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Camembert berbère

Image_11 Encore un exemple de la "greffe" française au Maghreb? De fait, si le "pays aux 300 fromages" se targue d'un "Chaussée aux moines", l'Algérie se flatte, désormais, d'un "Camembert Saint-Augustin". Fabriqué à Annaba, l'antique Hippone dont ce Père de l'Eglise fut l'inlassable évêque, le fromage qui en porte le nom orne les bonnes tables aux côtés de vins du terroir en plein essor. L'éminent théologien qui rédigea, entre autres ouvrages, une "Dolce Vita" n'aurait pas boudé son plaisir.

Saint Augustin, ce Bougnoule!", ironisa François Mauriac, au plus fort de la guerre d'Algérie. La boutade tomba comme un cheveu dans le bouillon de culture des colons ultras, convaincus de se battre pour l'Occident "judéo-chrétien" contre l'Orient "islamo-bolchévique". L'éminent mémorialiste voulait ainsi rappeler, à ces partisans avant la lettre du "choc des civilisations", l'immense apport de l'Afrique du Nord à "leur" civilisation latine, catholique, en un mot française. Berbère, en effet, était l'auteur des "Confessions",mais aussi Tertullien,Père de l'Eglise - et de la formule "Le sang des martyrs est la semence de l'Eglise" - l'écrivain latin Apulée dont le roman "l'Ane d'or" reflète mieux que tout autre l'âme "africaine", l'empereur Septime-Sévère dont le fils et successeur Caracalla octroya en 212 le statut de citoyen romain à tout habitant de l'Empire...

Image_26_4Bien sûr, la France coloniale remit tôt au jour cet apport spirituel, littéraire et philosophique. Non point pour l'ériger en héritage commun entre colons et indigènes, en symbole unificateur. Non,elle y a vu d'abord une "pièce à conviction", un titre de propriété "occidental" de l'Afrique du Nord. En vertu de quoi, la France n'usurpait pas un sol étranger mais "revenait à la maison". A cette récupération colonialiste du passé maghrébin, l'Algérie indépendante répondit par une survalorisation du patrimoine "arabo-islamique" et en occulta,par-là même,le legs gréco-romain.

Image_25_4Il aura fallu attendre le printemps 2000, l'an du Jubilé chrétien,pour que le président Abdelaziz Bouteflika accepte d'assumer sans détours,lors d'un colloque international consacré à Saint Augustin, "l'algérianité" de l'enfant de l'antique Thagaste, le Souk-Ahras actuel où l'on vénère désormais un olivier qui aurait été planté par l'auteur de "La Cité de Dieu". Pour l'occasion,la Poste émit un timbre en l'honneur du "philosophe algérien". Depuis, il ne se passe pas de jour sans qu'un journal, un documentaire ou un colloque ne viennent rappeler, aux Algériens cette fois-ci, l'apport de leurs ancêtres à l'Occident "judéo-chrétien". Et cet engouement va jusqu'à donner le nom du Père de l'Eglise à... un fromage local.

Tel Père Noël, tel fils...

Image_26_5 En digne fils du peuple, Vladimir Poutine a choisi, cette année, de passer la fête de la Nativité orthodoxe non pas à Moscou mais à Veliki Oustioug, aux fins fonds du Grand Nord. Une petite ville sans autre prétention que celle d'abriter, tout de même, le "berceau" et la "maison" de Ded Moroz, le Bonhomme Hiver des peuples slaves, le père Noël des Russes. L'endroit, ravalé au rang de simple vestige folklorique du temps de Staline, le "petit père des peuples", a pris, depuis la fin de l'Union soviétique et le retour en grâce de l'Eglise "nationale", l'allure d'une petite Jérusalem des glaces polaires.

Ce 7 janvier donc, jour du Noël orthodoxe selon le calendrier julien, l'ex-colonel du KGB a dû semerImage_29_6 une sacrée panique au sein des services de sécurité en décidant, au dernier moment, de s'envoler vers le Grand Nord.Cette virée soudaine, sans préavis ni explication du Kremlin, n'a pas manqué de donner corps à des rumeurs de complot. Le quotidien "Kommersant", le premier, y a vu l'effet d'un tout récent rapport d'un "think-tank" néo-libéral américain réputé proche de la Cia. Intitulé "Les scénarios alternatifs au développement de la Russie", le document du pourtant très austère Centre d'études stratégiques internationales (CSIS) tient plus du "thriller" fantastique que de la prévision géopolitique. Le clou du scénario-catastrophe : le 7 janvier 2008 -justement!- à Moscou, Vladimir Poutine sort de la cathédrale du Christ Sauveur où il vient d'assister à la messe de minuit. Un homme lui tire dessus, l'abat sur le coup. Tout le pays bascule. Des émeutes dévastatrices éclatent partout, des soldats tirent sur des foules en délire, la bourse s'effondre, les étrangers s'enfuient... L'armée réussit à rétablir l'ordre, l'immense Russie se barricade et s'installe dans un état d'urgence illimité.

