RCA, difficile transition...

Posté par : Denise Epoté le 18 avril 2013 à 11h22

Depuis la chute de François Bozizé, les Chefs d'Etat d'Afrique centrale semblent coincés aux entournures Images
par la gestion du dossier centrafricain. Une chose est de se débarrasser de cet ancien putchiste, une autre est de trouver une alternative crédible et durable. Sur la base des principes de l'Union Africaine, en refusant de reconnaître le président autoproclamé Michel Djotodia qui n'a été convié à aucun des sommets de N'Djaména, ils n'ignoraient pas que le Conseil National de Transition dont ils ont exigé la création, élirait et par acclamation de surcroît Michel Djotodia!

Images-1
N'avoir pour seul interlocuteur, officiel, que le premier ministre Nicolas Tiangaye, fait peser sur cet homme une réelle menace. Celle de voir son action bridée par les anciens de la Seleka membres de son gouvernement qui auraient le sentiment qu'il leur vole leur victoire.

La priorité des priorités pour la CEAC élargie à l'Afrique du sud, c'est celle de ramener l'ordre dans ce pays livré aux pillages des éléments de la Seleka qui depuis le 24 mars se payent sur la bête.

L'anarchie qui règne à Bangui et que Michel Djotodia peine à maîtriser atteste du peu de pouvoir dont il dispose sur les troupes qui l'ont accompagné dans la conquête du pouvoir.

6Accusé d'avoir armé et aidé la Seleka à prendre le pouvoir ce dont il se défend, Idriss Deby Itno devrait  siffler la fin de la récréation. Il y va de l'existence d'un pays dont la descente aux enfers depuis cinquante ans n'a que trop duré et même de la stabilité au Tchad...

 

RCA, la fin du cercle vicieux?

Posté par : Denise Epoté le 25 mars 2013 à 14h53

Avoir la tête sous l'eau ne justifie pas que je ne puisse pas alimenter mon blog plus régulièrement, je vous le concède. Mais à la faveur de l'actualité en République centrafricaine, je retrouve mon clavier...

L'issue de cette crise était prévisible. François Bozizé  partirait comme Ange-Félix Patassé dont il avait Images-2
provoqué la chute dix ans plus tôt. Mais avant de le rendre responsable de tous les maux de la RCA, il faudrait se poser la question de la responsabilité de l'opposition politique dans le choix de Bozizé en 2003? Pour faire partir Patassé, l'opposition centrafricaine avait estimé que seul Bozizé, parce qu'il avait une partie de l'armée avec lui,  pouvait parvenir à chasser le fantasque Patassé. Curieux raisonnement pour des politiques  qui ont toujours clamé haut et fort qu'il fallait que la RCA en finisse avec les coups de force à répétition depuis vingt ans!

Epuisée par les frasques de Patassé, la France a laissé faire. Comme de nombreux opposants à Patassé, tous de surcroit anciens collaborateurs, François Bozizé vivait en France...

A Bangui, Bozizé a été accueilli en libérateur! La suite de l'histoire on la connaît . Mise à l'écart des faiseurs de roi, élections truquées en 2005 et en 2011, gestion familiale et clanique et pour couronner le tout, mépris des institutions. Le non respect de l'accord  de Libreville n'était pas une surprise, les précédents ayant connus le même sort. Mais par solidarité, les Chefs d'état d'Afrique centrale ont voulu mettre les formes pour tenter de sauver un des leurs. Cependant tous et en particulier Idriss Deby, allié précieux depuis 2003, savait que Bozizé n'était plus l'homme de la situation. Le manque d'empressement des médiateurs congolais et tchadien à envoyer un émissaire, puis de se rendre à Bangui dès les premiers disfonctionnements, est révélateur de l'intérêt qu'ils accordaient encore à ce dossier. C'est la stratégie du fruit qu'on laisse pourrir afin qu'il tombe tout seul qui a été appliquée. Mais soutenir officiellement la Seleka à Libreville, revenait à créer un précédent qui pourrait se reproduire dans leur pays respectifs...On n'est jamais trop prudent. La seule prouesse qu'auront réussie les Chefs d'état d'Afrique Centrale, c'est d'avoir réuni autour d'une table deux clans qui s'opposent depuis dix ans. Pour son exil, après l'escale à l'Est du Cameroun, Bozizé devra à terme compter sur Jacobs Zuma le seul allié qui lui reste. Ses anciens pairs d'Afrique centrale ayant peu goûter la naissance du nouvel axe Bangui-Johanesbourg.

