Rendez-vous est donné près de la gare routière. « Mais où exactement ? », ai-je demandé à Bob. « Tu verras, on est en train de faire les chars, tu ne peux pas nous louper ! » En effet, à notre arrivée, la rue est pleine d'enfants et d'adultes déguisés, de chars improbables et de sirènes hurlantes, le tout à la sauce khmère, c'est-à-dire au beau milieu d'un incessant ballet de moto-dop, voitures et autres touk-touk aussi pressés que curieux. A la recherche de Bob, je demande à une fée où il se trouve : « C'est le type, là-bas, avec des ailes et des lunettes rouges », m'indique-t-elle du bout de sa baguette magique, dont l'étoile tombe tragiquement à mes pieds. Tout à coup, une voix annonce le départ imminent de la parade, en français et en khmer. Elle provient d'un petit farfadet sautillant de char en char, avec des ailes d'ange rouges dans le dos. Son message : « Contre le sida, il faut mettre une capote ». Je comprends, c'est l'évangile selon saint-Bob, le petit diablotin.
« Quel est ton véritable nom, Bob ? » « Est-ce si important ? », me répond-il. Je
n'insiste pas, car Bob Passion lui va comme un gant. A 46 ans, ce Marseillais a fait ses preuves dans le milieu de la culture et du spectacle. Assistant photographe, comédien, il décide du jour
au lendemain de partir sillonner l'Amérique du Sud et les Caraïbes en voilier. L'aventure dure environ six ans. Quand il rentre en France, il s'occupe de spectacles, travaille avec A la masse givré, descendant des
Royal Deluxe, devient l'administrateur des Massilia Sound System et, plus tard, régisseur des spectacles de rue pendant Lille 2003. Mais Bob s'ennuie et n'a qu'une envie : reprendre
la poudre d'escampette. Sa moto comme seule amie, il arpente la Thaïlande avant de s'arrêter au Cambodge « J'avais envie de connaître, je suis resté », explique-t-il simplement.
Aujourd'hui, à Sihanoukville, tout le monde sait qui est Bob. Il loue un immeuble de trois étages, où il vit et dont il veut faire un « endroit où l'on crée ». Studio de musique, de photos, trapèze de cirque,
tout est mis à la disposition de qui veut créer, Khmer ou autre. Pour deux dollars, on peut même y dormir. « Quand les minots sont là, au moins, ils ne sont pas dans la rue », sourit-il Au-delà du lieu d'échange culturel, Bob utilise ses salles pour mener des campagnes de lutte contre certains fléaux cambodgiens. Ainsi vient-il d'exposer d'organiser une manifestation contre la drogue. Il a également réussi à vendre un spectacle sur le thème de l'amour et du sida qui sera joué à Phnom-Penh le 27 février. Dans l'avenir, il souhaite ouvrir une école d'arts et métiers à Sihanoukville… Je n'ai pas osé touché, mais si ça se trouve, ses ailes d'ange étaient vraies.