Image_20_4 Superstitieux, Vladimir Poutine ? En tout cas très pieux, lui qui "avoue" avoir été baptisé en secret par une mère dévote. Et sensible aux symboles : ce même jour de Noël, il a diligenté le ministre de la Défense, Sergueï Ivanov, pour assister à la messe de minuit à Vlassikha, non loin de Moscou - une ville qui abrite, soit dit en passant, l'état-major des Troupes balistiques stratégiques russes (RVSN) - tandis que le chef du gouvernement, Dmitri Medvedev, a reçu mandat, lui, de représenter le chef de l'Etat à l'imposante et très "kitsch" cathédrale du Christ Sauveur, à un jet de pierre du Kremlin. Sacrée revanche pour une Eglise si longtemps mise au ban de l'Etat et à qui ce même Etat, affaibli et déboussolé, vient redonner tout son lustre d'antan.

De fait, dès la fin de l'Urss, la fédération russe a érigé le 7 janvier en jour férié, non sansImage_24_8 réhabiliter tous les autres symboles de la Russie tsariste. Alors que la Constitution de 1993 établit, du moins sur le papier,une stricte distinction entre l'Etat et l'Eglise;en pratique le Kremlin n'a eu de cesse d'en appeler à l'Eglise orthodoxe "patriotique", autant pour "bénir" l'élection du président Boris Eltsine, décréter "anti-chrétien" le refus de servir dans l'armée que pour mettre à l'index les "Eglises et sectes étrangères" (ce qui ne vise pas le judaïsme, le bouddhisme et l'islam, religions "nationales").

Image_9_3 L'Eglise bénit l'Etat et ce dernier la protège. Une anecdote en dit long sur ce zèle officiel. Ainsi, lorsqu'une chaîne de magasins d'outils ménagers entame la diffusion d'une publicité affirmant que "le Père Noël n'existe pas", le très officiel Service anti-monopole se fend d'un cinglant communiquant condamnant sans appel un spot provocateur coupable de suggérer que "les parents mentent à leurs enfants". Conclusion, en forme d'oukase : "Le clip des magasins Eto enfreint donc la loi sur la publicité, laquelle interdit de discréditer les parents". Nostalgie de la Russie de papa...Noël. En tout cas, de plus en plus,  l'ordre moral tend à se confondre avec l'ordre tout court. Le patriarche de Moscou et de toutes les Russies, Alexis II, vient d'exhorter l'Eglise et l'Etat à "se donner la main" pour inculquer les "fondements de la culture russe" en conjuguant "éducation morale" et "esprit patriotique". Il n'en faut pas plus pour que dix membres de l'Académie des Sciences, dont trois Nobel, dénoncent aussitôt une "cléricalisation rampante" de la société. D'autres personnalités déplorent, en invoquant la laïcité et le caractère pluri-religieux du pays,la restauration des emblèmes de l'empire des Tsars par la Russie moderne soi-disant "laïque" et "multinationale". Il s'agit, d'abord,des armoiries de l'Etat. Outre la couleur rouge du blason, symbole de la Grande Russie, y figurent les deux têtes couronnées de l'aigle - repris de l'empire byzantin en 1452, à la veille de la prise de Constantinople par les Turcs ottomans- qui incarnent un empire dont le territoire s'étend sur deux continents, l'Asie et l'Europe. En chaque serre, l'aigle tient et le pouvoir du tsar et celui de l'Eglise sous la forme d'un sceptre et d'une sphère dorée. Enfin, au centre du blason, l'aigle arbore un petit bouclier de Saint-Georges, le patron des Slaves !