Images
Un ramassi de soldats en guenilles sans vision a t-on entendu dire à propos de la Seleka. Sans doute, car depuis deux décennies à Bangui on attend toujours l'homme providentiel qui viendra remettre de l'ordre dans ce pays où même chassé du pouvoir Bertrand Aristide n'a pas voulu résider. Peut-être trop de ressemblances avec Haïti. Malgré le potentiel, tout n'est que désolation. Résultat, le pays semble invisible sur une mappe monde. Seul le sacre de l'Empereur Bokassa 1er en 1977 aura permis au reste du monde de s'intéresser à ce pays d'un peu plus de trois millions d'habitants.

A propos de la Seleka, on oublie la formation reçue par la majorité de ses membres pour lutter contre le braconage dans le nord. Une formation financée par les Etats-Unis, donc sérieuse. L'histoire nous dira un jour si en plus, la coallition a bénéficié du soutien amical de quelques pays voisins, déçus par l'attitude de François Bozizé. Il n'aura fallu à la Seleka que trois mois pour atteindre son objectif.

En matière de communication, la Seleka a tout sauf manqué de stratégie. Un porte parole jeune, Eric Massi dont on peut comprendre le rapprochement avec la coallition.  Son père Charles Massi  est une des dernières victimes de la cruauté et de la barbarie du régime de François Bozizé. Il faut espérer qu'Eric Massi ne soit pas aveuglé par l'idée de venger son père. Il devra être  auprès  du nouveau maître de Bangui l'interprète de la jeunesse de RCA  qui attend que les promesses de changement se concrétisent.

De l'accord de Libreville, il faudra conserver toutes les dispositions à l'exception d'une. La tenue d'une élection présidentielle en 2016.  Cette dernière ne valait que pour François Bozizé car il devait demeurer Président de la République  jusqu'au terme de son second mandat. Aucune transition ne saurait durer trois ans. Images-1L'état de grâce ne dure guère.
Très vite le président autoproclamé Michel Djotodia devra donner des gages de sa volonté de tourner la page Bozizé en ne répétant pas les mêmes erreurs. Se laisser griser par le pouvoir...

Carton Rouge!

Posté par : Denise Epoté le 21 mai 2012 à 10h36


On a coutume de dire, qu'en cas de conflit il vaut mieux un mauvais accord que pas d'accord du tout. Mais au lendemain de l'accord tripartite entre la CEDEAO, la junte et les autorités de la transition au Mali que vaut un accord qui discrédite une des parties et non des moindres la CEDEAO!!
Images-1
Certes il y avait urgence à garantir un passage sans heurt entre la fin de l'intérim au terme de quarante jours et le début de la transition de 12 mois. Mais après avoir martelé que les coups d'état n'étaient plus acceptables, installé un président intérimaire, veiller à la constitution d'un gouvernement, défini le cadre et le calendrier de la transition. Comment comprendre aujourd'hui que la CEDEAO, offre sur un plateau au capitaine SANOGO le statut d'ancien chef d'etat?

A Bissau et ailleurs  où les occupants des casernes, malgré les multiples injonctions de l'Union Africaine, n'ont pas renoncé au pouvoir,  cette décision sera interprétée comme une prime aux faiseurs de coup de force. Les frères d'arme du capitaine Sanogo auraient bien tort de ne pas l'entendre ainsi.
Le 22 mars, le capitaine SANOGO était salué par certains comme le redresseur d'une démocratie malienne malade de ses hommes politiques.  Deux mois plus tard en absence de tout bilan militaire pour ramener la paix dans le nord du pays, le voilà élevé au rang d'ancien chef d'état avec tous les avantages liés à la fonction....
La mesure suffira t-elle à calmer les appétits du bouillant capitaine qui malgré le retour à l'ordre Images
constitutionnel intervenu le 6 avril, continue à signer des communiqués avec la mention Président du CNRDE !! Rien n'est moins sûr.
Conseil amical à Alassane , Kadré, Adama , Blaise  et Djibril surtout gardez les yeux ouverts...

