Au “pays du soleil levant”, une étoile politique vient de se hisser au firmament. Elu Premier ministre, ce 24 septembre, Taro Aso brille par une personnalité à facettes, à la manière du diamant dont il a naguère fait négoce. Passe encore qu’il soit riche, populiste, nationaliste dans l’âme, ce Japonais, qui a pour second prénom Francisco, se flatte aussi d’être issu d’une famille “catholique depuis quatre générations”.
Du jamais vu dans le royaume de la religion shintoïste, qui est un mélange
unique de foi aristocratique et de tradition populaire, de culte divin et de morale civique. Au coeur du dogme shintoïste se trouve la croyance en une origine céleste, plus exactement solaire, d’un sacro-saint empereur. Aussi,
Taro Aso vénère-t-il autant le Fils de Dieu que le fils du soleil.
Catholique fervent, il est donc aussi le premier chrétien à accéder à une position aussi élevée dans un pays qu’il a un lui-même qualifié un jour de foyer irréductible “d’une seule race, d’une seule langue, d’une seule civilisation”. En lui, le fier croyant et le nationaliste ardent coexistent. Et il n'a jamais vu malice à aller du même pas, chaque 15 août, assister à la messe de l’Assomption et visiter le temple de Yasukuni, à Tokyo, sorte de mont Valérien où reposent les âmes de 2 466 532 soldats, dont des criminels de guerre, morts pour l’Empereur.
Le nouveau chef du gouvernement nippon n'est pas pour autant un météorite tombé du ciel, mais un pur produit du Japon profond et impérial. Car Taro Aso rime avec Aso Cement Company, l’empire familial du ciment qu'il dirigea d'ailleurs un temps. Promu à la tête de l’Etat, il reprend le flambeau d’une lignée qui a déjà compté deux chefs de gouvernement -dont un durant la Seconde Guerre mondiale- et une soeur cadette, mariée à un prince,
cousin germain de l’Empereur Akihito.
Nul doute que la foi catholique, l’aura de Rome et le prestige du pape auront tôt incité Taro Francisco Aso à sentir une certaine proximité avec l’Occident, tout en gardant néanmoins un pied ferme au Japon. Le voilà donc dès 1960, à l’âge de vingt ans, au Brésil, le pays qui abrite la plus grande diaspora nippone, soit 3 millions d’âmes. Là, au milieu de “frères” assimilés et très souvent bons catholiques, il fait l’expérience de la mixité et apprend le portugais avant d’aller se mettre à l’anglais à l’université Stanford aux Etas-Unis puis au Royaume-Uni, à la London School of Economics.
Intellectuel, certes, cadre et patron en col blanc, Taro Aso n’en a pas moins cultivé l’image d’un homme d’action. Il voyagea jeune en Afrique du Sud, bourlinga au Sierra Leone où il “tâta”, entre autres aventures, du diamant, un métier à grands profits mais à gros risques. Ce qui ne l’empêcha point de représenter le Japon, en tant que champion de ball-trap, aux Jeux olympiques d’été de 1976 à Montréal. A défaut de médaille, il décroche au retour la fonction en or de député, à la veille de souffler sa quarantième bougie. Il obtiendra vingt-cinq ans plus tard le ministère des Affaires étrangères où il s'attachera, peut-être influencé en cela par son catholicisme, à donner un role plus visible à Tokyo sur l’échiquier du Proche-Orient (ci-contre, au Saint-Sépulcre, à Jérusalem-Est).
Taro Aso se rattache à une Eglise qui a amplement payé son écot à l’histoire japonaise. Introduit dès
1543 par le jésuite François-Xavier, le culte catholique connut un essor rapide grâce à la conversion ostensible de grandes familles féodales, surtout sur l’île de Kyushi, berceau de la dynastie Aso. Son succès est si “miraculeux” -150 000 fidèles sur 12 millions d’habitants, déjà en 1573 – qu'il ne tarda pas à susciter en contre-coup l’expulsion des missionnaires et la mise hors la loi du culte “étranger”, de 1636 à 1873.
Pour en finir avec “la foi de l’envahisseur”, les catholiques furent éradiqués, non sans l’aide enthousiaste des Hollandais protestants. Une façon de sainte alliance qui se solda tout de meme par la crucifixion de 30 000 “papistes”, dont la future Sainte Madeleine de Nagasaki. L’empereur n’autorisa le retour des chrétiens au Japon qu'après avoir érigé, en 1868, le culte shintoïste en religion d’Etat. Le shintoïsme perdit ce privilège au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sous la pression expresse des autorités d’occupation américaines. Depuis lors, les Eglises ont pu regagner leur place au soleil de l’empereur. Et si celui-ci se résigna de guerre lasse à la “banalisation” du culte shintoïste, il n’a jamais renoncé au dogme de son origine semi divine. Fort d’une communauté d’un demi-million d’âmes, “le peuple catholique” du Japon dispose de 311 séminaires, 827 écoles et collèges (204 120 élèves) et de pas moins de 17 universités (35 655 étudiants) et se flatte, aujourd’hui, d’avoir offert au pays un Premier ministre qui n’hésite pas à s’afficher portant une croix au cou.
Cet homme fluet, sec, à la voix rauque et au regard espiègle sait aussi donner le change en jouant au personnage populaire, tout de gouaille et de malice. Grand amateur de mangas, il entend ériger ce “patrimoine national” en “pont entre les peuples”, et en faire désormais un outil diplomatique au service du rayonnement mondial du Japon. Il a déjà créé un Prix international du manga, lui, dont un auteur de BD a fait un héros à part entière, avec l’objectif avoué d’encourager les dessinateurs étrangers à s’y consacrer. Taro Francisco Aso ou quand un petit dessin en dit plus long qu’un grand dessein.



temple de Yasukini
YASUKUNI pas kini
http://www.yasukuni.or.jp/
Rédigé par: rien ici | 02 octobre 2008 à 22:19
Bonjour Slimane,
Le Vieux Port, ce n'est ni la Tour de Babel ni la Mecca mais cela y ressemble un peu, parfois.
A bientôt, avec toutes mes amitiés,
Sabine
Rédigé par: Sabine GAUDRILLER | 08 octobre 2008 à 16:43
Article absolument remarquable.
Rédigé par: FRANCE CATHOLIQUE | 05 novembre 2008 à 23:08
Le bouffon
Rédigé par: Kim Jong Ilien | 01 mars 2009 à 08:19