La question agite la Maison-Blanche depuis quelques jours au point que Barack Obama lui-même a cru bon révéler en conférence de presse qu'il n'avait pris aucune décision, dans un sens, comme dans l'autre.
Alors que la majorité des Américains est opposée à la guerre en Libye, et que le président américain est crédité d'un tout petit 42% d'opinions favorables (mais les différences entre les instituts sont considérables; AP donnant 53% d'opinions favorables!), la tentation est grande de parier sur une "libyanisation" du conflit. Si les tirs de Tomahawks sont plutôt appréciés par l'opinion américaine, ils montrent leur limite sur le terrain et une intervention plus forte s'impose dans les Etats-majors des forces engagées sous mandat de l'ONU. Déjà, sur le terrain des agents de la CIA et du MI6 britannique oeuvrent pour aider des rebelles peu formés, c'est le moins que l'on puisse dire, pour affronter l'armée régulière libyenne.
Armer les rebelles peut sembler une excellente idée: cela permet de se désengager sans vraiment le faire d'un conflit que l'Amérique ne peut s'offrir tout en aboutissant au résultat espéré, le départ de Kadhafi. Cela donnerait également, dans l'éventualité d'une victoire des 'rebelles', une légitimité forte au nouveau pouvoir sans trop la compromettre directement avec l'Occident.
Cela étant les hésitations sont fortes et s'expliquent en partie par le souvenir douloureux d'une stratégie qui n'a jamais vraiment profité aux Américains. La "vietnaminsation" décidée par Richard Nixon en juin 1969 n'a pas été couronnée de succès. La "vietnamisation de l'effort de guerre" correspondait alors davantage à la nécessité de se conformer à une promesse de campagne du nouveau président de finir la guerre dans les six mois. Cependant, si cette décision entraîne le retour immédiat d'un premier contingent de 25.000 GI's, Nixon lance une série de bombardements sans précédent au nord du 17ème parallèle. De 334.000 GI's en 1970, l'armée US ne compte plus que 24.000 hommes en 1972. La défaite finale du Vietnam du Sud, traumatisante pour les Etats-Unis, d'autant que le Laos et le Cambodge tomberont ensuite dans le camps soviétique, jette in fine un discrédit sur cette stratégie de "vietnamisation". Evidemment, cependant, rien ne dit que l'engagement prolongé au Vietnam aurait entraîné une fin différente au conflit!
DIx ans plus tard, l'échec du soutien aux Moujahidines afghans prolongé dans les années 1980 se révélera au grand jour le 11 septembre 2001 lorsque le monde apprendra stupéfait que le chef d'Al-Qaeda, Oussama Ben Laden, avait profité de l'entraînement américain dans les camps afghans, et même sur le territoire américain, quelques années plus tôt...
On comprend alors les hésitations américaines. Obama doit prendre une décision d'une importance majeure. Entre action et inaction coupable, armer les rebelles lui offre une sortie honorable. L'histoire a montré qu'elle est aussi porteuse de risques.