Très chère Teranga

Posté par : Denise Epoté le 20 avril 2012 à 10h29

Images
Images-1
Images-2
D'Amadou AHIDJO, ancien Président du Cameroun, accueilli avec sa famille dans les années 84 par Abdou DIOUF, alors Président du Sénégal, en passant par  Hissein HABRE, ancien Président du Tchad accueilli dans les années 90 par le même Abdou DIOUF, à Clémence BARRE, veuve de l'ancien Président du Niger Ibrahim BARRE MAINASSARA, arrivée à Dakar à l'invitation d'Abdou DIOUF, au lendemain de l'assassinat tragique de son époux en 1999. Tous savent ce qu'ils doivent à la Téranga sénégalaise. Cette hospitalité qui fait que la porte reste toujours ouverte pour un ami, une connaissance, à qui on offre le gîte et le couvert, sans jamais se soucier du temps qui passe.

Un mois après le coup d'état qui l'a renversé, Amadou TOUMANI TOURE, lui aussi accompagné de sa famille, va pouvoir apprécier la douceur et la chaleur de la Téranga. Un accord trouvé entre la junte et la CEDEAO va permettre à l'ancien Président du Mali d'échapper au sort que lui réservait le bouillant capitaine SANOGO: être jugé pour haute trahison et malversations!!

Images-5
Images-4
Comme son illustre prédécesseur Abdou DIOUF, le tout nouveau Chef de l'état sénégalais, Macky SALL s'inscrit dans le respect de la tradition séculaire de son pays. Ce geste honore la diplomatie sénégalaise. C'est à bord de l'avion présidentiel sénégalais, qu'ATT et les seize membres de sa famille ont fait le voyage entre Bamako et Dakar.

Pour celui qui en 1991 fût surnommé le soldat de la démocratie, et qui vient de Images-3
passer dix années à la tête du Mali, commence une vie nouvelle... Loin des turbulences de son Mali natal où la Djatiglia, hospitalité malienne, n'est plus ce qu'elle était.

Retour à l'ordre constitutionnel?

Posté par : Denise Epoté le 20 avril 2012 à 10h22

Images-3
Loin de moi la prétention de vouloir remettre en cause la médiation conduite par Djibril BASSOLE et Adama BITOGO dans la crise malienne. Le premier ayant par le passé conduit avec un certain brio la médiation durant la rébellion touarègue au Niger dans les années 1994. Images-4Dix huit ans plus tard les Nigériens lui en savent toujours gré.

Si nous avons tous salué le premier résultat de cette médiation, la désignation d'un président intérimaire en la personne de Dioncounda TRAORE, quinze jours après le coup de force du capitaine Sanogo. On a beaucoup de mal à comprendre que le chef de la junte, au détriment de la classe politique et des maliens, puisse encore jouer un rôle dans le choix des acteurs de la transition!! C'est la junte qui va désigner le Premier ministre. Un homme de consensus nous dit-on!! Mais copté par la junte, le futur Premier ministre pourra t-il résister aux injonctions du capitaine et à celles des ses compagnons d'arme qui feront partie du futur gouvernement? Rien n'est moins sûr...

