Russie, l'oeil...lade de Moscou
A défaut de "faire la fête" tous les jours, la Russie vient de s’offrir un nouveau jour de fête : le 8 juillet. Intercalé entre le jour de la Souveraineté et celui de l’Unité nationale, fixés au 12 juin et au 4 novembre, le tout nouveau rendez-vous annuel, voué à la Famille, à l’Amour et à la Fidélité, conjugale s’entend, passe, déjà, pour une fête patriotique.
Autant dire, un "symbole national" à la promotion duquel l’Eglise autant que l’Etat ont tenu à y aller de tout leurs poids spirituel et politique. Une version slave orthodoxe de l’alliance du sabre et du goupillon que le kremlin a, pour le coup, choisi d’incarner par un "couple" on ne peut plus détonnant, alliant la pulpeuse épouse du président russe, Svetlana Medvedev et Alexis II, l’austère et octogénaire patriarche de Moscou et de toutes les Russies.
L’idée d’une fête nationale de l’Amour germa le jour même de la…Saint-Valentin. De fait, ce 14 février 2008 vit tout ce que la Russie compte de sénateurs et de popes tirer à boulets rouges sur un soi-disant "simulacre de fête de l’amour", une "vulgaire" occasion "non point d’aimer plus mais d’acheter, de consommer toujours plus". Le patriarche de Moscou y vit l'occasion idéale pour évoquer, invoquer et bénir saint Piotr et sainte Févronia, patrons du mariage et de la fidélité conjugale. "Nous devons vénérer ces saints en tant que modèles vivants de la vie conjugale parfaite, prêcha-t-il, au lieu de nous incliner devant ceux que l’on cherche à nous imposer, tel Saint-Valentin censé protéger la vie conjugale en Occident".
Même son de cloche au Conseil de la Fédération, la chambre haute du parlement russe, qui ne tarda pas à approuver -"à l’unanimité"!- l’idée d’ériger le 8 juillet en fête de Piotr et Févronia, saints patrons "nationaux" de la famille et de l’amour conjugal. "Nous avons tous besoin d’une fête célébrant l’amour conjugal et le bonheur familial, puisée dans notre tradition nationale afin de donner aux jeunes le meilleur exemple de la morale, de la pureté et de la chaleur humaine", déclara la porte-parole du Comité pour la politique sociale, Valentina Pétrenko.
Message reçu cinq sur cinq par la première dame russe, Svetlana Medvedev, qui accepta aussitôt de chapeauter le comité d’organisation de la fête "nationale" de l’Amour. Croyante ostensible, la première dame qui ne dédaigne pas non plus les défilés de mode, anime depuis avril 2007 le Mouvement pour la culture morale et spirituelle de la jeune génération russe ? Un zèle militant qui a valu à cette fille de militaires de l’ex-Leningrad la décoration de l’ordre de la "Vénérable Euphrozyne", équivalent orthodoxe du ci-devant Ordre de Lénine.
Qui dit fête de l’amour dit ville des amoureux, capitale des désirs, rendez-vous des coeurs. La Venise russe a pris pour cadre la cité médiévale de Mourom, sise à 300 km à l’orient de Moscou, non loin de Nijni-Novgorod, l’ex-Gorki soviétique, jadis interdite aux étrangers. Un choix "naturel", Piotr et Févronia y ayant vécu avant d’y reposer à jamais, "léguant une splendide légende à la ville, à la nation et à l’Eglise". Piotr, un noble souffrant de la lèpre voulut épouser la paysanne Févronia qui a su soulager son mal. Les boyards y mirent leur veto. Passant outre un destin royal tout tracé, le prince renonça aux ors de la couronne pour l’amour simple et discret d'une humble roturière… Au terme d’une vie conjugale tendre et pieuse, le mari devenu moine rendit l’âme le 8 juillet 1228. Févronia le rejoignit au ciel une heure d’horloge plus tard; l’un et l’autre furent mis sous terre, unis dans le même tombeau,
sous la coupole du couvent de la Sainte-Trinité.
Quel meilleur cadeau faire au couple saint que d’ériger la date de leur "retour à Dieu" en jour de l’Amour tout en y co-célébrant et le 780° anniversaire de leur mort et les 1020 ans de l’évangélisation de la Russie -dont le millénaire du baptême aura été tout de même commémoré par... l’Union soviétique en 1988, à l’instigation de Mikhaïl Gorbatchev. Depuis lors l’Etat russe n’a eu de cesse de "protéger" la religion, non seulement l’Eglise orthodoxe, qui tend à retrouver son lustre de l’époque tsariste, mais aussi, et de plus en plus, l’islam. La foi de Mahomet, credo du khanat tatar de la Horde d'Or qui domina longtemps la Moscovie, fut intégrée à l'Emire russe après que le tsar Ivan le Terrible en eût soumis la capitale Kazan, le 2 octobre 1552. Le vainqueur, soucieux d'incarner ce divin succès contre "le joug tatar", fera édifier sur la place Rouge à Moscou, face au Kremlin, la basilique Basile le Bienheureux dont les coupoles rappellent les turbans des chefs tatars battus ce jour-là... Il n'empêche, on n'y peut plus "outrager" les sentiments des croyants ? Le journal “Nach Reguion” (“Notre Région”) de Vologda, au nord de Moscou, l'appris à ses frais qui a été condamné à une amende de 100 000 roubles -3000 euros- pour avoir reproduit des caricatures de Mahomet!
