
Il pleut, il grêle, il neige à Bouzareah à vingt minutes de chez moi. Il fait froid et les matins sont difficiles, ma vieille carcasse se tasse et saute du lit à la vitesse d’un pauvre escargot écrabouillé.
Je ne sais pas pourquoi, mais à Alger le froid toujours nous surprend, tel un intrus imposant, nous l’accueillons lentement, le temps d’ajuster les trous des fenêtres, les courants d’air qui s’immiscent jusque sous la peau, nous épions les plafonds si jamais leur prenaient l’envie de s’effondrer sur nos têtes. Je me soulève en mère couveuse cherchant désespérée le bonnet, les gants, le manteau de mon fils, je lui cache la moindre couleur de sa chair comme si le froid allait mordre sa tendre peau, lui s’énerve et se dénude en criant, voilà, voilà, je ne vais pas mourir de froid. Il n’empêche qu’il s’en ira vêtu comme s’il devait traverser la Sibérie en traîneau et tout à l’heure il reviendra couvert de sueur, plus tard il m’écrira vengeur : « A bas les vêtements chauds. »
A Alger, le froid toujours nous surprend.
A la radio les flashs d’information en font leur Une, « une vague de froid s’abat sur tout le pays » répètent-ils en boucle comme s’ils nous informaient d’une nouvelle calamité, au cas où on ne l’aurait pas remarqué, c’est en effet l’hiver.
La mer se gonfle et monte en vague blanches et furieuses, le ciel est sombre et menaçant, le vieux bâti de la ville coloniale grince et les baraques des bidonvilles tremblent, pendant que les parkings des nouvelles cités se transforment en champs de boue. Les flics se font discrets, moins fanfarons ils oublient de pointer sur nous, ces drôles d’objets censés détecter les bombes que nous cacherions dans les capots de nos voitures, la légende urbaine raconte que les seules objets qu’ils repèrent ce sont les bouteilles de vodka. Alors que d’habitude, les flics avancent en bande, chacun s’isole sous des abris de fortune, qui un arbre, qui l’auvent de l’école du quartier, quand il pleut à Alger, les flics disparaissent.
La circulation se fait poussive, les embouteillages plus denses, même les voitures avancent à la façon d’une coquette portant des talons aiguilles pour traverser une rivière de boue. Seuls les cantonniers dans les quartiers bourgeois sont à l’ouvrage. Habillés d’un pantalon vert et d’un ciré jaune, poussant leurs poubelles montées sur des roues, un balai de branches à la main ils tentent de libérer les regards afin que les pluies s’écoulent et ne transforment pas les rues en torrent, Alger est une ville en pente qui aime à s’inventer des cascades d’hiver.
Alors, quand il fait froid, tout le pays s’enroule tels nos ancêtres les imazighen dans un avernous, en français le burnous. Quand on y pense, au fond, l’ avernous de nos ancêtres est un drôle de manteau. Tissé en laine de moutons ou en poils de chameaux par les femmes et à la main d’une seule pièce c’est une longue cape évasée qui se porte sur les épaules et peut couvrir l’ensemble du corps, la tête comprise étant donné qu’il est muni d’une capuche un peu cloche, il faut bien l’avouer. Comme il faut reconnaitre que ce n’est pas un manteau favorable à l’action. D’abord sa couleur, le plus souvent coquille d’œuf, effet magnifique devant le feu mais pas très pratique pour affronter la boue, trop salissante. Ensuite sa coupe : taillée sans manche le burnous n’est pas un manteau d’action, on ne l’enfile pas, on s’y enroule. Aujourd’hui encore quand on s’aventure dans les régions montagneuses en hiver, comme en Kabylie, on y croise de braves hommes emmitouflés sous ces capes tels de nouveaux nés emmaillotés. La capuche rabattue sur les oreilles, les bras croisés sous les pans de laine ils demeurent ainsi immobiles au coin du feu, ou sous l’auvent des cafés. Ils attendent que l’hiver passe. D’autant plus que si la laine réchauffe, elle n’est pas imperméable.
