Mai trop chaud, septembre trop frais, été en demi-teinte… les français râlent (c’est coutumier !) par rapport au temps qu’il fait, au fait qu’ « il n’y a plus de saison », qu’autrefois « l’hiver c’était l’hiver, l’été c’était l’été »… etc etc…
Alors aujourd’hui je me suis amusé à regarder le temps qu’il faisait autrefois il y a longtemps, très longtemps même… et à y regarder de près, en fait, il n’y a jamais eu de saison…
Janvier 1795… Oui c’est loin, mais des relevés météo avaient lieu ! Et ils montrent que ce mois de janvier est le plus froid de 1781 à nos jours ! Les saisons étaient des vraies saisons en ce temps-là ! Sauf que l’année suivante, en 1796, janvier était exceptionnellement chaud, le plus chaud jusqu’à ce que 2007 le détrône de… 0,1 degré ! Ca ne s’invente pas ! Sauf qu'en 2007, contrairement à 1796, l'urbanisation a réchauffé l'air ambiant. On peut donc estimer que le record appartient toujours à 1796... Le printemps en hiver, c’était déjà possible il y a bien longtemps pardi !
Et décembre 1879 exceptionnellement froid ?
12 degrés de déficit sur le mois !!! Un an plus tard, décembre 1880 était…
exceptionnellement chaud (4 degrés d’excédent, aussi doux que le mois de
décembre 2000 printanier)! D’ailleurs, le mois de décembre le plus chaud reste
1806, invaincu depuis…
Ah… l’année sans été en Amérique du Nord en 1816, la faute au volcan Tambora, situé en Indonésie. En projetant des quantités astronomiques de poussières volcaniques dans l’atmosphère, un écran grisâtre a bloqué une partie du rayonnement solaire et le froid s’est fait ressentir en toutes saisons… mais chez nous aussi ! Avec 14,8, 15,6 et 15,5 degrés de moyenne, les mois de juin à août n’avaient rien d’estival. Même les étés 2007 et 2008 paraissent caniculaires comparés à cet été hors-norme. Mais les étés 1860, 1888 ou plus près de nous 1954 et 1978 ont été tout, sauf estivaux !
Mais il y a eu aussi des canicules : en
1794, 1807, 1826, 1842, 1859… 1911 fut un cru exceptionnel en terme de chaleur
(un an plus tard en 1912, c’était l’opposé avec des records de froidure pour
août et septembre).
Et il est intéressant de noter que les mois peuvent se succéder n’importe comment : 1789 a vu un mois de février très doux puis mars glacial ; en 1837, avril n’a pas été plus chaud que février ; l’année suivante, avril a même été plus froid que mars ! En 1841, mai chaud a été suivi d’un mois de juin froid. En 1865, mars glacial est suivi d’un mois d’avril estival. En 1881, novembre fut plus chaud qu’octobre. En 1895, septembre a été le mois le plus chaud de l’année (comme en 1841 et 1961…) après un été moyen. De mai à septembre 1919, juillet est le mois le plus frais ! Les mois d’octobre, novembre et décembre 1974 ont connu, au dixième de degré près, la même température moyenne (froid exceptionnel en octobre, douceur exceptionnelle en décembre). La sécheresse et l’été caniculaire de 1976 ont été suivis par cinq étés « pourris » consécutifs. En 1986 et 2001, les mois d’octobre étaient plus chaud que septembre… Mars 1989 estival fut suivi de neige en avril, tandis que la canicule de juillet 2006 cédait la place à une grande fraîcheur en août. Novembre 1993 glacial fut suivi d’un mois de décembre particulièrement doux…
Bref, tout cela pour vous dire que l’expression « Il n’y a plus de saison » a toujours existé. Et les chauds et froids continueront de se succéder n’importe comment dans les temps à venir. Des hivers extraordinairement doux se produisaient parfois durant le « petit âge glaciaire », il ne fait nul doute que nous connaîtrons à nouveau, un jour ou l’autre, des vagues de froid hivernales exceptionnelles malgré le contexte de réchauffement…
Un beau livre tout récent et très illustré, de Guillaume Séchet, évoque les extrêmes et records climatiques en France et dans le monde, un "livre des records qui éclaire notre réflexion sur les aléas climatiques". Je vous invite à le découvrir un peu plus ici : Y'a plus de saison!
Frédéric Decker