Mieux, le 28 juin dernier, Dimitri Medvedev se rendit en grand arroi à la cathédrale du Christ Sauveur pour y "restituer" à l’Eglise les "saintes reliques" mises sous le boisseau par le régime communiste. Le "président croyant" se livra alors à une véritable défense et illustration du "rôle pacificateur" de l’Eglise orthodoxe, sous les coupoles on ne peut plus kitsch de ce temple édifié il y a deux siècles à la gloire des soldats ayant battus les troupes de Napoléon Bonaparte, puis détruit par Staline afin de laisser place à une piscine olympique avant d’être, enfin, reconstruit, à l’identique, par Boris Eltsine, non sans l’apport massif d’ouvriers polonais catholiques et turcs musulmans.
L’Eglise, l’Etat, cela n’aurait pas suffi, semble-t-il, à "vendre" la contre-Saint-Valentin russe sans mettre à profit le pouvoir édificateur d’un film. Justement, le 14 février 2008 sorti à Moscou un "thriller" trépidant, une sorte d’anti-James Bond version slave et orthodoxe qui aurait fort bien pu être baptisé “Bons baisers de Russie”. Intitulé "Un baiser mais pas pour la presse", il raconte l’histoire d’amour d’un jeune agent du kgb et d’une hôtesse de l’air russe. Intrépide, courageux, grand "coeur chaud et sang-froid", l’espion, qui opère en Allemagne, vole de haut faits d’armes en coups bas jusqu’à briguer la fonction de chef de l’Etat qu’il réussit à "mériter" haut la main. En fait de fiction, tout y parle de Vladimir Poutine, ex-espion en terre germanique devenu tsar républicain, dont le nom n’apparaît pourtant nulle part. "Pure coïncidence", selon la formule consacrée du septième art.
Cette "salade russe" mêlant amour de Dieu, désir de la famille et culte de la patrie culmine en un discours lyrique à la gloire du mariage, une mystique du "couple légitime" en tant que "socle et bouclier" de la nation en danger. Elle pourrait avoir pour mot d’ordre : "fais l’amour et la guerre… des berceaux". Car si Lénine a prévu en son temps un "dépérissement de l’Etat" capitaliste, la Russie ne redoute aujourd’hui rien moins qu’un dépérissement de la nation en tant que "capital génétique". Il ne s’y passe pas un jour en effet sans qu’un enquête ne vienne rappeler que, fait quasi unique au monde, la population du pays enregistre chaque année un déficit de 700 000 habitants. On ne compte plus les villages et bourgades fantômes, les écoles qui ferment faute d’enfants, les pédiatres qui troquent la blouse du médecin pour le tablier du boucher ou la salopette du plombier…
Avec 1 43 millions d’habitants dont vingt-cinq millions de non russes, pour la plupart turcophones et musulmans, la Russie n’aura pas connu, à l’instar de l’Europe, de baby-boom ni de Trente Glorieuses. Le professeur Vladimir Koulikov, membre éminent de l’Académie des sciences, en brosse un tableau apocalyptique : il y aurait 13 millions d’invalides, 10 millions de maladies mentaux, presque autant d’alcooliques, six millions de femmes stériles sur 40 millions en âge de procréer, 8 millions de réfugiés de l’intérieur, des "pieds noirs" ayant fui les ex-républiques soviétiques. Au bilan, il y aurait 2, 3 morts pour 1, 4 naissances avec de surcroît un taux de mortalité infantile ayant régressé au point de retrouver le niveau de celui de 1897!
Le camp nationaliste dénonce un "génocide" à petit feu "entretenu", cela y va de soi, par l’Occident. L’argent étant le nerf de la guerre, y compris des berceaux, l’Etat a d’abord accepté de rembourser à hauteur de 50 000 roubles -1 900 euros- tous frais de traitement de la stérilité ou de la procréation assistée. Depuis 2006, un certificat de naissance spécial combine prime au second enfant de 7 350 euros, qui s’élèvera à 8 825
euros pour un troisième, et prime d’assistance de 2 94 euros à la sage-femme pour tout bébé mis au monde par ses soins.
Plus encore, la ville d’Oulianovsk a fait coïncider la fête de la Souveraineté du 12 juin avec celle de la Conception, vouée à la promotion de la natalité. La femme, plutôt l’épouse, qui accouchera neuf mois pile poil après ce jour-là se verra livrer chez elle vêtements, victuailles et articles électroménagers, entre autres un frigo et un téléviseur. Mourom a voulu faire mieux en offrant aux couples ayant "tenu" vingt-cinq ans sous le même toit toutes sortes de cadeaux ainsi qu’une médaille de bronze frappée du drapeau russe et de la marguerite, une fleur "symbole" nationale. Au bilan, établi le 8 juillet dernier, jour de la Famille, de l’Amour et de la Fidélité, il apparut que la Venise russe totalisait, pour la première moitié de l’an de grâce 2008, 3 77 mariages pour 3 18 divorces et 1 273 décès pour seulement… 7 14 naissances. Il y a encore loin de la coupe aux lèvres. En attendant mieux, les Russes n’ont pas à se faire du mouron mais plutôt à se "faire" Mourom.


Bonsoir,
Quelqu'en soient les raisons,la géorgie n'avait pas à attaquer la minorité russe,sachant quelle va affronter un géant.De plus,le problème aurait dû être porté devant les instances internationales.
Il me semble qu'il est légitime que la russie assure la sécurité stratégique de ses frontières devant un pays qui pourrait lui aussi autoriser l'installation d'armes de nature à embeter les russes.
Salut.
PS / le cas de la pologne.
Rédigé par: HamidiCHERIF | 17 août 2008 at 22:01
donc d'un coté des sectes de l'autre une autre secte ! bienvenu s dans le monde des sectes .
http://www.info-sectes.org/
Rédigé par: le mego | 23 août 2008 at 05:52