Les crises qu'ont connu ces cinq derniers mois, la Mauritanie, la Guinée, Madagascar puis la Guinée Bissau attestent que le cycle de l'instabilité politique en Afrique que l'on croyait révolu est loin de l'être.
Aux coups de force classiques des années 60 ont succédé les coups de force constitutionnels alors même que l'avènement du multipartisme intervenu trente ans plus tard laissait penser que les dirigeants avaient enfin pris conscience de l'importance des alternances démocratiques dans le jeu politique.
La liste des bons élèves est hélas trop courte pour aujourd'hui se féliciter du bilan démocratique du continent. En souhaitant qu'ils ne connaissent jamais de crise politique les conduisant à piétiner les lois fondamentales d'un état de droit, pour longtemps encore le Bénin, le Sénégal, le Mali, le Mozambique, le Ghana seront cités en exemple. Sur un total de cinquante deux états, le pourcentage d'états démocratiques est bien faible. Un dixième !!!
Alors à qui la faute? Aux dirigeants qui au fil de leur mandat se révèlent être des autocrates. Des présidents tant bien que mal élus qui concentrent en leurs mains tous les pouvoirs. Constitutionnellement le parti unique a vécu, mais dans les faits il a encore la vie dure.
Aux leaders des partis politiques, chacun prêchant pour sa chapelle. Proposant rarement des programmes alternatifs, ils sont les spécialistes du "pousses toi que je m'y mette".
La faute aux institutions ou plus tôt à ceux qui les animent. Les parlements comme les sénats ont perdu leur vocation, ce sont des caisses d'enregistrement. Toutes les lois y sont votées à une majorité écrasante.
La société civile, elle aussi dans ce triste bilan a une part de responsabilité non négligeable. Attirée par les ors de la république elle a perdu son sens critique.
La population également est comptable de ce bilan. Elle qui par le biais du vote est invitée à faire entendre sa voix. Mais par ces temps de scrutins aux résultats connus d'avance, que valent aujourd'hui les votes des électeurs. Bien peu de chose. Alors il ne lui reste plus que la rue pour crier son ras le bol ou sa haine des dirigeants corrompus. Ce fut le cas récemment à Madagascar. Porté au pouvoir par la rue en 2002 certes après des élections, c'est la population qui sept ans plus tard poussera Marc Ravalomana à écourter son mandat.
Puis il y a l'armée. En Mauritanie, en Guinée et en Guinée Bissau elle a sifflé la fin de la récréation. A l'exception de la Guinée Bissau où il y a eu mort d'homme, les coups de force version années 70 sont passés de mode. La grande muette composée aujourd'hui d'officiers supérieurs de talent entend désormais jouer sa partition sur la scène politique. Une nouvelle donne que devra intégrer la communauté internationale, elle dont les prises de position sont à géométrie variable.


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