Par ailleurs, le retrait officiel de la junte n'a pas ramené l'état de droit. Loin s'en faut. Si on a pu se réjouir de la libération des membres du gouvernement arrêtés au lendemain du 22 mars. Images-2
Le cycle d'arrestations et de libérations que connaît l'ancien premier ministre Modibo SIDIBE depuis cette date, ne semble pas inquiéter les médiateurs. Pourquoi tant d'acharnement envers un homme qui n'assumait plus aucune fonction depuis le 3 avril 2011, date de son remplacement à la tête du gouvernement par Mariam Sidibé? La junte voudrait-elle  faire payer à Modibo SIDIBE sa fidèlité à ATT depuis 1991? Ou alors cherche t-elle à intimider des candidats présentés comme majeurs à l'élection présidentielle? Soumaïla CISSE ancien président de la commission de l'UEMOA et candidat à l'élection présidentielle, connaît lui aussi le même sort. Images-6

  En  infligeant à ces personalités ce genre de traitement, la junte démontre son extrême fébrilité et on peut douter de sa capacité à restaurer la démocratie, comme elle prétendait le faire en renversant le régime d'ATT. Souhaitons que les médiateurs  puissent aborder avec elle sans détours la question des libertés . Difficile de prétendre vouloir aller les défendre au Nord, alors qu'elles sont au quotidien bafouées   Sud...

ATT seul coupable?

Posté par : Denise Epoté le 4 avril 2012 à 18h21

Images
Trois semaines après le coup de force qui a conduit à la chute d'ATT, le capitaine Amadou Sanogo et ses hommes  semblent pas dépasser par les évènement qui s'enchaînent. A Bamako, l'embargo décrété par la CEDEAO, dont tous les observateurs saluent la fermeté historique, produit ses premiers effets. Sur le terreau d'une situation sociale précaire, les mesures de la commission sous-régionale viennent pénaliser une majorité de maliens qui vit sous le seuil de pauvreté.

Dans le Nord, la rébellion touarègue que les mutins prétendaient aller combattre n'a rencontré aucune résistance dans sa conquête des principales villes et garnissons. Kidal, Gao, Tombouctou et demain peut-être Mopti, la liste des villes pourrait encore s'allonger si dans ses aspirations cessessionistes le MLNA souhaite pousser les frontières de "son état touareg" plus au sud. Quelle autorité pourrait s'opposer à ces veilléités après les précédents en Erythrée et au Soudan?

Tapis dans l'ombre, les islamistes proches d'Aqmi ont profité de cette confusion et de la vacuité du pouvoir à Bamako pour imposer la charia, avec pour noble objectif de mettre un terme aux pillages et viols consécutifs à la rébellion. Images-1
Si depuis janvier ATT par laxisme ou par complicité passive, c'est selon, n'avait pas réussi à juguler la crise dans le Nord, en moins d'un mois, Amadou Sanogo, le nouvel homme fort de Bamako aura montré les limites de sa capacité à gérer l'état. En dépit du soutien d'une frange de la classe politique qui dès le 22 mars a salué l'arrivée de l'homme providentiel, ce qui arrive au Mali n'a rien de surprenant. Le pays paye au prix fort les effets de la crise libyenne. La coallition occidentale saura t-elle endosser sa part de responsabilité en mettant à la disposition de la CEDEAO et de l'Union Africaine des moyens logistiques pour éviter la partition du Mali et l'expansion du péril islamiste dans la sous-région?

Nous voulons tous être Sénégalais

Posté par : Denise Epoté le 27 mars 2012 à 13h09

S-ABDOULAYE-WADE-MACKY-SALL_large



Tout comme au mois de mars 2000 qui avait vu la première alternance entre le parti socialiste et le parti démocratique sénégalais, le 25 mars 2012 marquera la fin du Sopi, et la reconfiguration de la classe politique sénégalaise. Avec l'arrivée des quinquas aux commandes et la fin de la bipolarisation PS, PDS.

Il y a peu de chance que le PDS historique, éclaté en cinq tendances, se reconstitue autour de Macky Sall. Cheick Tidiane Gadio et Idrissa Seck, tenant trop à leur étiquette de chef de parti...Pas de reconstruction non plus du PS historique autour d'Ousmane Tanor Dieng. Depuis le départ d'Abdou Diouf, il n'a pas réussi à préserver au parti de Senghor son lustre et sa stature d'antan. OTD n'échappera pas à la tenue d'un congrès au cours duquel il devra rendre des comptes, voire remettre sa démission. Et pour la première fois, la direction du PS pourrait revenir à une femme, maïtre Aïssata Tall Sall.