Cette rechristianisation des symboles est un comble dans un pays qui, sur les 89 "sujets" ou entitésImage_14_5 politiques qui le composent, compte neuf républiques "musulmanes" (Tatarstan, Bachkortostan, Tchouvachie, Ingouchie, Tchétchénie, Daghestan, Karatchaïevo-Tcherkessie, Adyguée, Kabardino-Balkarie), trois bouddhistes (Kalmoukie, Bouriatie,Touva) et même une juive yiddishophone(Birobidjan). Si feu Boris Eltsine a ignoré cet argument, Vladimir Poutine semble l'avoir entendu, en revendiquant l'héritage soviétique du même mouvement qu'il se réclame chrétien orthodoxe et fier de l'être. Il a en effet réhabilité l'hymne national choisi par Staline lui-même en 1944 et attribué à l'armée russe le blason de l'ex-Armée rouge, le drapeau écarlate orné de l'étoile des Soviets.

Image_53_4 Fort de ce double legs, tsariste et communiste, l'actuel maître du Kremlin ne néglige pas, bien au contraire, l'atout de la religion, y compris sur le plan international. Au Proche et au Moyen-Orient, Moscou se prévaut de plus en plus de l'islam (20 à 25 millions de fidèles russes), de l'orthodoxie (10 millions d'Arabes chrétiens, syriens, libanais, palestiniens, irakiens, égyptiens, jordaniens, s'en réclament) sans oublier le judaïsme (un juif israélien sur cinq, soit un million d'âmes,provient de l'ex-Union soviétique), pour y donner de la voix. Mieux, la Russie a postulé pour un siège d'observateur permanent à l'Organisation de la conférence islamique (OCI).

Sur le plan intérieur, si un racisme populaire, surtout antijuif et islamophobe, ne désarme pas et siImage_48_2 l'Eglise orthodoxe jouit d'un privilège sur mesure, l'Etat n'ignore plus ces autres religions "nationales". L'armée elle-même, la deuxième du monde, avec plus d'un million de conscrits, s'ouvre à la foi afin de... "réduire le nombre de cas de suicides et de rabaissement de la dignité humaine" parmi les troupes. L'Eglise orthodoxe a répondu à l'appel, dès avril 2007, en proposant de renouer avec la tradition des "prêtres militaires", un legs tsariste aboli par les Soviets. "Des imams et des rabbins doivent pouvoir exercer leurs fonctions dans chaque district militaire", déclare le rabbin Aaron Gourevitch, le premier aumônier juif désigné depuis 1917. "L'islam, qui concerne un soldat russe sur six, doit y retrouver toute sa place", estime de son côté Roustam Valeev, au nom de l'Administration centrale des musulmans russes...

Image_63_6 Vladimir Poutine a promu à dessein deux hommes forts pour incarner cette volonté d'union sacrée nationale : le juif Mikhaïl Fradkov et le musulman, Rachid Nourgaliev.Le premier chapeaute le SVR,le service de renseignement extérieur, héritier du redoutable KGB. Le second dirige le ministère de l'Intérieur et veille sur un pays où le soleil ne se couche jamais.Un pays qui veut croire en Dieu, en lui-même... Et, paraît-il,même au Père Noël.

La Mecque plus ultra

Image_4_2 Ils n'en reviennent pas encore, les deux millions et demi de pèlerins qui viennent d'accomplir le hadj, le grand pèlerinage de La Mecque. Surtout ceux qui n’avaient encore jamais vu la ville, “leur” ville sainte et qui n’en avaient à l’esprit qu’une image… d’Epinal, celle que l’on voit orner et “protéger” tout foyer musulman bon teint, de Djakarta à Los Angeles et de Sarajevo à Durban : un amas compact de collines arides avec, au fond d’une cuvette, la Kaâba, le “Cube” noir, la “Maison” de Dieu.

Cette image pieuse a vécu. L’icône n’est plus qu’une relique, à mille lieues du nouveau paysage des lieux saints.! Disparu, depuis un ans déjà, englouti sous des gerbes d’immeubles et de tours, l’imposant amas de collines compact abritant en son coeur la cité sainte. Il n’y a plus qu’un bloc urbain de verre et de marbre hérissé de pylônes et de paraboles. Même sort pour le très saint mont Nour -“Lumière”- jusqu’alors dominant tout le massif et au sommet duquel Mahomet reçut la Révélation du Coran de la bouche de l’archange Gabriel. Ce haut lieu de l’islam s’estompe désormais derrière une forêt de grues d’où jaillit une jungle de mégatours qui s’élancent vers le ciel tel un geyser de béton et de métal.

