Drame à la Maison des Polytechniciens, une femme pleure. Et pas n'importe quelle femme. Ségolène Royal, battue, humiliée qui, devant les caméras, pleure, donc. Les politiques français pleurent peu. Dans un pays où la sacralité de la fonction emprunte au passé monarchique -que n'a-t-on commenté la désacralisation de la fonction présidentielle par Nicolas Sarkozy ?- pleurer reste exceptionnel et mal venu. Imaginez un instant Charles de Gaulle, François Mitterrand ou Nicolas Sarkozy verser une larme et vous comprendrez l'inanité d'une telle pensée. Et si Ségolène avait pleuré avant, pendant la campagne par exemple, qu'aurait-on dit ?
Difficile à dire, mais peut-être que Ségolène aurait connu le même sort qu'Hillary Clinton qui en 2008, au début des primaires démocrates dans le New Hampshire, a craqué en public.
À une question apparemment anodine posée par la photographe Marianna Young sur la difficulté d'être en campagne, Hillary Clinton répond avec quelques sanglots dans la voix. Le « buzz » est énorme. Pour beaucoup de commentateurs, ces larmes sont fausses et visent uniquement à rendre la candidate démocrate plus humaine. Dans le New York Times du 9 janvier 2008, la journaliste Maureen Dowd rapporte ainsi avoir entendu un reporter plaisanter ainsi : « Ces pleurs avaient réellement l'air sincères. Je parie qu'elle a passé des heures à y penser avant ». Dans le même article, Dowd constate une autre réaction, celle d'un journaliste spécialisé dans les questions de sécurité, une réaction plus grave de conséquences pour Clinton : « Nous sommes en guerre. Est-ce comme cela qu'elle parlera à Kim Jong Il ? ». Dans la foulée, Hillary Clinton doit faire le tour des médias pour défendre ses larmes. Sur CNN, elle est obligée de faire une confidence à John Roberts : « J'ai en effet des émotions. Je sais que certains en doutent ». De passage sur le plateau de l'émission Access Hollywood sur NBC, elle approfondit sa réflexion en évoquant la difficulté pour une femme de mener une campagne électorale : « Si vous êtes trop émotive, ça vous affaiblit. Un homme peut pleurer, nous savons cela. Beaucoup de nos dirigeants ont pleuré. Mais pour une femme c'est différent ».
Hillary Clinton a vu juste. Un homme viril qui pleure est humanisé. Une femme qui pleure , aussi forte soit-elle, est déqualifiée. Ce qui est vrai en Amérique ne l'est pas nécessairement en France, les larmes des hommes politiques étant inédites quand elles sont si fréquentes là-bas (de Bob Dole à Bill Clinton en passant par John Boehner).
Une question demeure. Ségolène comme Hillary aurait-elle été déqualifiée. Cette question reste en suspens, les larmes venaient, et ne pouvaient venir que, d'une femme déjà éliminée.



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Rédigé par : グッチ 財布 | 03/03/2012 à 02:15