Les enfants du Mékong

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Vietnam_20Vietnam, Mékong. Nous remontons lentement le fleuve du Mékong vers le Cambodge à bord d’un petit bateau à moteur contenant difficilement une vingtaine de personnes. Dans quelques heures, nous arriverons à la frontière du Vietnam, là où nous devrons changer d’embarcation afin de pouvoir continuer notre route vers la capitale Cambodgienne, Phnom Penh. Nous passons là nos dernières heures au Vietnam. Nous traversons de multitudes de petits villages, bordant le fleuve, qui ne comportent la plupart du temps que quelques baraques en bois ou en bambous, coiffées de toits de tôle, ou de ce qui ressemble de loin à de la chaume.


Vietnam_19Tandis que nous traversons l’un de ces nombreux villages, un petit garçon pas plus haut que trois pommes se précipite tout à coup vers nous en courant de toutes ses forces depuis le fin fond de sa maison. « Vite, vite, dépêche toi », lui crie son père depuis l’avant de la baraque. Le petit garçon court de plus belle et se jette littéralement devant nous afin de nous saluer à toute allure. « Hello, hello !!! », nous lance-t-il fièrement en agitant ses deux bras vers nous, encore tout essoufflé après sa folle course. « Hello, hello !! », nous lui répondons-nous en cœur depuis notre embarcation de fortune. « Hello, hello !! », continue-t-il à nous lancer toutes dents dehors alors que nous nous éloignons progressivement, le visage illuminé comme s’il n’avait jamais rien vu de plus beau qu’un bateau à moteur rempli d’une vingtaine d’étrangers. Un air émerveillé que nous recroiserons tout au long de notre voyage le long du Mékong. Partout où nous passons, les enfants courent le long de la berge, sortent de l’eau, sautent dans l’eau, rien que pour nous saluer, et nous offrir le plus beau des sourires. Le plus beau des au revoir.

La vie à deux roues

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Vietnam_22Vietnam, Hué. La petite ruelle encore pratiquement vide il n’y a que quelques heures de cela est à présent totalement encombrée. De scooters. De motocyclettes. De parents venus chercher leurs enfants à la sortie de l’école. Il est 16h30. Alors que le soleil s’apprête à se coucher, que les grands, et les grandes, en uniformes bleus pour les garçons, en magnifiques robes longues et blanches pour les filles, rentrent à vélo, les plus petits, ceux de l’école maternelle, et de l’école primaire, grimpent à l’avant, ou à l’arrière, du deux roues motorisé de leurs parents, leur cartable précieusement accroché à l’avant du véhicule.


Vietnam_21_2Démarrer la motocyclette n’est ensuite pas chose aisée. Les véhicules se bousculent. C’est un concours de klaxons et de voix essayant de se faire entendre au dessus des klaxons. On appelle son enfant. On lui dit de bien se tenir à l’avant, ou à l’arrière du scooter. Puis on démarre, en essayant d’éviter les autres parents. Ainsi que les autres enfants. Puis on se faufile, lentement, très lentement, jusqu’à avoir réussi à se dégager de l’incroyable horde qui habitera encore pendant une bonne demi heure l’entrée de l’école. Et on se met à rouler, mais toujours lentement, très lentement, au milieu de la circulation urbaine Vietnamienne, principalement composée de véhicules à deux roues, et de cyclos*.


* véhicule « taxi » traditionnel Vietnamien, permettant de tracter un ou deux passagers à l’aide d’un vélo.

La fabuleuse histoire des boules de riz

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Vietnam_23Vietnam: histoire. Il était une fois, il y a très très longtemps de cela, une époque où il n’était point nécessaire de cultiver le riz au sein de gigantesques rizières. Autrefois, les boules de riz tombaient tout simplement directement du ciel. Elles tombaient ainsi, régulièrement, une fois par jour, toujours au même moment, permettant chacune de nourrir une famille toute entière. Encore fallait-il pouvoir rattraper ces grosses boules correctement, afin qu’elles ne se brisent pas lamentablement en milliers de grains au contact du sol. Il s’agissait donc de tout un art que chacune des familles Vietnamiennes avait développé au fil du temps, afin de pouvoir récupérer chaque jour faisant leur précieuse boule.


