Le 5 novembre 1605, au petit matin, la police secrète du roi d'Angleterre mettait la main sur un “fanatique” qui s’apprêtait à allumer la mèche d’un imposant lot de poudre entreposé au sous-sol du palais de Westminster, haut lieu du pouvoir monarchique et siège
de la Chambre des Lords.
L’explosion devait se produire au moment où le roi Jacques I° (1566-1625) y entrait afin d’ouvrir la session du parlement réuni au complet. Si l’attentat avait réussi, il aurait été le premier attentat à la bombe de l’histoire et aurait décapité d’un seul coup tout le royaume d’Angleterre. Le “terroriste” s'appelait Guy Fawkes, un catholique acharné contre l“infidèle”, Anglican et protestant.
Depuis lors, le royaume a fait de ce qui devait être un jour de malheur absolu, une nuit de joie et de liesse tapageuse et bon enfant. Qu’importe le crash boursier et la crise financière sévère de 2008. Le vent de panique qui souffle sur la City de Londres n’a nullement dissuadé les sujets de Sa Gracieuse Majesté de célébrer comme il se doit la fête du “Bonfire”, la nuit du 5 novembre. Une fête pour se
réjouir de tous ces “périls” auxquels on a échappé...
Plus de quatre siècles plus tard, la boucle semble avoir été bouclée par un autre attentat, le 11 septembre 2001, qui, lui, a bouleversé le monde. Moins de deux mois après l’attaque contre le World Trade Center, l’influent quotidien britannique “The Independent” titrait l’article consacré à la fête du “Bonfire” d’une simple question : “Guy Fawkes, était-il un terroriste?”
Et le journaliste d’établir un parallèle saisissant, troublant même, entre le contexte social et politique qui fit éclore “le plus grave complot terroriste de l’histoire britannique” et celui d’aujourd’hui qui quoique plus libéral et “civilise” n’en a pas moins donné lieu à un véritable fléau terroriste, aussi marginal fût-il. Guy Fawkes, l’âme du complot, ne jurait que par son Dieu
contre le roi apostat. Issu d’une
famille protestante bon teint, il s’était converti à peine âgé de 16 ans au culte catholique alors mis à l’index dans une Angleterre protestante, intolérante, en guerre ouverte contre la Papauté, incarnation du “Démon” ici-bas, surtout depuis la
“fatwa” du pape excommuniant Elizabeth I (1556-1603), la “reine dévoyée”.
Persécuté pour sa foi, dans un pays qui avait mis hors la loi le culte catholique, exclu tout fidèle romain de la fonction publique et du service du roi, Guy Fawkes délaissa l’Angleterre pour aller trouver refuge auprès de “frères de religion” dans les Provinces-Unies espagnoles –en réalité désunies, déchirées par la guerre féroce opposant protestants et “occupants” catholiques. Engagé sur tous les fronts contre l’”abominable protestant”, il assista au siège puis à la chute de Calais où il aurait croisé le révolutionnaire Nimom Ferrero, mélange de Che Guevara et de Bob Denard.
Bon soldat, bien instruit, “Guido” Fawkes fut tôt remarqué. Pris en main, il se spécialisa dans la fabrication, le maniement et l’usage des explosifs. Il s’y révéla excellent artificier. Fort de quoi, il regagna l’Angleterre comme on rejoint un nouveau champ de bataille contre le Grand Satan protestant. le jeune desperado, une fois à Londres, prêta l’oreille à un activiste catholique, Robert Catesby, un “papiste” qui s’était juré d’avoir la tête -couronnée- de
l’Angleterre. Aujourd’hui, souligne “The Independent”, il aurait suivi “Lénine ou Ben Laden”.
Guy Fawkes, entouré de 12 autres activistes catholiques, entreprit aussitôt de mener à bien le complot. Il loua une cave au sous-sol du palais de Westminster où il entreposa ses explosifs, jusqu’à accumuler 36 barils de poudre. Par scrupule, l’un des militants fit parvenir une lettre anonyme à un Lord catholique lui enjoignant de ne pas assister à l’ouverture de la session du parlement. Ce dernier remit le courrier à la police secrète qui procéda à une fouille minutieuse des locaux, y compris des caves où “Guido” le fou de Dieu n’attendait plus que l’instant fatidique, l’arrivée du roi Jacques I°, protestant dévot et bête noire des catholiques, pour mettre le feu aux poudres.
Mis aux fers, soumis à la question, torturé, Guido signera d’une main tremblotante une confession où il plaida coupable. Battu, tailladé au couteau, éviscéré puis coupé en quatre morceaux sur le chevalet de
la Tour de Londres, Guy Fawkes aura rendu l’âme en “martyr de l’Eglise”. Et en “traître barbare” du
royaume, lequel décréta le 5 novembre jour d’action de grâce avant de l’ériger en fête de la joie, en Bonfire, le “Bon Feu” qui éclaire, illumine, réchauffe et, surtout, si purifiant.