La page Wade tournée, pour Macky Sall le plus dur commence. Il va falloir contenter les nombreux  alliés du second tour. Tâche d'autant plus difficile, que l'attelage "Tout sauf Wade" est on ne peut plus hétéroclite. Il lui faudra tenir les engagements pris, concernant la réduction du mandat présidentiel et le rôle des institutions. Sujet qu'il ne connaît que trop bien. Président de l'assemblée nationale en 2007, il avait vu son mandat écourté au bout d'un an!!

Au plan social, les urgences sont nombreuses, la réduction du prix des denrées de première nécessité, au premier rang desquelles le riz et l'huile, base de l'aimentation des sénégalais. Pour mettre fin à l'exode rural, et redonner espoir à ces milliers de jeunes dont les embarcations de fortune viennent s'échouer sur les plages espagnoles et marocaines, il faudra créer près de 500 000 emplois. C'est à l'aune de ces défis que le nouveau président de la république sera jugé. Compte tenu de l'impatience des sénégalais, l'état de grâce sera de courte durée. Les déçus du 25 mars, n'hésiteront pas à faire des législatives prévues au mois de juin, le troisième tour de l'élection.

L'histoire retiendra que tout le mérite de cette journée du 25 mars revient au peuple sénégalais qui a tenu par son vote à consolider l'ancrage démocratique du pays en élisant le quatrième Président du Sénégal indépendant. Même si la démocratie est encore balbutiante dans la majorité des pays , en dépit des élections qui se tiennent régulièrement, l''exemple sénégalais prouve qu'il y a quelques raisons d'espérer. Depuis le 25 mars, tous les démocrates du continent rêvent d'une contagion sénégalaise et non pas malienne.

Côte d'Ivoire, triste cinquantenaire...

Posté par : Denise Epoté le 3 décembre 2010 à 10h29

Images-1A quelques semaines de la fin des célébrations marquant le cinquantenaire des indépendances africaines, l'imbroglio politoco- juridique dans lequel se trouve la Côte d'ivoire au lendemain du second tour de la présidentielle qui a opposé Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo atteste de la difficulté qu'a le continent à s'inscrire dans la modernité politique.

 

Au lendemain de son accession à l'indépendance, le pays de Félix Houphouet Boigny était présenté comme la terre promise. Rien ne semblait pouvoir arrêter l'émergence de ce pays à qui tout réussisait. Au sein de l'Afrique de l'Ouest qui dès 1963 entregistra les premiers coups d'état, la Côte d'Ivoire était un pôle de stabilité. Le coup d'état de décembre 1999 créa la surprise. Onze ans plus tard et malgré un scrutin multipartiste bien malin celui qui pourrait prédire l'issue définitive de la crise.

Face au bras de fer qui oppose aujourd'hui la CEI à la Cour constitutionnelle, quelle sera la réaction de l'armée dont une partie composée de bétés récemment promus sont fidèles à Laurent Gbagbo?

Sur le fond, le code électoral prévoit qu'en l'absence de consensus sur les cas litigieux, la CEI s'en réfère à la Cour constitutionnelle qui a 72 heures pour trancher. Ce qui n'interdit cependant pas à la CEI de proclamer des résultats provisoires. Vu l'écart de huit points entre les deux candidats on voit mal comment Laurent Gagbo même s'il obtenait gain de cause pourrait combler cet écart. A moins que par un tour de passe passe le président de la cour constitutionnelle ne décide de le proclamer vainqueur. Une décision qui serait lourde de conséquences pour le pays et la sous région.

L'origine des cas litigieux est tout sauf anodine. Les 2000 ont été enregistrés dans le Nord, fief des forces nouvelles dont le chef n'est autre que Guillaume Soro, actuel premier ministre qui depuis le second tour n'est pas très disert. Depuis l'accord de Ouagadougou intervenu en mars 2007, plusieus observateurs avaient pensé que le chef des forces nouvelles et Laurent Gbagbo étaient liés par un accord secret en vue de la présidentielle 2010. Sorro aurait facilité la réelection de Gbagbo, qui en 2015 lui aurait renvoyé l'ascenseur. Si cet accord existe, les résultats actuels prouvent à l'évidence qu'un des signataires n'a pas respecté sa parole...