Mon père, comme tout homme de qualité, possédait son avernous qu’il ne portait plus mais qui toujours pendait dans sa chambre à la façon d’un signe, d’une protection du terroir quitté il y avait bien longtemps. L’ avernous est un attribut masculin et je ne sais pas comment nos ancêtres femmes affrontaient le froid, sauf erreur je ne leur connais pas de manteau équivalent. C’est un mystère, peut-être que les femmes en hiver ne sortaient pas, ce qui aujourd’hui me convient parfaitement. Aujourd’hui encore, dans certaines régions montagneuses d’Algérie, en Kabylie, dans les Aurès, la neige isole pendant des mois des vieux villages perchés où les habitants vivent de leurs réserves de semoule et d’huile, comme autrefois en attendant la fonte des neiges.
Je me souviens du dernier meunier des ath Mansour, Tayeb Bouaïfel, 79 ans, et de sa femme, Djidda, 73 ans, dans le village d’Imeghdassen, commune de l’Akfadou que j’avais rencontré à la fin de l’hiver alors que je faisais un reportage sur la mémoire de l’eau et qu’il me faisais visiter sa terre, son moulin, dernier survivant d’une époque révolue où chaque clan transformait presque à domicile ses graines de blé, d’orge en semoule me parlant de l’hiver : « Avant, quand j’étais plus jeune, il y avait parfois quatre mètres de neige en hiver, on restait seuls avec les animaux sans quitter nos maisons. On remplissait ikouffen (petits greniers de terre, NDR) pour l’hiver. Maintenant il y a moins de neige, au mieux on reste trois jours sans sortir, il y a moins d’eau et si le bateau s’arrête, on meurt de faim ».
Allusion aux bateaux qui, tout le long de l’année, déchargent la semoule importée faisant de l’Algérie l’un des plus grands importateurs de blé au monde.
« Maintenant les femmes sont paresseuses, disait-il taquinant son épouse, elles préfèrent acheter leur semoule à l’épicerie, parce que c’est tout un travail de préparer les grains à moudre, il faut le trier, le laver, le faire sécher… » Elle se contentait de sourire et de lui répondre : « Je suis vieille comme ton moulin ».
Mon pays est un vieux pays, et c’est en hiver que notre âme de montagnards amazigh se révèle, c’est la saison ou tous les algériens se surprennent amazigh, ne rêvant que de s’ enrouler dans avernous de nos pères pour ne sortir nos mains de sa cape protectrice que pour plonger nos cuillères dans un couscous de blé fumant fourré de fèves et parfumé à l’huile d’olive.



En France aussi il semble que l'hiver surprend ceux qui veulent se laisser surprendre... -10, et lémédia nous disent qu'on a battu un record de température. Comme disait le regretté essayiste Benchley, il fait toujours plus froid qu'à un certain moment et toujours plus chaud qu'à un autre...
Rédigé par : Caravane | 01/02/2012 à 17:21
http://www.guccioutlet-jp.com/ ハリウッド映画 "トゥルーマン·ショー"我々の世界のメタファーに感じ使われているようですがあります。私たちは、水槽内の魚が好き...
幸いにも、http://www.guccioutlet-jp.com/ ニューヨークでは屋外の喫煙を禁止していません。したがって、ミッドフィールダーの残りの部分は、すぐに暖かい室内から行う喫煙者はたばこを吸??うことは風邪をひいて逃げた。
Rédigé par : グッチ 財布 | 03/03/2012 à 02:44
ah mon z'amie,je te retrouve enfin;hasard?ou tout simplement nostalgie?...me redonnerais-tu l'envie de revenir sur cette terre qui m'a vue naitre?
en attendant je suis bien loin ô combien loin par la distance,par le climat(35°en permanence),par cette absence de saisons(si ce n'est saison des pluies quand le ciel verse ses larmes ou saison séche quand la terre se fendille et que la forêt amazonienne tente de garder humide)je suis et me contente d'être en un pays qui en n'appartenant à personne me permet de croire qu'il est mien.
ton z'amie une tamazighth égarée.
Rédigé par : MAOUZ | 03/04/2013 à 00:09