Source jaillissante de « miracles » éclatants, Lourdes doit son lustre de haut lieu de pèlerinage catholique –le second en rang mondial, juste après Rome- à un autre miracle, autrement moins connu mais tout aussi « prodigieux » que l'apparition de la Vierge à Bernadette en 1858.
L’Eglise, en effet, n’avait eu de cesse de cultiver le souvenir du premier miracle, survenu il y a... 1330 ans, qui avait scellé pour toujours la vocation mariale de la ville. L’histoire du prodige remonte, selon la légende qui court encore en pays de Bigorre, au règne de Charlemagne, au temps où le roi des Francs s’efforçait d'unifier son royaume en luttant à la fois contre les Saxons, les Lombards, les Avars… Et contre les Sarrazins - les Arabo-Berbères musulmans -, déjà établis en
Espagne depuis 711.
L’un d’entre eux, l’émir Mirat –Mourad ?- persistait à maintenir de ce côté-ci des Pyrénées une petite mais solide cité-émirat maure. En digne petit-fils de Charles Martel, l’ancêtre auréolé par la victoire de Poitiers contre l’ « Infidèle mahométan », Charlemagne ne pouvait tolérer le maintien d’un bastion « infidèle » en pays franc.
Aussi décida-t-il en 778 d’assiéger la cité. En réaction, Mirat jura son grand Dieu qu’il ne mettrait jamais genou à terre devant un mortel monarque. Le siège s’éternisant, le Franc usa d’un ultime stratagème : un aigle portant une énorme truite argentée en son bec survola le château du Sarrazin et y lâcha le poisson. L’assiégé le reprit au vol et le renvoya par-dessus les remparts vers l’ennemi, manière de lui démontrer que, siège ou pas, l’on
n’y avait assez de vivres pour s’en passer.
Charlemagne, de guerre lasse, s’apprêtait à lever le siège quand un certain Turpin, évêque du
Puy-en-Velay, lui demanda l’autorisation d’aller proposer un marché à Mirat, une sorte de « paix des braves » avant la lettre : le Sarrazin pourrait garder la ville à condition de rendre les armes, non point au chef franc mais à la Vierge Marie, la Myriam du Coran, la mère d’Aïssa, le « Verbe d’Allah ».
« Je suis son serviteur, proposa l’évêque Turpin à Mirat, soyez son chevalier ». Le vaillant sarrazin accepta de bonne grâce et s’en alla déposer les armes aux pieds de la Vierge Noire du Puy en Velay. Mais, conclut la légende, ce fut à la condition expresse - aussitôt avalisée par Charlemagne - que son émirat ne relèverait jamais d’aucune autre autorité que celle de la Reine des Cieux. Suite à quoi, Mirat adopta pour son fief pyrénéen le surnom de Lordus ou Louarda -de « warda », la « rose » en arabe- qui deviendra plus tard… Lourdes, le nom de la ville. C'est donc à cette légende, nouée autour d'un maigre fait historique, que Lourdes doit également son blason : gueules à trois tours d'or sur un roc, un aigle éployé, tenant au bec une truite d'argent.
Mais cette histoire populaire a connu un net regain d’intérêt –y compris idéologique- depuis le lancement du compte à rebours, mi-2007, du 150ème anniversaire de l’Apparition de la Vierge célébré en grandes pompes en septembre 2008. Rappelant la légende, pour l’occasion, un site catholique* avait cru devoir en souligner toute l’actualité : « Pèlerins de lourdes, n’oubliez pas de prier aussi pour la conversion de
l’islam ».
Benoît XVI a-t-il songé à l'étonnante reddition religieuse de l'émir en mettant le
pied à Lourdes ? Nul doute en tout cas que le pape aurait apprécié la revanche de l’histoire. N’a-t-il pas choisi de baptiser lui-même, le 22 mars 2008, la veille de Pâques, un musulman égyptien, lors d’une cérémonie retransmise à l’échelle de la planète ?
Plus encore, en dessinant son blason le pape n’a pas manqué d’y mettre en bonne place la tête de Maure, symbole bien connu de la héraldique et fréquent dans les blasons, écussons et armoiries de familles nobles, de villes ou d’institutions catholiques (Sardaigne, Corse, Aragon, pape Pie VII). Il signifiait, à l’origine, la participation aux Croisades.
Benoît XVI avait déjà adopté cet emblème lorsqu’il était archevêque de Freising. « Sur les armoiries des évêques de Freising, avait-t-il tenu à expliquer, figure depuis environ mille ans le Maure couronné : on ne sait pas bien ce qu’il signifie. Pour moi, il exprime l’universalité de l’Eglise, concluait-il, sans considération de personne, ni de race ni de classe ». Une idée force pour un souverain pontife qui voit dans la société globalisée, pluriculturelle et plurireligieuse qui fait tâche d’huile d’un bout à l’autre du monde « une opportunité que nous donne le Seigneur de proclamer la Vérité et d'exercer l'Amour afin d'atteindre tout être humain sans distinction, même au-delà des limites de l'Église visible ».
* www.mariedenazaraeth.com


Trop d'amalgame, il me parait difficile en tant qu' historien et habitant de Lourdes de confondre l'histoire de Lourdes et de son comté au moyen age du fait religieux contemporain. Il y a des lourdais avec leur histoire bien plus lointaine que 1858 et il y a le sanctuaire. Je crois pas que l'on ait souligné plus que d'habitude ce mythe durant cet année spécifique (1 petit article dans Lourdes Magazine seulement). Vous ne citez aucune source, alors que de nombreux historien se sont penché sur le sujet depuis Pierre de Marca XVII siècle. Cette structure de Mythe ce retrouve à Carcasonne également, et a pour principale interet de nous renseigné sur instrumentalisation de la figure de Charlemagne au XIII siècle.
Pascal GRIFFIN
Rédigé par: Pascal GRIFFIN | 30 septembre 2009 à 14:28