Une situation que ne s'empêcheront pas d'exploiter les caciques du FPI. Amadou Coulibaly, le président de l'assemblée nationale et Pascal Affy Nguessan le président du FPI sans oublier l'épouse du chef de l'état sortant, Simone Gbagbo. Tous les trois ont toujours été opposés à la tenue d'une élection tant que l'autorité de l'état n'avait pas été restaurée dans le Nord. Depuis le 31 octobre les faits leur donnent raison. Laurent Gbagbo saura t-il tenir tête à l'aile dure de son parti et reconnaître sa défaite?

Après huit années de crise il faut souhaiter que les leaders politiques ivoiriens se ressaisissent afin d'éviter au pays de sombrer à nouveau.

 

 

La leçon d'ATT

Posté par : Denise Epoté le 21 avril 2010 à 19h59

Images A deux ans de la fin du  second mandat d'Amadou Toumani Touré, de Bamako à Tombouctou en passant par Kayes, la question est sur toutes les lèvres . ATT saura t-il résister à la tentation de ne pas modifier la constitution? Prendra t-il le risque de ternir l'image de celui qui au lendemain du coup d'état de  1991 avait pris l'engagement de rendre le pouvoir aux civils au bout d'un an? Cet engagement lui a valu  d'être aujourd'hui une référence pour tous les putschistes: Robert Gueï en Côte d'ivoire, Mohamed Oud Valls en Mauritanie, Dadis Camara en Guinée  tous ont rêvé avoir le même parcours que le commandant Touré. Des trois, seul le colonel Mohamed Ould Valls a tenu parole. Parcequ'il a su partir, le colonel sera sans doute un recours pour la Mauritanie si elle ne se défait pas de ses démons...
Face au pouvoir les attitudes des courtisans ne varient guère, ils savent trouver les mots pour vous convaincre de vous maintenir car les chantiers sont nombreux!!! En réalité votre maintien à la tête de l'état est pour eux l'assurance qu'ils pourront demeurer aux premières loges. Dans le camp d'en face, ils vous poussent au contraire à partir car secrètement ils espèrent vous remplacer.  Au milieu de tous ces sons de cloche il faut savoir garder la tête froide pour ne pas céder à la tentation de se maintenir.
Depuis les conclusions rendues par le comité d'appui aux réformes institutionnelles, à Bamako le débat sur la présence ou pas d'ATT au scrutin de 2012 est donc définitivement clos. Dans les états majors des partis la veillée d'armes peut  commencer. Sans pression aucune les membres du comité se sont prononcés, la durée du mandat présidentiel reste inchangée. Ce sera  cinq ans renouvelable une fois. L'article 30 de la loi fondamentale ne subira aucune modification. Ainsi en ont décidé les maliens qui connaissent le prix de cette longue marche vers la démocratie. Personne n'a oublié les manifestions réprimées dans le sang par un Moussa Traoré refusant d'entendre les appels à plus de liberté lancés par le peuple.  Certes le maintien de l'article 30 n'est pas la seule décision prise par les sages du Cari, mais à lui  seul il  démontre la maturité de la démocratie malienne. Le Mali  a  pourtant été jusqu'en 1991 une dictature militaire! Puis il a fallu passer par une conférence nationale pour enterrer le régime dictatorial de Moussa Traoré et bâtir une nouvelle république. En l'espace de vingt ans les maliens ont  prouvé qu'il n'y avait  pas de fatalité. L 'Afrique n'est pas comme l'ont pensé à tort certains un continent qui n'est pas prêt pour la démocratie... En cette année du cinquantenaire des indépendances, les exemples de réussite au plan politique ne sont hélas pas légion, mais il en existent quelques uns et le Mali fait partie de ceux là.
Cette courageuse décision du Cari démontre également  la grandeur d'un homme au parcours atypique.Images-1 Le soldat de la démocratie comme on le surnomme est un ovni dans la marigot politique africain. Auteur d'un coup d'état en 1991, il remet le pouvoir aux civils en 1992 après avoir organisé des législatives et  la présidentielle. Dix ans plus tard après avoir pris soin de démissionner de l'armée, sans formation politique il participe à l'élection présidentielle et devance  des politiciens chevronnés dont il s'entoure dans son premier quinquennat. Contestée sa gestion du pouvoir sur la base du consensus lui aura permis  à la surprise générale de briguer un second mandat à la tête d' un pays qui ne manque pas de complexité. Désormais libéré de la tentation de se maintenir au pouvoir, il a deux ans devant lui pour réussir sa sortie. Au lendemain de son court passage au palais de Koulouba en 1991, il s'était investi dans la résolution des crises sur le continent. En juin 2012 après des vacances plus que méritées,  il reprendra sûrement son bâton de pèlerin pour réconcilier ici et là des frères ennemis et surtout prêcher par l'exemple. Une manière de dire à ses anciens pairs qu' il y a une vie après la politique.

