Il y a, dans le monde scientifique comme dans le monde médiatique, des « pro-réchauffement » et des « anti-réchauffement » qui se tirent dans les pattes au moindre petit soubresaut climatique, à la moindre annonce scientifique avérée ou non… En tant que météorologue, je me dois de ne choisir aucun de ces deux camps. Et disposant d’informations pointues remontant parfois à des siècles, je tente de garder la tête froide (malgré le réchauffement !).
Ce n’est pas le cas de tout le monde, seulement voilà, en ce mois de septembre frisquet, quelqu’un a froid : Ramdane Issaad. Cet écrivain, beaucoup plus intéressé par la politique que la météorologie ou le climat, a pondu un article fondé sur des infos (intox plus précisément) franchement aberrantes, faisant souffler un vent glacial sur le net…
Cet article, le voici : http://www.betapolitique.fr/Refroidissement-ou-rechauffement-12016.html. À vous hérisser le poil si vous êtes plutôt scientifique et bien informé, à vous faire froid dans le dos (dans tous les sens du terme) si vous tomber dans le piège de la désinformation.
Mais en reprenant les « preuves » du
refroidissement planétaire actuel, on se rend bien compte que M. Issaad n’a pas
étudié de près la question des conditions météo de ces derniers mois… L’orage
de grêle au Kenya par exemple… le Kenya se situe au carrefour de la rencontre
entre l’air chaud venu du centre de l’Afrique et l’air frais de l’océan Indien.
Les orages sont donc très fréquents, la grêle est loin d’être rare… Cet orage,
bien qu’exceptionnel, n’est qu’un phénomène isolé que l’on ne peut pas relier à
un quelconque refroidissement. En faisant du mauvais esprit, je pourrais bien
le relier plutôt au réchauffement : car réchauffement = plus d’air chaud
au sol, plus de contraste thermique, donc plus de condensation et des orages de
grêle donc plus violents… mais non je ne tomberai pas dans ce
piège (quoique…)! Par ailleurs, M. Issaad fait un amalgame très
approximatif entre la grêle et le verglas. Je lui conseillerais donc de prendre
son dico ou un livre de météo (tant qu’à faire !) pour comparer ces deux
phénomènes qui n’ont strictement rien à voir l’un avec l’autre.
Le mois d’avril record en froid au Royaume-Uni… a été tout à fait normal si l’on compare les moyennes mensuelles aux normales climatiques (mais le plus frais depuis 2001 puisqu’une anomalie positive se produit sur tous les mois d’avril de 2002 à 2007). Avril 1986 avait été en revanche très froid. Au Royaume-Uni toujours, peu de jours auraient vu la température dépasser 16° en juillet-août… Très au nord à Glasgow, bof bof ! Deux jours seulement sous les 16° (donc 60 jours sur 62 au-dessus), à Londres c’est pire, pas un seul puisque le maximum le plus faible a été de 17°5 le 9 juillet…
La neige record en Amérique du Nord l’hiver
dernier… Oui si l’on se réfère aux quantités de neige record tombées au Québec
(ailleurs… non). Mais ces chutes de neige sont tombées dans un contexte d’hiver…
doux ! Ce qui est d’ailleurs logique dans ces contrées très froides :
plus il fait « doux » (mais froid par rapport au climat tempéré de la
France), plus l’air contient de vapeur d’eau et plus il neige !
Le mois d’août très froid à Sydney… Là encore, les températures moyennes (7°9 sur les températures minimales, 17°1 sur les maximales) sont tout à fait conformes aux moyennes saisonnières (8° et 17°).
La glace dans l’Arctique… peu de différence entre
2008 et 2007. Cette semaine, la glace est plus avancée que l’an dernier vers la
Sibérie, mais en retard du côté du Groenland et du Canada (cf images).
Désinformation, quand tu nous tiens…
Le premier semestre 2008 est le plus frais enregistré sur la planète depuis 2000 ! C’est vrai (enfin une vraie info), mais… on le savait, c’était prévu depuis 1 à 2 ans déjà : la baisse d’activité solaire mais surtout « la Niña » allaient quelque peu faire plonger les thermomètres de la planète toute entière. Et encore… moins que le pensaient les scientifiques : mars 2008 a été le mois de mars le plus chaud depuis 150 ans dans l’hémisphère nord…
Quant aux soubresauts de l’activité solaire, comme toujours, ils font parler les pseudo-scientifiques, les « astrométéorologues » (métier qui n’existe pas je vous rassure) et autres comme toujours, qui annoncent des rigueurs extraordinaires du climat (comme ce fut le cas lors de la chute d’activité solaire en 89, un hiver extraordinairement froid était annoncé, l’hiver avait effectivement été extraordinaire, mais extraordinairement chaud et tempétueux, hum !). De plus, on constate que les périodes d’activités très basses ne répercutent pas grand chose sur notre climat : 1976 était marquée par une activité solaire très faible… canicule et sécheresse étaient pourtant au rendez-vous, tout comme durant l’été 1995 d’ailleurs ! En 1979, année marquée par une vague de froid et de neige exceptionnelle, par de la neige en mai et un été pourri, l’activité solaire était… très forte ! Et les contre-exemples sont très très nombreux…
Bref, M. Issaad a sérieusement manqué d’inspiration pour l’écriture de cet article. Car quand on touche aux sciences, il est préférable de vérifier les informations (en l’occurrence fausses pour la plupart ou manipulées). M. Issaad devrait donc laisser tomber les infos météo et climatiques et s’en tenir à la politique ou à son métier premier lié à la médecine…
Frédéric Decker
