tarda fait jaillir du sol saint une gerbe de sept tours hiératiques imprimant du coup à la “Mère des Cités” du Coran, l’aspect d’un New York futuriste. Edifié par le géant de l’immobilier Saudi Binladen Company (SBC), un groupe fondé par le père d’Oussama Ben Laden, le complexe Makkah Clock Royal Tower sera finalement inauguré fin juin 2010. Clou du projet : posée au sommet d’une tour de 595 m de hauteur, une méga horloge de 45 m de long et de 43 m de large, la plus grande du monde, cinq fois la taille de Big Ben ! Visible à 17 km à la ronde de nuit et à 12 km le jour, elle entrera en service le 10 août, premier jour du Ramadan 2010.

Va pour Big Ben et Greenwich ! Pis encore, il semblerait que les aiguilles de l’horloge, fabriquée sur commande spéciale en Allemagne, ne tourneront pas de gauche à droite, sens préconisé par Greenwich, mais de droite à gauche, à l’image du rite du “taouaf”, la marche giratoire autour de la Kaâba. Aspirer à instaurer un nouveau temps “universel” en adoptant une pratique insolite, aux antipodes de l’usage universel, voilà une contradiction qui ne semble pas avoir effleuré l’esprit des promoteurs de l’Islamic Mean Time. Pour l’heure, seules les chaînes satellitaires El-Jazira et El-Arabiya annoncent leurs émissions en déclinant et l’heure Greenwich et l’heure de “La Noble Mecque”.

Building watchRupture ou pas avec l’univers anglo-saxon, le Makkah Clock Royal Tower qui chapeaute le bien nommé complexe hôtelier Abradj El-Bayt –les Tours du Temple- de 3000 chambres et suites offrant une vue imprenable sur la Kaâba, sera mis sous les auspices de la célèbre chaîne d' hôtels de luxe canado-américaine, Fairmonts Hotels & Resorts. Mieux, quand on tape “makkah - mériden” sur google l’on obtient à plein écran des notices concernant uniquement… l’hôtel Méridien de La Mecque, sis à 100 m du lieu le plus sacré de l’islam, un palace de la fameuse chaîne, jadis française, rachetée par la holding américaine Starwood Hotels & Resorts. Allah y reconnaîtrait-il les siens?

France. Loi sur la burqah : toutes voiles dehors ?

Posté par : Slimane Zeghidour

Burquah dessin Tout oppose partisans et ennemis de la burqah. Tout, sauf un point, essentiel, sur lequel ils s’accordent : le port du voile serait une obligation canonique. Les uns, croyants sincères, rigoristes ou carrément intégristes militants, y voient l’expression d’une foi qui anoblit la croyante et l’affranchit du regard concupiscent du mâle. Les autres, féministes convaincus, laïques de bonne foi et, parfois, islamophobes indubitables, y décèlent, eux, la bannière d’un islam obscurantiste.

Couple perse Qu’en dit le Coran, « parole de Dieu » et source du droit islamique? Peu de choses, et plutôt évasives. A y regarder de plus près, un décalage saute aux yeux : le poids envahissant, depuis un quart de siècle, de la question du voile alors qu’elle occupe si peu de place dans le corpus des Ecritures. Le Livre d’Allah qui comporte 6219 versets n’en consacre pas plus de… trois (!) au voile féminin*. Et qui plus est, des énoncés trop laconiques et pas assez explicites pour donner une idée pratique de la taille, de la forme ou de la manière de porter le “hijab”, ce « rideau » voué à « préserver la pudeur » de la croyante.

En réalité, le livre saint insiste plus sur la nécessité pour les femmes - et d’abord pour les épouses du Prophète - de ne se monter aux hommes étrangers à la famille qu’ « en baissant leurs regards » et en « rabattant leur voile sur leurs poitrines » afin de « ne point être offensées ».

Ce flou quant au rideau de chasteté a laissé libre cours à autant de versions de voiles que de pays d’islam : hijab, jilbab, tchadri, haïk, niqab, tarha, tchador, kichali, tudung, ibadou, tous ces noms attestent qu’il y a eu mille et une manières de dissimuler les atours de la femme… Et il suffit de jeter un œil sur les gravures arabes, les miniatures persanes, les peintures mogholes ou encore les photos prises au cours du XIXè siècle, pour constater que la croyante y figure le plus souvent à visage découvert.