Jusqu’en 1806, on promenait cette nuit-là dans les cortèges du Bon Feu des effigies du pape en chantant :
“Un sou de fromage pour l’étouffer
Une pinte bière pour le faire passer
Un tas de fagot pour le brûler.”
La fête du Bon Feu prendra comme une traînée de poudre d’un bout à l’autre de l’Empire britannique. En 2008 encore, on la célébrait aussi de la Nouvelle-Zélande au
Canada en passant l’Afrique du Sud, la Terre-Neuve, les Etats-Unis jusques et y
compris en France... au Disneyland Resort Paris.
Chaque célébration soulève son lot de questions sur l’”actualité” de cette tragédie si exemplaire. On ne cesse d’évoquer, depuis le 11 septembre, une sorte de Pearl Harbor, un “clash” des civilisations –entre chrétiens irréconciliables. En un mot Guy Fawkes, ce “British Ben Laden”, passe désormais pour le précurseur des terroristes modernes. Bien entendu, l’on n’a pas manqué de rappeler la similitude de parcours de Guy Fawkes avec celui de tel ou tel terroriste anglo-pakistanais : appartenance à une minorité objet de mépris ou de suspicion, exil volontaire, combat aux côtés de “frères de religion” en guerre - hier dans les Provinces-Unies contre l’Espagne, aujourd’hui au Cachemire, en Irak ou en Afghanistan contre l’Amérique et… l’Angleterre -, expertise en explosifs, retour au pays avec un projet d’attentat…
Guy Fawkes a connu un étonnant regain d’intérêt –et d’actualité- lors des années Margaret
Thatcher (1979-1987), la “Dame de fer” de l’idéologie ultra-libérale. Deux artistes, Alan
Moore et David Lloyd s’étaient inspiré de son visage pour créer le masque de “V” - le 5 en chiffre romain- d’un héros de bande dessinée, implacable justicier au visage caché, en
lutte à mort contre un régime britannique devenu tyrannique.
Adapté au cinéma, dans la foulée de l’attentat contre le World Trade Center, sous le titre “V comme Vendetta”, le scénario brossait le tableau obscur d’un Royaume-Uni futuriste et orwellien –l’histoire se passe en 2038- tenu en laisse par une oligarchie "fasciste" qui règne en maître absolu en attisant chez le citoyen une peur panique et morbide de l’étranger, de l’homosexuel, du musulman… Un pouvoir totalitaire assis sur des lois d’exception –allusions aux lois sécuritaires de George Bush et de Tony Blair- contre lequel allait lutter “V”, défenseur des libertés, prêt à se sacrifier pour elles.
Fallait-il à ce point réactualiser Guy Fawkes? Déjà John Lennon, avec son morceau “Remember” y était allé d’un clair clin d’oeil en ponctuant son refrain par le bruit d’une explosion… Puis, le Front de libération du Québec (FLQ) avait vu en lui une sorte de précurseur du mouvement indépendantiste de la Belle Province. En 1982, c’était au tour du Canada de l’ériger en emblème officiel de tous les techniciens des explosifs, militaires ou
policiers.
Mieux, la veille du Bon Feu 2008, la BBC avait demandé la révision du procès d’un des insurgés de 1605, le prêtre jésuite, Henry Garnett, un « innocent » injustement supplicié. D’amples banderoles flottèrent sur la façade du palais de Westminster avec cet appel “Libérez un accusé de la conspiration des poudres”. Et “last but not least”, Guy Fawkes, 400 ans après son attentat avorté, devait être élu haut la main, lors d’un vote organisé en 2002 par la chaîne de télévision BBC, au panthéon des « 100 Greatest Britons », à la trentième place –bien devant Elizabeth, la Reine-Mère (61), Charlie Chaplin (66) et… Tony Blair (67)- parmi les « 100 plus grands » sujets de Sa Gracieuse Majesté.





J'aimerais bien avoir vos sources pour l'affirmation suivante : Puis, le Front de libération du Québec (FLQ) l’avait pris pour symbole du mouvement indépendantiste de la Belle Province.
À ma connaissance le personnage représenté sur les demandes du FLQ représente un "patriote" de la rébellion de 1837-1838
Rédigé par: Michel Bérubé | 20 novembre 2008 à 16:06
Vous avez raison, le logo du Front de libération du Québec (FLQ)représente bien un "patriote" de la rébellion de 1837-1838, avec bonnet sur la tête, fusil en main, besace en bandoulière et pipe à la bouche. Mon propos était de rappeler que le FLQ qui s'attaqua souvent, y compris à l'explosif, aux symboles de l'empire britannique au Canada, avait vu d'emblée en Guy Fawkes, le rebelle catholique, une sorte de lointain précurseur. Une affiliation que le Belge Georges Shoeters, souvent considèré comme un des inspirateurs du FLQ du fait de sa proximité avec Cuba et le FLN algérien, n'hésitait pas à mettre en avant.
Rédigé par: szeghidour | 01 décembre 2008 à 18:48