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Vie et poings liés

-    « Comment t’appelles-tu ? » 02blog_2
-    « Roathana. »
-    « Quel âge as-tu ? »
-    « 16 ans. »
-    « Depuis quand vis-tu dans le club de boxe de l’armée ? »
-    « Deux ans, mais je n’ai que deux combats jusqu’à maintenant. »
-    « Pourquoi si peu ? »
-    «  Je ne pèse que 32 kg, je n’arrive pas à trouver d’adversaire de ce poids-là, à mon âge, ils font tous 10 kg de plus. »
-    « Es-tu heureux ici ? »
-    « Non. Les grands me frappent et je dois être à leur ordre. »
-    « Pourquoi restes-tu ? »
-    « Je suis logé et nourri (deux fois par jour, ndlr). Ma mère est malade, elle vend du poisson et s’occupe de mon petit frère. Mon père est mort quand j’étais petit. Il s’est fait écrasé par une voiture. Mais il était très méchant, il me frappait. »
-    « Tu vas à l’école ? »
-    « Non, je n’ai pas d’argent, mais je rêve d’étudier un jour. »
(Il sort deux cahiers de devoirs en anglais, me demande de l’aider à prononcer)
-    «  Je voudrais devenir un grand boxeur, tu sais, et aller à l’école aussi, mais la vie n’est pas comme ça. C’est le destin. »

01blog_2 Un autre enfant entre dans la chambre, une pièce sombre d’environ 7 m2 où un seul matelas est entreposé. Les petits dorment à même le sol, avec une couverture et un oreiller.

-    « A combien dormez-vous dans cette chambre ? »
-    « A 5 ou 6. Il y a moi, Roathana, Chantra (un champion, âgé de 27 ans, ndlr), sa femme et son fils et des fois un autre garçon. »
-    « Comment t’appelles-tu ? »
-    « Chit Ngoy, j’ai 14 ans. »
-    « Quand es-tu arrivé ici ? »
-    « A 10 ans. »
-    « Tu as déjà combattu ? »04blog_3
-    « Oui, j’ai déjà 10 combats, j’en ai gagné 7. »
-    «  Tu gagnes de l’argent quand tu gagnes ? »
-    « Oui, la dernière fois, 60 000 riels (14,50 dollars, ndlr). »
-    « Tu peux garder tout pour toi ? »
-    « Oui. »
-    « Comment as-tu connu le club ? »
-    « J’adorais regarder la boxe à la télé. J’avais envie de devenir comme E Poutang, alors je suis allé dans le club où il s’entraîne. »
-    « Tu vois tes parents parfois ? »
-    « Oui, aux grandes occasions, comme au Nouvel an chinois. »
-    « Tu vas à l’école ? »
-    « Non, je ne sais pas lire, j’aimerais bien mais ce n’est pas grave, je vais devenir un grand boxeur. »

Chit sort, Roathana regarde par terre, il regarde rarement ailleurs.

Violently happy

Boxe01_5 V’la qu’ça r’commence, l’envie. Il y a trois ans, j’étais allée à un match de boxe. C’est sans doute mon meilleur souvenir du Cambodge. Jamais je n’aurais eu l’idée d’y aller en France mais l’occasion faisant le larron, j’étais entrée dans le gymnase de TV5 (la chaîne cambodgienne) et j’avais été fascinée par le spectacle. Les gens hurlant, pariant, les boxeurs suintant d’huile et de sueur exécutant leurs danses rituelles avant le combat. Bref, l’envie me taraudait d’entrer une fois encore sur le ring, cette fois en tant que journaliste. Chance inouïe, en me renseignant sur la boxe cambodgienne à Paris, je suis tombée sur le tout nouveau président de la toute nouvelle fédération de kun khmer  (boxe version cambodgienne) : Luc Mensah. C’est grâce à son aide qu’aujourd’hui je me retrouve avec Philippe Sebire, co-président, grâce à qui toutes les portes nous sont ouvertes. Et quelles portes !Chaque jour, nous nous rendons à l’ancien stade de Phnom-Penh pour assister à l’entraînement de l’après-midi. Il s’agit du club de l’armée. Inutile de vous dire que si nous n’avions pas été introduites, si les big et sous-big généraux ne nous avaient pas vu, ç’aurait été la porte directe… Pensez donc ! Deux filles, ne parlant pas khmer, en face de montagnes de muscles adorables, certes, mais aussi muy muy machos ! Douze boxeurs, parmi les meilleurs, dont É Poutang - leur Zizou à eux, une idole, avec plein de muscles dedans et un air de nounours - vivent ici dans des chambres plus que rudimentaires, où ils dorment à 5 ou 6. Le premier entraînement commence à 6 h, le second à 14 h, et se pratique à l’intérieur du stade et devant les chambres, sur un tapis plus qu’usé, avec un équipement qui l’est autant. Mais peu importe, devant le coach, les coups fusent, les muscles s’affutent. Philippe, entraîneur à Andrésy (Oise), regrette le manque de technique, notamment dans les coups de poings. Moi, je remarque surtout la rage, celle de gagner. Ici, on ne se bat que pour ça. Les enfants aussi. Ils seront d’ailleurs l’objet  du prochain post. Attention au K.O..Boxe03_7 Boxe02_6

A propos du blog

Les rencontres insolites, elles adorent. Et lorsqu'elles ont lieu au bout du monde, elles exultent ! Armées d'une plume, pour Corinne, et d'un appareil photo, pour Tatiana, les deux jeunes femmes parcourent le Cambodge à la recherche d'expat'ordinaires, une espèce d'humain migrateur qui a tout lâché pour s'installer en pays khmer. Pourquoi ? Comment ? quel est leur parcours ?
"A vous de nous lire."

mars 2008

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Nos deux aventurières n'ayant pas toujours accès à des ordinateurs francophones, il est possible que certains billets soient postés sans caractères accentués. Toutes nos excuses.
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