Image_58Plus terre-à-terre, un pimpant et ostensible Mc Donald’s que surmonte, altier, l’universel « M » jaune, se dresse au seuil de la ville nouvelle, à l’orée de l’avenue la Mère des Cités qui conduit tout droit au saint des saints de l’islam : le Haram, la Mosquée sacrée qui abrite la Kaâba. Rien ne distingue plus cette artère, qui fut un véritable parcours initiatique reliant l’univers profane au territoire sacré, de n’importe quel autre boulevard : enfilade de boutiques, hôtels, foules de chalands accourus des cinq continents, Babylone de langues, débauche de sigles fétiches fleurant bon l’Occident “matérialiste” : Sony, Brietling, Ford, Lipton…

Image_23 Voici, au bout, l’esplanade du Haram, ample corridor à ciel ouvert cernant la Grande Mosquée en forme de “6” à l’envers et où peuvent se recueillir un million de fidèles. Paysage insolite, presque extravagant, que ce coeur spirituel de l’islam, pôle géographique vers lequel se tourne et se prosterne, cinq fois par jour, tout croyant pratiquant, cet antre, donc, de la foi de Mahomet croule sous la masse des gratte-ciel en construction, le vacarme incessant des grues et des excavatrices, l’éclat aveuglant des néons clignotant des sigles fétiches : KFC, Hilton, Rolex, Burger King, Méridien, Lipton, Pizza Hut… On croyait toucher du doigt le “plus antique Temple de l’univers” et on se retrouve dans une sorte de Rockefeller Center. Plus de traces, du coup, des gargotes ouvertes jour et nuit et offrant contre cinq riyals -à peine un euro!- du riz au poulet rôti, de la purée de fèves ou des kebabs avec frites et salade de concombres.

Image_70_2Un chantier pharaonique dirait-on, n’était le caractère maléfique de Pharaon dans le Coran. Le bruit de fond accablant, la poussière qui emplit l’air immobile et brûlant, le ballet des grues, le carrousel des camions de tout gabarit, l’agitation de 30 000 ouvriers arborant sur leur gilet le nom du groupe Ben Laden Saudi, le "Bouygues saoudien", tout ce spectacle donne le tournis. Ici et là, se détachent de gigantesques panneaux montant le futur profil de la ville. Des paysages urbains, peints en style hyper réaliste, qui évoquent à s’y méprendre le tout nouveau City Center de Las Vegas et qui n'ont, loin s'en faut, rien à voir avec Istanbul ou Le Caire. A vue d’oeil, une ville s’effondre, une autre jaillit de ses ruines.

Image_43_2 Un homme a conçu le plan de la nouvelle “Mère des Cités”, Abdelaziz Darwich. Architecte formé aux Etats-Unis, il a reçu le redoutable privilège de façonner le futur visage de la ville natale de Mahomet. Se sent-il coupable d’inciter à démolir de fond en comble la métropole de l’islam ? Nullement : « Le lieu saint est plus un état d’âme qu’un monument », plaide-t-il. Et d’enchaîner : “A La Mecque, le fidèle ne vient pas toucher la pierre que caressa le Prophète, non, il vient humer l’air que l’Envoyé d’Allah y a respiré ». Conclusion : on peut donc raser toute la ville, à condition de ne pas réaffecter l’endroit à un autre usage que la prière. Tout en discutant dans son bureau de Djeddah façon salon japonais, l’artiste dévide sur un ample écran plasma le DVD simulant un époustouflant parcours virtuel de La Mecque de demain : enfilades d’immeubles, arabesques d’échangeurs, entrelacs de toboggans, forêts de gratte-ciel aux allures de stalagmites de verre et d’acier, le tout sous un ciel rougeoyant.

Le motif d’une telle démolition, sans précédent dans l’histoireImage_78_2 du Moyen-Orient ? La “démocratisation” du hadj, grâce à l’avion qui aura fait passer le nombre de pèlerins, et ce entre 1900 à l’an 2 000, de 10 000 à 2 millions et demi d’ « Invités » à la « Maison d’Allah ». Ainsi la cite qui compte d’ordinaire un million et demi d’âmes en accueille, lors du pèlerinage, jusqu’au double. Des foules de tous les horizons qu’il faut pouvoir non seulement y acheminer, mais aussi loger, nourrir, blanchir, pourvoir en eau, ablutions obligent, et, au besoin, soigner ou même, en cas de décès, ensevelir sur place, car nul proche parent du défunt ne songerait un instant à le rapatrier hors la patrie de Mahomet. Ceci sans parler des défis qu’un tel “rush” mondial pose à la sécurité sanitaire ou même aux risques de désordres politiques.