Costumes islam
Roi afghan-voile Dès l’aube du XXè siècle, des chefs d’Etat musulmans ont voulu donner un nouveau visage à l’islam en découvrant celui de la croyante. Le pionnier de ce féminisme avant la lettre fut, sans conteste, le roi… d’Afghanistan, Amanoullah-Khan. Lequel encouragea sa femme, la begum, à s’afficher partout, de Kaboul à Londres en passant par New Delhi et Paris, en tailleur-jupe, manteau vison, boa, collants et talons aiguilles. L’épouse du roi Farouk d’Egypte fit de même, ainsi que celle d’Atatürk, le fondateur de la République turque sur les ruines du Califat ottoman… La mise à l’index du voile féminin intégral ne date pas d’aujourd’hui. L’Espagne catholique de la Reconquista le déclara hors la loi dès 1513 par un édit de la reine de Castille et d’Aragon, Jeanne la Folle. L’Union soviétique organisa de veritable autodafés de tchadors à travers le Caucase et l’Asie centrale, notamment à Tachkent, en Ouzbékistan. Atatürk s’en moqua avant de l’abolir du service public; le Shah d’Iran l’assimila à une camisole. En pleine guerre d’Algérie, la France organisa le 13 mai 1958 à Alger une spectaculaire démonstration de dévoilement public, au cours de laquelle un groupe de femmes mit le feu aux haïks de satin ivoire et voilettes de gaze. Plus tard, une fois l’indépendance acquise, le cinéaste Mohamed Bouamari tourna en 1972 “Le Charbonnier”, un film qui se clôt par une scène où une femme du bled, devant des hommes abasourdis, arrache son voile blanc avant de le jeter par-terre… Femmes seroual
Depuis, les Talibans de Kaboul ont imposé le port de la burqah. Apanage des tribus pachtounes du Pakistan et de l’Afghanistan, ce surtout intégral a fini par s’imposer comme signe de ralliement pour les intégristes de tous poils, bien au-delà des « zones tribales » pakistano-afghanes et jusqu’en Europe en passant par le Proche-Orient.

4 burquah * « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines; et qu'elles ne montrent leurs atours qu'à leurs maris..." (24:30-31). "Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. C'est plus pur pour eux. Allah est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce qu'ils font.. » (24 : 30-31)
« Ô Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles: elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées » (33:58-59).

Caricatures : dessins, des saints…

Posté par : Slimane Zeghidour

Jesus clope Jésus, Mahomet, même combat ? Alors que le quotidien danois “Politiken” vient de présenter ses excuses aux musulmans pour les avoir offensés en publiant début 2008 des caricatures du Prophète, une autre caricature, de Jésus cette fois-ci, a mis sens dessus dessous un pan entier de l’Inde, l’Etat de Meghalaya, à majorité catholique.

Motif du scandale, une image pieuse retouchée, représentant le Christ une chope de bière dans une main, une cigarette dans l’autre, l’air décontracté et rêveur non d’un affreux terroriste mais d’un hippie évanescent. Imprimée dans un manuel scolaire, la photo montage a été mise sous la lettre “i” afin d’illustrer le mot “idole”. Il n’en fallut pas plus pour que les chrétiens locaux sortent de leurs gongs et exhalent leur ire contre la “profanation” de la personne du Sauveur, flétri sous les traits d’un baba cool, païen de surcroît.

L’éditeur, vite alerté, déplore à cor et à cri une “erreur humaine”, implore le pardon des chrétiens qui représentent à peine 2,3% du 1,1 milliard d’ Indiens, en rejetant la faute sur l’ agence de design chargée de la conception de l’ouvrage. Déjà distribué à des centaines d’exemplaires, le manuel incriminé sera retiré et mis au pilon. Il n’empêche, le gouvernement local, qui dénonce un “acte blasphématoire”, n’en a pas moins déposé plainte contre la maison d’édition Skyline Publication, sise à New Delhi.Manuel-jesus-idole

L’Eglise catholique locale, qui gère, soit dit en passant, un quart des écoles indiennes (!) a eu beau accepter les excuses de l’éditeur, cela n’a pas suffi au ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, qui a tenu à exprimer haut et fort sa ferme condamnation d’un “portrait blasphématoire du Christ” et sa “profonde préoccupation face à la violation des droits et de la dignité des chrétiens”.

Autre lieu, autres moeurs. Si les excuses de l’éditeur indien ont pu apaiser les esprits, y compris au Vatican, celles du rédacteur en chef de “Politika” ont soulevé un tollé parmi les autres journaux européens, au nom de la liberté d’expression. Et ce alors que le quotidien danois affirme noir sur blanc que s’il présente des excuses sincères aux croyants “offensés” il ne renonce pas pour autant a republier à nouveau ces mêmes caricatures. En fait d’excuses, il s’agit plutôt d’un compromis élaboré entre le journal et l’avocat saoudien qui en formula l’exigence au nom de la Naqabat El-Achraf ou “Syndicats des Nobles”, soit des 70 000 descendants de Mahomet, dont le roi Abdallah II de Jordanie, le roi Mohamed VI du Maroc, l’Agha Khan, lequel descend à la fois du Prophète de l’islam et, par sa mère, Joan Barbara Yarde-Buller, de Charles 1er d’Angleterre, de Henri IV, et donc de Saint Louis, roi de France !

