« octobre 2006 | Accueil | décembre 2006 »

Mais où est passé l'automne ?

Automne06 Septembre exceptionnellement chaud fut suivi d’un mois d’octobre exceptionnellement chaud, lui-même suivi d’un mois de novembre particulièrement… chaud. Ce qui nous donne finalement un automne record, comme la France n’en a jamais connu depuis que des relevés météo fiables existent…

Selon Météo-France, il s’agit de l’automne le plus chaud en France depuis 1950 avec 2,9 degrés d’excédent, pulvérisant ainsi l’ancien record de 2005 (1,4 degrés d’excédent) et 2001 (1,1 degrés d’excédent).

Mais en remontant plus en arrière, on ne trouve pas plus chaud. La station météo de Châteauroux (datant de 1893) enregistre cet automne 2006 une température moyenne de 14,9 degrés, soit 3,0 degrés d’excédent par rapport à la moyenne saisonnière. On retrouve en deuxième position l’exceptionnel automne 1895 avec 14,3 degrés, et notamment des mois de septembre et novembre beaucoup plus chauds que cette année (!!!), mais en contrepartie un mois d’octobre un peu frais. En troisième position, encore un ancien automne : 1898 avec 13,7 degrés (1,2 degrés de moins que cette année) grâce à une grande douceur étalée sur les trois mois. On peut aussi citer parmi les automnes très chauds 1913, 1929, 1947 ou encore 1949.

Il est intéressant de noter que les automnes se sont nettement rafraîchis entre 1949 et 1982 : aucun n’a atteint 13,0 degrés de moyenne à Châteauroux, soit 32 automnes consécutifs, alors que cette valeur avait été atteinte ou dépassée 12 automnes sur 58 avant 1950 (soit 1 automne sur 5) et 7 fois à partir de 1982 (soit 1 automne sur 3,5). Cette période, comprise en gros entre 1950 et 1980, a d’ailleurs connu une baisse globale des températures en toutes saisons : printemps frais parfois neigeux, étés pourris à répétition et canicules rarissimes, automnes hivernaux et grands froids en hiver… Et dire que nous nous sommes basés pendant longtemps sur les fameuses « normales 1951-80 », alors qu’il s’agissait de la trentaine d’années la plus froide du siècle!!

A l’opposé de 2006, l’automne le plus froid fut celui de 1912, suivi de 1905 et 1993. Rappelez-vous en 1993, ce mois de septembre où le thermomètre dépassait rarement 20 degrés sous des pluies fréquentes, octobre à la fois humide et froid et novembre qui fut glacial (moins de -10 degrés certains matins sur de nombreuses régions françaises!!).

Ne relions pas trop vite cet automne record au réchauffement climatique : pendant qu’en France nous restions à siroter un lait-fraise en terrasse en novembre, Vancouver et la Colombie-Britannique essuyaient une vague de froid et des chutes de neige exceptionnelles…

Frédéric Decker

Climat tempéré : chaud effroi

061116 La France et une partie de l’Europe connaissent une énième période particulièrement douce qui dure... Du jamais vu à en croire les médias qui sautent sur l’occasion alors que le réchauffement climatique fait de nouveau parti des grandes discussions politico-économico-écologico… j’en passe et des meilleures!

Oui, nous avons presque chaud en cette mi-novembre dans l’hexagone… mais non, ce n’est pas du tout une première!

Prenons pour exemple la station météo de Châteauroux, pour plusieurs raisons : elle est plus ou moins représentative de la moyenne nationale de part sa situation géographique, les relevés sont anciens (depuis 1893) et la station située en dehors de la ville (contrairement à Paris) ne subit pas ou très peu de réchauffement urbain :

En ce 15 novembre 2006, le thermomètre a atteint 20,1 degrés… exceptionnel! Certes, mais le 16 novembre 1895, il faisait un peu plus : 20,5 degrés! On pouvait à l’époque accuser les pollutions dus aux feux de cheminées ou aux trains à vapeur de changer le climat…

Le 18 novembre 1897, soit deux ans plus tard seulement, le thermomètre affichait 20,0 degrés…Et la première quinzaine de novembre 1898 particulièrement douce augurait d’un réchauffement climatique, c’était sûr… Pire en 1899 : 24,5 degrés le 2, 20,5 degrés le 5, 19,0 degrés le 10... Mais où va t’on, les français ne vont pas tarder à cuire en fin d’automne!

