Simon Roblin a testé le théâtre pour enfants.
Lever de rideau.
— Nous vous avons préparé un spectacle où vous n’aurez rien à faire.
— Non ! Nous avons conçu un spectacle dans lequel c’est le spectateur qui doit faire tout le travail.
— Oui, nous rêvions de devenir acteurs, parce que c’est un métier où l’on n’a rien à faire. Et comme ça on s’est dit que vous alliez tout faire à notre place : vous jouez et nous on s’assoit dans la salle.
— Dans ce spectacle, vous avez le rôle principal.
— Et comment s’appelle-t-il, au fait, ce spectacle ?
— « Le conte qui n’a pas été écrit. » (voix d’enfants dans la salle)
— Oui. Et qu’est-ce qu’on peut faire avec ça ?
— « L’écrire. » (voix d’enfant dans la salle, rires)
— Vous allez choisir votre propre héros : 1. Une princesse 2. Une princesse 3. Une princesse.
— Un choix très riche.
— Vous allez lui choisir un prénom : Elisabeth. Victoria. Groucha.
— « Groucha !!! Victoria ! »
On vote en tapant des pieds : Groucha l’emporte largement.
Et ainsi de suite. Ces séquences de démocratie participative sont ponctuées, en alternance, par une mise en scène des aventures de la princesse toute en ombres chinoises. Un art plus daté encore, plus primaire que le théâtre lui-même. Mais non : le travail est saisissant, et les enfants sont visiblement captivés, car le cinéma, c’est évident, est passé par là. Les effets de cadrage et de perspective, de montage et de rythme, fonctionnent aussi effi cacement que s’ils avaient été captés avec la caméra DV la plus mobile, avec toutes sortes de travelling et de plans larges ou serrés. La chorégraphie et la scénographie doivent beaucoup au théâtre Ten’, Ombre, précisent les artistes, qui y ont été les élèves d’Ilia Epelbaum et de sa femme Maïa Krasnopol’skaïa.
« La princesse s’appelait Groucha. Mais voilà : elle n’avait pas de conte. Sans conte, aucune perspective, aucune rencontre de prince en vue. » Elle décide donc de se mettre en quête de son conte et l’aventure recommence.
— Et vous savez ce qu’elle a fait ?
— « Quoi ? » (une petite voie tremblante à ma gauche, rires)
— Elle a décidé de devenir Petit Chaperon rouge.
S’ensuit une séquence des plus effrayantes et mouvementées, mais le loup échoue finalement lamentablement.
— Plus que quelques pas à faire, et votre final sera prêt.
— Non ! Je vais voyager, rencontrer des gens, je vais vivre, faire de ma vie ma propre oeuvre, semblable à un conte.
Oui, pour finir, la princesse décide de refuser la facilité : elle ne vivra pas une histoire écrite par un autre et pour une autre, elle fabriquera son conte à elle au jour le jour. « Ce qui n’est pas sans donner, de façon inattendue, une tonalité féministe au conte », commentent non sans humour les auteurs dans une présentation de la pièce qui s’adresse quand même un peu aussi aux parents.
Mais non, ce n’est pas fini. Voilà que son partenaire de jeu ajoute, après ce pseudo-final encore par trop moralisateur : « Mais cela, bien sûr, nous l’avions prévu aussi. »
À la fin du spectacle, ce n’est toujours pas fini : les enfants sortent une feuille vierge en mains, qui porte juste la mention « Conte pour la princesse ». Et aucun d’eux ne repartira sans avoir dûment couché par écrit sa version du conte. Avec ce spectacle participatif, les enfants travaillent dur, et pourtant ne s’ennuient pas une seconde. La morale est sauve, enfin pas tout à fait.
Lire l'interview d'Edouard Boïakov, l'un des pères du théâtre pour enfants...




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