En rase campagne électorale, l’Amérique ne sait pas encore à quel saint se
vouer. Elle sait, en revanche, qu’à Dieu elle est dévouée. N’a-t-elle pas gravé
sur le billet vert la devise « En Dieu, notre force » ? A cette
nation qui compte 90 millions d’évangéliques, louer Dieu sonne juste,
l’invoquer fait mouche. Ces fidèles se disent chrétiens non en vertu de leur
baptême mais par la grâce d’une « rencontre », par chacun d’entre
eux, avec Jésus ! D’où leur appellation de « chrétiens nés une
seconde fois ». A l’instar de George Bush, pour qui Jésus-Christ est
« le meilleur philosophe » qui soit, ils aspirent à vivre dans un
Etat d’esprit évangélique, Bible en tête et parole d’Evangile à la bouche.
C’est une foi si chevillée au corps électoral qu’aucun responsable
politique n’a jamais osé la considérer comme qualité négligeable. Bien au
contraire. Sur quinze candidats à la Maison-Blanche, il y a cinq catholiques, un mormon et neuf protestants
méthodistes, presbytériens, baptistes et autres évangéliques. Une main sur le cœur,
l’autre sur la Bible, tous rivalisent de piété et de ferveur ostensible. Aucun
juif, pas plus de musulman que de bouddhiste et surtout pas d’agnostique ou
d’athée.
Au vu de ce consensus biblique, un républicain épiscopalien, John McCain,
vient de déclarer qu’en Amérique il ne saurait y avoir de chef de l’Etat qui ne
soit chrétien. Mal lui en a pris. Le « New York Times » a eu vite
fait de rappeler au candidat le caractère laïque de l’Etat et ce par une claire
volonté des Pères Fondateurs convaincus, à l’instar de Thomas Jefferson, qu’il
n’y a de liberté de religion digne de ce nom que si elle étend son bénéfice à
tous « au juif et au païen, au chrétien et au musulman, à l’hindou et à
l’incroyant ». Et de conclure : « l’Amérique est un pays de
chrétiens mais pas un pays chrétien ». Il n’empêche, plus d’un leader
politique a cherché à semer le trouble autour de la personne du candidat
démocrate Barack Obama. Fils d’un africain musulman et d’une anglo-saxonne
protestante, le jeune Hussein a tôt opté pour la foi maternelle non sans
abandonner son prénom islamique. Il ne serait donc pas un « vrai
chrétien » mais un « crypto-musulman ».

