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Entrevue avec Guillaume Séchet, météorologiste, auteur du livre "Quel temps!"

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Guillaume Séchet est connu pour ses bulletins météo sur La Chaîne Météo où il a travaillé durant près de 12 ans (dont 10 années durant lesquelles nous avons travaillé ensemble), mais aussi pour sa rubrique "De temps antan" retraçant les phénomènes météorologiques extrêmes passés. Il a en outre publié deux ouvrages : "Ma Météo au jour le jour" (Editions Minerva) et le très prisé "Quel temps!" (256 pages, éditions Hermé). Après avoir quitté La Chaîne Météo cet été 2007, il se lance dans l'aventure du net en gérant 11 sites locaux tout en travaillant sur d'autres projets...

Frédéric Decker : Salut Guillaume.  Tu viens donc de quitter La Chaîne Météo. Que retiens-tu principalement de ces 12 années et pourquoi ce départ?

Guillaume Séchet : Je retiens de cette expérience une certaine rigueur dans la communication de la météo envers le public. La météo dédiée à la télévision m'a permis de devenir plus pédagogique dans ma façon d'aborder cette science, de devenir beaucoup plus synthétique dans les explications. Evidemment, j'ai gagné beaucoup d'expérience dans le domaine de la prévision météo en y travaillant, mais aussi de l'humilité puisque chaque prévision contient sa part d'erreur...

Après ces douze années, qui furent une très bonne expérience, j'ai eu envie de passer à autre chose. Nos chemins se sont séparés d'autant que je commençais à réaliser certains projets liés à la météo, et j'ai eu envie d'y consacrer beaucoup plus de temps.

FD : Tu es aussi connu pour tes ouvrages "Ma météo au jour le jour" et "Quel temps!", tous deux consacrés aux phénomènes météo passés. Pourquoi cet intérêt pour les événements climatiques passés ?

GS : Etant passionné, les phénomènes violents, les colères de la nature m'ont toujours fasciné. Je me suis mis à rechercher les événements climatiques il y a 10 ans : un temps incalculable à la bibliothèque de Météo-France où je répertoriais et notais les phénomènes extrêmes qui se sont produits en France. Travaillant à La Chaîne Météo, j'ai eu envie d'en faire profiter les téléspectateurs en créant la rubrique "De temps antan". Cette rubrique était illustrée par des images et articles de presse ancienne. J'ai fini par me constituer une banque de données climatiques et d'illustrations unique en France, ce qui m'a ensuite poussé à écrire les deux livres.

FD : Justement, à travers ces ouvrages, quel message veux-tu faire passer auprès du public ?

GS : Les extrêmes climatiques ont toujours eu lieu, il y a eu de tous temps des caprices du climat. En France, la culture météorologique est très limitée car il y a très peu d'ouvrages. Le public manque de repères et de connaissances. Le but est donc de montrer que ces événements météorologiques ont souvent lieu au même moment et aux même endroits. C'est d'ailleurs l'objet d'un prochain ouvrage...

FD : Les médias surenchérissent toujours sur les extrêmes climatiques récents, les liant systématiquement au réchauffement. Quel est ton avis sur la question ?

GS : Il est difficile de savoir si un évènement météo aurait été moins marqué en-dehors du contexte du réchauffement et donc difficile de faire la part des choses. Les phénomènes violents font finalement partie d'un cycle "normal". Depuis l'accélération du réchauffement, il y a 20 ans environ, les médias ont tendance à tout mettre dans le même panier et font du sensationnalisme. Mais il faut reconnaître qu'il y a eu des événements sans précédent ces dernières années, événements qui auraient sans doute été plus "modérés" sans ce réchauffement : les tempêtes de fin décembre 1999, la canicule de 2003, celle de juillet 2006 (souvent oubliée) et l'exceptionnelle période chaude de l'automne-hiver 2006-2007, pas spectaculaire au sens propre du terme. Cela fait quatre événements majeurs en sept ans seulement.

FD : Y a t'il un nouveau livre en préparation ? Peux-tu nous évoquer brièvement son contenu ? Et une date de parution est-elle arrêtée ?

GS : Un livre est en finition (900 pages actuellement, il doit donc être réduit) et il sortira probablement au cours du 1er semestre 2008. Il s'agit d'un bouquin sur le temps violent. Il ne s'agit pas seulement d'une chronique. Ce livre reprendra les aléas climatiques un par un, les analysant, les expliquant, de façon assez technique mais compréhensible du grand public. Par exemple quand et où se produit tel phénomène en France, dans le monde, le tout agrémenté de cartes et graphiques. On peut dire qu'il s'agit du "livre des records météo". Les moindres paramètres sont abordés : gelées tardives, neige précoces, étés frais, anciens cyclones ayant atteint la France, inondations éclairs, inondations durables... 

FD : Après avoir quitté La Chaîne Météo, tu t'es lancé dans l'aventure du net en créant 11 sites Internet locaux. Que proposes-tu d'inédit dans ces sites ?