La Renaisance Africaine du rêve à la réalité...

Posté par : Denise Epoté le 12 avril 2010 à 15h57

Images Du haut de ses 50 mètres de bronze et juchée sur une des collines qui fait partie des Mamelles de Dakar, le monument de la Renaissance Africaine en impose. Les trois personnages qui composent le monument sont tournés vers l'avenir et regardent droit devant eux. Comme pour signer à tous ceux qui débarquent à Dakar que l'Afrique est debout, elle est prête à affronter et surtout à relever les défis futurs. Le seul hic c'est que dans la culture africaine ce n'est jamais l'enfant qui montre le chemin...Il suit celui que ses aînés ont choisi.
En cette année du cinquantenaire des indépendances, c'est sans aucun doute pour écrire cette nouvelle page de l'histoire du continent que la quasi totalité des chefs d'état africains ont fait le voyage de Dakar. Ce 3 avril 2010 l'histoire retiendra que l'Afrique, toute ère linguistique confondue et cela mérite d'être soulignée, a répondu à l'invitation lancée par Abdoulaye Wade. On peut contester sa gestion du pouvoir mais par honnêteté  on se doit de saluer ce panafricanisme qu'il a chevillé au corps. La diaspora d'outre-atlantique a elle aussi répondu à l'appel. L'évènement méritait en effet d'être salué. Enfin une statue plus haute que la tour Eiffel et que la statue de la Liberté, pour symboliser le réveil d'un continent dont l'histoire fut entre autre marquée par l'esclavage et la colonisation.
C'est la force de ce symbole qu'il faut retenir. C'est cela qui devra servir de repère aux générations futures. A Dakar, ancienne capitale de l'Afrique Occidentale française, à quelques encablures de Gorée île au passé tragique, se dresse désormais un monument qui traduit la prise de conscience d'un peuple pour un nouveau départ.
Loin de moi l'envie d'occulter le débat sur le montage financier de ce projet. La cession des terres à la Corée qui en contrepartie a construit le monument. Mais quel autre pays dispose d'un tel savoir faire dans la transformation du bronze à cette échelle? Cest vrai les traits des personnages ne sont pas très négroïdes. Il appartenait au bureau d'étude français chargé de certifier les travaux d'être plus vigileant... Quant aux critiques de l'opposition sénégalaise, certes le coût de l'ouvrage aurait permis de construire des hôpitaux, de venir en aide aux victimes des innondations qui attendent depuis deux ans d'être relogés, d'en finir avec les délestages etc... Mais pourquoi avoir attendu le jour de l'inauguration pour le crier alors que le projet a été présenté il y a cinq ans?
Images-1 En 1889 l'édification de la tour Eiffel avait suscité moult débats, on prévoyait de la démonter à la fin de l'exposition universelle. Il n'en fut rien. 121 ans plus tard, la vieille Dame demeure la principale attraction du pays. Le monument de la Renaissance africaine n'a pas échappé à la régle, il est au centre de toutes les polémiques. Puisse l'histoire retenir qu'il symbolise le réveil d'un continent qui entend désormais, et ce n'est que justice, jouer sa partition dans la marche du monde.