Mais patatras!! La fin novembre 1899 est froide, il gèle presque tous les jours entre le 15 et le 30... Et la liste des vagues de froid en novembre est aussi longue que des périodes très douces, y compris ces dernières années.

« Tempéré » exprime en général quelque chose de stable, calme, sans excès… Et pourtant les régions situées en climat tempéré sur notre planète sont celles qui connaissent les plus grands bouleversements climatiques, à l’opposé du climat polaire ou du climat tropical beaucoup plus linéaires. Sous nos latitudes, en Europe ou en Amérique du Nord, l’air polaire et l’air tropical se livrent un combat sans merci au fil des jours, des mois, des années… et nous vivons du coup des « exceptions climatiques » fréquentes!

Il est encore étonnant d’entendre dire que nous vivons depuis longtemps des étés plus longs et des arrière-saisons anormalement chaudes… on oublie alors la succession de mois de septembre frais dans les années 90, notamment de 1992 à 1996 (5 ans d’affilée tout de même), l’automne 1993 exceptionnellement froid (le plus froid sur ces 60 dernières années !) dont novembre franchement hivernal (des rivières avaient gelé, l’hiver fut ensuite… très doux!).

Il n’y a d’ailleurs pas de lien entre une tendance thermique d’un mois ou d’une saison à l’autre : un automne chaud peut être suivi d’un hiver froid comme d’un hiver doux. Novembre, accusé de déterminer le temps de l’hiver, ne prouve rien : très doux en 1984, il fut suivi d’une grande vague de froid meurtrière en janvier 1985. Très doux aussi en 1994, il fut suivi d’un hiver printanier…

Entrevue1 Quant à la chute tardive des feuilles (bien moins tardive cette année qu’en 2005) ou aux migrations des oiseaux, la nature ne fait que s’adapter au temps passé et présent. Mais le jour où les oies migratrices sauront nous prédire les aléas climatiques des mois à venir, elles auront des dents!

Frédéric Decker

Quel temps cet hiver?

Amateurs et spécialistes sont de plus en plus nombreux à s'essayer à la prévision saisonnière. Ce type de prévisions en est encore à ses balbutiements et la fiabilité, bien qu'en progrès, reste médiocre.

Je me suis lancé pour ma part en 1999 lors de la création de mon site perso (Lamétéo.org) en découvrant sur le net que des modèles saisonniers étaient à disposition. A l’époque, la fiabilité était de l’ordre d’une chance sur deux, mais malgré ces mauvais résultats, ces tendances ont rapidement attiré les curieux, et en dépit mes propres réticences à poursuivre les prévisions saisonnières suite à de mauvais résultats, j’ai du me résoudre à continuer de les publier tous les mois.

0611091Mais une tendance saisonnière, comment ça marche? Divers organismes publient soit des modèles bruts (NOAA, IRI, Wolfgang Roeder, Met Office), soit des synthèses (Météo-France). Jusqu’à récemment, les organismes officiels comme Météo-France ne fournissaient pas le grand public, mais uniquement les professionnels tels que certaines grandes marques de supermarchés désirant prévoir les ventes des semaines et mois à venir en fonction des tendances saisonnières.

