Aucun de doute, dans l’esprit du célébrissime télévangéliste américain, Pat Robertson : Haïti n’aura subi que ce qu’il a bel et bien mérité ! Inutile donc de spéculer sur les humeurs des plaques tectoniques. C’est moins la terre qui a tremblé que le Ciel qui aura sévi ! Et à juste titre, tranche le docte révérend pasteur baptiste.
Ainsi, le peuple haïtien, perclus d’épreuves depuis deux siècles, ne devrait s’en prendre qu’à lui-même. 75 000 morts, un million de sans-abri, des dizaines de milliers d’orphelins, des cohortes de réfugiés hagards dans une capitale soudain muée en décor sépulcral, livrée aux rongeurs et aux gangs, toute cette humanité frappée dans sa chair ne ferait donc que “payer”, explique le pasteur, l’air faussement contrit, pour... un soi-disant “pacte” de dupes qu’il aurait “conclu avec Satan lui-même”, une nuit d’août 1791 !
Canular indécent d’un cerveau détraqué face à l’indicible malheur d’un pays ou sinistre galéjade d’un cynique impénitent, au regard de l’émouvant élan de solidarité international qui s’est porté au secours d’une nation ébranlée ? On pourrait le penser, si ce n’est que Pat Robertson n’a à priori rien d’un hurluberlu isolé ni d’un histrion prêchant dans le désert.
Il jouit, tout au contraire, d’une aura plus qu’enviable aux Etats-Unis et même au-delà. Prédicateur évangélique très écouté par le Tout- Washington, entrepreneur prospère à la tête d’un empire médiatique, militant politique à la droite du parti républicain –il en fut candidat à la Maison Blanche en 1988-, Marion Gordon Robertson, dit Pat, 80 ans bon pied bon œil, prêche dans une émission culte de télévision –“The Club 700”- taillée sur mesure pour lui.
Emission phare de la holding Christian Broadcasting Network (CBN), “The Club 700” est diffusée à travers 2 00 pays et traduites en plus de 70 langues, chinois, hindi et arabe compris. La tribune idéale pour faire porter “urbi et orbi” la bonne parole. Aussi y a-t-il accouru dès l’annonce du séisme qui dévasta Haïti le 12 janvier pour y aller de son éditorial du jour. Sur un ton sibyllin, il évoque sans crier gare non une tragédie mais…”une bénédiction déguisée”.
Et d’enchaîner : “Il s’est passé quelque chose à Haïti, il y a longtemps, dont les gens de l’île préfèrent ne plus en parler…Vous savez, les Haïtiens vivaient sous la férule de Napoléon III* ou de je ne sais qui d’autre. Ils se sont réunis et ont signé un pacte avec le Diable. Ils ont donc dit à Satan : nous te serviront toi, si tu nous aides à nous libérer du joug des Français”. Conscient tout de même du caractère extravagant de son récit, Pat Robertson surenchérit : “C’est une histoire véridique, vous savez. Eh oui! Le Démon a répondu Ok, marché conclu. Et ils ont chassé les Français de l'île... Mais depuis ce temps-là, les Haïtiens sont maudits. Nous devons prier pour qu'ils se tournent vers Dieu”. Via l’Eglise baptiste, par exemple, dont les missionnaires sont déjà à pied d’oeuvre à Port-au-Prince.
Aussi sec ! Et pas un mot sur l’Eglise de Haïti, décapitée, l’archevêque de Port-au-Prince et le vicaire général ensevelis sous les décombres de la cathédrale, des centaines de séminaristes disparus et pas moins de 3 20 chapelles réduites à l’état de débris. Il est vrai qu’il s’agit de catholiques, soit au mieux de semi chrétiens pour le prédicateur baptiste, membre de Southern Baptist Convention, une congrégation qui aura attendu l’été 1995 pour exprimer des “regrets” publics pour son indéfectible soutien aux esclavagistes et à la ségrégation des Noirs. Au nom de la Bible, cela va de soi.
Mea culpa ou pas, Pat Robertson est resté un baptiste bon teint, un prédicateur qui prend les Ecritures au pied de la lettre. Le Noir serait le descendant de Cham, l’un des trois fils de Noé, que le patriarche aurait voué à jamais au destin fatal de “serviteurs des serviteurs”. Maudits sont également “les athées, les avorteurs, les féministes et les homosexuels”, tous “dépravés” que le révérend accuse d’avoir attiré les foudres du Ciel, sur les Etats-Unis le 11 septembre 2001… Selon lui, Ossama Ben Laden serait moins le “glaive de l’islam” que l’instrument choisi par le Seigneur pour infliger à New York le châtiment qu’elle aura plus que mérité.