Mais un beau jour, alors que rien ne le présageait, l’impensable arriva. Un jeune homme, sans doute distrait, sans doute encore très très mal réveillé, n’apparût pas au bon endroit, au bon moment, afin de recueillir la grosse boule de riz familiale. Il arriva sur les lieux bien trop tard, quelques secondes seulement avant que l’énorme boule ne toucha le sol, avant de se briser lamentablement en milliers de grains... Le jeune homme eut beau essayer de recomposer la boule, le mal avait malheureusement été fait. C’est donc depuis ce temps que les hommes ne reçurent plus jamais leur grosse boule de riz quotidienne du ciel, et durent en conséquence commencer à apprendre à cultiver leur riz eux-mêmes, au sein de gigantesques rizières…

SOS enfants sans frontières

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Vietnam, Hué. C’était il y a maintenant 33 ans, en 1974, lorsque Jacqueline Bonheur décide de créer ce qui deviendra officiellement quelques années plus tard l’association SOS enfant sans frontières. A l’origine oeuvre d’adoption destinée à venir en aide aux enfants issus des milieux defavorisés en Haïti, l’organisation étend bientôt son activité à l’Asie. Nous sommes alors à la fin des années 70, marquées par la chute du regime de Pol Pot au Cambodge, et avec elle par les afflux de refugiés fuyant vers la Thaïlande afin d’échapper au régime des Khmers rouges.


C’est une dizaine d’années plus tard que SOS enfants sans frontières initiera ses premières missions au Vietnam. Des missions tout d’abord d’ordre médicale, avec la mise en place de deux bus sanitaires dans la région de Hué, dans le centre du Vietnam, puis l’ouverture en 1993 de l’école maternelle « Truong Mam Non Vi Da», située dans le quartier defavorisé de Vy Da. Présente en Haïti, en Thaïlande et au Vietnam, l’association oeuvre également sur de nombreux autres territoires, tels l’Ethiopie, le Liban ou bien encore le Cameroun.

La danse du lotus

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Vietnam_5Vietnam, Hué. Ici, dans la classe des grands, celle des 5-6 ans, tout semble tout de suite beaucoup plus compliqué. Il y a vraisemblablement du chant. Mais il y a aussi de la danse. Des accessoires de scène. Et un vaste public entourant un petit groupe d’enfants, trois filles et deux garçons, qui agitent à présent, au milieu de la salle, des fleurs de lotus rouges, en carton, dans chacune de leurs mains, tout en coordonnant leurs mouvements, et en essayant de ne pas se laisser trop déconcentrer par tous les regards rivés sur eux. Les maîtresses encouragent le groupe et chantent en chœur avec eux, bientôt reprises par le reste des enfants. Il s’agit ici, nous explique-t-on, d’une danse célébrant la beauté du pays, le lotus symbolisant dans la culture boudhiste "l'aspiration à la pureté".


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Le « Têt » Vietnamien

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Vietnam_18Vietnam: fête. De petits cochons ont envahi tous les stands des boutiques et étals des villes que nous traversons, symboles de la nouvelle année qui commence. Le petit animal rose et sa queue en forme de tire bouchon sont absolument partout, des allées de centre commerciaux aux écrans publicitaires qui incitent vivement les téléspectateurs à ne surtout pas oublier d’offrir leur propre cochon à leurs proches, afin de leur porter chance, pour toute l’année à venir. Les bannières rouges, couleur porte bonheur par excellence, souhaitant la bonne année, parent les rues et immeubles.


Pour les enfants, c’est l’occasion de recevoir de multitudes de petites enveloppes rouges, remplies de « dong », de la part de leurs proches. Un pécule qu’ils pourront dépenser afin de se remplir les poches de friandises diverses et variées, plus nombreuses que jamais au moment du « Têt ». Ou de se munir des précieux et multiples petits feux d’artifice qu’ils pourront allumer en compagnie de leur famille la veille au soir du nouvel an - l’équivalent pour nous du « réveillon » -, afin de célébrer l’entrée dans la nouvelle année donc, mais également et accessoirement, afin de chasser les « mauvais » esprits qui pourraient roder dans les parages et risqueraient de gâcher la fête.