Chaque prévisionniste à ses propres méthodes de prévisions, mais elles se recoupent fréquemment : synthèse des différents modèles internationaux, un brin de climatologie (durées retour de certains phénomènes, retombées du réchauffement), possibles influences du Gulf Stream, de l’activité solaire, de la NAO (North Atlantic Oscillation)… Certains se penchent même sur le comportement des animaux, de la végétation, l’astronomie, l’astrologie… mais là, on s’égare réellement dans le n’importe quoi car au mieux certains signes de la nature peuvent annoncer un changement de temps quelques heures à l’avance, mais jamais plusieurs mois, ni même plusieurs semaines… et même pas quelques jours! Nous pouvons donner une grande tendance pour trois mois, voire mois par mois en raison d’anomalies climatiques parfois décelables longtemps à l’avance. En revanche, ne vous fiez pas aux charlatans qui annoncent le temps pour telle ou telle semaine : ce n’est que de la foutaise! Et personne ne peut donc dire si nous connaîtrons un Noël blanc ou non.

Il faut avouer que les tendances pour l’hiver 2006-2007 sont délicates à établir, bien plus que l’hiver dernier qui était vu froid par une majorité de modèles, ce qui s’est vérifié avec un froid certes modéré mais durable.

Pour les mois à venir, ça part dans tous les sens : du froid pour les allemands, du frais pour les américains, du doux côté français… et faire une synthèse, trancher pour tenter de déterminer une tendance est un exercice difficile. Il semblerait qu’une tendance à une certaine douceur se détache sur les trois mois d’hiver (ce que j’annonce d'ailleurs dans mes tendances). Le flux océanique étant aux abonnés absents depuis 2003, il est fort possible qu’il fasse en effet son retour cet hiver. Mais rien n’est sûr…

Frédéric Decker

Premiers frimas

Après une période chaude exceptionnellement longue, sans interruption du 31 août au 31 octobre, l’Europe renoue avec le froid et les premiers phénomènes hivernaux. Si la France est exposée à quelques petites gelées, ce qui correspond parfaitement avec l’arrivée des premières gelées d’automne sur le calendrier météorologique, le nord, le centre et l’est du continent européen sont passés directement de l’été à l’hiver…

0611021 A Berlin où il faisait encore 23 degrés le 26 octobre, il ne faisait pas plus de 7 degrés ce mercredi 1er novembre. D’importantes chutes de neige associées à des vents violents ont temporairement paralysé la Scandinavie et mis à mal plusieurs navires en Mer Baltique et en Mer du Nord. Il est tombé 5 cm de neige à Oslo, neige précoce certes, mais pas exceptionnelle. Des tempêtes de neige peuvent donner une vingtaine de centimètres dès la mi-octobre dans la capitale norvégienne. Il est localement tombé 30 à 40 cm dès 200 à 500 mètres d’altitude sur la Suède, bloquant de nombreuses routes.

0611022 La situation a très rapidement basculé entre le 31 octobre et le 1er novembre : une situation de blocage exceptionnelle a concerné l’Europe occidentale tout au long du mois d’octobre avec un anticyclone sur l’Europe centrale et un système dépressionnaire sur le proche Atlantique, apportant un temps anormalement chaud sur nos régions. Les 30° ont été atteints ou dépassés sur le Pays Basque, en Corse ou encore en Isère jusqu’en toute fin de mois. Entre le 31 octobre et le 1er novembre, une énorme dépression s’installe sur la péninsule scandinave alors qu‘un anticyclone s’étend entre le Groenland et l’Espagne.  0611023Résultat : un rapide courant de nord chargé d’air froid et humide déboule depuis l’Arctique jusqu’aux Pays Baltes, effleurant le nord-est de la France. Les températures dégringolent et la pluie se transforme alors en neige. Le gradient de pression est resserré sur la Mer du Nord où le vent souffle en tempête (les rafales ont atteint ou dépassé 140 km/h sur l’ouest de la Norvège, le Danemark et le nord de l’Allemagne).

Les masses d’air vont logiquement continuer à se refroidir au cours des semaines et des mois à venir. Ce premier coup de frais en France correspond aux variations climatiques habituelles qui se produisent en automne dans nos régions. L’absence de transition entre la longue période chaude et ce premier refroidissement est brutal, ce qui marque les esprits. Mais nous nous situons finalement à peine en dessous des moyennes saisonnières!

Frédéric Decker