De nombreux orages grêleux se sont produits au mois de mai
en France, notamment dans les plaines du sud-ouest, dans la Loire, en Picardie,
en Ile-de-France ou encore dans le Nord-Pas-de-Calais. Près de Valenciennes, on
a même pu recenser des grêlons de 12 cm de diamètre, phénomène exceptionnel du
à des courants ascendants particulièrement puissants au sein du cumulonimbus
qui a provoqué cet orage.
Certains médias se sont emparés
du phénomène, comme toujours, et ces orages grêleux répétitifs sont apparus
comme étant « jamais vus » et « dus au réchauffement
climatique »… Que nenni ! Orages et grêle ont de tous temps traversé
la France de part en part, semant panique et désolation. Et le plus bel exemple
ne date pas d’hier… mais du 13 juillet 1788 !
Ce jour-là, ou plus exactement ce matin-là, un orage aborde la France par la Charente-Maritime avant de progresser rapidement vers le nord-est (à une vitesse d’environ 100 km/h !). Il se renforce brutalement sur la région Centre et le bassin parisien au lever du jour. Et tous les écrits de l’époque, paroissiaux et autres, confirment ces détails : un grondement sourd et continu a précédé l’orage. Des rafales de vent très brutales et violentes ont accompagné le début des précipitations, déracinant des arbres et renversant des moulins. Puis ce fut au tour de la grêle : des grêlons dont la taille variait entre des œufs de pigeons et… le poing sont tombés durant un quart d’heure, réduisant les récoltes beauceronnes à néant (les plus gros grêlons pesaient alors 600 grammes), trouant le toit du château de Versailles… Tout a été saccagé en quinze petites minutes seulement, et le soleil est réapparu crânement après la tourmente, comme si de rien n’était… Le monstre météorologique a ensuite traversé la Picardie, le Nord-Pas-de-Calais, la Belgique et la Hollande en semant le trouble sur son passage. Il s’agit de l’orage de grêle le plus mémorable en France, et il date de plus de 200 ans.
Cet orage est d’ailleurs
partiellement mis en cause dans les événements historiques qui suivirent, tout
comme l’hiver glacial 1788-89 (-21 degrés à Paris, 86 jours de gel). La Beauce,
grenier de la France, a donc perdu pratiquement tout son blé - déjà peu
prometteur en raison d’une sécheresse estivale - sous la grêle, les fruits ont
été saccagés, le pain est devenu très cher et la disette s’est installée. Le
froid sibérien qui a suivi quelques mois plus tard n’a fait qu’empirer la
situation. Un an et un jour après cet orage historique, la France tournait une
page de son histoire en ce 14 juillet 1789… la suite, tout le monde la connaît.
Frédéric Decker
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