Crucifix-italia Que l’Italie soit le seul pays européen à réagir, et au plus haut niveau, contre une image « blasphématoire » de Jésus, publiée en Inde, s’explique par ce fait qu’elle mène une véritable croisade contre la Cour européenne des droits de l’homme, laquelle l’a condamnée, en novembre 2009, pour le maintien de l’accrochage du crucifix dans les écoles, estimant cette présence contraire au droit des parents d’élever leurs enfants selon leurs convictions et au droit des enfants à la liberté de religion.

En réaction, Rome a proposé une loi -élaborée par la gauche!- pour rendre obligatoire carrément ledit crucifix dans les écoles publiques. Franco Frattini, cohérent jusqu’au bout dans sa défense de Jésus-Christ, se rendit à Strasbourg, fin janvier 2010, afin de plaider et en faveur de la croix -un symbole “qui touche l’identité du pays”- dans les établissements scolaires et pour inclure une référence explicite aux “racines chrétiennes “de l’Europe dans le traité de Lisbonne. Le crucifix ne serait donc plus seulement un objet religieux mais l’expression de l’âme d’une nation.

Croix sur europe

Mieux, l’Italie a fini par faire appel de la décision et la Grande Chambre, convoquée le 2 mars 2010 a accepté la demande de renvoi présentée par le gouvernement italien. Quant à Franco Frattini, le très catholique chef de la diplomatie italienne, il excipa de sa condamnation des caricatures de Mahomet lorsqu’il déclara comprendre “le sentiment d’affront et même le chagrin des musulmans” pour mieux promouvoir l’identité catholique du pays. Aussi, ce ministre membre du Parti de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi, n’a-t-il pas hésité à apporter un soutien vibrant à la proposition d’ajouter un crucifix sur le drapeau national, celui de l’Italie moderne, édifiée sur les ruines des Etats pontificaux. Observant que neuf drapeaux européens comportent déjà une croix, il estima qu’une dixième bannière n’en déparerait pas l’ensemble. Rio-christ

Cet unanimisme dans la défense et l’illustration de Jésus vient de trouver une expression inédite, au Brésil cette fois-ci, le plus grand pays catholique du monde. Là-bas aussi, les chrétiens se disent “choqués et offensés” par la scène du film catastrophe “2012” de l’Allemand Roland Emmerich, où l’on voit vaciller puis s’effondrer l’altière statue du Christ Rédempteur qui domine la baie de Rio de Janeiro. L’archidiocèse de Rio exige des dommages et intérêts pour “abus et détournement d’image” à la société de production américaine Columbia Pictures. Oeuvre du Français d’origine polonaise, Paul Landowski –auteur également du monument aux morts -disciples de Jésus et fidèles de Mahomet réunis- de la Grande Guerre sis à Alger et coulé hélas ! dans le béton depuis l’indépendance (photo ci-dessous)-, la statue de 30 mètres de hauteur posée sur un piédestal de 8 mètres et trônant sur le mont Corcovado à 710 m d’altitude évoque Rio autant que la tour Eiffel Paris.

Traumatisée par les caricatures de Mahomet, dont l’une représente le Prophète de l’islam avec une bombe allumée sur le turban, une part notable de l’opinion musulmane attend une “revanche” esthétique afin de réhabiliter l’image de l’Apôtre d’Allah. Ce sera fait, inch Allah, sous la forme d’un film, une super-production confiée à l’Américain Barrie Osborne, le producteur de “Matrix” et de la trilogie du “Seigneur des Anneaux”. Sponsorisé par l’Etat du Qatar à hauteur de 150 millions de dollars et supervise par le télécoraniste égyptien de la chaîne El-Jazira, le Frère musulman cheikh Qaradaoui, l’oeuvre sera
«une production épique internationale destinée à relier les cultures. Le film éduquera les gens sur le sens véritable de l’islam». Bien entendu, l’on n’y verra pas l’image et encore moins le visage du Prophète. Ainsi, après le « Jésus de Nazareth », il y aurait bientôt un « Mahomet de La Mecque ». Grâce à Hollywood, la « Mecque du cinéma ».

Landowski1-alger