Image_82_3 Il n’empêche, ce souci louable d’accueillir au mieux les Invités d’Allah n’a pas tardé à se conjuguer avec un appétit commercial aussi âpre que pieux. A savoir, rentabiliser au maximum la “valeur ajoutée” financière du hadj. Et ce, d’autant plus aisément que le Coran, au contraire de l’Evangile, érige le commerce au rang de métier noble entre tous. Le Prophète n’a-t-il pas été lui-même guide de caravanes charriant encens et myrrhe entre océan Indien et Méditerranée via, justement, l’étape de La Mecque? Ne jure-t-on pas aussi que Dieu a prévu, pour les élus du Paradis, un souk hebdomadaire où ils pourront assouvir leur sacré goût des marchandages et des emplettes? Ainsi une spéculation immobilière sans pareil s'emballe-t-elle autour du Haram. Le prix du mètre carré y dépasse… le plafond de 100 000 euros! Un record mondial absolu.

Image_72_2Traduction sur le terrain de cette fièvre : le complexe Zam Zam autour du Haram, ainsi baptisé du nom de la source sacrée qui coule au sous-sol de la Kaâba. Un méga projet d’une surface totale d’un million et demi de mètres carrés. Budget initial : 42 milliards d’euros. Déjà, une gerbe de quatre tours s’étire à l’assaut du ciel; des hôtels cinq étoiles de 40 étages chacun que devra coiffer un gratte-ciel de 110 étages, d’une hauteur de 527 mètres. Le chantier s’élève, prend corps et s’anime en temps réel, étage après étage. Un shopping Center -les Tours du Temple- rutilant tout de marbre gris perle, de verre fumé et de métal chromé, peut absorber, clame une brochure, jusqu’à 200 000 visiteurs à qui il propose du Burger King au café Starbucks et, au besoin, au “must” de Cartier.

Image_73 Un autre « must » se trouve dans l’une des quatre tours, la Zam Zam-Sofitel, un hôtel haut de gamme, dont la gestion a été confiée au groupe français Accor. Les Croyants ont beau être “égaux comme les dents d’un peigne” il y aura quand même des « Invités » mieux lotis que d’autres. Avec 34 étages, 1 240 suites et 930 studios, le Sofitel propose, pour 1000 euros la nuit, des chambres avec vue… sur le Haram et la Kaâba. Et ça marche du tonnerre d’Allah à en croire le gérant, un Franco-polonais converti à l’islam qui croule sous les réservations venant des cinq continents. Thierry Czwec n’en revient toujours pas de diriger, à La Mecque même où il vit désormais avec son épouse égyptienne, le « plus luxueux palace du Proche et Moyen-Orient ».Image_71

A un jet de pierre de Zam Zam vrombit le chantier du Djebel Omar où des excavatrices fouaillent les entrailles du sol sacré pour y aménager un parking de 12 000 places sur lequel s’érigera un complexe aussi titanesque. Au catalogue : 4 500 boutiques, 3 000 « showroom », deux palaces cinq étoiles, une salle de prière pour 2 000 fidèles, des tours d’habitation pour 34 000 locataires, un héliport sur les toits, le tout adossé à un ensemble immobilier de pas moins de 590 édifices en projet, ce qui suppose la démolition totale d’un pan entier de la ville sainte.

Image_11 Une métropole aussi futuriste implique une mise à niveau des voies d’accès pour la rattacher au vaste monde. Sur ce plan aussi le chantier avance à pas de géant. En plus des dizaines de tunnels creusés sous les collines, des cinq périphériques déjà ouverts, le cabinet français Architecture Studio a imaginé une sorte de voie royale, la « Makkah West Gate ». Un boulevard, long de 5 km et large de 100 mètres, pour raccorder le Haram à une gare multimodale implantée à l’ouest de la ville sainte, sur la route de Djeddah. Cette gare, qui pourra acheminer jusqu’à 20 000 passagers par heure, devrait accueillir, également, un TGV prévu pour l’an 2012. Confiée au groupe français Alsthom, l’étude du train à grande vitesse pour le berceau de l’islam devrait inclure une connexion ferroviaire avec tout le Proche-Orient et, partant, avec l’Europe. Ainsi plaisante Thierry Czwec, « On pourra alors affirmer que si tous les chemins mènent à Rome, tous les chemins de fer mènent à La Mecque ».

Slimane Zeghidour.

juin 2008

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