GS : Il s'agit avant tout de sites pratiques. Les prévisions météo disponibles sur le net n'ont, le plus souvent, aucune utilité générale car trop globales ou réalisées automatiquement par des ordinateurs. J'ai donc décidé de réaliser des sites pour onze villes pour suivre la situation en temps réel et faire de la prévision à très courte échéance, dans le temps et dans l'espace. Mes sites sont des sites météo aux prévisions très souvent réactualisées. Il s'agit de prévisions à 7 jours d'échéance. C'est un service unique car gratuit, alors que ce type de service est habituellement très onéreux. Onze villes ont donc ces services, c'est évidemment beaucoup de travail. Les caméras, les images satellites, radars et les données locales, parfois envoyées par des internautes fidèles, permettent de réactualiser les prévisions plusieurs fois par jour dans certains cas. Outre la prévision, les Webcams ou la climatologie locale sont également disponibles... entre autre...

(Les 11 sites de Guillaume sont Meteo-paris.com, Meteo-chamrousse.com, Meteo-lyon.net, Meteo-nice.org, Meteo-lille.net, Meteo-bordeaux.com, Meteo-marseille.com, Meteo-rouen.com, Meteo-grenoble.com, Meteo-metz.com et Meteo-nantes.net 

FD : Télévision, livres, Internet... Où vas-tu t'arrêter! D'autres projets ?

GS : J'ai effectivement quelques projets en cours, côté télévision et toujours côté librairie... Je n'en dis pas plus, vous en saurez davantage dans quelques temps...

FD : Merci

Un été pas comme les autres...

On a un peu entendu tout et n’importe quoi sur l’été 2007 en France, qu’il était pourri, froid, très pluvieux… Le bilan est certes en demi-teinte, mais il convient de prendre chaque paramètre séparément pour dresser un bilan correct.

L’impression d’été pourri est essentiellement du à un manque évident de soleil et une forte pluviométrie.

Côté soleil justement, le déficit est généralisé sur l’ensemble de la France sur les trois mois, ce qui est très rare. À Dunkerque comme à Ajaccio ou La Rochelle, les quotas d’ensoleillement n’ont pas été remplis.

03sep07b S’il ne manque qu’une centaine d’heures de soleil sur la saison à Marseille (soit un peu plus d’une heure par jour tout de même), le déficit dépasse 200 heures à Brest et Paris, et c’est d’ailleurs le quart nord-ouest qui a connu un été particulièrement sombre, malgré un mois d’août correct en Bretagne. À Chartres où les premiers relevés d’ensoleillement datent de 1961, il s’agit de l’été le moins ensoleillé avec 487 heures de soleil seulement pour une moyenne de 673 heures. L’ancien record de 1977 – 517 heures – est largement battu. Le mois le plus lumineux de l’été –juillet et 177 heures – fait pâle figure si on les compare aux 317 heures de soleil comptabilisées en avril dernier !

03sep07a Les précipitations ont été particulièrement fréquentes et souvent abondantes sur la plupart des régions à l’exception du pourtour méditerranéen : il n’est tombé que 37 mm au cours des trois mois d’été à Marignane, soit la moitié seulement de la moyenne saisonnière. Petit déficit également dans la région toulousaine d’une trentaine de millimètres. Mais les autres régions ont connu des précipitations parfois deux à trois fois plus importantes qu’au cours d’un été « normal » : 286 mm à Paris au lieu de 157 mm, 406 mm à Brest au lieu de 159 mm, 342 mm à Lyon au lieu de 215 mm… De plus, il a plu pratiquement deux jours sur trois au nord de la Loire où il a fallu attendre la fin du mois d’août pour connaître plus de trois jours consécutifs totalement secs ! À l’exception des régions les plus méridionales, l’été 2007 peut donc être qualifié de très arrosé.

Avec cet énorme manque de soleil et ces pluies importantes, mais aussi l’impression de fraîcheur générale ressentie par les estivants, on pourrait s’attendre à des températures moyennes bien basses pour la saison… Il n’en est rien ! Malgré la couverture nuageuse abondante, juin a été… chaud (1,5 degrés d’excédent), juillet légèrement déficitaire (-0,5 degré) tout comme août (-0,5 à –1 degré). Mais si les moyennes générales sont conformes aux moyennes (voire un peu au-dessus dans le sud), c’est essentiellement du aux températures nocturnes, partout supérieures aux moyennes saisonnières, alors que les températures diurnes ont été faiblardes en juillet et août (mais excédentaires en juin). De plus, aucune vague de chaleur ne nous a réellement touché, hormis de brefs coups de chaud mi-juillet ou encore début août, un peu plus durables dans l’est et le sud du pays.

En conclusion, l’été 2007 a donc été « normal » d’un point de vue thermique, mais fréquemment et fortement arrosé, et surtout très sombre après un début de printemps qui battait tout les records de forte luminosité ! Pendant ce temps, les anglais pataugeaient dans plusieurs centimètres d'eau alors que le sud-est de l'Europe battait tous les records de chaleur connus jusqu'ici. On peut dire que l'été 2007 s'inscrit dans une certaine logique dans la variabilité de notre climat tempéré, et que malgré la tendance au réchauffement, des saisons "pourries" et même froides sont encore à envisager!


Frédéric Decker