L’école Vy Da

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Vietnam_8Vietnam, Hué. Les cartables et sandales des enfants sont rangés pèle mêle le long du couloir, à l’extérieur des cinq salles de classe qui composent l’école « Truong Mam Non Vi Da », fondée par SOS enfants sans frontières il y a maintenant 13 ans. Une école qui accueille aujourd’hui quelques 300 enfants, âgés de 12 mois à 6 ans, dont près de 20% issus de familles « sans paniers », c’est-à-dire de familles qui nous pourraient pas, autrement, scolariser leurs enfants. Alors que nous pénétrons à l’intérieur de l’établissement, la pause déjeuner vient juste de prendre fin. Les enfants se pressent à présent dans le couloir afin de ranger leurs bols et leurs tasses. Dans le jardin, deux petites filles ont déjà entrepris de laver et faire sécher sur un portant les serviettes de table de leurs camarades. Dans le couloir, une troisième petite fille apparaît bientôt, presque entièrement cachée derrière un énorme seau d’eau. C’est qu’ici on essaye de faire participer aussi tôt que possible les élèves à la vie et à l’organisation de l’école.


Vietnam_2Les derniers retardataires finissent rapidement leurs bols de riz tandis que la majorité des élèves ont déjà rejoint leurs maîtresses d’école, qui sont ici deux par classe, à l’intérieur des salles de cours. Nous essayons de nous approcher discrètement de l’une des salles et de ne pas trop attirer l’attention des enfants. Plus facile à dire qu’à faire. La plupart nous font malheureusement face et ne manquent pas de remarquer nos deux étranges faciès encadrés dans l’embrasure de la porte. Nous faisons donc mine de nous éloigner, et pour sûre, les enfants se remettent pratiquement immédiatement à chanter, en chœur avec la vidéo que leur maîtresse vient de glisser à l’intérieur du magnétoscope. Une chanson populaire, que les enfants semblent déjà connaître sur le bout des doigts, invitant à fêter l’arrivée de la nouvelle année*, et avec elle, le début du printemps…


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* La nouvelle année au Vietnam, le « Têt », correspond à la nouvelle année lunaire, qui démarre généralement entre la fin du mois de Janvier et la fin du mois de Février. Cette année, la nouvelle année, celle du cochon, a démarré le 18 Février 2007.

Arrivée au Vietnam

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Vietnam_1Vietnam, Hué. Après un train et quatre différents bus, dont un bus de nuit, depuis Hong Kong au travers des villes de Canton, Yangshuo, Nanning et Ping Xiang, nous nous apprêtons enfin à traverser la frontière Chinoise pour arriver au Vietnam. Nous ne sommes plus qu’à quelques kilomètres de l’actuelle capitale, Hanoi, mais encore à plusieurs heures de bus de Hué, l’ancienne capitale du Vietnam, située au centre du pays. Là où nous passerons la journée avec l’association « Enfants sans frontières », qui soutient plusieurs écoles maternelles et primaires à Hue même, ainsi que dans les villages avoisinant.


Vietnam_9C’est qu’ici, contrairement à ce que nous connaissons en France, l’éducation gratuite n’existe pas. Aussi surprenant que cela puisse paraître, et ce quel que soit le niveau d’éducation concerné. Depuis la légalisation des écoles privées en 1988, toutes les écoles publiques ont également commencé à demander une « participation » aux parents d’élèves, pouvant représenter jusqu’à 1,5 millions de Dong par an (75 euros) en école maternelle et primaire. Une véritable fortune pour les enfants issus de familles pauvres, écartant nombre d’entre eux des bancs de l’école, dès leur plus jeune âge. Parmi les enfants scolarisés, nombreux ne parviendront pas à dépasser le niveau du collège, avec un taux d’achèvement des études, niveau lycée, situé à 38%, contre 94% au niveau primaire, 74% au niveau collège.