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Allemagne-France, délire de blasphème ?

Image_96_9 Une "affaire" peut toujours en cacher un autre. Au moment où en France celle des caricatures de Mahomet, opposant le magazine "Charlie Hebdo" à la Grande Mosquée de Paris, était jugée en appel en mars 2008, une autre "affaire de blasphème", beaucoup plus discrète, agitait l' Allemagne. En France, l' opinion, hommes politiques, intellectuels et journaux compris, ne ménagea point, en 2007 lors du procès en première instance des caricatures, son soutien au "courageux" hebdomadaire, cible d' un "délit de blasphème d'un autre âge". Un autre soutien, et de taille, vint même d' Allemagne, sous la forme d' un vibrant appel du ministre de l' Intérieur, Wolfgang Schaeuble, exhortant tous les journaux d' Europe à re-publier ces caricatures de Mahomet, par solidarité et au nom de la liberté d' expression.Image_97_5

Mais, au même moment, début mars 2008, en Allemagne, une collègue du ministre de l' Intérieur, Ursula Von Der Leyen, en charge de la Famille, des personnes âgées, des femmes et de la jeunesse (!) mettait à l' index une autre publication, un livre illustré, orné de dessins autrement plus ludiques. Intitulé "Où est le chemin de Dieu, s' il vous plaît ?", l' ouvrage raconte la soif de foi (faussement) naïve d' un petit cochon; une quête qui tourne vite court face au rejet d' un rabbin, d' un curé et d' un imam, le tout sur un ton badin, dépourvu d' animosité.

Image_56_2 Que reproche donc la ministre au livre de Michael Schmidt-Salomon, un célèbre humoriste iconoclaste ? Outre qu'elle le juge un tantinet "antisémite" (n' en déplaise à l' auteur, pourtant lui-même juif), elle redoute que l' ironie caustique avec laquelle il fait ressortir les travers humains de trois hommes de Dieu n' en vienne à  "désorienter les enfants sur le plan social et éthique" ! Rien de moins.

On aura ainsi entendu, outre-Rhin, en même temps, et l' appel à publier partout les caricatures du Prophète de l' islam, d' un côté et, de l' autre, un appel à ne pas mettre entre toutes les mains les illustrations de simples hommes de religion. Et tandis que les caricatures ont été republiées sans autre forme de procès, il aura quand même fallu le double avis favorable de la Commission fédérale de contrôle des médias dangereux pour les enfants (!) et du Conseil des juifs d'Allemagne pour que l' histoire du petit cochon ne passât pas à la trappe du "politiquement correct", dans un pays dont le Code pénal inclut le délit de blasphème (art 166).Image_94_2

Car, aussi incroyable que cela puisse sembler, le délit de blasphème figure noir sur blanc dans le Code pénal d' un pays européen sur deux, y compris en France, plus exactement en Alsace-Moselle*! Les Etats laïques reconnaissent donc l' existence du blasphème... à cette nuance près que la justice ne le sanctionne plus sur un plan strictement religieux - à savoir en tant qu' "offense à Dieu"- mais seulement lorsqu' il risque de troubler la paix civile ou d' inciter à la haine d' un groupe d' adeptes d' un culte donné.

Image_84_6Dès lors, c 'est la façon dont le juge évalue ce risque qui fait exister ce "blasphème laïque". Dans "l' affaire" des caricatures de Mahomet, par exemple, le président du Tribunal de grande instance de Paris, Jean-Claude Magendie, a jugé en appel, le 22 mars dernier, qu' en dépit du "caractère choquant, voire blessant, de cette caricature pour la sensibilité des musulmans", celle-ci (celle montrant le Prophète arborant un turban-bombe avec la mèche allumée) ne révèlait néanmoins aucune "volonté délibérée d'offenser" et que, par conséquent, elle n' outrepassait pas "lesImage_42_9 limites admissibles de la liberté d'expression".

Le même président ayant eu à juger, le 8 mars 2005, une campagne publicitaire parodiant la Cène de Léonard de Vinci pour vanter une ligne de vêtements décréta, à l' encontre du parquet qui avait requis la relaxe, l' interdiction de l' affiche au motif que celle-ci constituait "une intrusion agressive et gratuite dans les tréfonds des croyances intimes". Pis encore, elle faisait "gravement injure aux sentiments religieux et à la foi des catholiques". Interdiction d' affichage, donc, assortie d' une amende de 100 000 euros par jour de retard mis à la suppression de la-dite image. Un jugement inattendu qui sera cependant cassé, le 14 novembre 2006, par la cour de Cassation.

* Allemagne (art 166), Autriche (art 188), Danemark (art 140, 266b), Espagne (art 525), Fédération hélvétique (art 261), Finlande (section 10, chapitre 17), France (Alsace-Moselle art 166), Grèce (art 198), Irlande (interdit par la Constitution) Pays-Bas (art 147, 429b), Pologne (art 196), Royaume-Uni (ne s'' applique qu' au profit de la seule Eglise anglicane d' Etat)...
 

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Voici les sites qui parlent de Allemagne-France, délire de blasphème ?:

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