Pis, le Pasteur évangélique qui appela à “assassiner” le chef de l’Etat vénézuélien, Hugo Chavez, qualifia l’islam d’avatar de l’ “Antéchrist” et l’hindouisme de “religion démoniaque” n’épargna pas même l’ex-Premier ministre israélien, Ariel Sharon, lequel, coupable d’avoir accompli le retrait d’Israël de la bande de Gaza, aurait été ainsi “puni par Dieu pour avoir voulu amputer et diviser la terre promise”.
Quant à la terre dévastée de Haïti, il semblerait que l’extrapolation de Pat Robertson ait pour origine l’histoire de Douty Boukman, un Noir de Jamaïque qui inspira la rébellion des esclaves et des “libres de couleur” ou affranchis de Haïti. Vénéré en tant que “hougan” –prêtre du vaudou, une religion syncrétiste importée d’Afrique- ce Spartacus des temps modernes organisa, la nuit du 14 août 1791, une cérémonie autour d’un cochon noir sacrifié dont les assistants, des esclaves en rupture de ban, burent le sang, un rite magique censé mettre chacun à l’abri des balles de fusil.
Le rituel achevé, Douty Boukman incita les esclaves à attaquer partout les colons blancs français. Dix jours durant, l’île d’Hispaniola -dont Haïti n’est pas encore détachée-, “perle des Antilles”, peuplée de 30 000 colons et de 600 000 esclaves, sera mise à feu et à sang, les insurgés n’épargnant ni les femmes ni les enfants. Tout aussi aveugle et impitoyable, la répression par les soldats français n’aboutit qu’à un court répit.
Taillés en pièces, leur « hougan » décapité et la tête exposée au public, les rebelles repartent en guerre, non plus pour la liberté, l’égalité et la fraternité -promises par la Révolution, y compris pour les esclaves- mais pour l’indépendance. Qui sera proclamée le 1804, ce qui fera de Haïti le premier Etat libre fondé par des Noirs, anciens esclaves de surcroît. Une autre “révolution” dont la France de Charles X ne prendra acte que moyennant des indemnités de 1 50 millions de francs or –l’équivalent de 21 milliards d’euros!- afin de dédommager les anciens colons ayant trouvé refuge à Saint-Domingue ou aux Etats-Unis. Une liberté très chèrement payée, et donc amplement méritée.
* Napoléon III naîtra en 1808, soit 17 ans après l’événement auquel fait allusion ici le savant prédicateur.


Bonjour,
Pat Robertson et ses sbires voulaient, il y a peu, acheter un immense terain sur les bords du Lac de Galilée afin d'y construire un "disneyland biblique" à l'américaine. le projet semblait acquis jusqu'à la controverse liée à l'AVC d'Ariel Sharon... Depuis, les israéliens ont été refroidis et on ne parle plus de ce projet.
Gaffes sur gaffes....
Rédigé par : Lorient | 30 janvier 2010 à 13:56
"Pat Robertson n’a à priori rien d’un hurluberlu isolé"
Ben dans ce cas, c'est un escroc patenté qui utilise la crédulité de son auditoire pour s'en mettre plein les poches, tout en se purgeant des graves névroses qui feraient passer GW Bush pour un type posé, sensé et compréhensible.
Rédigé par : bert | 02 février 2010 à 14:58
En effet! La CBN du pasteur Pat est une florissante holding...
ATTENTION ! Nos adresses électroniques changent. Veuillez dorénavant utiliser la même adresse mais en remplaçant
la partie « @tv5.org » par « @tv5monde.org ». Pensez à modifier votre carnet d’adresse en conséquence !
Pensez ENVIRONNEMENT : nimprimer que si nécessaire
Rédigé par : Slimane Zeghidour | 02 février 2010 à 15:57
Eh bien dans ce cas, un escroc qui utilise la technologie brevetée de la crédulité de leur public afin qu'ils puissent remplir leurs poches, tout en servant augmentation de la névrose grave Bush a cherché une sorte, sensible et compréhensible.
Rédigé par : xxl maroc | 28 août 2010 à 18:53
Pat Robenson est victime d'un desequilibre mental aigu.Je n'ai pas foi que haiti peut servir de medicament pour lui permetre de se remettre de sa nevrose.Les dignes et braves fils de Toussaint,de Dessalines,de Christophe n'ont pas de temps pour se rabattre a ce venin de serpent.Que pat robenson aille en enfer!
Rédigé par : Kenol Juste | 14 décembre 2010 à 04:06